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	<title>Manuel WINCKHLER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Manuel WINCKHLER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WEBER, Der Freischütz &#8211; Anvers</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-anvers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Mar 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On est en droit de s’étonner que ce Freischütz soit la première mise en scène du suisse Christoph Marthaler présentée à l’Opéra des Flandres, institution qui affectionne tant les propositions scéniques radicales. Créée à Bâle en 2022, cette mise en scène du chef-d’œuvre de l’opéra romantique allemand est un travail inspiré, mais qui pose la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">On est en droit de s’étonner que ce <em>Freischütz</em> soit la première mise en scène du suisse <strong>Christoph Marthaler </strong>présentée à l’Opéra des Flandres, institution qui affectionne tant les propositions scéniques radicales. Créée à Bâle en 2022, cette mise en scène du chef-d’œuvre de l’opéra romantique allemand est un travail inspiré, mais qui pose la délicate question de la place du metteur en scène à l’opéra. En effet, le spectacle est d’une redoutable cohérence, mais il s’agit plus d’une réflexion autour du <em>Freischütz</em> que d’une mise en scène de la partition et du livret de Carl Maria von Weber et Friedrich Kind.</p>
<p style="font-weight: 400;">On reconnaît au premier coup d’œil la patte d’Anna Viebrock, fidèle collaboratrice du metteur en scène suisse. Son décor représente une salle des fêtes un peu miteuse, avec de nombreux cadres sur les murs, des tables éparses et une petite scène au fond derrière un rideau. De part et d’autre de la fosse d’orchestre, on trouve à cour la cuisine d’Agathe, avec un portrait de Max accroché au mur, et à jardin une sorte de vestiaire avec des casiers, surmontés de l’inscription « Schiess-Center » (centre de tir). Les chasseurs du <em>Freischütz </em>apparaissent donc dès le lever du rideau comme une communauté provinciale défraîchie, sur laquelle pèse une mélancolie délétère. On est bien chez Marthaler.</p>
<p style="font-weight: 400;">Après l’ouverture, le rideau se lève et il ne se passe rien pendant un long moment. La paroi latérale du décor à droite s’ouvre et laisse passer une cible sur roulette en forme de biche. Les hommes attablés se mettent à entonner le chœur des chasseurs (le n°15 de la partition) en faisant résonner leur voix dans leur chope de bière. Le dialogue ouvrant le début du troisième acte est ensuite répété plusieurs fois (« quel temps magnifique pour la chasse ! »), tandis que tombe à plusieurs reprises un cadre à l’avant-scène, refixé à chaque fois par une vieille femme assise dans le fond de la salle. Tout se passe comme si les personnages étaient coincés dans une boucle temporelle absurde. On découvrira plus tard que cette dame âgée, au brushing impeccable et ne se séparant jamais de son sac à main, n’est autre qu’Ännchen, à qui Marthaler fait prendre un sacré coup de vieux. Dès le début du spectacle, le metteur en scène superpose donc le début du troisième acte (le dialogue et le chœur des chasseurs) et celui du deuxième acte qui représente Ännchen en train de raccrocher le portrait de Kuno, dans un raccourci dramaturgique stimulant.</p>
<figure id="attachment_185540" aria-describedby="caption-attachment-185540" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-185540 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/center-2-3-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-185540" class="wp-caption-text">© OBV-Annemie Augustijns</figcaption></figure>
<p style="font-weight: 400;">Marthaler poursuit ensuite son entreprise de déconstruction, entremêlant les actes et multipliant distorsions temporelles et répétitions cocasses, déjouant ainsi les attentes du spectateur. Le chœur apparaît derrière le rideau de scène, tel une chorale locale, tandis qu’une fanfare traverse régulièrement le plateau, jouant la valse de l’auberge ou accompagnant un air à la place de l’orchestre. On peut mentionner d’autres facéties : un des dialogues lu de manière hésitante par les personnages à partir du menu disposé sur les tables, la radio qui interrompt le duo entre Agathe et Ännchen, le Volkslied des demoiselles d’honneur chantée seulement par Ännchen s’accompagnant au piano, le chœur des chasseurs repris en mineur… Le geste iconoclaste de Marthaler peut certainement agacer, mais il a le mérite de faire entendre l’œuvre différemment aux oreilles averties : on ne sait jamais très bien ce qu’il va se passer, puisque le déroulement linéaire de l’œuvre qu’on connaît n’est jamais garanti.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le metteur en scène ne fait pas que refondre l’œuvre dans son chaudron comme une vaste matière première à recomposer, il y insère de nouveaux textes et un personnage inédit : le Chasseur de la Forêt Noire, impeccablement interprété par le comédien <strong>Peter Knaack</strong>. Celui-ci apparaît au milieu des spectateurs du parterre avec un micro pour nous raconter l’histoire de Kuno et dialogue plus tard avec Kilian – devenu entre-temps un militant raciste radical – à propos du végétarisme. Le propos de Marthaler se dessine alors progressivement : son <em data-start="3949" data-end="3961">Freischütz</em> est une critique des mythes nationalistes et des idéologies réactionnaires, puisant leurs racines dans le romantisme allemand, dont l’opéra de Weber est malgré lui l’un des héritiers emblématiques. Le metteur en scène se joue de ces hommes qui célèbrent une Nature factice, façonnée selon leur désir (viril, excluant, ethnocentré), violentant le monde autour d’eux, à l’image de ces chasseurs qui courent après des animaux empaillés et des cibles en carton. En témoigne ultimement les dernières minutes de l’œuvre, sorte de cacophonie terrifiante où s’entremêlent le chœur des chasseurs, le Volkslied et la fin de l’ouverture à l’orchestre, révélant le chaos derrière l’harmonie apparente de la partition et sa fin trop heureuse.</p>
<p style="font-weight: 400;">L&rsquo;Ermite et Samuel sont d’ailleurs incarnés par le même chanteur, sorte d’esprit malin qui dépasse le manichéisme de l’œuvre, par-delà le bien et le mal. Il lève les mains dans un geste ouvertement théâtral, et les rideaux du fond de la scène s’animent grossièrement, ostensiblement agité par des mains et non par une force maléfique. Jamais on ne pensait pouvoir autant rire devant une représentation du <em>Freischütz</em>, mais Marthaler distille tout au long de la représentation une forme d’humour grinçant assez libérateur. Les charentaises et la coiffure d’Agathe rappellent combien le personnage correspond à un idéal féminin désuet et les différents jeux avec la représentation rappellent que nous sommes toujours au théâtre. Avant la scène de la Gorge aux Loups, c’est au tour des instrumentistes de chanter le chœur des chasseurs dans une chope de bière, tandis que les choristes font semblant de jouer du violon sur scène ; les deux personnages féminins principaux parlent plus souvent en anglais qu’en allemand, car les chanteuses qui les interprètent sont des anglophones. On pourrait encore mentionner de nombreux détails amusants comme ceux-ci, qui font la richesse, l’esprit et l’impertinence d’une telle proposition scénique.</p>
<figure id="attachment_185543" aria-describedby="caption-attachment-185543" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-185543 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/center-5-2-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-185543" class="wp-caption-text">© OBV-Annemie Augustijns</figcaption></figure>
<p style="font-weight: 400;">Le geste théâtral est si fort qu’on a certainement plus d’indulgence envers la distribution inégale réunie par l’Opéra des Flandres que s’il s’agissait d’un <em>Freischütz</em> plus traditionnel. <strong>Louise Kemény</strong> étant annoncé souffrante, on se gardera bien d&rsquo;évoquer son interprétation vocale, pour saluer plutôt son engagement scénique. Elle ne se laisse en effet nullement désarmer par ses difficultés vocales passagères – qui sont toujours une épreuve frustrante pour un chanteur lyrique – et s&rsquo;investit pleinement dans son interprétation d&rsquo;Agathe, lui conférant un équilibre subtil entre tendresse et humour, d’une touchante sincérité. Le Max de <strong>Ilker Arcayürek</strong> est lui aussi très touchant scéniquement, porté par la mise en scène qui souligne son impuissance lorsqu’il peine à assembler un fusil, ou sa lâcheté lorsqu’il cache sa tête dans un casier. Vocalement, l&rsquo;interprétation déçoit un peu, car elle manque souvent de nuances et de relief, et il faut dire que le timbre est très singulier, à la fois rocailleux et métallique, rappelant un peu celui de Yusif Eyvazov.</p>
<p><strong>Thomas Jesatko</strong> manque peut-être d&rsquo;ampleur vocal en Kaspar, mais il est extrêmement crédible et son portrait est vraiment réussi. Il brave avec facilité les difficultés vocales de son air et fait montre d&rsquo;un verbe incisif tout au long de la représentation. Le Kuno de <strong>Raimund Nolte</strong> a une voix moins homogène mais plus puissante, ce qui correspond idéalement au personnage du père d&rsquo;Agathe. <strong>Manuel Winckhler</strong> n&rsquo;a quant à lui que peu à chanter en Ermite, mais on distingue derrière ce timbre velouté un interprète prometteur, d&rsquo;un grand charisme scénique, comme le prouvent ses apparitions successives en Samuel, qu&rsquo;on pensait d&rsquo;abord attribuées à un comédien. La brève partie de Kilian est justement dévolue à un comédien, puisqu&rsquo;il a beaucoup à jouer ensuite en tant que militant d&rsquo;extrême droite et colleur d&rsquo;affiches. <strong>Raphael Clamer</strong> possède une vocalité peu lyrique qui dépareille avec l&rsquo;ensemble mais ne manque pas de charme pour son unique air, constitué de moqueries à l&rsquo;égard de Max.</p>
<p>Nous l&rsquo;avons déjà signalé plus haut, le rôle d&rsquo;Ännchen est attribuée à une chanteuse âgée et non au jeune soprano lyrique qu&rsquo;on a l&rsquo;habitude d&rsquo;entendre dans le rôle. <strong>Rosemary Hardy</strong> est une habituée du travail de Marthaler et a une technique suffisamment solide pour chanter ses différentes interventions avec beaucoup de probité, mais sa ligne vocale est tout de même un peu défaillante. C&rsquo;est encore une fois scéniquement qu&rsquo;elle convainc le plus, en composant un personnage absolument savoureux, avec une touche d&rsquo;humour anglais. Le personnage d&rsquo;Ottokar est lui aussi distribué à un vétéran du chant, mais cela est nettement plus commun : <strong>Karl-Heinz Brandt</strong> conserve une voix d&rsquo;une franchise et d&rsquo;une clarté presque miraculeuse et ses interventions dans les moments polyphoniques avec les autres solistes donnent une couleur délicate à l&rsquo;ensemble.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="wp-image-185539 size-full" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2425FREProductiebeeldDerFreischtzChristophMarthalercAnnemieAugustijnsOBVM5A2692-1024x682-1.jpg" alt="" width="1024" height="682" />© OBV-Annemie Augustijns</pre>
<p>Enfin, même si de nombreux numéros ne lui sont plus attribués par le metteur en scène, l&rsquo;<strong>Orchestre symphonique de l&rsquo;Opéra des Flandres</strong> offre un contrepoint bienvenu à la proposition scénique : la clarinette mélancolique pendant l&rsquo;ouverture, les différents soli instrumentaux soigneusement colorés ou bien encore la chaleur des cordes, tout cela révèle et rappelle la beauté de la partition de Weber. Le chef <strong>Stephan Zilias</strong> impose une énergie pleine de variété à l&rsquo;œuvre, une tendresse délicate dans les moments doux et une rage acerbe dans les moments plus dramatiques. L&rsquo;engagement de l&rsquo;orchestre et du <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra des Flandres</strong> dans la scène de la Gorge aux loups, pleine de bruit et de fureur, permet un contraste très riche avec la relative placidité de la mise en scène à ce moment précis. En ceci, cette direction est éminemment théâtrale et accompagne très justement la proposition scénique de Marthaler, qui elle est toujours très musicale.</p>
<p>Pour conclure, rappelons qu&rsquo;on est certainement en droit de percevoir ce spectacle comme une suite de provocations absconses, mais sa pertinence théâtrale est indéniable, pour peu que l’on se laisse cueillir par le projet : le fantastique du <em>Freischütz</em> originel n’est plus qu’une forme de magie de pacotille, dans un monde violent et mélancolique, duquel on peut s’échapper par le jeu, la fantaisie et le rire. Pourtant, une question demeure : cette relecture radicale est-elle encore <em data-start="6306" data-end="6322">Der Freischütz</em> ? L’honnêteté et la rigueur intellectuelles devraient pousser les programmateurs à préciser qu’il ne s’agit pas de l’opéra de Weber tel qu’on le connaît, mais d’une création théâtrale inspirée de son œuvre, signée Christoph Marthaler. La distinction est discutable, mais elle éviterait bien des querelles.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Femme sans ombre est d’une telle complexité, d’un tel foisonnement, qu’il a fait tourner la tête à plus d’un – Strauss lui-même et son librettiste Hofmannsthal les premiers&#160;! Claus Guth, qui signe la mise en scène de cette Frau ohne Schatten (dixième représentation depuis la première en avril 2017) à Berlin (Staatsoper), prend le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La <em>Femme sans ombre</em> est d’une telle complexité, d’un tel foisonnement, qu’il a fait tourner la tête à plus d’un – Strauss lui-même et son librettiste Hofmannsthal les premiers&nbsp;! <strong>Claus Guth</strong>, qui signe la mise en scène de cette <em>Frau ohne Schatten</em> (dixième représentation depuis la première en avril 2017) à Berlin (Staatsoper), prend le parti très respectable de non-littéralité, une lecture littérale qui, on l’imagine, l’aurait mené (et les spectateurs en même temps) dans des chemins insécures.<br />
C’est bien sans doute le défaut de cette pièce (ses huit années de gestation disent assez combien nos deux hommes ont bataillé pour mener l’entreprise à bien), de vouloir à la fois trop en dire et trop en faire entendre. Pour le coup, le fameux «&nbsp;trop de notes&nbsp;» reproché en son temps à Mozart aurait eu ici (et pas que, il y a un certain nombre d’opéras «&nbsp;bavards&nbsp;» chez Strauss convenons-en) une certaine pertinence. Quant au «&nbsp;trop de mots&nbsp;», ou peut-être «&nbsp;trop de densité&nbsp;», il aurait fallu les inventer pour dire à Hugo von Hoffmannstahl que trop, c’est parfois trop&nbsp;! Cette histoire, d’une éminente poésie, se perd dans les entrelacs de considérations dispensables, qui font que malheureusement, le spectateur peut être amené à devoir démêler l’important de l’accessoire, sans toujours être capable de le faire.<br />
Claus Guth décide de contourner l’obstacle et il le fait avec une rare habileté et, surtout, une idée force&nbsp;: l’Impératrice est malade, elle est victime d’hallucinations. C’est ce qui est montré en quelques secondes avant que retentisse le premier accord, et l’on comprend que toute la suite, les trois heures et demie de musique, constitueront le rêve qui habitera l’Impératrice jusques et y compris dans la scène de réconciliation finale, qui précèdera son réveil.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_848_e233afbafdbbd5d209f70b64fabed0b2_FRAU_20OHNE_20SCHATTEN_GP0509-1294x600.jpg" alt="" width="701" height="325">
© Hans Jörg Michel</pre>
<p>Une idée qui va permettre à Guth ainsi qu’à <strong>Christian Schmidt</strong>, qui signe de magnifiques costumes ainsi que les décors, de nous proposer une fable onirique du plus bel effet. Visuellement, le spectacle est entièrement réussi, la scène est peuplée d’animaux féériques (à moins que certains ne soient diaboliques) qui entretiennent l’idée directrice du rêve de l’Impératrice. Dans ses rêves elle se revoit en gazelle immaculée, est confrontée au faucon, à son père Keikobad sous les traits d’un cerf à tête noire. Le personnage de l’Impératrice, spectatrice de sa propre histoire, est par conséquent présent sur scène pratiquement durant toute la durée de la représentation.<br />
Le reproche que l’on pourrait faire à cette mise en scène est en réalité le pendant de ses qualités. La trame narrative est simplifiée, des détails (y compris importants) sont laissés de côté (la pétrification de l’Empereur par exemple), mais tout cela vise à une meilleure appréhension d’un ouvrage sans doute excessivement foisonnant.<br />
Quant au foisonnement de l’orchestre (la fin du II nous renvoie dix ans en arrière, à <em>Elektra</em>), le rendu n’en est jamais brouillon. <strong>Constantin Trinks</strong>, à la tête d’une Staatskapelle des grands soirs, permet à ses cuivres en particulier et ses vents en général de briller, dans une partition extrêmement exigeante, et il faut saluer comme il se doit les deux solos (violoncelle au II et violon au III) qui embellissent les accompagnements et les intermèdes. N’oublions pas les chœurs du Staatsopernchor, tellement émouvants dans le final du premier acte.<br />
Plateau vocal de première classe. <strong>Camilla Nylund</strong> dans le rôle-titre est au sommet de sa forme. Rien ne nous dit qu’elle ait été à quelque moment que ce soit en difficulté. Elle gravit toutes les marches de sa partie avec beaucoup d’application. La &nbsp;précision des accents, la projection impressionnante et, surtout, une identification à l’Impératrice qui rend le personnage si attachant. <strong>Andreas Schager</strong> est un empereur à la santé vocale insolente. On connaît le bonhomme, rien dans cette partie pourtant exigeante ne peut l’effrayer. On aurait toutefois aimé qu’il rende, par son jeu, davantage la complexité du personnage, souvent tiraillé entre le doute et l’ignorance de son devenir. <strong>Oleksandr Pushniak</strong> est le Teinturier Barak. Ne possédant pas exactement les mêmes moyens vocaux que les autres personnages principaux, il compense par une intensité dramatique rare. Le spectateur souffre avec lui, espère avec lui et finalement se réjouit avec lui lors de l’improbable <em>happy end</em>. <strong>Elena Pankratova</strong> est une formidable femme du Teinturier. Grâce à son jeu, toujours crédible, et son engagement vocal, comme d’habitude sans retenue. Manque parfois alors une application dans la diction, mais la prestation d’ensemble (et notamment l’aria «&nbsp;Schweiget doch, ihr Stimmen&nbsp;» au début du III suivi du magnifique duo avec Barak) méritait les ovations qui l’attendent au baisser de rideau. <strong>Michaela Schuster</strong> est une Nourrice qui possède également de magnifiques moyens vocaux. La puissance est là, la nuance un peu moins et parfois un vibrato qui s’impose et semble trahir une certaine fatigue de la voix. Tous les rôles secondaires sont irréprochables&nbsp;; les trois frères (<strong>Karl-Michael Ebner</strong>, <strong>Jaka Mihelač</strong>, <strong>Manuel</strong> <strong>Winckhler</strong>) l’esprit messager (<strong>Arttu Kataja</strong>), la voix du faucon (<strong>Maria Kokareva</strong>) et surtout le jeune homme (<strong>Johan Krogius</strong>), qui complètent parfaitement une distribution sans point faible.</p>
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		<title>VERDI, Nabucco &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Oct 2024 04:05:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A Berlin, Staatsoper, les seconds couteaux sont parfois tellement affilés qu’on les sent prêts à prendre les premiers rôles ! C’est un peu ce qu’on se dit en quittant Unter den Linden à l’issue d’une représentation de Nabucco de très grande classe avec, donc, une sorte de cast B qui en ferait rêver plus d’un. Dans &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A Berlin, Staatsoper, les seconds couteaux sont parfois tellement affilés qu’on les sent prêts à prendre les premiers rôles ! C’est un peu ce qu’on se dit en quittant <em>Unter den Linden</em> à l’issue d’une représentation de <em>Nabucco</em> de très grande classe avec, donc, une sorte de cast B qui en ferait rêver plus d’un. Dans cette nouvelle production proposée par <strong>Emma Dante</strong>, intéressante à plus d’un titre mais qui pose aussi son lot de questionnements, on le verra, Anna Netrebko (Abigaille) et René Pape (Zaccaria) ont vite cédé la place à <strong>Anastasia Bartoli</strong> et <strong>Mika Kares</strong>, qui ont ébloui une salle où pas un siège n’est resté vide.<br />
Concernant ce dernier, nous l’avions admiré dans le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau/">Ring proposé ici même en 2022</a> par Thielemann/Tcherniakov. Tour à tour Fasolt, Hunding et Hagen, sa puissance et ses incarnations en diable nous avaient à l’époque retourné. Ce soir, il est un Zaccaria époustouflant de présence, de puissance et d’intensité. Tout juste s’est-on demandé s’il était suffisamment échauffé pour son « D’Egitto là su i lidi », où la souplesse a pu manquer au tout début de l’aria – les graves du « Timor » final impressionnent en revanche déjà. La cabalette à suivre, reprise avec ornements s’il vous plaît, laisse augurer que la soirée sera belle. Et de fait, Miko Kares déroule ensuite un des rôles de basse verdiens les plus accomplis, avec panache et aisance, fa dièse aigu compris !<br />
Quant à Anastasia Bartoli qui reprend le rôle d’Abigaille, c’est l’émotion de la soirée. Il sera difficile d’être objectif et de trouver à redire à cette prestation absolument achevée, alors soyons honnête jusqu’au bout et disons-le une fois pour toutes : la seule chose qui manque encore à Bartoli c’est la longueur. On aurait aimé que certaines phrases ne finissent pas trop vite, que le plaisir soit prolongé d’entendre l’émotion pure dite à travers les notes. Mais tout le reste y est, et en abondance. La présence tout d’abord ; la tête fière, relevée et comminatoire, ses faux airs de Cruella, l’élégance dans le geste, y compris dans la menace, y compris dans le suicide. Mais surtout cette voix. Elle avait déjà impressionné Antoine Brunetto cet été à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-ermione-pesaro/">Pesaro dans le rôle-titre de <em>Ermione</em></a>. Il l’avait trouvée « incandescente ». C’est exactement cela : elle brûle par la présence et la portée de la voix. Pas une once de faiblesse dans les aigus, pas le moindre relâchement dans la portée des graves, pas de difficulté apparente dans les innombrables cabrioles de sa partie. Comme toujours, Abigaille est attendue en entrée du II. L’arioso est pleinement incarné, l’aria se termine comme une prière irrésistible. Et que dire de la cabalette (avec reprise ornée en sus) qui emporte tout sur son passage et l’enthousiasme bruyant d’un public qui lui réservera au final une ovation dont elle se souviendra certainement.<br />
Voilà donc à quoi ressemble le cast B de ce Nabucco ! <strong>Luca Salsi</strong>, quant à lui, présent dans le rôle-titre depuis la première le 02 octobre dernier, est le troisième larron à récolter aussi bruyamment les <em>vivat</em> du public. Et comme c’est justice. Salsi est aujourd’hui un grand Nabucco parce qu’il est crédible sur toute la longueur, parce que ses états d’âme et son revirement final, il sait entièrement les partager avec la salle. La voix réussit par la nuance à décrire tout ce qu’il faut d’autorité, de force, voire de férocité, mais aussi de tendresse, de pitié et finalement de piété ; du grand art. <strong>Sonja Herranen</strong> est une Anna au soprano impétueux et <strong>Andrés Moreno Garcia</strong> s’acquitte fort bien du modeste rôle d’Abdallo, qui a toute son importance dans le déroulement de l’intrigue. On attendait plus de légèreté en revanche de la Fenena de <strong>Marina Prudenskaya</strong>, plus à l’aise dans les ensembles du début de l’ouvrage que dans son aria du IV (« Oh, dischiuso »), et bien mieux d’un <strong>Ivan Magrì</strong>, plusieurs fois en difficulté dans le rôle d’Ismaele (problèmes de justesse et dureté dans les aigus <em>forte</em>). <strong>Bertrand de Billy</strong>, à la tête de la Staatskapelle, dynamise l’orchestre par un tempo allant, plus qu’allant, nerveux, intense et captivant, notable dès l’ouverture. Ce tempo sera logiquement tenu tout au long de la soirée à l’exception notable de l’aria « Dio di Giuda », pris par contraste très lentement et qui rend cette scène de la conversion de Nabucco d’autant plus saisissante. Ce rythme soutenu a pu entraîner quelques décalages sans conséquence (air d’entrée de Zaccaria), y compris dans les nombreuses parties chorales. Chœur pléthorique avec un « Va pensiero » vibrant à souhait.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_58715_af2b8d5d33932194711de1b149971869_Nabucco_040-1294x600.jpg" alt="" width="686" height="318" />
© Bernd Uhlig</pre>
<p>Reste la question de la mise en scène. La Sicilienne Emma Dante (qui avait proposé <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-barcelone/">Cenerentola en mai dernier</a> à Barcelone) offre une vision atemporelle de <em>Nabucco, </em>en tout cas certainement pas historique, les costumes étant contemporains, les Assyriens tous armés de pistolets. Les Hébreux sont des Juifs orthodoxes : on les voit attentifs à accomplir leurs prières avec soin. Le mur du Temple est omniprésent (et on le voit plusieurs fois attaqué par les Assyriens) ; les symboles juifs sont mis à mal (Nabucco, au I, détruit les Tables de la Loi) et les violences sont bien visibles sur scène.<br />
Mettre en scène <em>Nabucco</em> aujourd’hui peut relever du pari risqué. Montrer des Juifs se faire prendre en otage, se faire brutaliser, exécuter, montrer des cadavres d’enfants arrachés des mains de leurs mères, des corps recouverts de linceuls blancs, montrer des assaillants ivres de sang, sans parler des imprécations contre le peuple juif contenues dans le livret de Temistocle Solera, tout cela renvoie invariablement le spectateur vers une tragique actualité. Faut-il le faire ? Avec un tel réalisme ? Dans le contexte géopolitique actuel ? Dans la note d’intention, Emma Dante se dit consciente que le terrain est glissant : elle l’assume crânement.<br />
Dont acte.</p>
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