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	<title>Mathilde LEGRAND - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>JANÁČEK, Věc Makropulos &#8211; Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/janacek-vec-makropulos-lille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 14 Feb 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Arrivé au milieu du troisième acte, on pensait avoir déjà toutes les pistes de la mise en scène, tous ses codes esthétiques, et avoir un avis critique définitif dessus. Avec les dix dernières minutes, Kornél Mundruczó montre qu’il en avait encore sous le coude, avec un final désarmant de beauté. Voilà une production qui ne &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Arrivé au milieu du troisième acte, on pensait avoir déjà toutes les pistes de la mise en scène, tous ses codes esthétiques, et avoir un avis critique définitif dessus. Avec les dix dernières minutes, <strong>Kornél Mundruczó</strong> montre qu’il en avait encore sous le coude, avec un final désarmant de beauté. Voilà une production qui ne faiblit jamais dans son imagination, et pourtant est toujours profondément en résonance avec la musique de Janáček.<br />
Le metteur en scène réussit à insérer progressivement de l’étrangeté dans un univers très familier, un peu à la façon de Lynch qu’il cite en note de programme. En partant de la trivialité du cabinet d’avocats et des personnages qui le peuplent, les éléments détonants se rajoutent au fur et à mesure qu’on approche de la clé du mystère d’Emilia Marty. La première apparition d’Hauk n’est ici absolument pas un moment comique, mais une parenthèse fantastique très cinématographique. La silhouette du personnage (étonnant <strong>Jean-Paul Fouchécourt</strong>) apparaît derrière un voile éclairé par des lumières stroboscopiques, tandis que le reste de la scène se fige. En plus de donner à ce fantôme du passé une tonalité bien plus émouvante que d’habitude, ce choix fait d’autant plus ressortir l’étrangeté musicale de l’extrait. En parallèle, les traits les plus humains des personnages se montrent de plus en plus décevants, notamment dans leur désir pour Emilia, seule au milieu de ces hommes qui l’oppressent et seraient prêts à la détruire. Si elle joue de sa sensualité, c’est bien par lassitude, par habitude, et jamais par plaisir.<br />
La composition de ce personnage est un autre grand atout du spectacle. Sans jamais que cela entre en contradiction avec le livret, Mundruczó rajoute un élément scénique qui ne fait que rendre sa situation plus palpable : le corps de la Marty ne lui répond plus, même si elle paraît toujours aussi jeune. Son dévoilement progressif (sans gratuité aucune), révèle tous les bandages, cicatrices qu’elle a accumulés au cours des siècles. Dès le premier acte, on la voit prise de crampes soudaines, cracher du sang, on la voit plus tard nécessiter une perfusion… Ses marques physiques expriment ce que son esprit refuse dans un premier temps d’accepter. Contrairement à d’autres représentations, elle n’est ici jamais garce ni cruelle, mais simplement lasse et désabusée. Il émane de son personnage une mélancolie assez bouleversante, que la mise en scène sait traduire par des images très puissantes. Ainsi, ce simple regard à la fenêtre, quasiment nue, baignant dans la lumière de la lune, suffit à évoquer l’altérité de l’immortelle, qui pourrait ne même pas être humaine.</p>
<figure id="attachment_208363" aria-describedby="caption-attachment-208363" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-208363" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/iov20260202-1451_55076555504_o-1024x697.jpg" alt="" width="1024" height="697" /><figcaption id="caption-attachment-208363" class="wp-caption-text">Aušrinė Stundytė<br />©️Frédéric Iovino</figcaption></figure>
<p>Il faut dire que cette interprétation du personnage ne serait pas aussi probante sans la performance exceptionnelle de la soprano lituanienne <strong>Aušrinė Stundytė</strong>. On a souvent décrit l’artiste comme une « torche vivante », un « tempérament volcanique », ce qui nous semble assez inexact, tant sa force se situe justement dans un jeu très concentré, intense mais précis. Rien de laissé au hasard, rien d’impulsif, mais une maîtrise constante, et des intentions toujours justes. Authentique soprano dramatique, cette voix n’est pas de celles qui plaisent immédiatement, mais le chant n’est jamais débraillé, et se montre riche en nuances. Qu’importe les quelques aigus tirés quand la chanteuse est aussi intelligente et aussi intègre dans son art. Charismatique, blessée, puis bouleversante, son Emilia Marty est de celles qui marquent l’histoire du rôle.</p>
<figure id="attachment_208371" aria-describedby="caption-attachment-208371" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-208371" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/iov20260202-0217_55076484953_o-1024x661.jpg" alt="" width="1024" height="661" /><figcaption id="caption-attachment-208371" class="wp-caption-text">©️Frédéric Iovino</figcaption></figure>
<p>La distribution autour d’elle est particulièrement bien équilibrée, et vaut notamment par la qualité globale du jeu. Le mérite en revient probablement notamment à l’équipe de mise en scène de la reprise, à savoir <strong>Marcos Darbyshire</strong> et <strong>Maud Billen</strong>. Le Vitek de <strong>Paul Kaufmann</strong>, excellent ténor de caractère, est gâté par la mise en scène en terme de comique de personnage, auquel il se prête avec plaisir, tandis que le Gregor de <strong>Denys Pivnitskyi</strong> est très convaincant en enfant gâté macho. Sur le strict plan vocal, on retient particulièrement la basse polonaise <strong>Jan Hnyk</strong>. Son Kolenatý, très drôle scéniquement en avocat rationnel et trop consciencieux, vaut par son chant bien projeté et élégant. On apprécie aussi le Baron Prus de <strong>Robin Adams</strong>, parfaitement détestable, et le couple Krista-Janek formé par <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong> et <strong>Florian Panzieri</strong>, tous deux très attachants.</p>
<p>La seule (relative) déception vient de la fosse d’orchestre. Non que l’<strong>Orchestre National de Lille</strong> soit déméritant : bien au contraire, dès les premières notes, on est frappé par la qualité du son d’ensemble, la précision rythmique et la cohésion. La formation s’y montre sous son meilleur jour, rappelant sa grande valeur au sein des orchestres français. Non que <strong>Dennis Russell Davies</strong> soit un chef moyen : sa direction, très concentrée, laisse toute la place au théâtre sur scène, et fait ressortir avec clarté toute l’écriture motivique de Janáćek. On regrette simplement ce choix de diriger cette musique sous un aspect très moderniste, assez froid et distant. L’ouverture, impeccable, n’a pas l’élan qu’on aime y entendre, et l’ensemble de l’interprétation souffre d’un certain manque de contrastes. Ce n’est là qu’une affaire de goûts, et la réalisation a le mérite d’être cohérente et techniquement aboutie.</p>
<figure id="attachment_208368" aria-describedby="caption-attachment-208368" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-208368" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/iov20260202-1951_55076505553_o-1024x698.jpg" alt="" width="1024" height="698" /><figcaption id="caption-attachment-208368" class="wp-caption-text">Aušrinė Stundytė<br />©️Frédéric Iovino</figcaption></figure>
<p>L’Opéra de Lille signe en tout cas une grande réussite avec cette reprise, qui a tout pour initier les novices aux merveilles de l’ouvrage, et tout pour enrichir l’imaginaire de ceux qui l’aiment déjà. Une production entièrement aboutie, une artiste transcendée par le rôle, une réalisation musicale de premier plan…on en vient à oublier complètement qu’on venait à l’origine pour y entendre la prise de rôle de Véronique Gens, entre temps annulée.</p>
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		<title>VERDI, La traviata &#8211;  Carcassonne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-carcassonne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Se rendre à Carcassonne entendre La traviata aiguise forcément les tympans ; à quasi mi-chemin entre Toulouse et Montpellier, deux places fortes de l’art lyrique en Occitanie, Carcassonne n’a, en la matière, qu’une seule carte à jouer, mais il s’agit d’un atout maître : la Cité médiévale avec ses trois tours, ses remparts et ses &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Se rendre à Carcassonne entendre <em>La traviata</em> aiguise forcément les tympans ; à quasi mi-chemin entre Toulouse et Montpellier, deux places fortes de l’art lyrique en Occitanie, Carcassonne n’a, en la matière, qu’une seule carte à jouer, mais il s’agit d’un atout maître : la Cité médiévale avec ses trois tours, ses remparts et ses vieilles pierres datant de 2600 ans. Cette cité recèle en son sein, qu’il faut conquérir par une longue pérégrination escarpée, un théâtre antique à ciel ouvert, classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Et c’est ici, entre autres lieux, que depuis 20 ans se tient le Festival de Carcassonne qui attire chaque été près de 200 000 spectateurs. Démarré à la fin juin, l’événement s’étale tous les soirs jusqu’au 31 juillet. Or Pascal Dupont, le directeur, s’est essayé à y programmer des opéras. <em>Carmen</em> en 2024, et cette année donc, il confie à <strong>Henry-Jean Servat</strong> le soin de proposer une nouvelle <em>Traviata</em>.<br />
Servat n’en est pas à son coup d’essai ; en 2005, dans le cadre d’ « Opéra en plein-air », il avait mis en scène la dévoyée dans les jardins du Sénat. Servat n’est pas à proprement parler un metteur en scène – il est davantage un touche-à-tout, mondain d’entre les mondains, dont le carnet d’adresses, long comme le bras, lui permet de convoquer qui la Comtesse de Paris, qui Isabelle Adjani en personne, empêchée ce soir par l’accident de son… chat, comme naguère il avait convaincu Clotilde Courau de dire un prologue à la <em>Traviata</em> parisienne. Que celui qui a interviewé bon nombre des grands de ce monde pour le compte d’un magazine papier glacé mais aussi des chanteurs (Villazon, Caballé, Kaufmann), s’intéresse de près à la vie de la demi-mondaine Violetta Valéry nous semble tout compte fait aller de soi. Surtout Henry-Jean Servat est un amoureux de l’opéra et c’est bien cela qui importe. Ce soir toutefois, si Servat nous sert tout ce qu’il y a de plus de classique, de beau et de tape-à-l’œil en matière de décors et costumes, la conduite d’acteurs est entièrement minimaliste et la crédibilité du tout est à mettre entièrement au crédit des acteurs-chanteurs motivés en diable.<br />
En cette belle soirée estivale, le théâtre antique Jean-Duchamp est quasiment plein ; on annonce plus de 3000 billets vendus, alors réjouissons-nous avant toute chose que l’opéra touche un public si vaste, pas forcément habitué aux ambiances feutrées des grandes maisons. Démarrée au crépuscule, la pièce s’installe vite dans la nuit, douce et ventée. On parle, on se déplace, on filme avec son téléphone – qu’importe, la communion opère.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" title="2025_FESTIVAL_8376_JR_2400px" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_FESTIVAL_8376_JR_2400px-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1751895567219" alt="" width="731" height="339" />
© Julien Roche - Manon Roux - Ville de Carcassonne</pre>
<p>D’emblée c’est la sonorisation qui titille les oreilles ; mais nous nous dirons qu’elle va permettre aux plus hauts gradins de tout percevoir d’une action non sur-titrée et surtout aux voix de s’économiser. Accessoirement aux 28 musiciens d’un orchestre malingre de se faire entendre. C’est dans la sonorisation individuelle des instruments que se situe toutefois la limite de l’exercice, le son perdant tout naturel. L’orchestre Mélodia, fondé en 1968 par <strong>Claude Cuguillère</strong> et composé, nous dit-on, d’anciens instrumentistes de l’orchestre du Capitole, tient sa place, en tout cas celle que lui donne son chef fondateur, qui a lui aussi côtoyé le Capitole, du temps de Michel Plasson. Mais une direction d’orchestre bien timorée avec des tempi d’une lenteur assoupissante. Dès le prologue la voie de langueur est montrée et, trois heures plus tard (il y a deux entractes), le prélude du IV peine à nous tenir en éveil. Au II, les deux arias de Giorgio sont également pris dans un tempo excessivement lent.<br />
C’est dans la distribution vocale que nous trouverons les vrais motifs de satisfaction. Aucun rôle n’est négligé :  l’Annina de <strong>Sonia Menen</strong>, la Flora de <strong>Mathilde Legrand</strong>, le Gastone de <strong>Carlos Natale</strong>, le Baron de <strong>Jivong Song</strong>, le Marquis de <strong>Guilhem Souyri</strong>, le Grenvil d’<strong>Olivier</strong> <strong>Dejean</strong> et le Giuseppe de <strong>Vincent</strong> <strong>Alary</strong> servent de la plus belle manière le trio vocal majeur. Pour celui-ci, la sonorisation nous a bien sûr empêché d’évaluer la capacité de projeter dans un contexte plus naturel. On sait gré à <strong>Yoann Dubruque</strong> de remplacer, quasiment au débotté, Laurent Arcaro initialement prévu pour le rôle de Giorgio. Il a dû batailler, on l’a dit, avec des tempi bien peu allants mais sa force d’incarnation a surmonté cette difficulté. <strong>Kévin Amiel</strong> est un Alfredo à la vaillance décidément intacte. Tout y est vocalement ou presque avec de surcroît des talents d’acteurs <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-versailles/">qu’il avait déjà démontrés</a>. Enfin des bravi enthousiastes réservés à <strong>Erminie Blondel</strong>, découverte ce soir en Violetta, qui offre une vision accomplie du personnage, vision servie, malgré quelques flottements dans la justesse ici et là, par tout ce qu’il faut de technique (des aigus filés tombés du ciel étoilé), une incarnation entièrement crédible, et, cerise sur le gâteau, un contre-mi bémol tenté et réussi !</p>
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