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	<title>Philippe-Nicolas MARTIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Philippe-Nicolas MARTIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>GOUNOD, Roméo et Juliette &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La soirée commence avec l’annonce du décès de José van Dam par le Directeur de la maison qui, après un bref hommage, dédie le concert à la mémoire du baryton disparu. Ce concert, coproduit par le Théâtre des Champs-Élysées et Les Grandes Voix, réunit une distribution globalement homogène notamment pour les seconds rôles remarquablement tenus. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La soirée commence avec l’annonce du décès de José van Dam par le Directeur de la maison qui, après un bref hommage, dédie le concert à la mémoire du baryton disparu. Ce concert, coproduit par le Théâtre des Champs-Élysées et Les Grandes Voix, réunit une distribution globalement homogène notamment pour les seconds rôles remarquablement tenus. <strong>Maurel Endong</strong> et <strong>Abel Zamora</strong> campent leurs personnages avec conviction et des moyens adéquats. Notons l’intervention convaincante de <strong>Matthieu Gourlet</strong> au début du cinquième acte. Doté d’une voix bien projetée, le Pâris de <strong>Yuriy Hadzetskyy</strong> ne passe pas inaperçu. <strong>Julien Ségol</strong> possède l’autorité qui convient au Duc de Mantoue, dommage que sa voix au medium sonore, plafonne dans l’aigu. <strong>Marc Barrard</strong> interprète le père Capulet avec sa bonhommie coutumière. <strong>Marie-Ange Todorovitch</strong> tire son épingle du jeu dans le rôle de Gertrude grâce à son timbre cuivré qui a conservé son volume, et une diction exemplaire. Le rôle du page est impeccablement servi par <strong>Éléonore Pancrazi</strong> qui se montre tour à tour espiègle et téméraire. Son air « Que fais-tu blanche tourterelle » est chanté avec goût et des ornementations précises, mais pourquoi n’a-t-elle eu droit qu’à un seul couplet ? Dès son entrée en scène, <strong>Léo Vermot – Desroches</strong> capte durablement l’attention. Le ténor possède une belle présence, un timbre séduisant et une ligne de chant d’une bonne tenue, au point que l’on regrette que son rôle ne soit pas plus développé. <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong> s’inscrit d’emblée dans la lignée des Mercutio qui ne laissent pas indifférent. Son air de la reine Mab est chanté avec une précision et une vélocité exemplaires. <strong>Paul Gay</strong> est un Frère Laurent de grande classe. Sa voix large et profonde convient idéalement à ce personnage solennel et foncièrement bon.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Romeo-et-Juliette-19-fevrier-2026-Theatre-des-Champs-Elysees-c-Tom-Gachet-16-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-208730"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Tom Gachet</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Kathryn Lewek</strong> et <strong>Charles Castronovo</strong> forment un couple parfaitement idoine sur le plateau, leur allure, leurs regards, leurs gestes de tendresse sont tout à fait en situation, en revanche leurs voix peinent à s’accorder harmonieusement. Le rôle de Roméo est-il encore adapté aux moyens actuels du ténor ? En début de soirée, la voix a paru engorgée dans le medium avec un aigu souvent négocié en force, notamment dans la dernière partie de son air « Ah ! Lève-toi, soleil ! ». D’autre part Castronovo évite prudemment de lancer le contre-ut, certes non écrit, à la fin du quatrième acte. Fort heureusement, son cinquième acte, tout à fait émouvant, lui vaut d’être copieusement applaudi au salut final. Contrairement à lui <strong>Kathryn Lewek</strong> s’est montrée parfaitement à l’aise sur toute l’étendue de sa tessiture dès son entrée en scène. On ne sait qu’admirer le plus, ses aigus brillants émis avec une facilité déconcertante, son medium pulpeux, la précision de ses vocalises dans son air du premier acte ou les infinies nuances dont elle parsème sa ligne de chant. Au quatrième acte elle livre un air dit « du poison » absolument spectaculaire avec une véhémence inouïe et des graves sonores, qui lui vaut une longue ovation bien méritée. Saluons également les belles interventions des chœurs, toujours en situation, préparés avec soin par <strong>Frédéric Pineau</strong>. Au pupitre, <strong>Clelia Cafiero</strong> propose une direction élégante et sobre, respectueuse des chanteurs. Toujours attentive à l’équilibre entre voix et orchestre, elle met en valeur le lyrisme des duos d’amour et souligne avec efficacité, mais sans effets gratuits, le dramatisme de l’air du poison.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-paris-tce/">GOUNOD, Roméo et Juliette &#8211; Paris (TCE)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>SAINT-SAËNS, Samson et Dalila &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-samson-et-dalila-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Donnée à Kiel en octobre 23, pour 12 représentations durant la saison, cette production de Samson et Dalila renvoie aux conditions de la création de l’ouvrage. En effet, créé à Weimar (1), où le projet d’oratorio avait fait place à un ambitieux opéra biblique, il ne fut donné en France (Rouen, puis Paris) qu’en 1890. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Donnée à Kiel en octobre 23, pour 12 représentations durant la saison, cette production de <em>Samson et Dalila</em> renvoie aux conditions de la création de l’ouvrage. En effet, créé à Weimar (1), où le projet d’oratorio avait fait place à un ambitieux opéra biblique, il ne fut donné en France (Rouen, puis Paris) qu’en 1890. La « profanation » d’un épisode biblique fut sans doute la première raison de la réticence des scènes françaises à le monter (2), il y a aussi le souvenir douloureux de la Commune, alors que l’opéra exalte la révolte qui libère de l’oppresseur&#8230; <em>Samson</em> n’était pas reparu à Saint-Etienne depuis 2008. Il était donc temps de le retrouver. De cette extraordinaire soirée, on retiendra beaucoup d’éléments. D’abord une mise en scène résolument distanciée, où toute l’équipe fait un, affûtée. Elle captive, toujours esthétique et efficace, et fait oublier les quelques faiblesses vocales ou l’incarnation inaboutie de telle ou tel personnage.</p>
<p>Trois noms à retenir, déjà : ceux de <strong>Immo Karaman</strong>, de <strong>Guillaume Tourniaire</strong> et de <strong>Laurent Touche</strong>, auxquels on doit l’excellence de la mise en scène, de la direction musicale et des chœurs. Le premier, inconnu de nos scènes, nous vaut, avec son équipe, un spectacle aussi éblouissant que captivant. La mise en scène, les décors, costumes et éclairages, comme la vidéo nous viennent d’Outre-Rhin, comme déjà dit. Et c’est un choc. Heureusement oubliés le peplum façon Cecil B. de Mille, comme la dernière contextualisation avignonnaise. Cependant, sans outrances, la force, l’énergie, l’orientalisme sensuel sont traduits de façon efficace auxquels concourent, le dépouillement, la pureté des lignes, une beauté plastique qui ne se démentiront jamais. Chaque tableau est un régal. Les images de « L’aube qui blanchit déjà les coteaux », suivies de la bacchanale, puis de la figuration du temple avant son écroulement resteront longtemps gravées dans la mémoire des auditeurs.</p>
<p>Le Prélude, accablé, retenu, intensément dramatique, voit se lever très lentement le rideau de scène sur un espace dépouillé à l’extrême, dont le chœur (des Hébreux), aux costumes uniformes et noirs, forme le bloc central, géométrique, qui s’animera, individuellement, au fil des progressions. La gestique, la direction d’acteur seront un des points forts de cette production, qui associe, fusionne, dix danseurs avec les chanteurs. Les lumières, très travaillées, et des vidéos occasionnelles, pertinentes, suggestives, participent à la beauté et à l’émotion visuelle. Atteignant au grandiose et au sublime, loin du réalisme (3) comme de l’anecdote, cette passionnante mise en scène, intemporelle, de portée universelle, témoigne du métier le plus sûr et il serait dommage que sa diffusion s’arrête au terme des représentations stéphanoises.</p>
<p><strong>Guillaume Tourniaire</strong> impose une direction exemplaire et efficace : l’orchestre et le chœur – préparé avec art par <strong>Laurent Touche</strong> – seront captivés et donneront le meilleur d’eux-mêmes, animés, clairs, avec la plus large palette expressive. Malgré la complexité de l’écriture, des enchaînements, des mouvements scéniques, toujours la musique nous fascine par sa beauté et son expression dramatique. Les nuances extrêmes, les progressions, les équilibres sont ménagés avec art, les voix connaissent le plus bel écrin. Les effluves de la nuit orientale du II, que seules la musique et la chorégraphie illustrent ce soir, sont un bonheur.</p>
<p>Un large bandeau tombant des cintres s’incurve vers la salle. Modelé par les éclairages et la vidéo, il constituera l’élément permanent des trois actes, le deuxième esquissant la silhouette d’une maison, qui abritera la scène de séduction de Dalila ravissant la chevelure de Samson, puis un étagement de sept fenêtres sur cinq niveaux, qui se réduira à celles de sa base avant l’effondrement du temple. L’opposition du noir et du blanc domine, déclinée sous toutes ses formes, décors et costumes, avec des éclairages qui, avec la vidéo, servent merveilleusement le propos.</p>
<p>La distribution, totalement nouvelle, francophone, se signale par son engagement, mais ne tient pas toutes ses promesses. Samson, que chante pour la première fois <strong>Florian Laconi, </strong>nous laisse un peu sur notre faim. L’envergure n’est pas celle d’un héros, prophète et meneur, avec ses faiblesses et sa fragilité. Les moyens semblent amoindris, et l’engagement indéniable de notre ténor ne les supplée pas. Le souffle n’a plus la longueur attendue, un vibrato démesuré altère tout soutien et toute projection, les aigus à l’arraché sont douloureux. Il n’y a que dans la plainte, dans les demi-teintes, au dernier acte que le chant se fait émouvant. Même sans meule, l’air correspondant bouleverse. L’humanité douloureuse de Samson se traduit essentiellement par un jeu convaincant.</p>
<p>Dalila, un des rôles les plus exigeants, les plus lourds du répertoire lyrique, appelle des qualités peu communes. Il se construit sur le temps.<strong> Marie Gautrot</strong>, après l’avoir incarnée en Avignon, la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-samson-et-dalila-avignon/">saison passée</a>, confirme l’opulence du timbre, ensoleillé, l’émission arrogante et l’aisance constante. La voix est longue et souple. Bien sûr, « Mon cœur s’ouvre à ta voix », qui a largement contribué au succès de l’ouvrage, appelle les acclamations du public. Ses deux duos avec le Grand-prêtre atteignent à une vérité dramatique et musicale peu commune. Petite réserve, le jeu de la séductrice ambiguë ne convainc pas toujours : la sensualité reste en-deçà des attentes, particulièrement dans les scènes où elle est accompagnée par les danseurs.</p>
<p>Le Grand prêtre de Dagon, en dehors des deux grands duos signalés, n’a qu’un air (« Maudite soit à jamais la race »). <strong>Philippe-Nicolas Martin </strong>impressionne par son autorité, sa puissance et son style. Une belle leçon de chant comme on l’aime. Les deux basses de la distribution (le satrape de Gaza, Abimélech, et le Vieillard hébreu) n’appellent que des éloges. L’un de nos chanteurs les plus prometteurs, <strong>Alexandre Baldo</strong>, le premier, malgré la brièveté de son intervention, s’impose dès son récit « Qui donc élève ici la voix ? » qui l’oppose à Samson. La qualité du chant, de la diction, de l’expression méprisante impressionne, et il s’impose comme le vainqueur &#8211; vocal – de l’affrontement. L’intervention de <strong>Louis Morvan</strong>, le vieillard hébreu, préparée par le chœur des basses à l’unisson, est un moment de félicité radieuse. Les deux Philistins, le messager n’appellent que des éloges.</p>
<p>Le chœur, tour à tour des Israélites, des vieillards hébreux, puis des Philistins, est sollicité abondamment. Non seulement la mise en place relève de la perfection, mais l’émission, l’intelligibilité, la dynamique nous ravissent. Une grande et magnifique soirée, forte en émotions, qui n’aura laissé personne indifférent : les longues ovations en témoignent.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) « sans Liszt [qui stimula son écriture et le créa à Weimar], <em>Samson</em> n’existerait pas » disait Saint-Saëns. 
(2) Encore qu’en 1743, mais on était en pays anglican, le public londonien avait fait un triomphe au <em>Samson</em> de Haendel, oratorio si proche de l’opéra qu’on le porte régulièrement à la scène. 
(3) Malgré la dimension intemporelle et universelle du message délivré, comment ne pas penser au drame qui, de nouveau, se joue actuellement à Gaza ?</pre>
</li>
</ul>
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		<item>
		<title>BIZET, Portrait</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/bizet-portrait/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À l’instar de Massenet et Gounod, Bizet pourrait être ramené à une œuvre unique : Carmen. Si l’opéra a assuré au compositeur une place désormais incontournable dans la sphère lyrique, elle a, paradoxalement, relégué dans l’ombre la part la plus importante d’une production par ailleurs foisonnante. C’est donc au départ d’un manque que le Palazetto Bru &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">À l’instar de Massenet et Gounod, Bizet pourrait être ramené à une œuvre unique : <em>Carmen</em>. Si l’opéra a assuré au compositeur une place désormais incontournable dans la sphère lyrique, elle a, paradoxalement, relégué dans l’ombre la part la plus importante d’une production par ailleurs foisonnante. C’est donc au départ d’un manque que le Palazetto Bru Zane a conçu le sixième livre-disque de sa collection « portraits », consacré à Bizet.</p>
<p style="font-weight: 400;">Si l’objectif de mettre en lumière l’œuvre oubliée du compositeur est, en lui-même, louable, la manière dont cette ambition est traitée l’est peut-être encore davantage. Car à travers quatre disques et quelques textes, c’est un parcours tout entier que l’on esquisse et c’est, plus largement, un processus tant historique qu’institutionnel que l’on comprend un peu mieux. Les titres des textes suffisent à donner une idée du chemin emprunté : après quelques pages consacrées à « Un Bizet volé ? » (volé par Carmen évidemment – on lui aura décidément attribué tous les vices), <strong>Alexandre Dratwicki</strong>  nous emmène dans « L’aventure du prix de Rome ». C’est alors une époque que l’on touche du doigt. Pour goûter aux délices romains de la villa Médicis, les candidats-résidents devaient présenter plusieurs pièces pour espérer accéder à l’épreuve de la cantate. Malgré une première tentative infructueuse, le jeune Bizet s’obstine : il passe deux années à préparer sa prochaine tentative sous la direction d’Halévy. De ces années de travail, on garde une partition intégralement écrite et orchestrée par Bizet : <em>Le retour de Virginie </em>(vers 1855), composé sur le livret d’Auguste Rollet (adapté de Bernardin de Saint-Pierre) qui fut imposé pour l’épreuve de la cantate en 1852 (Léonce Cohen remportait alors le prix de Rome devant Camille Saint-Saëns). L’enregistrement proposé ici est inédit et la création de l’œuvre ne l’est pas moins puisque même Bizet ne l’avait jamais entendue exécutée. Après un second prix de Rome en 1856 avec <em>David</em>, Bizet touche enfin le graal avec <em>Clovis et Clotilde</em> (1857). Une fois à Rome, le compositeur doit rendre des comptes à une administration culturelle qui entend veiller à la productivité de ses pensionnaires. « Ode-symphonie » pour <em>soli</em>, chœur et orchestre, <em>Vasco de Gama</em> est l’une de ces productions. Créée à Paris en 1863, l’œuvre est ici portée au disque pour la première fois.</p>
<p style="font-weight: 400;">Avec son texte sur « Bizet et les salons parisiens », <strong>Hector Cornilleau</strong> met au jour un pan de la production du compositeur peut-être particulièrement confidentiel. Car si, outre <em>Carmen</em>, on avait retenu <em>Les Pêcheurs de perles</em> et quelques œuvres orchestrales, les œuvres de salon – musique pour piano et mélodies – demeurent encore largement, sinon totalement, inconnues. <strong>Étienne Jardin</strong> clôt ce parcours dans l’œuvre du compositeur avec des pages dédiées à un opéra certes pas inédit au disque mais encore trop méconnu : <em>Djamileh</em>. La partition comprend ce qui fera le « style » Bizet : thèmes orientaux dans les livrets comme les partitions, exigence vocale et grande sensibilité lyrique.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’ensemble des textes – comme des livrets reproduits en fin d’ouvrage – est traduit en anglais.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’intérêt musical des œuvres enregistrées est variable mais, sur le plan documentaire, il est certain que l’ouvrage constitue désormais un incontournable. Et le Palazetto Bru Zane – comme de coutume – s’est donné les moyens de ses ambitions puisque l’on retrouve ici ce que le chant français a de meilleur en terme d’interprètes : <strong>Cyrill Dubois</strong>, <strong>Adèle Charvet</strong>, <strong>Isabelle Druet</strong>, <strong>Mélissa Petit</strong>, <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong>, <strong>Reinoud Van Mechelen</strong>, pour n’en citer que quelques-uns. <strong>François-Xavier Roth</strong>, <strong>David Reiland</strong>, <strong>Ben Glassberg</strong> et <strong>Julien Chauvin</strong> dirigent respectivement <strong>Les Siècles</strong>, <strong>l’Orchestre national de Metz Grand Est</strong>, <strong>l’Orchestre national de Lyon</strong> et <strong>Le Concert de la Loge</strong>. L’ensemble est d’excellente facture, même si l’on regrette ça-et-là quelques <em>tempi</em> encore poussifs et certains penchants pour le pathétique – mais sans doute est-ce davantage le fait des partitions que de choix d’interprétation délibérés.</p>
<p style="font-weight: 400;">On termine d’écouter cet ensemble passionnant tout de même renforcé dans l’idée qu’il n’est peut-être pas injustifié que Bizet soit effectivement d’abord le compositeur de <em>Carmen</em>. Sans verser dans l’absurde des hiérarchies, il est certain que <em>Carmen </em>offre une efficacité dramaturgique, une dynamique chorale et une inventivité orchestrale que l’on ne retrouve que par touches dans les œuvres enregistrées ici. Peut-être parce qu’elles demandent encore à être travaillées car, à sa résurrection, une œuvre a finalement encore tout à révéler. Pour une <em>Bizet Resurrection</em> ?</p>
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		<item>
		<title>BIZET, Les pêcheurs de perles &#8211; Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-dijon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Mar 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’intrigue est connue et on ne la rappellera pas, tant il est devenu fréquent maintenant de donner Les Pêcheurs de perles. Le parti pris de transférer l’action à Paris lorsque Bizet assiste à la construction du Palais Garnier est audacieux, puisqu’il distancie l’Océan indien et son exotisme. L’idée, intellectuellement séduisante, concourt-elle à l’efficacité dramatique ? &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’intrigue est connue et on ne la rappellera pas, tant il est devenu fréquent maintenant de donner <em>Les Pêcheurs de perles</em>. Le parti pris de transférer l’action à Paris lorsque Bizet assiste à la construction du Palais Garnier est audacieux, puisqu’il distancie l’Océan indien et son exotisme. L’idée, intellectuellement séduisante, concourt-elle à l’efficacité dramatique ? En accédant à son siège, le spectateur découvre, projetée sur le rideau de scène, une mer toujours recommencée, à laquelle on se laisse bercer, promesse bienvenue de voyage. Bien avant que les lumières déclinent, une sourde rumeur, des voix confuses, des martèlements, des sabots de cheval sur le pavé anticipent la vision d’un chantier du futur Opéra. Pourquoi pas ? sauf qu’après plus d’un quart d’heure à subir ce bruitage devenu pénible (1), on aspire au silence puis à la musique. Le livret ne mérite pas l’indignité dont il est encore parfois frappé. Les personnages sont attachants, sensibles, pour un drame profondément humain.</p>
<p>Avec son équipe de prédilection,<strong> Mirabelle Ordinaire</strong> (2) signe là une création originale. Le décor, unique pour les trois actes enchaînés, réserve le côté jardin à l’intérieur de l’appartement où le compositeur écrit sa nouvelle œuvre : un piano droit, une table de travail, un poêle suffisent. Le vaste espace restant est occupé par des échafaudages, supposés en bambou, avec une publicité contemporaine (pour le thé de Ceylan) qui masque momentanément le mirador (le rocher) où officiera Nourabad, et où Leïla sera rejointe par Nadir (3). Des éclairages recherchés et quelques accessoires suffiront au déroulement de l’action. Les toits de Paris, en contrebas, dessinent une frise en fond de scène (4). Ils disparaitront lors de l’embrasement spectaculaire du village qui permettra à Nadir et Leïla de fuir.</p>
<p>La beauté visuelle de la réalisation, de son décor et des éclairages – particulièrement tout le dernier acte – emporte l’adhésion. Les costumes – bien que relevant du Paris fin de siècle, bourgeois (Bizet-Zurga et Nadir, chef de chantier) comme populaire (le chœur des corps de métier en charge de la construction), mais aussi d’un Ceylan fantasmé (Nourabad et Leïla) – sont d’une belle harmonie. Mais c’est encore la direction d’acteur, fouillée, du soliste au plus humble chanteur ou acrobate, qui suscite le plus d’admiration. Ainsi, attendait-on le chœur dansé (« Ardente liqueur ») qui ouvre le dernier tableau. Une gestique simple, naturelle et efficace des choristes, accompagne les trois acrobates dont les évolutions traduisent bien le caractère farouche. Ainsi est introduit le sacrifice. Leur intégration au spectacle, auquel ils prennent idéalement part (les scènes d’affrontement ou de combat, notamment), participe à sa réussite.</p>
<pre><img decoding="async" class="wp-image-185447 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR9061-Pecheurs-de-perles-Opera-de-Dijon-c-Mirco-Magliocca.jpg" alt="" width="559" height="839" /> Leïla (Hélène Carpentier) entre ses geôliers (artistes circassiens) © Mirco Magliocca/Opéra de Dijon</pre>
<p>La distribution, homogène, est une nouvelle démonstration de la bonne santé du chant français. Leïla, la vestale voilée, ne se départit guère de sa raideur physique pour traduire toute la sensualité de son amour pour Nadir. Plus résolue que mélancolique et douce, ce n’est pas la jeune vierge immature que l’on entend souvent. Pour sa prise de rôle, la voix d’ <strong>Hélène Carpentier</strong>, colorée, au riche medium, souple dans ses vocalises, aux trilles aériens, d’une parfaite diction, fera l’unanimité : un grand soprano lyrique. Sa cavatine « Me voilà seule dans la nuit », avec les contrepoints de la clarinette et du cor, est expressive, comme on l’aime. Les accents héroïques qu’elle trouve dans sa volonté de se sacrifier pour sauver Nadir sont justes. Après le spectacle, on apprend que la voix des deux amis était affectée de problèmes laryngés. Ce qui nous rassure, car, effectivement, particulièrement pour <strong>Julien Dran</strong>, déjà apprécié dans le rôle de Nadir, la prestation accusait quelques limites. Attendue, la ravissante romance de Nadir, au charme caressant, sentait parfois l’effort, ce qui s’explique. En dehors de cette réserve, le style est bien là, l’énergie comme la délicatesse. L’élan, l’exaltation sont traduits avec intelligence. Même si, dramatiquement, les incertitudes du compositeur tout à l’écriture de l’ouvrage ne font pas toujours bon ménage avec l’autorité impérieuse du chef qu’incarne Zurga, l’homme du devoir est sans doute le plus attachant des personnages. Incarnant Bizet comme Zurga, <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong> a fréquemment chanté ce dernier et en a approfondi les évolutions. La voix est ample, généreuse, aux solides graves et au medium ductile. Le timbre est riche, le legato contrôlé et la déclamation souveraine. Son art des demi-teintes est assuré pour un chant exemplaire. L’émotion culmine avec son air « O Nadir, tendre ami », accablé, tourmenté et suave. Un Nadir au zénith. <strong>Nathanaël Tavernier </strong>a la voix et la stature idéales pour camper un Nourabad remarquable. L’émission est sonore, impérieuse, toujours intelligible. En pleine possession de ses moyens, c’est maintenant une basse avec laquelle il faut compter.</p>
<p>Les duos, comme les ensembles sont parfaitement réglés, équilibrés, un régal musical. « O Nadir, tendre ami » (5) nous touche, mais c’est peut-être celui entre Zurga et Leïla, au troisième acte, où elle l’implore puis le défie, que l’on préfère, par la vérité du chant et du jeu de chacun.</p>
<p>Le chœur, remarquablement préparé, confirme ses qualités musicales, comme son engagement dramatique, particulièrement dans le dernier tableau. Sans doute attendait-on des pêcheurs moins policés, plus farouches et rudes à leur première apparition, mais cela n’altère ni l’action, ni le chant. Le chœur dansé (« Dès que le soleil&#8230; ardente liqueur&#8230; ») et tout le finale sont pleinement réussis.</p>
<p>L’orchestre Dijon-Bourgogne, dirigé par <strong>Pierre Dumoussaud</strong>, trouve sans peine les couleurs, les accents de cette musique. Chambriste comme tumultueux, retenu, mystérieux comme déchaîné, l’orchestre, dont les soli sont fort bien conduits, ne pêche, ponctuellement, que par des cuivres exagérément dominateurs. La tempête sur laquelle s’achève le deuxième acte est un beau moment, comme les préludes des actes extrêmes.</p>
<p>Même si nous avons été privés de la moiteur tropicale, des senteurs épicées, c’est à un beau spectacle, raffiné, efficace et intelligent que nous avons assisté. Le public, chaleureux, ne s’y est pas trompé.</p>
<pre>(1) Le lever de rideau s’effectuera avec un quart d’heure de retard... Ces bruitages réapparaîtront entre les actes. 
(2) On lira par ailleurs, et avec intérêt, les réponses que la talentueuse metteuse en scène a bien voulu nous faire, avant le spectacle.
(3) L’échelle que portera Nadir pour accéder à la plateforme invite au sourire. On n’est pas loin du grotesque... 
(4) Un moment on aurait pu se croire dans le premier tableau de <em>La Bohême</em>... Mais Bizet-Zurga n’est pas Marcello ! 
(5) Que Chabrier, pourtant sévère, considérait à lui seul comme un chef-d’œuvre.</pre>
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		<title>MESSAGER, Fortunio &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/messager-fortunio-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Nov 2024 05:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dès son air d’entrée, «&#160;Je suis très tendre et très farouche&#160;», une sorte d’évidence un peu magique s’installe : Pierre Derhet est Fortunio. Affaire de timbre (très beau avec beaucoup de chaleur), de phrasés, de diction, de projection, mais surtout de crédibilité. Fortunio est un pur, un tendre, un sincère, il vient de la campagne, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dès son air d’entrée, «&nbsp;Je suis très tendre et très farouche&nbsp;», une sorte d’évidence un peu magique s’installe : <strong>Pierre Derhet</strong> <em>est</em> Fortunio. Affaire de timbre (très beau avec beaucoup de chaleur), de phrasés, de diction, de projection, mais surtout de crédibilité. Fortunio est un pur, un tendre, un sincère, il vient de la campagne, dit-il, il rêve d’une femme idéale…&nbsp;«&nbsp;Je mourrai sans une parole le jour où je la connaîtrai…&nbsp;» Toute la finesse de Messager est là, transcrivant le ton doux-amer du <em>Chandelier</em> de Musset.<br>La difficulté étant de restituer à cette sensibilité, qui pourrait sembler désuète, à ces sentiments qu’on pourrait (à la légère) croire d’autrefois, à cette musique fragile et subtile, leur justesse et leur vérité. Leur fraîcheur. Gageure tenue.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fortunio-g‚n‚rale-piano-@Carole-Parodi_Op‚ra-de-Lausanne-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176997"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Au centre,</sub> <sub>Philippe-Nicolas Martin © Carole</sub> <sub>Parodi</sub></figcaption></figure>


<p><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/fortunio-paris-opera-comique-comedie-francaise/">Cette production de 2009</a> est un miracle de délicatesse et d’équilibre. Et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/fortunio-paris-opera-comique-beau-ainsi-quune-promesse/">de reprise en reprise</a>, chacune <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/fortunio-nancy-ah-la-singuliere-aventure-jacqueline-acte-ii-scene-2/">encensée par Forum Opera</a>, sa grâce reste intacte. <strong>Denis Podalydès</strong>, dont c’était la première mise en scène lyrique, avait compris la mélancolie profonde de la «&nbsp;comédie lyrique&nbsp;» de Messager. Derrière ses faux-airs de vaudeville et les calembours au second degré de Flers et Caillavet, derrière une ironie qu’on qualifie volontiers de <em>bien française</em>, jouant avec les clichés (le barbon berné, « l’homme à bonnes fortunes », la coquette prise au piège de l’amour), derrière cet attirail convenu il y a quelque chose qui touche au cœur : un romantisme à la Werther. Il y a ce personnage, Fortunio, qui se vit comme un étranger, un Caspar Hauser qui n’a pas sa place dans ce monde, incapable de travestir ses sentiments, inapte à vivre ici. Irrémédiablement différent. Fortunio est « à l’âge où l’on croit à l’amour », il est une émanation du Musset de la <em>Nuit de mai</em>, qui à ses côtés voit toujours «&nbsp;un malheureux vêtu de noir qui [lui] ressemble comme un frère.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fortunio-pregenerale-@Carole-Parodi_Opera-de-Lausanne-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-177012"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Pierre Derhet © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un trouble palpable</strong></h4>
<p>La réussite, c’est de faire qu’on y croie. Que ce moment où le jeune homme évoque «&nbsp;la vieille maison grise où les jours s’écoulaient sans surprise&nbsp;» ait son poids exact de poésie naïve, mais surtout que la célèbre chanson «&nbsp;Si vous croyez que je vais dire qui j’ose aimer…&nbsp;» soit un pur moment d’émotion, de vérité frémissante et installe sur la scène (et dans la salle) un trouble palpable, quelque chose d’indéfinissable et de suspendu. On pourrait détailler là tout ce dont joue Pierre Derhet, parler de legato, de maîtrise de la voix mixte, de son art d’alléger, de la conduite de la ligne musicale entre des <em>pianissimos</em> impeccablement projetés jusqu’à des <em>forte</em> resplendissants (et de la délicatesse de <strong>Marc Leroy-Calatayud</strong> et des violons du <strong>Sinfonietta de Lausanne</strong>), mais l’important est ailleurs : dans ce quelque chose de fugitif et de précieux qui passe comme un souffle.</p>
<h4><strong>Le monde de Max Ophuls et de René Clair</strong></h4>
<p>D’autres plumes ici ont décrit le pittoresque du premier acte, la petite ville de province où arrivent en garnison de fringants militaires, pressés d’y faire des conquêtes parmi les beautés locales, la Présidente, la Baillive, la Sénéchale… Les costumes de Christian Lacroix dans des harmonies de brun, les chapeaux dûment emplumés, ceux à la Jean-Bart des enfants, les pelisses des messieurs, les pantalons garance des soldats, tout cela dessine un petit monde nostalgique qui n’a sans doute jamais existé ailleurs que chez Max Ophuls (<em>Le Plaisir</em>) ou Jean Renoir. Et si Maître André, le notaire, pourrait être un des clients de la <em>Maison Tellier,</em> Jacqueline, son épouse, est une sœur de la Danielle Darrieux de <em>Madame de…</em> ou de la Michèle Morgan, séduite par le lieutenant Gérard Philipe (<em>Les Grandes manœuvres,</em> René Clair).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fortunio-g‚n‚rale-piano-@Carole-Parodi_Op‚ra-de-Lausanne-6-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-177002"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sandrine Buendia, Marc Barrard  et Christophe Gay © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Les décors très légers d’Eric Ruf suffisent à évoquer la placette où l’on joue aux boules ou la chambre conjugale avec édredon, tuyau de cheminée qui fume et placard pour comédie de boulevard. La mise en scène de Denis Podalydès semble se souvenir d’un style Comédie-Française, époque Hirsch et Charon, où l’on excellait dans les «&nbsp;comédies à couplets&nbsp;» de Labiche. La composition savoureuse de <strong>Marc Barrard</strong> (Maître André) en notaire n’y aurait pas détonné. Sa chanson à boire du troisième acte, « Coteaux brûlants,/ Terre des champs », est assez réjouissante dans le style parodique et considérable, juste avant la chanson de Fortunio, et c’est avec subtilité qu’il suggèrera que ce notaire n’est peut-être pas si lourdaud que ça (« Eh ! Ce petit a les larmes aux yeux / Il est, ma parole, amoureux / Comme il le dit. »)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fortunio-pregenerale-@Carole-Parodi_Opera-de-Lausanne-4-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-177015"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Christophe Gay et Sandrine Buendia © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Bonnes fortunes et caleçonnades</strong></h4>
<p>Face à Fortunio, se dresse son contraire le Capitaine Clavaroche. C’est lui-même qui se dit « homme à bonnes fortunes ». La caricature papillonnante, preste, très « plus beau plumage de la basse-cour », qu’en dessine <strong>Christophe Gay</strong>, est servie par un beau ramage de baryton, une projection parfaite et une diction sans faille, comme celle de Pierre Derhet, atouts non négligeables pour l’un et l’autre, tant l’écriture de Messager adhère à la prosodie. C’est l’occasion de saluer le rôle capital du chef de chant, en l’occurrence Marine Thoreau La Salle, dans la restitution de l’esprit de cette musique.<br>Savoureuses compositions, celles de <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong> (Landry, le cousin clerc de notaire, Don Juan de village) à la chaude voix de baryton, de <strong>Warren Kempf</strong>&nbsp;(l’oncle notaire) ou de <strong>Céline Soudain</strong> (Madelon, la camériste de Jacqueline). Claude Cortese, le directeur de l’Opéra de Lausanne, nous faisait remarquer la finesse espiègle de la scène entre Jacqueline et Madelon à l’acte deux, qui semble un pastiche d’opéra-comique du 18e siècle, sur un rythme de menuet ou de passe-pied. Et le chœur des clercs venant offrir des fleurs à l’épouse du notaire semble se souvenir de celui des villageoises des <em>Noces de Figaro</em> (et Fortunio s’y insère comme fait Cherubino…)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fortunio-g‚n‚rale-piano-@Carole-Parodi_Op‚ra-de-Lausanne-11-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-177008"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le chœur des clercs. À l&rsquo;extrême-droite Pierre Derhet © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Marc Leroy-Calatayud, vrai chef lyrique</strong></h4>
<p>Jacqueline, c’est <strong>Sandrine Buendia</strong>, élégant soprano, très musicienne, dans un rôle aux facettes nombreuses, un peu coquette, un peu mélancolique (très joli, son air du deuxième acte, « Quand on est jeune, on s’imagine que le bonheur n’est pas si court »), un peu rouée (elle a « des yeux candides comme un Credo », dit Clavaroche), mentant effrontément… Les couleurs de sa voix ajoutent une touche de gravité à son personnage, de sorte que si elle se livre à quelques réjouissantes galipettes avec le galant Clavaroche dans le tiroir de son armoire (!) elle semble destinée à l’honnête Fortunio.<br>Christophe Gay est particulièrement à l’aise vocalement (mais pas seulement) dans ces scènes de caleçonnade, qui culminent dans l’air charmeur du Chandelier, où il convainc Jacqueline qu’un tel garçon « de bonne mine, timide, naïf, emprunté » sera un leurre parfait pour détourner les soupçons du mari.<br>Ce sont des scènes à l’orchestration constamment légère, changeante, brillante, où l’on admire la netteté, la vivacité, l’à-propos de la direction de Marc Leroy-Calatayud, et son sens du rubato (justement dans cet air du Chandelier, très comédie-musicale). Ce mélange de précision et de souplesse signe le vrai chef de lyrique. Le Sinfonietta réagit au quart de tour.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="665" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fortunio-g‚n‚rale-piano-@Carole-Parodi_Op‚ra-de-Lausanne-9-1024x665.jpg" alt="" class="wp-image-177006"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Christophe Gay et Sandrine Buendia © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Les raffinements de Messager</strong></h4>
<p>De <em>Fortunio</em>, Poulenc dira : «&nbsp;Jamais l’orchestration de Messager n’avait été aussi raffinée, si parfaite, jamais son sens de la modulation plus aigu&nbsp;». <br>Il faudrait dire&nbsp; la merveilleuse orchestration de Messager, ces petits préludes, tel (par exemple) celui introduisant la sortie de l’église (« Ce sermon était excellent, lénifiant, édifiant », chante Maître André…) : les lignes tuilées des violons, les ponctuations goguenardes des bois, les alliages de timbres, tout va très vite, dans une profusion légère de commentaires, de thèmes à peine esquissés, une phrase de clarinette ici, trois <em>pizz</em> des cordes graves là, contrepoint subtil à une écriture vocale s’appuyant sur les inflexions du texte, toute en mélodies souples et furtives, dans un style évoquant celles de Reynaldo Hahn ou de Fauré… La conversation en musique virtuose entre Jacqueline et Clavaroche s’interrompt le temps d’une mélodie délicieuse (sur « Malgré tout, malgré vous, / L’amour, ce gentil maître, / Saura faire reconnaître / Son pouvoir quelque soir…», etc.) qu’un autre que Messager aurait étirée à n’en plus finir, mais qui, chez lui, à peine dessinée, s’efface et disparaît avec désinvolture.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fortunio-g‚n‚rale-piano-@Carole-Parodi_Op‚ra-de-Lausanne-12-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-177009"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Pierre Derhet, Marc Barrard, Sandrine Buendia, Christophe Gay © C.P.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un petit frère de Werther</strong></h4>
<p>Mais, après les débuts vaudevillesques de cette comédie en musique, c’est le dernier acte qui réserve les plus grandes surprises. Déjà la dernière réplique de Fortunio au troisième, « Juste ciel, il est son amant ! », sans nul doute référence, avec sa ponctuation orchestrale violente, au « Un autre, son époux ! » de Werther, avait annoncé la couleur tragique du quatrième.</p>
<p>Lancé par un long récitatif accompagné (avec d’ailleurs un «&nbsp;Hélas ! Je fus cruelle, et faible, et lâche, et je me fis un jeu de son amour…&nbsp;» qui par parenthèse rappelle terriblement le «&nbsp;Oui, je fus cruelle et coupable, mais rappelez-vous tant d’amour&nbsp;» de Manon…), l’air de Jacqueline «&nbsp;Lorsque je n’étais qu’une enfant&nbsp;» sera l’un des plus beaux moments de Sandrine Buendia : la mélancolie d’une vie manquée, les désillusions, les choix hasardés, tout cela, Messager le dit en une longue phrase serpentine montant insensiblement (ou plutôt, sensiblement) vers le sommet de la tessiture, semblant mettre un point d’honneur à n’insister jamais, à ne pas se répéter, avec une élégance qu’il semble avoir en commun avec un Reynaldo Hahn. Sandrine Buendia en fait un beau moment d’intimité et d’effusion retenue, laissant admirer un registre supérieur d’une belle lumière.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fortunio-pregenerale-@Carole-Parodi_Opera-de-Lausanne-7-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-177018"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sandrine Buendia et Pierre Derhet © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Un roulement de timbales et un grand tutti à la Massenet introduiront le grand duo final. Et c’est un trilogue qui va s’installer : aux emportements lyriques de Fortunio, à la retenue de Jacqueline (un <em>quasi parlando</em>), répond un troisième acteur, l’orchestre, constamment varié : ponctuations nasales des bois, brèves incises amoureuses des cordes, il semble que ce qui s’exprime dans la fosse, c’est le non-dit, ce sont les arrières-pensées des deux amants (qui ne l’auront pas été).</p>
<p>Là, on va voir Pierre Derhet montrer d’autres ressources : intensément lyrique dans le début de son air, très chantant et très « opéra-comique » (son « Oui, j’avais fait ce rêve fou ! » semble faire pendant au « Oui ! j’avais écrit sur le sable… » de Des Grieux), il montera à un sommet d’expression dans son « Faites que je puisse encore souffrir ! » d’une écriture beaucoup plus âpre, juste avant qu’il ne « se pâme » (dixit Jacqueline).<br />Non moins exaltée, Sandrine Buendia s’enflammera à l’unisson avec lui dans la reprise de cette mélodie certes un peu facile mais irrésistible, de celles que les spectateurs pouvaient chantonner en 1907 en sortant de la Salle Favart.</p>
<p>À l’opéra-comique, on meurt souvent à la fin. Pas ici. Le vaudeville reprendra sa place à l’extrême-fin avec la réapparition du vieux mari berné et du Capitaine qui ne l’aura pas moins été. « Si je pouvais avoir l’air bête, je l’aurais probablement en ce moment ! » chantera Clavaroche…</p>
<p>Est-ce dû aux nombreuses prises de rôle (pratiquement toute la distribution), à la jeunesse enthousiaste du chef, au petit miracle de cette musique, cette reprise est d’une merveilleuse fraîcheur, très bienfaisante.</p>
<p>Le jour de la première, il restait quelques places, pas beaucoup. À bon entendeur…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/messager-fortunio-lausanne/">MESSAGER, Fortunio &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>LECOCQ, La fille de Madame Angot &#8211; Nice</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lecocq-la-fille-de-madame-angot-nice/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Inattendu, durable, sans précédent, l’incroyable succès de La fille de Madame Angot, suivi d’une étonnante éclipse, appelait une recréation. En complément à l’excellente présentation qu’en fit Cédric Manuel, j’ajoute l’humble témoignage de l’éditeur – Brandus – qui adressa, juste deux ans après la création, dans une somptueuse reliure, le dix-millième exemplaire ( ! ) de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Inattendu, durable, sans précédent, l’incroyable succès de <em>La fille de Madame Angot</em>, suivi d’une étonnante éclipse, appelait une recréation. En complément à <a href="https://www.forumopera.com/zapping/un-jour-une-creation-4-decembre-1872-la-bonne-fortune-de-charles-lecocq/">l’excellente présentation qu’en fit Cédric Manuel</a>, j’ajoute l’humble témoignage de l’éditeur – Brandus – qui adressa, juste deux ans après la création, dans une somptueuse reliure, le dix-millième exemplaire ( ! ) de la partition à Lecocq, assorti d’un envoi chaleureux (1). Il y a un an, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lecocq-la-fille-de-madame-angot-paris-opera-comique-en-cours/">Christophe Rizoud avait rendu compte de la première parisienne</a>. On s’est interdit de relire son propos avant de découvrir la réalisation, que signe <strong>Richard Brunel</strong>. Ce dernier a choisi de transformer en fresque sociale ce qui ne prétendait qu’à la légèreté et à la fantaisie, quitte à dévoyer <em>La Fille de Madame Angot</em>.  Il n’est plus question des affrontements entre républicains et royalistes sous le Directoire, mais des manifestants avec la police de Papon (jamais cité), traitée ici à l’égal des carabiniers d’Offenbach. Comme le chœur chante « Crains la colère populaire » au finale du I, la transposition nous entraîne dans un Paris de mai 68, évidemment réducteur sinon caricatural, force tags, banderoles, pancartes, et même mégaphone, porteurs des revendications du temps. Ainsi, avec un bonheur incertain, le livret est-il contraint de se plier au cadre nouveau. Nous sommes chez Renault, à Boulogne-Billancourt, dont Larivaudière est le patron. Clairette y travaille à l’assemblage des R5, lorsque l’action commence : c’est la grève. Elle sera ensuite étudiante, on ne sait par quelle vertu (Paris VIII-Vincennes verra le jour peu après). Chaque auditeur, en fonction de son âge et de son vécu, s’est forgé sa propre représentation des événements de 68, et la légèreté n’est guère de mise. La tournette juxtapose la chambre nuptiale aux ateliers, étrange&#8230; « Comme si ces paroles ne contenaient pas une vérité de tous les temps » (écrit Lecocq à propos de l’intrigue politique), la transposition – toujours artificielle, gauche – confère une certaine lourdeur à l’ensemble : ça sonne faux ; ainsi, les 30 000 écus que Pitou obtient de Larivaudière pour prix de son silence, la valse chantée depuis les fauteuils de cinéma. Le texte original est savoureux, plein d’esprit, de finesse, de trouvailles. L’adaptation obligée perd une large part de ses qualités. Les passages parlés, essentiels à la caractérisation de chacun comme au jeu dramatique et à la compréhension de l’intrigue, sont réduits à la portion congrue, adaptés à la proposition. Trénitz en est la plus évidente victime, ridicule et inintelligible en américain. Richard Brunel s’est fourvoyé. Cela sonne faux, superficiel, à défaut de légèreté douce-amère (Musset demeure en filigrane, comme pour <em>Fortunio</em>), la tendresse, le sourire comme l’impertinence provocatrice s’effacent pour un artifice qui jamais ne convainc, malgré le professionnalisme de certaines directions d’acteurs. La bonne humeur, la drôlerie, la sensibilité se sont réfugiés dans la fosse. L’opéra-comique (ni opéra-bouffe, ni opérette) dont le charme se situe dans l’héritage de Mozart (2) comme d’Auber connaît ici une mutation : une pochade boiteuse, à laquelle on ne croit pas un instant, la prive de son naturel, de son esprit et de sa verve, malgré la direction enthousiaste de <strong>Chloé Dufresne</strong>. C’est laid, de l’usine au cinéma, digne d’une revue provinciale ou d’une comédie musicale racoleuse. <strong>Bruno de Lavenère</strong> et <strong>Laurent Castaingt</strong> nous ont habitué à d’autres réussites : costumes colorés et décors sont moches (ne manque que le formica), et les éclairages conventionnels.</p>
<p>La distribution, vocalement inégale, pêche aussi par les carences dramatiques de plusieurs interprètes : on sait que la comédie est un exercice redoutable pour les chanteurs, et peu tirent leur épingle du jeu. L’intelligibilité fait trop souvent défaut, desservie il est vrai par un orchestre parfois bruyant. En dehors de ce dernier, du chœur et de la direction, ce sont au moins quatre des principaux interprètes qui renouvellent la production de l’Opéra-comique. <strong>Hélène Guilmette</strong>, Clairette, demeure. Elle est évidemment bien différente de celle de Clairville, Siraudin, Koning, et Lecocq. Ceux qui la fréquentent de longue date auront eu peine à la reconnaître dans son nouvel emploi. La frondeuse jeune fille, fraîche, primesautière et impertinente est oubliée, au profit d’une jeune femme de tempérament qui se dévergonde, y compris avec Larivaudière. Dans le nouvel emploi que la mise en scène lui confie, notre soprane est crédible : la voix est saine, corsée. Si elle déçoit au premier acte, elle gagnera en intelligibilité et en force pour atteindre une qualité enviable à la fin, mais on reste sur notre faim, tant on est loin du personnage original. En Mademoiselle Lange, <strong>Valentine Lemercier </strong>jamais ne démérite, sortie tout droit de <em>La mariée était en noir</em> (Truffaut). Elle a l’élégance, la distinction, la fougue et la séduction qu’appelle la demi-mondaine, mais aussi et surtout les moyens vocaux. La complicité des femmes qui se retrouvent au deuxième acte, puis leur affrontement final sont réussis. Amaranthe est confiée à <strong>Floriane Derthe</strong>, qui chante aussi Hersilie. L’authentique poissarde chez Lecocq semble assagie dans cette version, moins vulgaire, servie par une voix sûre et séduisante.</p>
<p><strong>Enguerrand de Hys </strong>est Pomponnet, le fiancé de Clairette. Le fin chanteur que l’on apprécie le plus souvent manque ici de la projection nécessaire pour être toujours audible et intelligible. Le chansonnier royaliste (« artiste contestataire », écrit le metteur en scène), élégant, séducteur en diable, Ange Pitou est confié au baryton <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong>. Heureux choix que cette distribution car c’est un authentique diseur autant qu’un chanteur. Sa présence scénique est manifeste, dès son entrée, remarquée, puisque seul à adopter un costume d’Incroyable du Directoire. <strong>Matthieu Lécroart</strong>, formidable Larivaudière (il l’était déjà à l’Opéra-Comique), parvient à nous faire oublier la transposition de l’action. Le jeu et l’abattage sont convaincants, la voix généreuse, épanouie, toujours intelligible. Quant à Louchard (<strong>Antoine Foulon</strong>), on regrette qu’il ne soit pas davantage sollicité, tout comme <strong>Matthieu Walendzik</strong> dans ses multiples emplois.<br />
Les ensembles, les nombreux duos et le quintette, sont réussis, expressifs et équilibrés, et il faut louer les chanteurs pour leur précision et leurs efforts d’articulation.</p>
<p>On connaît l’ardeur et la conviction de<strong> Chloé Dufresne</strong>. Totalement engagée, démonstrative, elle communique un entrain, une vie authentique aux musiciens en fosse, sculptant les phrasés, articulant les textes, même si des décalages entre les chanteurs et l’orchestre sont parfois perceptibles. Tout juste aurait-on souhaité que les tempi lents aient été davantage retenus, un peu alanguis, pour mieux en renforcer la force expressive. Pourquoi n’avoir pas conservé les effectifs des musiciens bruxellois pour lesquels Lecoq écrivit ? L’équilibre entre le plateau et la fosse y aurait gagné. Le chœur, sous toutes ses configurations, tient bien son rôle, homogène sinon toujours clair.</p>
<p>La salle, dont les applaudissements sont bien maigres, ne s’est pas trompée à ce flop, L’équipe de réalisation échappe à une bronca attendue en renonçant aux saluts. Oublions. <em>La Fille de Madame Angot</em> attendra encore un metteur en scène amoureux, respectueux, humble, sensible au charme de l’ouvrage.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) « C’est à vous, cher Maître, que j’ai réservé ce dix-millième exemplaire de votre partition, témoignage irrécusable d’un succès qu’aucun autre n’a encore égalé. Votre dévoué et reconnaissant éditeur, 1<sup style="color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;">er</sup><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;"> janvier 1874... ».</span>
<span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-weight: inherit;">(2) I</span><span style="font-size: 1rem; color: var(--ast-global-color-3); font-weight: inherit; background-color: var(--ast-global-color-5);">l n’est que d’écouter le tissu soyeux des cordes dans l’accompagnement mozartien de Mademoiselle Lange lorsqu’elle va lire la lettre attribuée à Pitou (duo des lettres). L’écriture est un régal et Lecocq n’a rien à envier à Bizet.</span></pre>
</li>
</ul>
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		<title>OFFENBACH, Les contes d&#8217;Hoffmann &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Aug 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le répertoire français confié à des artistes français, tel est un peu le propos de cette production qui connaissait hier soir sa première représentation, dans un festival toujours largement dominé par le répertoire germanique. Et puisque c’est dans l’air du temps, pourquoi ne pas confier la mise en scène à une femme, Mariame Clément, française &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le répertoire français confié à des artistes français, tel est un peu le propos de cette production qui connaissait hier soir sa première représentation, dans un festival toujours largement dominé par le répertoire germanique.</p>
<p>Et puisque c’est dans l’air du temps, pourquoi ne pas confier la mise en scène à une femme, <strong>Mariame Clément</strong>, française elle aussi, même si elle a fait une partie de ses études aux Etats-Unis, puis à Berlin. La bonne idée s’arrête là. Clément a concocté un spectacle certes grandiose par la taille, les moyens déployés, par le nombre de personnages sur la scène, par le nombre de costumes, d’accessoires, mais d’une laideur étonnante, dans une veine kitsch dont on se croyait débarrassé à jamais. Par souci de réalisme, elle fait de Hoffmann, artiste emblématique de tous les arts, figure archétypale par excellence, un réalisateur de cinéma dans les année ’70. C’est une réduction considérable du sens du livret, qui porte – c’est évident – des visées universelles. Le stratagème aurait pu être pertinent, puisqu’il permet de relier les quatre épisodes (quatre films tournés à des période diverses par Hoffmann) en un tout cohérent, symbolisé par les archives qu&rsquo;il trimbale avec lui dans un caddy de supermarché. Mais a-t-on bien besoin ici de cohérence et de réalisme, quand le livret n’est que rêve, pensées sublimées, introspection, poésie et symboles.</p>
<p>Ce parti pris oblige Hoffmann à être à la fois le protagoniste et l’observateur, dans l’action et en dehors, concept qui ne manque pas d’intérêt, mais difficile à réaliser concrètement.</p>
<p>Mariame Clément nous concocte donc une série de tableaux distincts&nbsp;: relativement neutre et sobre pour l’acte I et pour le V (de loin le plus convaincant), mais sans poésie aucune pour le reste&nbsp;: le tableau le moins réussi est sans doute l’épisode d’Olympia (acte II), dont Clément fait une sorte de majorette du plus mauvais aloi, bimbo de dancing de banlieue à faire fuir tout homme de goût, avec ses paillettes et son bustier lumineux. &nbsp;On rit un peu, mais on se demande bien comment Hoffmann peut tomber amoureux d’une telle caricature, et encore plus comment il peut être dépité de constater <em>in fine</em> qu’elle n’est qu’un automate. &nbsp;Chemises bariolées orange ou à fleurs, pantalons à pattes d’éléphants, désinvolture post 68, veulerie et petites bassesses, est-ce là tout ce qui reste de ces années&nbsp;?</p>
<p>Dans le tableau suivant, l’acte d’Antonia, on a deux décors juxtaposés qui concernent semble-t-il deux tournages différents, gigantesques dans leurs proportions, mais tout cela génère si peu de poésie, si peu d’émotion. Les rapports ambigus entre le père, le fantôme de la mère et la fille ne semblent pas inspirer la metteur en scène&nbsp;; le lien entre la voix et la vie (ou la mort) non plus, alors que ces deux éléments sont sans doute les plus intéressants du livret, dans leur dimension psychanalytique avant la lettre.</p>
<p>Et à quoi riment ces décors immenses et probablement fort coûteux de l’acte IV dans lesquels il ne se passe rien, ces structures en bois sur quatre étages, mobiles de surcroît, juste pour déployer un drap qui servira d’écran aux projections vidéo, bien décevantes elles aussi&nbsp;?</p>
<p>La sobriété retrouvée à l’acte V, à l’heure du bilan devant un simple et modeste mur crépit vient fort à propos tirer la morale de l’histoire et sauver du ridicule la dimension scénique du spectacle.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/les-contes-dhoffmann-2024-c-sf-monika-rittershaus-173-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-170640"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Salzburger Festspiele 2024/ Benjamin Bernheim : Hoffmann</sup></figcaption></figure>


<p>Dans la fosse non plus, tout n’est pas entièrement satisfaisant (à l’échelle de Salzbourg, s’entend, où l’excellence est la norme). A la tête du Philharmonique de Vienne, c’est-à-dire l’un des meilleurs orchestres européens, <strong>Marc Minkowski</strong>, qui dirige tout en rondeur et générosité, semble un peu dépassé par l’ampleur de troupes qui ne sont pas habituées à lui, par la distance entre la fosse et le plateau, le volume sonore de l’orchestre et la précision à laquelle ces musiciens s’attendent. Le début de la représentation est marqué par quelques décalages, quelques attaques imprécises qui s’arrangent en cours de route.</p>
<p>Et qu’en est -il sur le plateau ?</p>
<p>La grande vedette de la soirée est incontestablement <strong>Benjamin Bernheim</strong> dans le rôle-titre. Tout auréolé de<a href="https://www.forumopera.com/breve/un-hymne-dapollon-revele-au-monde-lors-de-la-ceremonie-de-cloture-des-jo-de-paris-2024/"> sa participation dimanche soir à la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques</a>, le jeune ténor franco-suisse, sur la lancée de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-paris-bastille/">sa prise de rôle à Bastille en novembre dernier</a>, livre une prestation éblouissante, digne de tous les éloges. La voix d’une solidité sans faille, très homogène dans tous les registres, une diction parfaite, des nuances et des couleurs tant qu’on en veut, du charme et de l’ardeur juvénile à revendre, le jeune premier fait preuve d’une aisance remarquable et semble terminer la soirée aussi frais qu’il l’a commencée. Très à l’aise à ses côtés, <strong>Kate Lindsay</strong> qui chante la Muse et Nicklausse, livre elle aussi une prestation remarquable, attachante, avec des qualités musicales évidentes. La soprano américaine <strong>Kathryn Lewek</strong>, grande voix vibrionnante dans un petit corps plein d’énergie mais diction française moins convaincante, domine les quatre rôles qu’elle cumule sans faiblir, ce qui constitue une performance vocale mais aussi scénique, tant l’écart est grand dans cette mise en scène entre les quatre avatars de l’héroïne.</p>
<p><strong>Christian Van Horn</strong>, qui lui aussi tenait déjà les rôles des quatre mauvais à Paris en début de saison, est par comparaison bien en retrait. Diction molle, voix un peu engorgée et qu’il force pour lui donner le volume nécessaire pour emplir l’énorme salle du Grosses Festspielhaus, il déçoit en Lindorf et en Coppélius, mais se rattrape un peu en Docteur Miracle et en Dapertutto à la fin du spectacle.</p>
<p><strong>Marc Mauillon</strong> confirme ses talents d’acteur comique mais aussi ses qualités lyriques bien présentes dans le cumul de quatre rôles de caractère un peu ingrats, dont il s’acquitte avec une diction excellente. Mais pourquoi le déguise-t-on en chien dans le dernier tableau, cela reste un grand mystère…</p>
<p>Soulignons encore l’émouvante intervention de <strong>Géraldine Chauvet</strong> dans la voix de la mère et celle plus sobre de <strong>Jérôme Varnier</strong> en Crespel et Maître Luther.</p>
<p>Formé à l’opéra studio de Zurich, <strong>Michael Laurenz</strong>, beau timbre de ténor héroïque, endosse le bref rôle de Spalanzani. Vocalement un peu plus faible dans cette distribution, mais brillant dans le répertoire baroque, <strong>Paco Garcia</strong> chante le petit rôle de Nathanaël, <strong>Yevheniy Kapitula</strong>, baryton venu d’Ukraine celui de Wilhelm, et <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong> cumule avec bonheur les rôles d’Hermann et Schlemil. Les chœurs enfin, dont les interventions sont nombreuses et importantes, contribuent pour beaucoup à la réussite du spectacle.</p>
<p>Le public de Salzbourg, bourgeois et conservateur certes, mais connaisseur et exigeant, en particulier les soirs de première, réservera ses huées à la metteur en scène et ses équipes, mais applaudira avec discernement et chaleur le reste de la distribution.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-salzbourg/">OFFENBACH, Les contes d&rsquo;Hoffmann &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BIZET, Les Pêcheurs de perles &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Feb 2024 04:58:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette nouvelle production, prévue en janvier-février 2021, se réalise enfin, avec toute l’équipe qui l’avait alors portée, jusqu’à son annulation causée par le COVID. La lecture, particulièrement pour les familiers du théâtre lyrique, ne relève pas de l’évidence. Après l’intervention de Zurga devant le rideau, l’ouvrage s’ouvre sur un improbable ciné-club dans une salle « des &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette nouvelle production, prévue en janvier-février 2021, se réalise enfin, avec toute l’équipe qui l’avait alors portée, jusqu’à son annulation causée par le COVID. La lecture, particulièrement pour les familiers du théâtre lyrique, ne relève pas de l’évidence. Après l’intervention de Zurga devant le rideau, l’ouvrage s’ouvre sur un improbable ciné-club dans une salle « des pendus » de mineurs, hommes et femmes, qui se tournent vers le public, oublieux des images exotiques projetées sur un drap mal tendu. Passée la surprise de ce premier tableau – dont le sens nous échappe encore – la mise en scène trouve progressivement sa cohérence, et, de sceptique, interrogatif, le spectateur se laisse emporter par l’action jusqu’aux gibets (substitués au bûcher) auxquels échappent finalement les amants.</p>
<p>Au livret au charme désuet, à l’exotisme fané, <strong>Laurent Fréchuret</strong> substitue sa lecture, onirique, symbolique, surréaliste (que fait un renard empaillé dans un tel contexte ?), intemporelle, universelle, centrée sur le triangle amoureux : « …théâtre de l’attente, de l’intime, du refoulé, des cauchemars et des songes sensuels, de l’orage et de l’incendie, et finalement celui où s’ouvrira une petite porte, une brèche dans la catastrophe ». L’intelligence de la conception, radicalement neuve, se traduit par une réalisation virtuose, aboutie. L’enchaînement de tableaux fonctionne, avec sa propre logique narrative ne se dessinant qu’au fil des scènes.</p>
<p>Une structure métallique imposante, mobile, pivotante, constitue l’élément essentiel du décor. Tour (de Mélisande ?), chambre des amants, prison de Nadir, les lumières en joueront avec maestria pour nous faire partager les émotions de chacun. Le brasier qu’allume Nourabad, puis celui du sacrifice disparaissent. Seul le rougeoiment de l’incendie est conservé. Tout est sombre, voire lugubre : les parois latérales, modulables, ainsi que le fond de scène, qui s’ouvrira sur la lumière chaude d’une décoration certainement signée de notre peintre, pour se réduire à une porte étroite autorisant la fuite des deux amants. En effet, autre innovation, la production se double de la réalisation d’une monumentale œuvre d’art. Tapi dans l’ombre, le peintre <strong>Franck Chalendard</strong> va ainsi construire sous nos yeux une ample fresque non figurative, qui rejoint l’esthétique du fond de scène, lumineux, qui se dévoilera ensuite. (1)</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC0750-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1707086155016" />© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Étienne</pre>
<p>Aucun costume flatteur, sinon les admirables robes de Leïla. Pour autant, dans ce décor désespérément oppressant, où les lumières inventives de <strong>Laurent Castaingt</strong> feront merveille, les bleus de travail variés, maculés dans leur partie inférieure de taches de peinture (rappel du travail du peintre en arrière-plan ?) forment de beaux ensembles. La direction d’acteurs, affutée, ne surprend pas moins, participant à l’étrangeté de la lecture. Ponctuellement outrée dans sa violence (« ta main repousse ma main »), parfois artificielle (les libations répétées des deux amis lors de leurs retrouvailles), statique, hiératique, mais aussi d’une extrême justesse à mesure que l’action progresse, sa cohérence semble se construire au fil du temps.</p>
<p>En s’affranchissant de l’exotisme – souvent clinquant, chamarré, kitch – ou de toute référence précise, spatiale ou temporelle, la mise en scène et la scénographie renouvellent fondamentalement la lecture des <em>Pêcheurs de perles</em>. C’est une véritable mutation, qui outrepasse les transpositions auxquelles nous nous sommes familiarisés ou résignés. On oublie délibérément l’esprit de l’opéra comique pour passer au grand opéra, à un sombre drame dans la descendance de Meyerbeer (2). Il est vrai que plus d’une page y invite, le finale du deuxième acte, grandiose, tout particulièrement.</p>
<p>La distribution, jeune et exemplaire, n’appelle que des éloges. L’adéquation vocale et physique des chanteurs à leur personnages est idéale. Les personnages sont attachants, bien caractérisés. L’engagement est permanent, servi par une diction exemplaire de chacun. <strong>Catherine Trottmann</strong> est une Leïla d’exception, une de ses plus somptueuses incarnations. De la pureté et du mystère de son apparition, à son tourment douloureux, à sa passion partagée par Nadir, jusqu’au sacrifice, tout est là. L’émission est sûre, de lumière et de séduction, les demi-teintes, l’aigu épanoui, la voix est ensorcelante. L’intelligence musicale, dramatique et stylistique nous ravit. « O dieu Brama » où le chœur lui répond, sa cavatine, avec flûtes et clarinette, « Me voila seule dans la nuit », …« Comme autrefois dans la nuit sombre » (avec le cor) sont des moments forts, de beauté émouvante. L’exaltation, merveilleusement traduite par l’émission comme par l’orchestre, en est juste. <strong>Kévin Amiel</strong> a chanté Nadir à plusieurs reprises (3). On oublie vite les quelques inégalités et tensions du début. Le charme de « Je crois entendre encore » est intact, raffiné, jamais détimbré. Son Nadir, psychologiquement juste, est épanoui, au zénith. Ses duos, toujours équilibrés, d’une parfaite précision et conduite, sont aussi admirables que ses airs. Homme du devoir et du pouvoir, Zurga est chanté par <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong>. Il impose d’emblée son personnage, puissant, dont le sacrifice ultime permettra aux amants d’échapper à la mort. La voix est sonore, le timbre riche. Il sait se faire viril comme arrogant, nuancé. Accablé, il nous émeut dans « O Nadir, tendre ami de mon jeune âge ». Son duo déchirant avec Leïla « Je frémis, je chancelle » comme son ultime intervention ne peuvent laisser indifférent. La focalisation du triangle amoureux par la mise en scène relègue Nourabad au second plan, malgré l’importance de ses interventions. <strong>Frédéric Caton</strong>, familier du rôle, nous vaut un brahmane de classe, autoritaire, hiératique, froid, dépourvu d’humanité, abrupt. Le début du deuxième acte, passagèrement, accuse quelques signes de fatigue, vite dissipés. « Dans cet asile sacré », puissant, bien timbré est réussi.</p>
<p>Les chœurs, préparés comme de coutume par <strong>Laurent Touche</strong>, se montrent exemplaires dans chacune de leurs nombreuses interventions. Il faut en louer la projection, l’intelligibilité, la précision et la plénitude. Sous la baguette de<strong> Guillaume Tourniaire</strong>, l’orchestre, en grande forme, se montre sous son meilleur jour. Subtile, généreuse et humble, la direction sert admirablement la partition : une leçon d’élégance, jamais prosaïque, jusqu’à la frénésie. La formation stéphanoise nous vaut des sonorités enivrantes, capiteuses, le charme, la poésie et le mystère comme la puissance redoutable des moments les plus forts. Conduits avec énergie, précision, un souci constant des tempi et des nuances, les musiciens mériteraient d’être signalés individuellement. Les cordes, chambristes ou violentes, caressantes et incisives, les solistes (hautbois, clarinette, flûtes, cor…) exemplaires… Le finale du II est impressionnant de puissance et de beauté.</p>
<p>Une soirée mémorable, ponctuée d’acclamations, fréquentes, qui vont s’amplifier jusqu’aux saluts, où un public enthousiaste manifeste sa gratitude aux artisans de cette réussite.</p>
<pre>(1) On regrette qu’il n’en soit pas conservé trace, l’espace devant être restitué dans son apparence première pour les prochaines représentations.
(2) Malgré la disparition des danses (début du I) et de la chorégraphie du chœur « dansé » (second tableau du II). 
(3) La dernière remontant à 2020, au Regio de Turin.</pre>
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		<title>GOUNOD, Roméo et Juliette – Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-rouen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jun 2023 07:14:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans la production de Roméo et Juliette d’Eric Ruf, vue à l’Opéra Comique et adaptée de celle de la Comédie française, un Pati succède à un autre. A Paris, Pene remplaçait au pied levé et triomphait. A Rouen, son frère cadet Amitai fait ses débuts. Dans la famille, lyrisme, phrasé et diction coulent de source, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la production de <em>Roméo et Juliette</em> d’<strong>Eric Ruf</strong>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/romeo-et-juliette-paris-opera-comique-pene-pati-embrase-lopera-comique/">vue à l’Opéra Comique</a> et adaptée de celle de la Comédie française, un Pati succède à un autre. A Paris, Pene remplaçait au pied levé et triomphait. A Rouen, son frère cadet Amitai fait ses débuts. Dans la famille, lyrisme, phrasé et diction coulent de source, l’aisance à l’aigu et la générosité de même. Le timbre un rien plus nasal d’<strong>Amitai Pati</strong> contribue au portrait d’un Roméo attendrissant. Si la projection et le volume sont limités, la prise du rôle de ténor est tout à fait convaincante. <strong>Olga Kulchynska</strong> remporte la palme de la soirée en Juliette. Elle se rit des embuches du rôle et délivre un air poignant tout en crescendo au quatrième acte. Le reste de la distribution participe à la fête vocale rouennaise. <strong>Sarah Laulan</strong> compose une Gertrude joyeuse et tendre. <strong>Jérôme Varnier</strong> habite Frère Laurent de son timbre profond. Philippe-Nicolas Martin parade tant scéniquement que vocalement en Mercutio et <strong>Jean-Fernand Setti</strong> incarne tout à fait la bonhommie et l’autorité du Comte Capulet. Distribuer Stéphano au sopraniste&nbsp;<strong>Bruno de Sà</strong> s’avère un choix judicieux : le virtuose brésilien dispose du volume et de la technique pour faire de sa scène un moment de respiration comique et de jubilation vocale. Tybalt lui tient la dragée haute. <strong>Julien Henric</strong> confère à l&rsquo;arrogant Capulet toute la morgue et le volume nécessaires dans une incarnation aussi réussie que détestable. Seul <strong>Halidou Nombre</strong> passe, ce soir-là, à coté de la courte scène du Duc de Vérone. Enfin, comme à Paris, les <strong>Chœurs Accentus /Opéra de Rouen Normandie</strong> s’avèrent aussi à l’aise scéniquement qu’homogènes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="705" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORN_S2223_Romeo_et_Juliette_generalepiano_c_MarionKerno-20-1024x705.jpg" alt="" class="wp-image-133668" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Marion Kerno / Agence Albatros</sup></figcaption></figure>


<p>En fosse, <strong>Pierre Dumoussaud</strong>, régulièrement invité sur ces bords de Seine, signe une nouvelle fois une direction d’orchestre magistrale. Si les scènes de groupe sont prises tambour battant, cela ne nuit en rien à la liaison avec le plateau ou aux couleurs de l’orchestre tout en dynamisant l’action. Les pages plus lyriques et les duos trouvent la quiétude et le soupçon de rubato pour pimenter les ébats.</p>
<p>La production est désormais connue. Elle aura bonifié en passant de la Comédie française – où Shakespeare est pénalisé par la mauvaise traduction hugolienne – aux institutions lyriques. Eric Ruf dit apprécier qu’à l’Opéra, la masse et le groupe fassent passer ce que le théâtre ne peut faire que par les mots et l’intention. De fait, son décor aride d’Italie du Sud offre un certain nombre de ressorts scéniques qu’une bonne direction d’acteur vient surpiquer. Même si le choix de la temporalité (pourquoi l’Entre-deux-guerres pour évoquer les vendetta mafieuses ?) laisse perplexe, il permet à <strong>Christian Lacroix</strong> et aux équipes techniques de faire étalage de leurs talents artisans.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-rouen/">GOUNOD, Roméo et Juliette – Rouen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BRITTEN, The Rape of Lucretia &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-the-rape-of-lucretia-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 May 2023 06:28:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Entrée retardée au répertoire du Théâtre National du Capitole de Toulouse pour ce Viol de Lucrèce&#160;; pour cause de Covid la nouvelle production signée Anne Delbée aura dû patienter dans les cartons trois années. Entrée retardée mais pour quelle réussite&#160;! Anne Delbée, née alors qu’était créé ce Rape of Lucretia à Glyndebourne, nous offre une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entrée retardée au répertoire du Théâtre National du Capitole de Toulouse pour ce <em>Viol de Lucrèce</em>&nbsp;; pour cause de Covid la nouvelle production signée <strong>Anne Delbée</strong> aura dû patienter dans les cartons trois années. Entrée retardée mais pour quelle réussite&nbsp;! Anne Delbée, née alors qu’était créé ce <em>Rape of Lucretia</em> à Glyndebourne, nous offre une vision d’une fine élaboration et traversée d’une époustouflante intelligence. L’émotion de l’artiste, palpable au baisser du rideau, alors qu’elle remerciait les chanteurs, disait assez que pour elle l’œuvre était accomplie. Nous souscrivons.<br>C’est pourtant un opéra piège que ce <em>Viol</em> ; les deux personnages principaux et surtout le chœur masculin concentré en un seul chanteur (idem pour le chœur féminin) sont à la fois les commentateurs de l’action et des protagonistes à part entière. Il s’agit donc de les montrer à la fois en dehors et au cœur du drame. L’action par ailleurs est extrêmement ramassée et se perd au milieu de considérations morales, esthétiques ou religieuses. La religion justement ; on a beaucoup reproché à Britten le caractère inopportun de l’épilogue quasi paulinien dans lequel le chœur masculin nous dit que le Christ, par sa mort, a racheté nos fautes et que seul l’amour peut nous sauver.</p>
<p>Or, Anne Delbée se joue de ces pièges&nbsp;; elle ramasse l’action en deux actes sans interruption, accentuant la poussée dramatique qui va culminer au début du II par le viol de Lucrèce&nbsp;; elle habite tous les monologues grâce à une conduite d’acteurs pesée au trébuchet. Il y a du Barrie Kosky dans les contorsions pour ainsi dire chorégraphiées exigées du chœur masculin, qui occupe l’espace et le temps grâce à une omniprésence sans aucune faille. Outre la performance vocale de <strong>Cyrille Dubois</strong>, sur laquelle il faudra revenir, saluons en lui un chœur époustouflant de vérité et d’engagement.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/19052023-_MIR3884-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-132108" /><figcaption class="wp-element-caption">© Mirco Magliocca</figcaption></figure>


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<p>La dimension religieuse n’est jamais cachée, au contraire, elle est crânement revendiquée. Ainsi, les mâts obliques du navire stylisé en fond de scène (Anne Delbée a retenu combien l’eau, l’océan, comptait pour Britten, l’eau qui vous engloutit comme un viol), se redressent au moment de la mort de Lucrèce en une immense croix. La toile qui se déploie alors que tout est consommé est une reproduction du visage du Christ sur le Saint Suaire. Lucrèce ainsi, sorte de vierge sanctifiée (comment, sinon, expliquer le sang sur sa robe blanche&nbsp;après la terrible nuit ?) meurt de n’avoir pu se préserver mais communie à la mort (et donc à la résurrection&nbsp;?) du Christ. Il faudrait citer d’autres détails, comme cette immense table au lever de rideau, digne d’une<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><em>Cena</em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>de Leonardo da Vinci, où quelques-uns des apôtres, privés de leur Maître, communient sauvagement au même vin.</p>
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<p>N’oublions pas, dans la réussite visuelle et scénique, les éclairages de<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Jacopo Pantani</strong>, qui jettent des ambiances toujours à propos sur les différents épisodes du drame. On citera ainsi l’instant troublant où est dévoilé l’immense buste renversé de Collatinus jeune, symbole de sa chute que la chute de Lucrèce a entraînée.</p>
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<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/19052023-_MIR4227-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-132110" /><figcaption class="wp-element-caption">© Mirco Magliocca</figcaption></figure>


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<p>L’orchestre du<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><em>Rape</em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est on ne peut plus réduit. Douze musiciens seulement dirigés depuis le piano par<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Marius Stieghorst</strong>. Treize instruments donc capables du plus fort tutti comme de l’accompagnement chambriste. Une harpiste en permanence sollicitée et un cor anglais magnifique sont à l’image d’une formation irréprochable dans sa capacité à créer elle aussi mille et une ambiances.</p>
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<p>Face aux treize musiciens, huit chanteurs, quatre hommes et quatre femmes. Disons-le d’emblée, la diction anglaise est parfaite. Cyrille Dubois trouve ici un rôle inattendu et déjà totalement convaincant. Malgré un abattage de tous les instants il propose un chant assuré, soutenu par un timbre qui se déploie sans faiblesse et avec quelle conviction. Il recevra les vivats les plus fougueux du public. &nbsp;Mais c’est tout le quatuor masculin qu’en vérité il faut saluer&nbsp;; le Collatinus de<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Dominic Barberi</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est touchant au possible – son amour inconditionnel mais impuissant le détruit littéralement. La basse est profonde, sombre donc – elle présage, dès les ébats alcoolisés, que le drame va le toucher de plein fouet.<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Duncan Rock</strong>, Tarquinius, se prend à son propre piège et provoque la chute de Lucrèce en voulant démontrer sa vertu. Le baryton est solide, tout en ambiguïté.<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Philippe-Nicolas Martin</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est un Junius diabolique – c’est lui qui est à l’origine du drame, certains accents nous font penser à un Jago.</p>
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<p>Chez les femmes&nbsp;:<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Agniezka Rehlis</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est Lucrèce. La voix tarde un peu à s’épanouir, mais les accents ultimes sont déchirants et le drame sans cesse à fleur de voix. Bianca est tenue par<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Juliette Mars</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>qui forme avec la Lucia de<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Céline Laborie</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>un duo entièrement convaincant. Saluons cette dernière et ses suraigus qu’elle va décrocher tout en finesse au long d’une partition bien plus difficile qu’il n’y paraît. On aura quelques réserves pour le chœur féminin, tenu par<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Marie-Laure Garnier</strong>&nbsp;; ce n’est pas tant sa présence, toujours magnifique, qui est en question mais le métal, trop rugueux dans le forte aigu, qui dénote dans les ensembles, et quelques aigus piano qui détimbrent parfois.</p>
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<p>Exceptionnellement la salle du théâtre du Capitole n’était pas comble&nbsp;pour la première. Dommage, l’œuvre est certes exigeante, mais pose des questions qui n’ont pas perdu de leur acuité&nbsp;: les rapports hommes-femmes, les notions de consentement, de fidélité, de faute, de pardon. Autant de sujets qui parlent aujourd’hui ô combien.</p>
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