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	<title>Gary MATTHEWMAN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Gary MATTHEWMAN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Don Carlo, Baugé-en-Anjou</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Aug 2024 16:12:03 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous ne sommes pas à La Scala (1), mais dans une structure légère, à une cinquantaine de kilomètres de la gare la plus proche, dans une petite ville de 12&nbsp;000 habitants, appartenant à cette France profonde, rurale et paisible que la culture irrigue difficilement. C’est là que l’Opéra de Baugé œuvre inlassablement depuis plus de vingt ans. Le projet paraît démesuré, d’une ambition rare, de programmer <em>Don Carlo</em>, même dans la version italienne réduite à quatre actes (sans celui de Fontainebleau) en alternance avec deux autres ouvrages. La distribution, exigeante, nécessite des voix d’homme nombreuses et variées, en sus des rôles-clé d’Elisabeth de Valois et de la princesse Eboli, sans oublier un chœur aguerri et puissant. Une large part de celles et ceux qui firent le succès d’<em>Un ballo in maschera </em>la saison dernière (2) est de retour, venus principalement du Royal Opera de Londres. D’abord le chef, familier de Verdi, <strong>Gary Matthewman</strong>, dont la carrière lyrique se développe pour l’essentiel Outre-Manche (3) et en Autriche. Toujours soucieuse du chant, sa direction, au service d’un flamboiement dramatique intense, fouille la partition pour en valoriser les lignes, les contrastes, les couleurs comme les dessins confiés à tel ou tel soliste de l’orchestre. On lui doit, déjà, un constant bonheur orchestral, auquel s’ajoute naturellement celui dont il pare les voix. Tout au long de ces quatre actes, nous seront tenus en haleine, par la poésie élégiaque ou douloureuse, comme par la fougue et la violence exacerbée.</p>
<p>Résumer la complexe intrigue de Don Carlo en quelques lignes paraît impossible. Un roi dont le pouvoir est dominé par l’Eglise, lui-même affaibli par la révolte flamande contre l’oppresseur, marié à la fille d’Henri II et Catherine de Médicis, que l’Infant – Don Carlos – a connue et aimée auparavant, des intrigues multiples donnent à ce sombre drame les accents shakespeariens chers à Verdi.</p>
<p>Les mises en scène de <strong>Bernadette Grimmett</strong>, sobres, réduites à l’essentiel, focalisent l’attention sur les chanteurs. Changés à vue, quelques accessoires (des éléments de balustrade assemblés pour suggérer le tombeau de Charles-Quint, quelques sièges, des candélabres) suffiront, avec des éclairages simples mais efficaces. L’unique réserve concerne la scène de l’autodafé, visuellement dépourvue de la force attendue. Les costumes appropriés à chacun, conçus avec goût et soin, permettent de composer de beaux tableaux, rappelant parfois la peinture franco-flamande du temps. La direction d’acteur est ciselée, au plus profond des drames intimes qui se superposent.</p>
<p>Un quatuor de solistes, aux moyens vocaux superlatifs, et nous pesons chaque mot, s’impose avec évidence, au meilleur niveau. Les deux femmes rivales, aux liens complexes, d’abord. <strong>Vlada Borovko</strong>, soprano russe, adoptée par Londres où elle chante les héroïnes verdiennes, est Elisabetta di Valois. Son port, altier jusqu’à ce que sa passion pour l’Infant ose s’exprimer, sert un chant exceptionnel. Enfermée dans sa fonction royale, son premier duo avec Don Carlo est remarquable, comme l’amour que ce dernier peine à contenir. On y croit, tout comme lorsque, candide, innocente, elle implore le pardon du roi (« Giustizia, Sire ! »). Une très grande voix, d’une incroyable force expressive. <strong>Monika-Evelin Liiv</strong>, dont on a en mémoire l’Ulrica de l’an passé, prête à la princesse Eboli sa voix ample, profonde, ambrée, dès sa chanson du voile. La contralto estonienne éblouit par son chant comme par sa présence. Elle se joue avec insolence des changements de registre les plus hérissés. Son tempérament de feu est bien là. Jalouse, notre «&nbsp;lionne blessée au cœur&nbsp;», à la passion extrême, demeure attachante, et nous vibrons à son chant comme à ses émotions. L’attendu&nbsp;«&nbsp;O don fatale, o don crudel&nbsp;», où elle passe de son aversion au désir de rachat envers Elisabetta, avec la réaffirmation de son amour pour Carlos, figure à juste titre parmi les plus belles créations de Verdi. Ce sommet pathétique et exalté trouve ce soir toute sa force expressive et sa vérité, avec des aigus de rêve.</p>
<p>Le Don Carlo du ténor argentin<strong> Pablo Bemsch</strong> s’impose par sa maturité vocale et son jeu, avec une profonde intelligence du rôle. L’aisance est constante, jamais démonstrative. La jeunesse, la belle longueur de voix, des aigus aisés, la noblesse de l’émission, les couleurs participent à l’émotion de cet attachant personnage. Le rôle est écrasant, mais jamais les moyens ne faibliront jusqu’à son dernier souffle. Chacun de ses airs, de ses ensembles appellerait un commentaire, et nous y renonçons. La palette expressive la plus large est illustrée avec maestria.&nbsp;Le Rodrigo (marquis de Posa) de <strong>Yuriy Yurchuk</strong> &nbsp;(Renato l’an passé), n’est pas moins émouvant par son humanité. Sa droiture, son exigence morale inébranlable le conduiront à se sacrifier pour son ami Don Carlo. L’Ukrainien, authentique baryton verdien, met sa vaillance, sa projection, au service de ce personnage empathique, fier, dont la générosité égale le courage. Les moyens vocaux sont impressionnants, l’ampleur, une maîtrise technique sans faille, de réelles qualités de phrasé, un timbre chaleureux illustrent l’ardeur des convictions de l’ami.</p>
<p>Les deux basses, Philippe II et le Grand inquisiteur, nous valent un bel affrontement dans le duel implacable de la fin du III, où l’humanité et la fragilité du monarque nous émeuvent. Tout juste attendait-on de <strong>Blaise Malaba</strong>, dont la stature imposante correspond à la majesté du rôle, une projection plus convaincante, car la voix est belle, longue et bien timbrée, d’une grande douceur comme grave. Comment ne pas être ému par les tourments&nbsp; qu’il nous confesse («&nbsp;Ella giammai m’amo&nbsp;»)&nbsp;? Le Grand Inquisiteur de<strong> Denis Sedov</strong> interroge, que la mise en scène dessine âgé et aveugle. La force expressive est là, mais les phrases hachées, la voix instable au large vibrato de ce personnage de composition dérangent (après un décevant Escamillo, il y a 48h), même si elles traduisent l’outrance de ce tyran sectaire et retors. Aucun des petits rôles ne déçoit&nbsp;: du surprenant Tebaldo de <strong>Xavier Truong-Fallai</strong>, du comte de Lerme de <strong>Bo Wang</strong>, au Moine/Charles-Quint de <strong>Volodymyr Morozov</strong>, et au hérault de <strong>Roger Paterson</strong>, prometteur.</p>
<p>Les nombreux ensembles sont autant de réussites, comme les chœurs, parfaitement réglés, et stylistiquement réjouissants. L’orchestre, galvanisé par son chef, est somptueux, clair, d’une précision enviable (ainsi, les attaques des quatre trombones), aux équilibres parfaits et aux soli magistraux (les arpèges de la clarinette, la mélodie au hautbois, au violoncelle etc.). La conduite de la passion grandissante jusqu’au paroxysme de l’ultime duo Elisabetta – Don Carlo est exemplaire. L’ambiance mortifère, désespérée, l’effroi, la stupeur de la dernière scène sont rendus avec un exceptionnel brio. Une production musicalement digne des plus grandes scènes, que le public acclamera très chaleureusement au terme d’une soirée, dont on n’a pas pris conscience de la longueur tant elle nous a captivé.</p>
<pre>(1) Milan, en décembre dernier, produisit une version de référence, avec Nebrebko, Garança, Petrusi, Meli, dirigés par Riccardo Chailly ( Sous la protection de Verdi)&nbsp;

(2) <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-bauge/">Le ciel pleure</a>

(3) La création prochaine d’une cantate de Geoffrey King, <em>Darkly He Rose</em>, lui a été confiée par la Royal Academy of Music</pre>
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		<title>VERDI, Un ballo in maschera &#8211; Baugé</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-bauge/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Aug 2023 13:45:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La météo annoncée, bourrasques et pluie, s’avérait peu propice à la production sous chapiteau de l’opéra. A la différence de la veille (*), le vent est heureusement tombé, la pluie fine était inaudible jusqu’au dénouement tragique, où une violente averse survient, sonore, comme si les cieux participaient au drame dont nous sommes les témoins. Le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La météo annoncée, bourrasques et pluie, s’avérait peu propice à la production sous chapiteau de l’opéra. A la différence de la veille (*), le vent est heureusement tombé, la pluie fine était inaudible jusqu’au dénouement tragique, où une violente averse survient, sonore, comme si les cieux participaient au drame dont nous sommes les témoins.</p>
<p><em>Le bal masqué</em> n’est pas aisé à monter : entre le mélodrame sanglant et l’indifférence, il fallait l’habiter, lui donner avant tout sa dimension humaine, propre à captiver et émouvoir chacun. <strong>Bernadette Grimmett </strong>tire le meilleur parti des contraintes budgétaires et techniques qu’impose le festival. Le dépouillement prévaut, sur fond noir. Quelques accessoires suffisent, comme la veille : table, gibet etc.. La direction d’acteurs est soignée. C’est sur le jeu des chanteurs, sur leurs tenues et les éclairages que repose la caractérisation de chaque épisode. La qualité esthétique des costumes, de leur coupe, de leurs textures et couleurs est à souligner, avec un dernier acte où tous sont réunis dans un magnifique tableau. La mise en scène a fait le choix de ne jamais forcer le trait, qu’il s’agisse de la consultation d’Ulrica ou du meurtre final. L’émotion ne dépend pas d’une détonation, attendue, mais délibérément omise, ni du sang qui, ce soir, ne coule pas. Cette sobriété, cette ascèse y participent avec efficacité.</p>
<p>Le prélude augure bien le déroulement de la soirée : l’orchestre s’y montre réactif, clair, précis, animé par un indéniable sens dramatique. Les modelés, les articulations, la dynamique nous captivent, et la direction magistrale de <strong>Gary Matthewman</strong> insuffle une vie constante à cette histoire mouvementée et concise. C’est construit, comme le sera la progression du dernier acte, magistrale. Même en connaissant fort bien l’ouvrage, on est suspendu à son déroulement, pour un final exceptionnel, où l’émotion nous étreint. Le chœur angélique et les solistes rassemblés donnent à l’ultime pardon de Renato à son assassin une force singulière. Le chef et l’orchestre seront acclamés comme jamais lors des saluts.</p>
<p>La distribution, brillante, d’une réelle cohérence, est homogène et forme une équipe où chacun est à l’écoute de l’autre. La plupart, à la belle carrière internationale, sont peu connus en France, et c’est là une occasion rare de les apprécier. Le ténor argentin<strong> Pablo Bemsch</strong>, dont la maturité vocale et scénique est manifeste, connaît bien son Riccardo, tessiture très large, égale dans tous les registres, aisance, un legato crémeux, la noblesse de son chant illustre la grandeur d’âme, la générosité sincère du roi. Avant même sa cavatine d’entrée (« Alla vita che t’arride »), la jeunesse primesautière nous convainc. Chacune de ses interventions participe à notre bonheur. Renato est confié à l’Ukrainien <strong>Yuriy Yourchuk</strong>, authentique baryton verdien, dont la vaillance, la projection, sont au service d’une humanité touchante. Son évolution, de l’amitié fidèle au désarroi, puis à la vengeance comme au repentir, est traduite avec justesse, et nous affecte. La progression ne réside pas seulement dans l’écriture du rôle, elle est habitée, souvent ambivalente (rancœur, soif de vengeance, loyauté et amour, par exemple dans sa scène du III). L’Amelia d’<strong>Eri Nakamura</strong>, familière de l&#8217;emploi, est touchante, servie par de solides moyens. Bien qu’attendu, son air, « Ma dall’arido stelo », nous bouleverse. La voix traduit idéalement la fraîcheur comme le courage de ce personnage également complexe. La contralto estonienne<strong> Monika-Evelin Liiv</strong>, chante fréquemment Azucena, Emilia, Federica. Son Ulrica est superbe : voix profonde, large et puissante, projetée à souhait. Sans jamais céder aux tentations d’outrance, elle nous offre une invocation d’effroi, hallucinée, réservant à l’orchestre le soin d’illustrer les puissances infernales. Le duo des comtes complotistes, Ribbing et Horn, est aussi convaincant au plan vocal que visuellement contrasté. <strong>Denis Sedov </strong>, athlétique, et son double,  <strong>Woochul Eun, </strong>s’accordent à merveille, avec des unissons parfaits, et des interventions individuelles bien caractérisées. La colorature sud-coréenne<strong> Yae-Eun Seo</strong>, formée en France, affiche déjà un beau parcours.  Son Oscar rayonne, d’une extraordinaire aisance vocale et scénique (« Volta la terra », d’une grande fraîcheur et d’une force de conviction réelle). Sa chanson, le « saper vorreste », seule touche de légèreté avant le dénouement, a toutes les qualités attendues. Les seconds rôles, du juge au marin, ne déparent pas cette distribution de haut vol. Les ensembles sont animés, précis, et c’est un égal bonheur, du trio avec Ulrica, des duos du deuxième acte, du quatuor, comme du grand quintette et de la scène finale.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_6439-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1691847471284" />© DR</pre>
<p>Le chœur, de très haut niveau, confirme toutes ses qualités, les scènes de foule alternant avec celles d’intimité, ou se confondant. L’engagement de chacun et de tous, avec un orchestre porté à l’incandescence par une direction exemplaire, restera gravé dans la mémoire des auditeurs.</p>
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		<title>Récital de Sumi Jo — Clermont-Ferrand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-de-sumi-jo-clermont-ferrand-lart-de-la-distinction/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Roland Duclos]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Nov 2017 06:23:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Plus qu’à l’évidence, l’éclectique, ambitieux et pléthorique programme de Sumi Jo relève d’une stratégie artistiquement assumée, avec ses risques indéniables de perdre l’auditoire en chemin. En ce premier rendez-vous des récitals Grande Voix à l’Opéra de Clermont-Ferrand avec le Centre Lyrique d’Auvergne, l’exigeante et perfectionniste colorature a, à n’en pas douter, mûrement prémédité une performance &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Plus qu’à l’évidence, l’éclectique, ambitieux et pléthorique programme de <strong>Sumi Jo</strong> relève d’une stratégie artistiquement assumée, avec ses risques indéniables de perdre l’auditoire en chemin. En ce premier rendez-vous des récitals Grande Voix à l’Opéra de Clermont-Ferrand avec le Centre Lyrique d’Auvergne, l’exigeante et perfectionniste colorature a, à n’en pas douter, mûrement prémédité une performance vocale qui n’a pourtant rien de l’exhibition fût-elle de haute virtuosité. N’empêche, se mesurer près de deux heures durant avec plus d’une quinzaine de compositeurs couvrant quelque trois siècles de mélodies, romances et airs d’opéras dans des esthétiques sans commun dénominateur peut être suspecté de flirter avec la culture de l’exploit. La fin en soi risque de s’avérer une entreprise périlleuse. D’autant qu’à la clef on compte plusieurs morceaux de bravoure redoutables. Faut-il y voir une volonté pour la diva haut perchée d’être à la hauteur de sa réputation en affirmant « Je suis toujours là ! » après trente années de tête d’affiche ?</p>
<p>On oublie vite ses entrées en scène en première et seconde partie, fine silhouette moulée dans d’affriolantes robes dignes du bal du nouvel an viennois. Si Sumi Jo réussit son pari elle le doit plus à l’émotion de son chant qui opère sans coup férir comme un philtre, qu’au scintillement du strass qu’elle arbore. Sans chercher à séduire à coup d’artifices vocaux, elle reste elle-même, méticuleuse technicienne et musicienne sensible et intraitable. Contre toute attente, d’un programme dont le seul énoncé fait redouter l’auberge espagnole à l’œcuménisme racoleur et consensuel, elle fait un tout cohérent, porté par l’émotion et la sincérité d’une personnalité vocale authentique.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/_mg_0633_hd.jpg?itok=KhEY_sFY" title="© Yann Cabello" width="468" /><br />
	© Yann Cabello</p>
<p>Le registre est épanoui, souple, sans dureté. Il tisse des aigus filés toujours riches en nuances. En témoigne la précieuse dentelle vocale de la <em>Villanelle</em> d’Eva Dell’Acque. Pareillement avec <em>Vilja Song </em>de Franz Lehar exempt de mièvrerie ou de préciosités superflues. La franchise du soutien lui ouvre une sûreté de ligne et d’assise libérant des aigus audacieux jamais à découvert notamment dans la poésie mélancolique d’<em>Ari Arirang</em> de Jung Joon Ahn. Rectitude stylistique qu’elle doit à sa conduite vocale d’une homogène fluidité qu’elle que soit l’apparente disparité des répertoires.</p>
<p>Et qui aurait parié sur son « Lascia, ch’Io pianga » ? Elle en écarte toute démonstrativité préférant en retenir l’intensité du caractère méditatif haendelien. Et c’est sans rupture qu’elle vocalise avec des grâces de rossignol sur « Ah, vous dirais-je maman », d’Adolphe Adam. Faire vivre cette page un peu hâtivement dépréciée, relève du défit dont seuls une agilité naturelle et un grain séducteur et délicat peuvent venir à bout.</p>
<p>Technicienne avisée rompue à toutes les subtilités, elle franchit avec une stupéfiante aisance les acrobaties et sauts d’octaves du<em> </em>« Lo ! Here the gentle lark » de Bishop, avant d’enchaîner sur la nostalgie teintée d’ineffables couleurs du « Sposa son disprezzata » de Vivaldi. Que Sumi Jo paraisse crânement jouer avec le feu en flirtant avec ses limites dans l’extrême aigu de la <em>Danube Waltz</em> de Johann Strauss II, elle fait passer un frisson de bonheur mêlé de crainte parmi le public. Une façon de nous faire comprendre que si elle consent à prendre tous les risques, c’est qu’elle peut s’offrir ce luxe sans souffrir et que tel est son bon plaisir. Un jeu qui, s’il n’est pas sans danger, ne manque pas de saveur. On devine chez elle un plaisir aristocratique du chant, qui loin d’être purement formel, le consacre comme un art de la distinction. Une forme d’ironie aussi qui affirme la prééminence d’une voix hors du commun. Son timbre fin et racé ne se départit à aucun instant de cet éclat raffiné et de cette transparence avec lesquelles elle joue avec une fierté sans complexe dans <em>Chanson espagnole</em> de Leo Delibes. Ce savoir-faire de la séduction de la part d’une diva de la scène ce soir jamais pris en défaut, lui permet de rester superbement femme, d’en revendiquer sans tricher, l’orgueilleuse fragilité qui assure aussi son triomphe.</p>
<p>Triomphe auquel le toucher de <strong>Gary Matthewman</strong> est loin d’être étranger. Une (omni)présence juste, d’une parfaite tenue, un doigté vif, une articulation souple et sensuelle assurent un bel équilibre avec la soprano. Le pianiste qui possède un son chatoyant, d’une féline plasticité, donne le sentiment non plus de prosaïquement accompagner, mais de se glisser dans le chant, de l’habiter, de s’en faire le complice.</p>
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