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	<title>Marie-Henriette REINHOLD - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 26 Aug 2025 20:08:24 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Marie-Henriette REINHOLD - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Aug 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les discussions envenimées autour des aléas de l’Or du Rhin parisien cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. Pablo Heras-Casado continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Les discussions envenimées autour des aléas de l’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">Or du Rhin parisien</a> cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. <strong>Pablo Heras-Casado</strong> continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, que ce soit pour Wagner ou pour le répertoire lyrique en général. Sa direction constitue le plus grand atout de la représentation. Le phrasé, fluide et souple, s’inscrit toujours dans le rythme du texte, tout en menant un discours parallèle à la scène quand il le faut. La lisibilité est telle qu’on pourrait comprendre la narration par la seule partie orchestrale (plus limpide que la mise en scène par ailleurs, grâce aux leitmotive). On est à tout instant ravi par le jeu des timbres, la transparence de l’orchestre. Il propose un Wagner épuré, sensible, loin de toute démonstration de force : c’est là une forme d’idéal pour Parsifal. Le troisième acte en particulier est d’une beauté désarmante, notamment lors de la transformation du décor vers la cérémonie funéraire de Titurel. Là où certains en font (avec souvent beaucoup de réussite) un moment orchestral pathétique et violent, il choisit de l’interpréter en regard à la désolation qui ouvre l’acte, c’est-à-dire triste et abattu plutôt que grinçant. L’Enchantement du Vendredi Saint est évidemment un bonheur de délicatesse. Il faut dire qu’il est aidé par un <strong>Orchestre du Festival</strong> superlatif, que ce soit par sa cohésion, le son d’ensemble ou ses solistes (le hautbois). S’il faut émettre une réserve, disons simplement qu’il nous a manqué un soupçon d’urgence lorsqu’elle est demandée, notamment dans le deuxième acte. Saluons en tout cas bien bas cet artiste exceptionnel.</p>
<figure id="attachment_197896" aria-describedby="caption-attachment-197896" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-197896 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0330-1024x682.jpeg" alt="" width="1024" height="682" /><figcaption id="caption-attachment-197896" class="wp-caption-text">Pablo Heras-Casado<br />©️Waldemar Kamer</figcaption></figure>
<p>La mise en scène de <strong>Jay Scheib</strong> n’appelle pas les mêmes éloges. Sans la décrire précisément (on renverra plutôt au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de Jean Michel Pennetier</a>), rappelons-en l’axe principal. Le plus grand drame de la communauté du Graal n’est pas ici le péché d’Amfortas, mais l’erreur initiale de leur culte, reposant sur l’exploitation des métaux rares comme le cobalt et le lithium. En mettant en danger le vivant, ce mode de vie les entraîne vers leur propre fin tant qu’ils ne le remettent pas en question. Toute dramatique qu’elle soit, la réalité politique que Scheib et la dramaturge <strong>Marlene Schleicher</strong> dénoncent ici est maladroitement amenée. Il faut attendre le troisième acte, et même sa conclusion, pour que le tout devienne cohérent et lisible. Sans même chercher à juger de l’adéquation ou non de cette thématique au livret de Wagner, disons simplement que c’est un échec de mise en œuvre de n’avoir aucun moyen de comprendre l’axe choisi autrement que rétrospectivement ou par la lecture du programme.<br />
Là où l’équipe de mise en scène s’éloigne en revanche considérablement du livret original, c’est par son traitement de la chasteté et du désir. Gurnemanz s’unit à Kundry dans le prologue ; Klingsor semble bien sexuel pour un aspirant saint qui se serait châtré lui-même pour renoncer à l’amour ; les Filles-fleurs sont des sortes de sirènes meurtrières, le danger pour les chevaliers n’étant alors plus d’être bannis de la communauté pour avoir péché, mais d’y laisser la vie ; le baiser de Parsifal à Kundry n’a rien de chaste, et la scène globalement est tout à fait sexuelle. On peine à comprendre la façon dont la mise en scène souhaite prendre en charge cet aspect car la thématique est trop présente dans le livret pour être complètement évacuée : la blessure d’Amfortas est bien montrée comme causée par le rapport avec Kundry, tandis que des symboles comme un pelvis percé surviennent régulièrement. En résulte une certaine incohérence.<br />
Le traitement de Kundry interroge également, mais on aime assez la direction que prend son axe dans le dernier acte. Globalement, elle semble sincère dans son entreprise de séduction de Parsifal, et développer un réel attachement pour lui, jusqu’à ce que les deux finissent comme un couple emblème du renouveau à mener après la destruction du Graal. Ainsi, plutôt que de chercher à apaiser Parsifal avec de l’eau lorsqu’il revient de son errance, c’est par un baiser qu’elle le réconforte. À la lecture des entretiens, on suppose que son dédoublement traduit le hiatus entre ce qu’elle voudrait être (incarné par Garanča, dans une forme &#8211; minimale &#8211; d’émancipation), et ce que la société patriarcale voudrait qu’elle soit (cette figure muette, prostrée et serviable, incarnée par une comédienne).</p>
<figure id="attachment_197912" aria-describedby="caption-attachment-197912" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-197912" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0333.jpeg" alt="" width="900" height="600" /><figcaption id="caption-attachment-197912" class="wp-caption-text">©️Jay Scheib, Joshua Higgason</figcaption></figure>
<p>Il reste à parler de la véritable déception du spectacle. Nous avons vu la fameuse version avec réalité augmentée (là encore, on renvoie au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de 2024</a> pour l’explication du procédé). La moquerie serait très facile pour parler du rendu visuel, qui nous a mis en colère dans un premier temps. Nous l’éviterons ici, préférant supposer que l’équipe de réalisation a dû composer avec un outil encore limité. Cette nouvelle strate peut se justifier par la fameuse citation de Gurnemanz « Zum Raum wird hier die Zeit » (ici le temps devient espace). Partant de la constatation que le récit est très régulièrement tourné vers le passé, la réalité augmentée offre alors un contrepoint au présent représenté sur scène, emplissant l’espace à 360º de symboles et scènes du passé et du futur. Le résultat est une invasion de symboles d’une lourdeur considérable (cercueils, crânes, pommes) voire d’un simplisme qui prête à sourire (des livres lors de certains récits), sans aucune poésie. À noter d’ailleurs que certains symboles essentiels (le pelvis percé pour Klingsor, la lance suspendue dans les airs, le Saint-Esprit, la destruction de Montsalvat), n’apparaissent pas dans la version simplement scénique, confrontant ainsi la majorité du public à un manque ou à une alternative bien pauvre (la lance est un accessoire pris des mains de Klingsor par Parsifal). A l’inverse, les lunettes mettent considérablement à distance de l’action scénique, du fait de l’hystérie des informations envoyées par ce canal qui dissimule simplement la scène. On en perd l’émotion, l’humain, mais aussi certains détails de mise en scène plutôt intéressants. À l’issue de la représentation, il est impossible de dire si ce dispositif a un avenir dans la mise en scène d’opéra tant le résultat est inabouti artistiquement. Peut-être faudrait-il d’abord un spectacle exclusivement conçu pour des spectateurs équipés pour pouvoir en tenir compte.<br />
Dans cette abondance d’idées, plusieurs nous paraissent cependant assez intéressantes. Le troisième acte, en assumant de prendre de grandes libertés avec le livret, offre des images assez saisissantes, ainsi qu’une certaine idée de la désolation tout à fait contemporaine (décor de Mimi Lien). Pas d’enchantement du vendredi saint pour le public si ce n’est les fleurs de la réalité augmentée, le paysage est dévasté par le forage, et les seules fleurs sur scène sont des bouquets funéraires artificiels. Le tableau du jardin enchanté est tout à fait réussi, aussi bien par son aspect luxuriant que par son horreur gore, avec ce chevalier décapité dont les filles-fleurs se repaissent. Enfin, on apprécie la longue scène de soin de la blessure d’Amfortas, transmise en vidéo en gros plan dans une imagerie très Cronenberg, qui fait de cette blessure repoussante l’évocation d’une cavité sexuelle.</p>
<figure id="attachment_197899" aria-describedby="caption-attachment-197899" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-197899" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0327-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197899" class="wp-caption-text">Andreas Schager</figcaption></figure>
<p>Le Festival de Bayreuth a fait appel en grande majorité aux artistes des éditions précédentes pour cette reprise. Le principal nouveau venu est luxueux vu qu’il s’agit de l’Amfortas de <strong>Michael Volle</strong>. La voix est immédiatement saisissante, mais on s’étonne dans le premier acte d’un phrasé un peu statique, l’intensité passant davantage par le volume que par le détail. Ces réserves disparaissent totalement dans sa détresse du dernier acte, cette fois admirable aussi bien de puissance que de science du texte. Son pendant maléfique, Klingsor, est incarné par <strong>Jordan Shanahan</strong>, dont on ne sait trop si on veut lui faire jouer une caricature de capitaliste à la Jordan Belfort (Le Loup de Wall Street) ou un hédoniste gay, dans cette vieille tradition cinématographique d’affubler les antagonistes de codes queer. Toujours est-il que son chant est admirable, sain, et n’a rien de la caricature qu’on lui impose scéniquement.<br />
La Kundry d’<strong>Elīna Garanča</strong> triomphe auprès du public. Elle a le format exact du rôle, sur toute son étendue. Le saut d’intervalle vertigineux du « lachte » est impressionnant, les aigus sont aisés mais gardent la couleur de mezzo qui les rend si intenses, tandis que les graves sont toujours audibles, jusqu’en dessous de la portée. Son souffle, sa projection témoignent d’un chant athlétique très efficace. Ainsi, le « Parsifal, weile » qui interrompt la scène des Filles-fleurs coupe le souffle par son simple effet physique. Tout en étant admiratif, on n’y voit cependant pas nécessairement une interprétation absolue. Garanča n’a jamais été une grande diseuse, mais réussit à nous surprendre agréablement au début de la scène de séduction. Elle y recherche des nuances, une souplesse, une articulation qu’on ne lui connaissait pas. Puis revient l’occasion de faire du son, et on perd ce soin. Le phrasé se fait minimal, et on cherche en vain la griffure, la fêlure qui caractérise le personnage. L’intensité y est alors strictement acoustique. Il ne s’agit pas pour nous de détails, car c’est le texte qui donne sa force à Kundry, sa malice et sa force de manipulation contribuant à son potentiel de séduction. Waltraud Meier le démontrait avec brio.</p>
<figure id="attachment_197901" aria-describedby="caption-attachment-197901" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197901" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0329-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197901" class="wp-caption-text">Georg Zeppenfel, Andreas Schager, Elīna Garanča</figcaption></figure>
<p>On se permet aussi d’être exigeant sur ce point car au moins deux membres de la distribution rappellent à quel point le chant wagnérien ne peut se passer de l’art du récit et de l’éloquence. <strong>Andreas Schager</strong> d’abord, Parsifal très investi, qui réussit malgré son format héroïque à trouver les nuances piano et la couleur juvénile dont a besoin par instants le rôle. <strong>Georg Zeppenfeld</strong> ensuite, pour nous l’atout majeur de la distribution. Son Gurnemanz rayonne de bonté, par la magie d’une voix riche en harmoniques, mais surtout par son art du mot. Il ne s’agit pas tant de diction que d’accentuation, de phrasé naturel pour donner l’illusion du parlé-chanté. Impossible de parler de tunnels quand les longs récits du personnage sont déclamés avec une telle intelligence. Il est par ailleurs très juste sur scène, alors que le niveau de jeu est assez inégal.<br />
Les seconds rôles sont tous distribués avec soin, du Titurel aussi grave que nécessaire de <strong>Tobias Kehrer</strong> aux Filles-fleurs, parmi lesquelles on distingue le beau soprano lyrique de <strong>Victoria Randem</strong>. Citons aussi le court solo de <strong>Marie-Henriette Reinhold</strong> en conclusion du premier acte, qui obtient l’effet céleste escompté grâce à une ligne impeccable.</p>
<p>Le <strong>Chœur du Festival de Bayreuth</strong> bénéficie avec Parsifal de nombreux moments pour briller, au premier rang desquels on met l’entrée du cortège funéraire de Titurel (« Geleiten wir im bergenden Schrein »). La violence des consonnes, l’expressivité, la cohésion en font un moment glaçant. Cependant, c’est l’ensemble de leur prestation qu’il faut saluer, des Filles-fleurs aux cérémonies du Graal. Les voix célestes en particulier réussissent pleinement l’effet androgyne trouble recherché par Wagner. Les artistes des chœurs ont été préparés par <strong>Thomas Eitler-de Lint</strong>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197902 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0325-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<p>Excès d’ambition ? Limites techniques ? Projet voué à l’échec ? On ne peut pas cacher une vraie frustration à la sortie du Festspielhaus face à une production qu’on attendait avec une vraie curiosité, voire une certaine bienveillance. Inaboutie, son plus grand tort est peut-être d’empêcher la transcendance créée par les interprètes de totalement se déployer, du fait de la pauvreté de son imaginaire. Et pourtant, on choisit d’en retenir la dernière image, celle de Kundry et Parsifal regardant vers l’avenir, prêts à guider l’humanité vers plus de respect mutuel, plus de « Mitleid ». Cette compassion, cette sensibilité, c’est bien ce que nous ont donné à entendre orchestre et chant ce soir, dans une interprétation résolument tournée vers le sensible.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>WAGNER, Götterdämmerung &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dernière journée, voici venu le crépuscule des dieux et de la soif de puissance. Le public retrouve l’appartement qu’on croyait destiné à Siegmund et Sieglinde (avec les rideaux bleu blanc rouge) mais finalement dévolu à Brünnhilde et Siegfried. Dans la proposition de Valentin Schwarz, les désaccords opposent les amants : il y a de l’eau &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dernière journée, voici venu le crépuscule des dieux et de la soif de puissance.<br />
Le public retrouve l’appartement qu’on croyait destiné à Siegmund et Sieglinde (avec les rideaux bleu blanc rouge) mais finalement dévolu à Brünnhilde et Siegfried. Dans la proposition de <strong>Valentin Schwarz,</strong> les désaccords opposent les amants : il y a de l’eau dans le gaz. Siegfried veut partir vers d’autres aventures, qu’on sait non héroïques, car il porte un costume banal. Il abandonne donc femme et enfant – cette petite blonde issue de leur union, une des incarnations de l’or du Rhin, qu’on se dispute depuis le début de la tétralogie. La proposition de V. Schwarz poursuit ici son œuvre de rapetissement du chef-d’œuvre, sans davantage parvenir dans cette dernière journée à apporter du sang neuf à l’exégèse wagnérienne (si on excepte une belle conclusion).<br />
Auparavant, au prologue, trois Nornes déguisées en boule stroboscopique disco ne nous ont guère intéressés. Leurs voix magnifiques ne sont pas en cause, ni l’importance de leurs récits révélant passé, présent et avenir (le crime de Wotan avant <em>Rheingold,</em> les traités, les exploits de Siegfried, le Walhalla prêt à brûler, et même déjà en feu, « Zu End’ ewiges Wissen », (L’éternelle Science touche à sa fin). La direction de <strong>Simone Young</strong> aux tempi toujours étirés dans certaines scènes, aux motifs épelés, donne l’impression que le Prologue se prolonge au-delà du nécessaire (l&rsquo;acte I dépasse largement les deux heures). L’orchestre peine en effet à nous envoûter, avec une texture souvent trouée. Des arrière plans parfois poétiques surgissent ; mais le discours musical déploie quelquefois des plans sonores peu architecturés (depuis <em>Rheingold)</em> qui laisse penser que la cheffe australienne soigne certes les détails mais ne propose peut-être pas une vision. Wagner voulait certes faire disparaître l’orchestre, le vouer à une fonction illustratrice, mais on est en droit de ne pas le prendre trop au sérieux, puisque l’écriture musicale déploie uniment ses sombres prestiges. Alors que retentit la page symphonique du « Voyage de Siegfried sur le Rhin » (beau travail des cordes, des bois puis des cuivres avec la « Fanfare de l’or »), le décor du château des Gibichungen glisse du fond du plateau jusqu’au milieu de scène pendant que l’appartement bourgeois disparaît dans les cintres. C’est le début de l’acte premier. Gunther <strong>(Michael Kupfer-Radecky,</strong> parfait en faible, pantin cocaïné et peroxydé) et son demi-frère Hagen <strong>(Mika Kares</strong> dans le costume du jumeau de Siegfried de la précédente journée), duo des plus divertissants, traînent leur ennui dans une villa où domine une immense photo d’Alberich avec eux enfants, posant devant le cadavre d’un zèbre (qu’ils ont abattu à la chasse) – et dont la peau désormais orne le sol. A la fascination de la mort des fils Nibelungen répond la vulgarité de Gutrune (décolleté proéminent, ensemble vert anis très voyant, perruque de peep show, pauvre <strong>Gabriela Scherer,</strong> rôle caractérisé dans la fosse par les bois aigus) signale sans doute l’impossibilité de l’aimer sans breuvage magique (qui va se trouver être le sang de l’un d’entre eux). Ce sont des gosses de riches, oisifs et tarés, complètement manipulés par Hagen, leur proposant des fiançailles. Après le toast éclatant de <strong>Klaus Florian Vogt</strong> à Brünnhilde, ce dernier se lie par pacte avec un Gunther inconséquent et comique. Lors de sa veille, le soliloque sinistre de Hagen <strong>(Mika Kares</strong> monstrueusement talentueux) trouvera des accents d’une force rare dans son « Wachtgesang », aussi inquiétant que pathétique (« Hier sitz‘ ich zur Wacht »). Il dynamite le théâtre de boulevard de V. Schwarz.<br />
Dans la dernière scène, après le face à face avec Waltraute (valeureuse <strong>Christa Mayer),</strong> la Brünnhilde de <strong>Catherine Foster</strong> (une des toutes premières Brünnhilde de notre époque) montre quelques signes de fatigue avec un vibrato peu agréable, une rondeur de timbre parfois gâchée par un registre aigu un peu acide, mais qui ne cède rien ni en projection ni en puissance expressive, alors que Siegfried la trahit et que Gunther la viole. La mise en scène a viré à nouveau au reality show. On enlèvera la pauvre Walkyrie avec sa fille, trésor du Rhin.<br />
Avec ses chœurs, l’acte deux mis en scène sur un plateau unique, nu, encadré de panneaux lumineux, offre ses scènes de foule bienvenues. Mais auparavant, Hagen, un personnage noble, torturé de jalousie et amoureux de Brünnhilde, jumeau malheureux de Siegfried dans cette production, s’entraîne sur un punching-ball quand Alberich survient et le rappelle à ses noirs desseins (puissant <strong>Olafur Sigurdarson).</strong> Après l’appel magnifique du cor dans la fosse, Siegfried s’explique auprès de la Gutrune de <strong>Gabriela Scherer,</strong> au chant bien orné dénotant la superficialité du personnage.<br />
Le chœur des vassaux répondra à l’appel extraordinaire du Hagen (avec ses « Hoïho » d’une tonalité très sombre, d’une puissance délectables). Le tableau est sobre, la pénombre servant le dramatisme de la scène. Deuxième et belle intervention du chœur des vassaux pour sommer Siegfried de jurer sur son honneur que Hagen a menti. Les imprécations de Brünnhilde, qui suivront, coupent le souffle. Elle a pris lentement conscience de l’oubli et de la trahison de son héros. Après des accents d’une impressionnante véhémence, la Walkyrie devenue femme révèle le défaut d’invincibilité de Siegfried et embrasse Hagen, dont le plan de vengeance et de mort est en train de réussir. Là sera la grandeur du misérable, alors que la noce de Gutrune et Siegfried offre des scènes de fête déjantée (vues cent fois ailleurs).<br />
De vieilles ondines aguicheuses au début de l’acte trois s’élancent après la sonnerie des cors de toute beauté. Mais les appels des Filles du Rhin restent lettre morte alors que Siegfried est en pleine partie de pêche. Le piège de Hagen (avec son breuvage rendant la mémoire) donnera l’occasion à <strong>Klaus Florian Vogt,</strong> un des plus merveilleux interprètes du rôle décidément, de nous offrir un récit fabuleux du passé de Siegfried, plein d’une allégresse puis d’un lyrisme qui suspendent le temps.<br />
La <em>Trauermarsch</em> est d’une très belle pâte, dont on savoure les coups fatals aux cordes graves et aux timbales, la solennité des trompettes et des cors. Quels pupitres ! Quel crescendo ! Nous voilà emportés sur les cimes de l’épopée. Un morceau de bravoure que réussit la cheffe australienne. La tragédie peut toucher à sa fin. Le Finale grandiose de l’immolation de Brünnhilde (« Starke Schreite ») témoignera encore des moyens colossaux de <strong>Catherine Foster</strong> (jusqu’aux hautes notes de sa tessiture) mais ne communiquera que peu d’émotions. Mise en scène dans un cul de basse fosse censé abriter le Rhin (un lieu ici réservé aux marginaux et aux maudits pourchassés depuis le début de l’acte), surmonté de barrières de chantier, Brünnhilde s’aspergera d’essence. Un geste qui ne signale guère l’humanité du personnage.<br />
Un mur parsemé de néons (le Walhalla) monte aux cintres en fond de plateau (Wotan s’est pendu) alors que la fosse flambe en un tutti éblouissant.<br />
L’enfant de Brünnhilde et Siegfried prend le chapeau texan de sa mère devant leurs cadavres. Incarne-t- elle l’espoir d’une victoire de l’amour sur le désir de puissance (sexuelle et matérialiste chez <strong>V. Schwarz</strong>) ? Pas vraiment, car elle ne sort pas de la fosse. Alors que la musique chante la paix retrouvée, la vidéo finale rime par antithèse avec celle du Prologue de <em>Rheingold.</em> Au terme de plus de quinze heures de musique les bébés s’enlacent tendrement dans l’utérus maternel. Grâce au sacrifice de Brünnhilde, les descendants d’Alberich et Wotan, de Hagen et Siegfried ne seront plus frères ennemis. Ce finale ouvre alors une échappée lumineuse : l’amour se conjugue au futur.</p>
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		<title>WAGNER, Die Walküre &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le rideau se lève sur la première journée du Ring après un prologue décevant hier. La Walkyrie s’ouvre sur un orchestre (aux cuivres un peu grinçants en cette fin d’après-midi encore chaude) censé figurer les éléments déchaînés et dont tous les pupitres semblent sous tranquillisants. Une impression qui durera jusqu’à la fin de l’acte II, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Le rideau se lève sur la première journée du Ring après un prologue décevant hier.<br />
La Walkyrie s’ouvre sur un orchestre (aux cuivres un peu grinçants en cette fin d’après-midi encore chaude) censé figurer les éléments déchaînés et dont tous les pupitres semblent sous tranquillisants. Une impression qui durera jusqu’à la fin de l’acte II, même si le violoncelle solo ravit l’oreille. Simone Young ralentit à l’excès les tempi, creuse lourdement les silences et retire à l’orchestre sa carrure franche, l’efficacité de son assise grave, l’expression de l’urgence d’une situation de crise dans la demeure de Hunding. On attendra en vain le crescendo tragique. Certes nombre d’échanges muets sont notés sur la partition mais il faut raison garder. Heureusement les chanteurs sont sensationnels. Le Hunding de <strong>Vitalij Kowaljow</strong> est inquiétant à souhait. Sa présence scénique comme son médium grave connotent parfaitement la sauvagerie idoine du personnage. Au lever du rideau il a d’ailleurs déjà mis enceinte Sieglinde dans un décor sordide (où une table à repasser rivalise avec une énorme racine qui évoque un radis noir géant ou une Ipieuvre). Si nous suivons <strong>Valentin Schwarz</strong>, Siegfried serait donc le fils du barbare Hunding. L’éternel thème des pères et des frères ennemis, malades, qui contaminent toute une descendance est bien pratique à reprendre quand on n’a pas grand chose à dire. La Sieglinde de <strong>Jennifer Holloway</strong> a la puissance et la classe des vraies <em>Dramatische Soprane</em> mais doit recourir un peu trop au vibrato dans la deuxième partie du duo formé avec Siegmund, celui de l’amour. Elle demeure une héroïne wagnérienne de haut vol car il lui faut affronter l’extraterrestre Siegmund de <strong>Michael Spyres</strong>. Son premier récit d’une vie vouée au malheur puis ses interminables « Wälse » dans « Ein Schwert verhiess mir der Vater » sont tout simplement incroyables. Le système de respiration de ce chanteur demeure une énigme, outre sa parfaite technique, sa déclamation d’une plénitude ronde, brillante, aux couleurs admirables sur toute sa (vaste) tessiture. Outre sa projection et sa puissance de <em>Heldentenor</em>, il incarne superlativement ce belcanto wagnérien si rarement rendu par ses collègues – avec toutes ces nuances, ces couleurs, ces émotions. Son Siegmund fait oublier les partis pris toujours aussi surprenants (pour ne pas dire plus) de la mise en scène : l’épée Notung est ici un revolver de pacotille et une lampe en forme de pyramide (déjà présente au Prologue) encombre les chanteurs – alors qu’un autre décor bourgeois aux rideaux bleu blanc rouge (tiens donc) descend des cintres, dessinant l’avenir plan plan en tant que couple des deux jumeaux de Wotan. La photo de Siegfried (ce serait la vraie photo de Klaus Florian Vogt adolescent) les accompagne.<br />
Le deuxième acte vérifie nos pires craintes. Wotan libidineux, incestueux (il descendra la petite culotte rose de Sieglinde à la fin de l’acte), corrupteur, fait rentrer de force dans la SARL familiale Brünnhilde la rebelle (elle arrive accoutrée en influenceuse au style disco et texan accompagnée par son assistant personnel Grane puis enfile le costume du Directoire de l’entreprise tendu par Fricka, autre âme noire dans cette vision schwarzienne). Avec les « Hoïotoho ! Heiaha ! Heïahaïa ! Hoïoho ! » (les allitérations et assonances les plus célèbres de l’art lyrique), le cri de victoire de la Walkyrie de <strong>Catherine Foster</strong> donne à entendre des vocalises certes dardées mais avec une montée prudente vers le contre-ut. Son débat et les mises au point avec le Wotan de <strong>Tomasz Konieczny</strong> (toujours sur la crête, entre incertitude de la tenue de la ligne et expressivité, quoi qu’il en soit impressionnant dans son rôle de monstre) nous semblera bien long. Idem quant au monologue de Wotan et son affrontement avec Fricka, au récitatif peu passionnant. Le retour du Siegmund de Michael Spyres face à Brünnhilde (très belle performance de Catherine Foster) dans la scène de la « Todesverkündigung » (ou annonce de la mort) enflamme enfin le plateau. Pendant que des domestiques nettoient l’argenterie dans la villa des ploutocrates (où veille toujours Fricka, une <strong>Christa Mayer</strong> quasiment déguisée en sapin de Noël, ayant ainsi révélé son tempérament avide), Sieglinde tente de s’avorter elle-même dans l’espace côté cour où les amants ont fui. Mais Siegmund est son gardien. Son refus du destin que lui a réservé son père restera lettre morte. Les musiciens de l’orchestre se révèlent brillants malgré la direction trop souvent soporifique de Simone Young. Peu de vertige ici hélas alors que cet acte des retournements et des renoncements devrait musicalement creuser le drame et emporter le spectateur.<br />
Et soudain un miracle s’accomplit. Un sublime troisième acte enflamme les cœurs et les esprits. Si les sœurs de Brünnhilde sont des bourgeoises sorties d’une clinique de chirurgie esthétique, signe de leur corruption dans l’univers de Wotan, la rebelle a retrouvé son costume de chanteuse rock en sauvant l’enfant de Sieglinde (cet enfant étant possiblement le fils de Wotan et non de Hunding si l’on en croit l’acte II).<br />
L’affrontement entre Wotan, soudain grand, avec sa fille, Catherine Foster extraordinaire Brünnhilde au chant d’airain et aux nuances émouvantes sur la scène nue de l’espace dévolu aux révélations, se hisse au niveau des plus beaux duos wagnériens. Tomasz Konieczny se révèle soudain immense, déchirant, réussissant à remplacer ce chant poitriné duquel il a jusqu’ici abusé pour livrer le plus beau des épanchements lyriques dans son adieu à cette fille, qui s’est libérée de son emprise malfaisante. Le baryton polonais transforme le plomb en or, fait de sa fragilité une force d’émotion rare, secondé par un orchestre idéal aussi. Tempi parfaits, superbe fondu-enchaîné des solistes (bois, cuivres, cor anglais), puis les profonds appels à Loge du feu transcendent la grossière vision de Valentin Schwarz. La grandeur tragique advient aussi dans la fosse.<br />
Seul élément positif de la proposition scénique : la couverture indienne qui couvrait les épaules de Freia dans « Rheingold » (gardienne de la jeunesse des dieux avec ses pommes d’or), passée par Siegmund sur les épaules de Sieglinde au deuxième acte de la Première journée, est donnée à Brünnhilde dans ce finale grandiose. La malédiction sera donc abolie par les femmes.</p>
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		<title>MOZART, Requiem &#8211; Dresde</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-requiem-dresde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Drôle d’endroit pour une rencontre : Mozart et Pärt réunis dans un même programme au Kulturpalast de Dresde. Ce bâtiment, inauguré en 1969, a été conçu par l’architecte Wolfgang Hänsch dans un style moderniste, typique de l’architecture de l’ex-RDA. Sa façade est ornée d’une fresque monumentale réalisée dans l’esprit de la propagande soviétique – faucille, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Drôle d’endroit pour une rencontre : Mozart et Pärt réunis dans un même programme au Kulturpalast de Dresde. Ce bâtiment, inauguré en 1969, a été conçu par l’architecte Wolfgang Hänsch dans un style moderniste, typique de l’architecture de l’ex-RDA. Sa façade est ornée d’une fresque monumentale réalisée dans l’esprit de la propagande soviétique – faucille, marteau, étoile rouge et autres joyeux symboles du régime le plus oppressif qui fut sous couvert de camaraderie et de justice sociale. Pourtant, au contraire de la plupart des bâtiments emblématiques de l’époque communiste en Allemagne de l’Est, le Kulturpalast ne fut pas détruit ou profondément transformé après la réunification mais modernisé. Lieu dédié dès l’origine à la culture, son rôle ne fut pas perçu comme propagandiste ; son intégration harmonieuse dans l’urbanisme de l’Altmarkt en faisait un bâtiment apprécié, y compris des architectes occidentaux. Une rénovation dirigée entre 2012 et 2017 par le cabinet von Gerkan, Marg und Partner, permit d’intégrer un auditorium de 1800 places doté d’une excellente acoustique, tout en conservant la structure originale du bâtiment – et sa fresque extérieure. Il abrite aujourd’hui plusieurs institutions culturelles majeures dont la Philharmonie de Dresde, un des piliers de la tradition symphonique allemande.</p>
<p>Autre institution musicale emblématique Outre-Rhin : le Dresdner Kreuzchor, un des chœurs de garçons les plus anciens et les plus renommés au monde : huit siècles d’existence ; 125 membres de 9 à 19 ans formés dès le plus jeune âge au sein de l’école Kreuzschule, qui combine éducation générale et formation musicale intensive. Bien que principalement connu pour ses interprétations de musique sacrée protestante, quelques œuvres catholiques majeures, comme le <em>Requiem</em> de Mozart, appartiennent à son répertoire.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RequiemDresde2-1294x600.jpg">© Huy Nguyen Quang</pre>
<p>Avouons-le :&nbsp; nous étions de prime abord sceptique quant à l’impact d’une version chorale exclusivement masculine sur la théâtralité du chef d’œuvre religieux de Mozart – l’amateur d’opéra, coutumier des drames implacables, tend à préférer une interprétation secouée de frissons et de larmes. De fait, l’absence de voix féminines et de voix de basse à la maturité affirmée émousse les contrastes nécessaires à la violence sauvage du « Dies irae » ou à la confrontation entre damnés et élus dans le « Confutatis maledictis ».</p>
<p>Mais ce que l’on perd en clair-obscur, en vérité crue et en intensité dramatique, on le gagne en ligne et en lumière. Enraciné dans la tradition protestante saxonne, le Kreuzchor offre au <em>Requiem</em> une sobriété et une intériorité influencées par des siècles d’interprétation de musique sacrée allemande. Précision, pureté d’intonation et homogénéité enrichissent l’interprétation des polyphonies complexes de Mozart. L’accord entre les quatre solistes, dominé par l’expressivité séraphique de la soprano – <strong>Katharina Konradi</strong> – et le choix d’une basse au timbre clair, proche du baryton – <strong>Krešimir Stražanac</strong> –, la direction mesurée de <strong>Martin Lehmann</strong> à la tête d’une Dresdner Philharmonie réduite à une vingtaine d’instruments, achèvent de convaincre du bien-fondé d’une autre approche, plus introspective.</p>
<p>Finalement, le plus déconcertant dans ce concert est l’insertion d’œuvres d’Arvo Pärt entre les différents numéros du Requiem. Ce saucissonnage veut marquer un double anniversaire : les 80 ans de la fin de la seconde guerre mondiale en Europe et les 90 ans du compositeur estonien. Deux événements sans rapport aucun, tout comme il existe peu de correspondances entre les musiques de Mozart et de Pärt. Le collage, réalisé sans autre transition qu’un court temps de silence, n’apporte rien à l’œuvre de l’un comme aux pièces de l’autre – au contraire. Mais il donne à apprécier la riche diversité de la musique occidentale dans sa quête de spiritualité, la versatilité de la Dresdner Philharmonie et l’excellence du Kreuzchor, admirable notamment par sa tenue et sa longueur de souffle dans « Peace Upon You Jerusalem ».</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MotetsBach-1294x600.jpg">© DR</pre>
<p>De l’imprégnation de la tradition luthérienne allemande dans le tissu musical saxon, une nouvelle preuve était donnée à la Frauenkirche le lendemain en matinée à travers l’interprétation de quatre motets de Bach, émaillée d’un sermon et de prières. <strong>Matthias Grünert</strong>, premier cantor de la Frauenkirche depuis sa reconstruction en 2005, dirigeait de main amoureuse le chœur – une petite trentaine d’artistes amateurs –&nbsp;accompagné par l’ensemble maison, composé de musiciens issus de la Staatskapelle et de la Philharmonie de Dresde. Entièrement détruite lors des bombardements de 1945 et reconstruite après la réunification grâce à des dons venus du monde entier dans une volonté de paix, de pardon et de dialogue œcuménique entre les peuples, l’église accueille une fondation qui propose une centaine de concerts par an – en 2025 une attention particulière est portée à Bach pour le 275e anniversaire de sa mort. C’est ainsi que la Frauenkirche se pose en symbole de réconciliation dont la musique se fait le porte-parole. Messe ne saurait être mieux dite.</p>
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		<title>J.S. Bach &#8211; St.Matthew Passion</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/js-bach-stmatthew-passion-une-passion-selon-saint-matthieu-recueillie-et-forte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Apr 2021 04:30:55 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, Stuttgart a confirmé son rôle majeur pour ce qui relève de la musique chorale (une brève recherche permet de découvrir que 51 chœurs y travaillent, dont les plus prestigieux). Helmuth Rilling fonda la Gächinger Kantorei dès 1954, Frieder Bernius son Kammerchor en 1968. Après avoir travaillé à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, Stuttgart a confirmé son rôle majeur pour ce qui relève de la musique chorale (une brève recherche permet de découvrir que 51 chœurs y travaillent, dont les plus prestigieux). Helmuth Rilling fonda la <em>Gächinger Kantorei</em> dès 1954, Frieder Bernius son <em>Kammerchor</em> en 1968. Après avoir travaillé à Dresde et à Berlin (<em>RIAS Kammerchor</em>), <strong>Hans-Christoph Rademann</strong> a succédé en 2013 au premier, qui avait enregistré sept fois cette Passion. En 2005, il la dirigeait à son tour dans une version chorégraphiée, qui avait suscité quelques controverses. De cette expérience audacieuse, outre son chœur et son ensemble, il retient deux des solistes (<strong>Benedikt Kristjansson</strong> et <strong>Krešimir</strong><strong> Stražanac</strong>), auxquels il adjoint <strong>Peter Harvey</strong> (le Christ), familier de Gardiner, certainement l’une des basses spécialistes de la partition, qu’il a fréquemment enregistrée. Les trois autres sont jeunes et enregistrent cette œuvre pour la première fois en tant que solistes. <strong>Patrick Grahl</strong> (l’Evangéliste) fut formé au <em>Thomanerchor</em> avant de prendre son envol auprès des plus grands chefs. <strong>Isabel Schicketanz</strong>, soprano, a suivi Hans-Christoph Rademann depuis Dresde où elle chantait sous sa direction. <strong>Marie Henriette Reinhold</strong>, mezzo également jeune, a fait ses classes aux meilleurs endroits pour aborder cette Passion.</p>
<p>La double tribune de la <em>Thomaskirche</em> (détruite en 1895) donna certainement à Bach l’idée de faire dialoguer les deux groupes. Il aurait pu rassembler une soixantaine de musiciens à cette occasion. Là où Joshua Rifkin, Paul Mc Creesh ou Sigiswald Kuijken se contentent de huit chanteurs pour les deux chœurs, Hans-Christoph Rademann croit sage de conserver les effectifs adoptés par la plupart de ses prédécesseurs et contemporains : trois par partie, à l’exception des sopranes (quatre). Comme nombre de ses confrères, le chef choisit de confier la partie d’alto à une femme ; de la même manière, il se conforme à l’usage en faisant chanter le cantus firmus à un troisième chœur de sopranos, alors que c’est aux orgues que le manuscrit autographe le faisait exécuter. Pourquoi pas ? Le chœur d’ouverture avance, clair, lisible, plein. Les récitatifs sont accompagnés à l’orgue. Les premiers chœurs de <em>turba</em>, vocalement admirables, surprennent par leur relative sagesse, alors que c’est une protestation de la foule. La progression est délibérée pour culminer à la scène précédant la crucifixion.</p>
<p>A la différence de Harnoncourt ou de Gardiner, qui soulignent le drame de façon quasi opératique, Hans-Christoph Rademann opte pour le cadre liturgique. Ce n’est pas à un oratorio de concert qu’il nous convie, mais à une célébration religieuse, dans la plénitude de son sens, avec ses accents pathétiques, sa vie intense comme sa méditation, son intériorité, sa ferveur (le récitatif du ténor « Mein Jesus schweigt » le traduit parfaitement, là où les ponctuations aux harmonies tourmentées sont souvent forcées, nous sommes ici dans la douceur, plane et désolée). Les enchaînements sont fluides et le modelé des chorals, exemplaire. Ainsi le « Wenn ich einmal soll scheiden » (n°60), qui précède le déchirement du voile du temple, est le plus recueilli que nous ayons jamais écouté. Le continuo est assuré avec un soin tout particulier (cf les n°40 et suivants). Cette Passion « est toujours propre à nous donner le courage nécessité par notre vie quotidienne » écrit le chef pour expliciter sa démarche.</p>
<p>Instrumentistes (tous exemplaires) comme chanteurs, chacun des interprètes y est pleinement engagé, enthousiaste : la réalisation est irréprochable pour ce qui relève de la conduite des parties, en illustration constante du texte de Picander. La précision, la lisibilité comme l’homogénéité sont admirables. Les tempi sont soutenus, sans forcer les contrastes. Les modelés de certains chorals peuvent surprendre où le chef souligne à dessein. « O Schmerz » que chante le ténor avec le chœur traduit parfaitement ses intentions. Le continuo est scandé pianissimo, les incises du chœur, piano, pour que le récit de Benedikt Kristjansson prenne tout son sens. Il en va de même dans l’aria qui suit. Le duo avec chœur «So ist mein Jesus nun gefangen » (n°33 de la partition) atteint une plénitude céleste, sitôt rompue par l’orage vocal, instrumental, animé à souhait.</p>
<p>Le plus sollicité, Peter Grahl – l’Evangéliste – voix claire et toujours intelligible, est un conteur captivant, d’une aisance magistrale dans tous les registres. Malgré quelques préventions (dépourvues de toute misogynie) relatives à l’usage d’une voix de femme pour la partie d’alto, la préférée du Cantor, force est de reconnaître la réussite de Marie Henriette Reinhold. Toutes les qualités d’émission, de timbre, de conduite et – surtout – d’intelligence du texte musical sont bien là. Chacune de ses interventions réjouit, « Erbarme dich » tout particulièrement. « Blute nur », nous permet de découvrir Isabel Schicketanz, soprano aux couleurs séduisantes, fraîches. Le récit qui suit, avec le chœur des disciples et la voix du Christ, est pleinement convaincant. C’est peut-être dans le « Aus Liebe will mein Heiland sterben », avec les deux hautbois da caccia et le traverso que le sommet est atteint. Le Christ de Peter Harvey, noble, sensible, est bouleversant. Quant à Krešimir Stražanac, ses arias sont exemplaires et témoignent de sa familiarité à l’œuvre de Bach. Issus du chœur, aucun des autres solistes ne démérite.</p>
<p>On pouvait redouter des chanteurs de la <em>Gächinger Kantorei</em> une sorte d’usure, de routine, tant ils ont chanté de fois cette œuvre. Il n’en est rien et l&rsquo;ensemble confirme toutes ses qualités patiemment développées depuis des décennies. Il n’est que d’écouter une seule mesure – le « Barabbam » de la seconde partie – pour en être pleinement convaincu. Hans-Christoph Rademann en tire le meilleur parti et le sculpte à toutes ses exigences.</p>
<p>Cet enregistrement s’ajoute à une très longue liste de gravures de ce chef-d’œuvre (on approche les 300). A l’audition, on oublie le « à quoi bon ? », un peu blasé, qui la précédait. Cette seconde réalisation de Hans-Christoph Rademann, à laquelle il imprime sa marque, se situe parmi les réussites les plus cohérentes, les plus abouties. La restitution s’avère exceptionnelle par la présence de chacun comme par la spatialisation des ensembles.</p>
<p>L’enregistrement, sans coupure aucune, tient sur deux CD. La plaquette d’accompagnement comporte les textes de présentation en allemand et en anglais. Par contre, le livret n’est pas traduit.</p>
<p> </p>
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		<title>Haydn par Philippe Herreweghe à Bruxelles : un miracle d&#8217;équilibre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/haydn-par-philippe-herreweghe-a-bruxelles-un-miracle-dequilibre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Mar 2016 13:38:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A la tête de son chœur, le Collegium Vocale Gent, de son orchestre, celui des Champs-Elysées, et d’une brochette d’excellents jeunes solistes, (Sarah Wegener, expressive, Marie-Henriette Reinhold, suave, Robin Tritschler, particulièrement poétique et David Soar, impressionnant), Philippe Herreweghe a donné au Palais des Beaux Arts de  Bruxelles sa vision des Sieben letzte Worte unseres Erlösers &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A la tête de son chœur, le Collegium Vocale Gent, de son orchestre, celui des Champs-Elysées, et d’une brochette d’excellents jeunes solistes, (<strong>Sarah Wegener</strong>, expressive, <strong>Marie-Henriette Reinhold</strong>, suave, <strong>Robin Tritschler</strong>, particulièrement poétique et <strong>David Soar</strong>, impressionnant), <strong>Philippe Herreweghe</strong> a donné au Palais des Beaux Arts de  Bruxelles sa vision des <em>Sieben letzte Worte unseres Erlösers am Kreuze</em> de Haydn (Hob XX-2, version de 1796). Ainsi servie par des instruments originaux et un des meilleurs chœurs européens, cette autre musique de la passion paraît à la fois plus juste et plus émouvante que dans les versions « classiques », où une telle succession d’adagios finit généralement par lasser l’auditeur.</p>
<p>Donnée sans pause ni interruption, comme ramassée sur elle même, l’œuvre nous a semblée plus dense, plus intense que d’habitude. L’âpreté du son, le relief particulier des instruments anciens et la très grande homogénéité des voix (tant solistes que choristes) ont contribué aussi à donner une vision parfaitement claire et lumineuse, très lisible de la partition, miracle d’équilibre, où chacun est exactement à sa place, à l’écoute des autres et au service de l’œuvre, sans surenchère aucune, comme seul le regretté Harnoncourt avait réussi à le faire dans sa version parue chez Teldec en 1992.</p>
<p>A quand un enregistrement ?</p>
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