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	<title>Zubin MEHTA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Zubin MEHTA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Joyeux anniversaire, Maestro Mehta !</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/joyeux-anniversaire-maestro/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 09:22:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Zubin Mehta est l&#8217;un des derniers géants de la baguette de la seconde moitié du XXe siècle qui exerce encore aujourd&#8217;hui. Ce 29 avril, le chef indien fête ses 90 ans ! Fils d&#8217;un violoniste, Mehli Mehta, qui avait fondé l&#8217;orchestre symphonique de Bombay, le petit Zubin baigne d&#8217;emblée dans la musique. S&#8217;il commence sa &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Zubin Mehta</strong> est l&rsquo;un des derniers géants de la baguette de la seconde moitié du XXe siècle qui exerce encore aujourd&rsquo;hui. Ce 29 avril, le chef indien fête ses 90 ans !</p>
<p>Fils d&rsquo;un violoniste, Mehli Mehta, qui avait fondé l&rsquo;orchestre symphonique de Bombay, le petit Zubin baigne d&#8217;emblée dans la musique. S&rsquo;il commence sa formation à Bombay, il la complète à Vienne et s&rsquo;engage dans la direction d&rsquo;orchestre avec pour maître <strong>Hans Swarowsky</strong>. Primé en 1958 à Liverpool, il ne tarde pas à se faire un nom, par exemple en dirigeant au pied levé l&rsquo;orchestre philharmonique d&rsquo;Israël à seulement 24 ans. Un pied levé avait lancé Bernstein à New York, un autre lance Mehta avec l&rsquo;OPI, deux orchestres que les deux chefs se partageront en permanence ! Avec le seul OPI, Mehta dirigera plus de 3000 concerts en presque 60 ans, jusqu&rsquo;à ses adieux émouvants en 2019 ! Le nom de Mehta est également indissociable de Los Angeles, dont il a dirigé l&rsquo;orchestre philharmonique pendant 16 ans ; ou encore, donc, du New York Philharmonic, réputé très difficile pour les chefs, et dont il a été le directeur musical pendant 13 ans. Grand habitué des Viennois, également,  il est le chef non européen qui a le plus dirigé le fameux Concert du Nouvel An (avec des résultats inégaux, certes, mais qui témoignent de la confiance que les musiciens placent en lui).</p>
<p>Et l&rsquo;opéra dans tout cela ? C&rsquo;est l&rsquo;autre pan fondamental de son extraordinaire carrière : Salzbourg dès 1962, <em>Aïda</em> au Met dès 1965, la Scala dès 1966&#8230; On se l&rsquo;arrache. Patron du Mai musical florentin pendant des années, il y revient régulièrement et sera aussi le directeur général de la musique de l&rsquo;Opéra de Munich en 1998 et 2006. N&rsquo;en jetez plus, l&rsquo;énergie inépuisable de ce chef est précisément ce qui a toujours caractérisé nombre de ses interprétations. Bien sûr, il n&rsquo;a pas toujours échappé à quelques équipées plus inattendues, mélange de cross over et de star system, des Trois ténors (concert mémorable et historique en 1990 à Rome) à un<em> Turandot</em> et une <em>Aida</em> avec <strong>Andrea Bocelli</strong> qui n&rsquo;ont pas vraiment conquis toutes les oreilles ; ou encore sa collaboration avec l&rsquo;artiste indien <strong>Ravi Shankar</strong> ainsi que pour des musiques de film. On le lui a fait remarquer, voire reproché, mais il s&rsquo;est toujours défendu avec son large sourire lumineux : « J&rsquo;ai toujours cru que la musique doit être partagée, qu&rsquo;elle doit rassembler. Si cela signifie diriger une suite de Star Wars ou collaborer avec des artistes comme Ravi Shankar, alors pourquoi pas ? La musique est un langage universel ».</p>
<p>Assumer l&rsquo;universalité, en sage de la musique dont il sillonne tous les mondes depuis presque 70 ans, c&rsquo;est le mantra de ce chef boulimique, mais surtout charismatique et humaniste, qui compte quelques réalisations mémorables au disque : une <em>Résurrection</em> de Mahler qui reste au sommet de la discographie (avec Vienne, déjà), un<em> Trouvère</em> épatant avec <strong>Domingo</strong>, <strong>Price</strong> et <strong>Milnes</strong> dans les années 70 ; une<em> Aida</em> de jeunesse (1967) avec rien moins que <strong>Nilsson</strong>, <strong>Bumbry </strong>et<strong> Corelli</strong> ; mais aussi voire surtout un enregistrement qui reste une référence incontournable de <em>Turandot</em> à Londres en technicolor et avec une distribution qui fit couler beaucoup d&rsquo;encre : <strong>Pavarotti</strong>, <strong>Sutherland, Caballé, Ghiaurov.</strong> Tout l&rsquo;art de Mehta à son apogée s&rsquo;y entend et s&rsquo;y voit presque. Comment ne pas y penser alors qu&rsquo;on vient de célébrer, voici quelques jours, le centenaire de la création de l&rsquo;opus ultime de Puccini ?</p>
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Puccini: Turandot, Act I: Non piangere, Liù! – Ah! Per l&#039;ultima volta!" width="1200" height="900" src="https://www.youtube.com/embed/9qR3xp2oL-w?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1971-1988/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jan 2026 06:13:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l&#8217;exceptionnel coffret consacré aux récitals de Joan Sutherland et au non moins grandiose coffret consacré aux intégrales lyriques de 1959 à 1970, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la Stupenda avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988. Le coffret s&#8217;ouvre avec un &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l&rsquo;exceptionnel coffret consacré aux récitals de <strong>Joan Sutherland</strong> et au non moins grandiose coffret consacré <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970/">aux intégrales lyriques de 1959 à 1970</a>, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la <em>Stupenda</em> avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988.</p>
<p>Le coffret s&rsquo;ouvre avec un enregistrement de <em>Rigoletto</em> figurant parmi les meilleurs de la riche discographie de l&rsquo;ouvrage. Évitant les dérives véristes stylistiquement hors de propos (mais parfois bien excitantes il faut le reconnaitre), <strong>Richard Bonynge</strong> restitue à l&rsquo;ouvrage sa filiation belcantiste grâce à une distribution idéale de musicalité. Le chef australien restaure également les parties habituellement coupées à l&rsquo;époque (et qui le sont encore souvent aujourd&rsquo;hui) : cabalette du Duc à l&rsquo;acte II, reprises, cadences, etc. Ce parti ne se fait pourtant pas au détriment du caractère dramatique de l&rsquo;ouvrage, et cette version reste très théâtrale. <strong>Sherrill Milnes</strong> offre un Rigoletto magnifiquement abouti, moins plébéien que beaucoup de ses collègues, son chant ne se départissant jamais d&rsquo;une certaine noblesse. Son bouffon est d&rsquo;abord un homme blessé dont l&rsquo;amoralité a pour origine ces blessures même. L&rsquo;interprétation est d&rsquo;une passionnante complexité : à titre d&rsquo;illustration, on peut ainsi l&rsquo;entendre passer en un instant de l&rsquo;autorité (<strong>« </strong>Padre ti sono, e basti » / « Je suis ton père, cela suffit ») au doute (« Me forse al mondo temono, etc. » / « Il y a peut-être sur terre des gens qui me craignent, et des gens dont j’ai éveillé la rancune. D’autres me maudissent »). Un vrai travail d&rsquo;orfèvre mais qui ne tombe jamais dans un maniérisme extérieur. Cerise sur le gâteau, le baryton dispose d&rsquo;un aigu impressionnant culminant au si naturel sur sa <strong>« </strong>Maledizione! » finale. Séducteur et jouisseur, <strong>Luciano</strong> <strong>Pavarotti</strong> est un Duc irrésistible de beauté de timbre et de <em>morbidezza</em>. Avec Alfredo Kraus, plus aristocratique, et Carlo Bergonzi plus varié de couleurs, le <em>tenorissimo</em> complète la trinité des meilleurs interprètes du rôle. Dans la tranquillité du studio, le chanteur peut donner ici le contre ré de sa cabalette, note qu&rsquo;il évitait généralement à la scène. Joan Sutherland offre une Gilda pleine de nostalgie, de tristesse, de compassion ( son « Oh quanto dolor! » est à fondre). Démonstration de beau chant, son « Caro nome » pourrait être plus habité. Au dernier acte le soprano australien démontre en revanche de remarquables capacités dramatiques et il faut reconnaitre que le contre-ut interpolé juste avant que Gilda ne soit poignardée fait froid dans le dos. Le reste de la distribution est remarquable en particulier le Sparafucile de <strong>Marti Talvela</strong>. On notera aussi la présence <strong>Kiri Te Kanawa </strong>dans le court rôle de la Contessa di Ceprano, ce qui donne une idée de la richesse du casting.</p>
<p>Le second enregistrement de <em>Lucia di Lammermoor</em> de Sutherland est un autre incontournable de toute discothèque qui se respecte. Richard Bonynge restaure à nouveau la quasi-totalité des coupures traditionnelles, notamment les reprises et les codas (mais généralement sans variation, à l&rsquo;exception de celles du rôle-titre), les tonalités originelles, et la scène de Wolfcrag (déjà restituée dans la première version). Au risque de se répéter, on réaffirmera que Joan Sutherland est une Lucia inégalée, capable de restituer toutes la finesse des émotions de l&rsquo;héroïne par l&rsquo;art du chant, tout en y apportant urgence et dramatisme. Avec le soprano australien, les pyrotechnies vocales ne sont jamais gratuites mais au service de l&rsquo;expression du personnage. Comme dans <em>Rigoletto</em>, Luciano Pavarotti n&rsquo;a guère de rivaux (si ce n&rsquo;est les deux chanteurs déjà cités) : le ténor italien est ici proche de la perfection, avec une probité stylistique qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas toujours plus tard dans sa carrière. C’est dans les rôles où l’on ne les attend pas que se révèle le génie des grands artistes : Sherrill Milnes est ainsi un Enrico exceptionnel, dramatique sans effets véristes (il semble trembler vraiment quand il dit <strong>« </strong>Io fremo! »). Son aisance dans l&rsquo;aigu lui permet d&rsquo;être le partenaire idéale de Joan Sutherland pour leur duo du deuxième acte, restitué à sa tonalité aiguë originale, avec la naturel et mi naturel conclusifs. <strong>Nicolaï Ghiaurov</strong> est un Raimondo de luxe, stylistiquement irréprochable, au timbre magnifique et au chant expressif, toujours dans le respect des règles belcantistes. Les <em>comprimari</em> sont excellents.</p>
<p>En 1971, quand Richard Bonynge s&rsquo;attaque à l&rsquo;enregistrement des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em>, ni l&rsquo;éphémère et contestée version de Fritz Oeser (1976), ni celle de Michael Kaye (1987-1992) et encore moins celle de Jean-Christophe Keck (2010) ne sont connues. Le chef d&rsquo;orchestre australien est toutefois conscient des approximations de la version Choudens traditionnelle et va proposer la sienne, dans une optique de retour à la forme de l&rsquo;opéra-comique, c&rsquo;est-à-dire en supprimant les récitatifs apocryphes (on trouvera ici un excellent comparatif des différentes versions <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/v1/opera-n18/hoffmann.htm">sous la plume de notre collègue Christian Peter</a>). Sa version n&rsquo;est toutefois pas musicologiquement scrupuleuse : par exemple, le septuor avec chœur composé par Raoul Gunsbourg et orchestré par André Bloch pour la reprise de Monte-Carlo en 1904 est ainsi conservé, mais transformé en quatuor et déplacé de l&rsquo;acte de Venise à l&rsquo;épilogue pour renforcer le rôle de Stella. Grâce aux moyens phénoménaux de son épouse, Bonynge bénéficie d&rsquo;un interprète unique pour les quatre rôles féminins, à vue de nez sans compromis sur les tonalités par rapport aux traditions de l’époque. Cette unicité d&rsquo;interprète est d&rsquo;ailleurs conforme au projet initial d&rsquo;Offenbach. <strong>Plácido Domingo</strong> est un poète bien chantant, un peu générique d&rsquo;interprétation mais attachant, avec de ci de là quelques raffinements musicaux inhabituels comme l&rsquo;utilisation du registre mixte pour les passages plus élégiaques. <strong>Gabriel Bacquier </strong>s&rsquo;en donne à cœur joie dans les quatre rôles maléfiques où son sens du théâtre fait merveille. Il campe des personnages tour à tour inquiétants ou sardoniques, voire drôle (le pseudo accent juif utilisé dans les dialogues de Coppélius aurait toutefois du mal à passer de nos jours). Le baryton chante ici les versions traditionnelles de <strong>« </strong>J&rsquo;ai des yeux » et, dans la tonalité aiguë, le <strong>« </strong>Scintille diamant » ajouté par Gunsbourg, conclu par un fa dièse. <strong>Huguette Tourangeau</strong> n&rsquo;a pas grand-chose à chanter dans cette version mais offre une honorable <strong>« </strong>Poupée aux yeux d&rsquo;émail ». Joan Sutherland offre une diction et une prononciation française acceptable, avec des <strong>« </strong>r » assez roulés, un peu passé de mode aujourd&rsquo;hui. On aura connu des poupées aux variations plus délirantes (Natalie Dessay pour ne pas la citer) mais l&rsquo;incarnation du soprano australien reste réjouissante. L&rsquo;acte de Giulietta ne lui cause aucun problème en dépit de sa tessiture plus grave, et le quatuor de l&rsquo;épilogue est spectaculaire, couronné par un mi bémol du soprano. L&rsquo;incarnation d&rsquo;Antonia est superlative, pleine d&rsquo;émotion et de sensibilité. À l&rsquo;instar de sa Marguerite de <em>Faust, </em>chaque phrase mériterait d&rsquo;être citée pour la finesse de sa coloration. Dans les quatre valets, <strong>Hugues Cuénod</strong> est impeccable de drôlerie sans outrance. Sans être un artiste lyrique, <strong>Jacques Charon</strong> chante correctement mais son style contraste exagérément avec celui des trois rôles principaux : on est ici davantage dans le registre de l&rsquo;opérette que de l&rsquo;opéra. Il en va de même de sa composition un peu outrée, façon Michel Serrault dans <em>La cage aux folles</em>. La baguette de Richard Bonynge est ici plus à l&rsquo;aise dans le romantisme que dans la jovialité, avec quelques lourdeurs occasionnelles. Si l&rsquo;Orchestre de la radio Suisse Romande n&rsquo;appelle pas de réserves particulières, les différents chœurs réunis manquent un peu de corps, surtout côté ténors.</p>
<p>Si elle n&rsquo;avait pas rencontré Richard Bonynge, il est probable que Joan Sutherland se serait orientée vers un répertoire totalement différent, ses moyens lui permettant de servir sans problème les compositeurs véristes ou Wagner, comme en témoignent <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=_N13nhxM_-Q">ses premiers témoignages sonores</a>. Elle a d&rsquo;ailleurs enregistré un récital Wagner en 1979. Une démonstration éclatante en est faite avec cette version de <em>Turandot</em>, qui constitue l&rsquo;une des références de la discographie du dernier chef d&rsquo;œuvre de Puccini. Dès son air d&rsquo;entrée, Sutherland offre un personnage plus complexe que celui habituellement interprété par les interprètes classiques. Les premiers mots, « In questa regia », sont chantés comme un triste souvenir qui revient à la mémoire, avant que le discours de Turandot ne prenne une tournure plus vindicative. Le soprano australien alterne ainsi les moments d&rsquo;abandon et ceux de froideur. Une incarnation absolument indispensable qui renouvelait l&rsquo;interprétation impressionnante mais un brin monolithique de ses devancières. Contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait imaginer, Luciano Pavarotti a peu chanté le rôle de Calaf sur scène : une série de représentations à San Francisco en 1977 et une autre au Met en 1997 et c&rsquo;est tout. Entre les coupes du monde, concerts des trois ténors et inauguration de supérettes dans la zone industrielle de Modène, personne sur la planète n&rsquo;a en revanche pu échapper à son « Nessun dorma », souvent transposé du reste. Le tenorissimo chante ici Calaf en ténor lyrique et on pourra lui préférer des formats plus héroïques, à la Franco Corelli par exemple. C&rsquo;est essentiellement affaire de goût : le Calaf de Pavarotti est absolument parfait. On serait déjà aux anges avec les deux interprètes précités : avec la sublime Liu de <strong>Montserrat Caballé</strong>, on côtoie encore plus l&rsquo;Olympe. Beauté du timbre, finesse des intentions, colorations subtiles, le soprano catalan est absolument divin. Le reste de la distribution est du même métal.<strong> Nicolai Ghiaurov</strong> est un Timur souverain. <strong>Peter Pears</strong> est luxe en Altoum, le ténor tirant le maximum de sa courte intervention avec une subtile théâtralité. L&rsquo;ensemble des autres rôles sont impeccablement tenus. <strong>Zubin Mehta</strong> assume le grand spectacle, avec quelques trouvailles ponctuelles mais sans jamais perdre de vue l&rsquo;arc dramatique. C&rsquo;est une direction opulente mais toujours énergique, conservant un excellent équilibre entre les forces orchestrales et le plateau vocal.</p>
<p>Si vous ne connaissez pas encore la seconde version d’<em>I Puritani</em> de Joan Sutherland, avec cette fois Luciano Pavarotti, laissez tomber immédiatement votre lecture et précipitez-vous sur cet enregistrement (le plus simple étant de faire l’acquisition du présent coffret). Les deux tourtereaux sont à leur zénith et cette intégrale est jusqu’ici indépassée, tant dans le registre de l&rsquo;émotion que dans la pyrotechnie vocale (tout serait à citer). Bien sûr, les puristes (et moi-même) y trouveront toujours quelque chose à redire, histoire de faire leur intéressant : en pure voix de tête, le contre-fa de Pavarotti dans « Credeasi misera » n&rsquo;est guère impressionnant ; hormis Sutherland, les autres interprètes ne font pas ou peu de variations ; les roulades de <strong>Piero Cappuccilli</strong> sont un peu précautionneuses et on le sent restreindre sa projection pour les exécuter, etc. Toutefois, si le baryton italien n’est pas, sur le papier, le spécialiste du belcanto requis, il sait parfaitement exprimer les sentiments de son personnage, même les plus délicats, par le jeu sur la coloration, sa capacité à alléger ou au contraire par l’amplitude de son souffle. Nicolaï Ghiaurov est un Giorgio de luxe (une fois de plus) et son duo avec Cappuccilli, « Suoni la tromba », est sans doute le plus électrisant de toute la discographie. Enfin, Richard Bonynge, qui rouvre une fois de plus la plupart des coupures, introduit l&rsquo;excitante cabalette finale aux origines compliquées (1).</p>
<p>Les enregistrements de <em>Maria Stuarda</em> ne courent pas les rues et celui-ci se situe aisément dans les sommets de la discographie. Joan Sutherland incarne le rôle-titre avec poésie et abandon et il n&rsquo;y a guère que les enregistrements sur le vif de Montserrat Caballé qui puissent venir la concurrencer, ainsi que le studio de Beverly Sills (mais les partenaires qu&rsquo;on y entend sont rarement du même niveau). « O nube! che lieve per l&rsquo;aria ti aggiri » est ainsi monument de beau chant et la cabalette qui suit « Nella pace del mesto riposo » montre que le soprano peut aussi exceller dans un registre plus véhément, contrastant avec le précédent. On admirera également la finesse des variations des reprises, excitantes mais sans être excessivement démonstratives. Enfin, Sutherland sait faire preuve du dramatisme nécessaire, en particulier dans sa scène d&rsquo;affrontement avec Elisabetta, « Figlia impura di Bolena » avec un « Vil bastarda  » qui fait froid dans le dos. La prière « Deh! Tu di un&rsquo;umile preghiera il suono » et la cabalette finale sont des sommets de l&rsquo;enregistrement, traditionnels sujets de débats passionnés entre les amateurs qui leur préfèrent la version de Montserrat Caballé et ceux qui vénèrent celle de Beverly Sills ! Luciano Pavarotti offre à nouveau une leçon de bel canto romantique. Tout y est : coloration, phrasé, gestion du souffle, nuances, urgence, suraigu aisé, le tout servi par un timbre d&rsquo;une beauté confondante, d&rsquo;autant que le rôle favorise ses plus belles notes. Huguette Tourangeau est une Elisabetta moins bien dotée vocalement, pas toujours suffisamment incisive pour son personnage (notamment dans la scène. Il est notoire que certains auditeurs ont une aversion certaine pour ses graves parfois trop poitrinés mais nous les trouvons quant à nous très efficaces. Ces réserves faites, le mezzo-soprano québécois tire son épingle du jeu d&rsquo;autant qu&rsquo;elle est plus à l&rsquo;aise dans les passages moins vindicatifs (« Vana è la tua preghiera » par exemple). <strong>Roger Soyer</strong> interprète Talbot avec intelligence et un chant bien coloré. Dans les rôles secondaires, on citera en Cecil <strong>James Morris</strong> : futur Wotan d&rsquo;exception. La direction de Richard Bonynge pourrait sans doute être un peu plus incisive et théâtrale mais reste élégante et raffinée.</p>
<p>Heureuses années 70 où il se trouvait un éditeur majeur pour enregistrer une rareté telle que l&rsquo;<em>Esclarmonde</em> de Jules Massenet (et quelques autres comme on le verra par la suite), et surtout des amateurs pour faire l&rsquo;acquisition du coffret. L&rsquo;ouvrage restant peu connu, il n&rsquo;est pas inutile d&rsquo;en résumer le livret. Acte I : Esclarmonde (Joan Sutherland), impératrice de Byzance (et sorcière), aime Roland (Giacomo Aragall), comte de Blois, mais croit que leur union est impossible. Sur le conseil de sa sœur Parséis (Huguette Tourangeau), elle utilise la magie pour le transporter chaque nuit sur une île enchantée, tout en cachant sa véritable identité derrière un voile. Elle lui remet une épée magique pour combattre les Sarrasins. Acte II : Roland remporte la victoire à Blois. Le roi de France Cléomer (Robert Lloyd) lui offre la main de sa fille, mais il refuse. Les moines et l&rsquo;Évêque de Blois (Louis Quilico), mis finalement au courant des escapades nocturnes, pratiquent un exorcisme sur Esclarmonde et lui arrachent son voile. La jeune femme, se considérant trahie, reproche à Roland son infidélité et s&rsquo;enfuit. L&rsquo;épée magique se brise. Acte III : Son père Phorcas (Clifford Grant) exige d&rsquo;Esclarmonde qu&rsquo;elle renonce à Roland sous la menace de lui retirer ses pouvoirs magiques et de faire tuer le jeune homme. Elle se soumet et demande à Roland de l’oublier. Acte IV : un tournoi est organisé pour offrir sa main. Le vainqueur, vêtu de noir, se nomme « Désespoir » et refuse la main de la jeune femme. Celle-ci reconnaît la voix : il s&rsquo;agit de Roland. Lorsque son voile est levé, ils tombent dans les bras l&rsquo;un de l&rsquo;autre et sont acclamés comme impératrice et consort. Jules Massenet a un peu abordé tous les styles. <em>Esclarmonde </em>est à la limite du grand opéra, très éloignée des <em>Werther, Manon </em>ou du pauvre <em>Don Quichotte</em> qui sont l&rsquo;ordinaire invariable des programmations routinières. On serait ici davantage dans la veine du <em>Cid</em>, ouvrage tout aussi injustement dédaigné. Joan Sutherland est une sorcière souveraine, mais aucune magie ne suffirait à rendre intelligible sa diction sacrifiée sur l&rsquo;autel de la beauté vocale ! Son « Esprit de l&rsquo;air ! Esprit de l&rsquo;onde ! » vaut toutefois à lui seul l&rsquo;achat d&rsquo;une chaîne stéréo destinée à assourdir tout le voisinage. On appréciera à l&rsquo;inverse l&rsquo;intelligibilité du texte chez Huguette Tourangeau, Parséis finement nuancée. <strong>Giacomo Aragall </strong>est un Roland au timbre coloré, au phrasé impeccable et au français très correct. Pour l&rsquo;anecdote, rappelons qu&rsquo;à l&rsquo;époque, le ténor catalan italianisait son vrai prénom, Jaime, parce qu&rsquo;il sonnait en italien comme le cri de désespoir de Mario dans Tosca : « Ahimé! ». <strong>Louis Quilico </strong>est un Évêque de Blois plein d&rsquo;autorité, alliant la solidité des voix américaines à l&rsquo;idiomatisme d&rsquo;un québécois d&rsquo;origine. <strong>Robert Lloyd </strong>est un Clémoer un peu trop nasal. <strong>Ryland Davies </strong>est un Énéas (le fiancé de Parséis) irréprochable. Richard Bonynge se révèle une fois de plus parfaitement à l&rsquo;aise dans l&rsquo;opéra romantique français.</p>
<p>L&rsquo;<em>Oracolo</em> est un ouvrage encore plus tard (et, à notre connaissance, le seul qui commence par le chant d&rsquo;un coq). Créé en 1905, l&rsquo;action se déroule à San Francisco, dans une fumerie d&rsquo;opium de Chinatown : elle est particulièrement ramassée puisqu&rsquo;en moins d&rsquo;une heure nous aurons droit à un kidnapping et deux meurtres. L&rsquo;intrigue vaut son pesant de riz collant. L’action se déroule le matin du Nouvel An chinois. Cim-Fen (Tito Gobbi), patron d’une fumerie d’opium, feint d’aimer Hua-Quî (Huguette Tourangeau) gouvernante de Hu-Tsin (Clifford Grant) afin de pénétrer dans la maison du riche marchand et de kidnapper son fils Hu-Ci. Parallèlement, Uin-San-Lui (Ryland Davies), fils du vieux savant Uin-Scî (Richard Van Allan), aime Ah-Joe (Joan Sutherland), la nièce de Hu-Tsin. Un oracle annonce un destin tragique pour l’enfant qui est effectivement enlevé par Cim-Fen. Il s&rsquo;introduit auprès du père éploré et lui promet de retrouver l&rsquo;enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Pas du tout d&rsquo;accord avec le deal, l&rsquo;amoureux dit qu&rsquo;il peut lui aussi sauver l’enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Mal lui en prend : il est rapidement assassiné par Cim-Fen. Ah-Joe sombre dans la folie (nous y voilà !). Uin-Scî jure de venger son fils (entracte). Attiré par des cris sous une trappe, Uin-Scî j retrouve l&rsquo;enfant kidnappé qu&rsquo;il rend à son père. Rencontrant Cim-Fen ivre, Uin-Scî l&rsquo;étrangle. D&rsquo;origine italienne, Franco Leoni a fait l&rsquo;essentiel de sa carrière en Grande-Bretagne. <em>L&rsquo;Oracolo</em> a été créé à Covent Garden (1905) puis repris au Metropolitan (1915) couplé avec <em>I</em> <em>Pagliacci</em>. En 1937 à San Francisco, la représentation de l&rsquo;ouvrage par une troupe itinérante fut l&rsquo;objet de protestations de la communauté chinoise : l&rsquo;ouvrage dut être précédé d&rsquo;un discours explicatif précisant qu&rsquo;il n&rsquo;était que de pur fiction et sans rapport passé ou actuel avec le vrai Chinatown (plus ça change, plus c&rsquo;est la même chose). Il faut reconnaitre qu&rsquo;il y a aussi un peu de quoi, non pas en raison de l&rsquo;intrigue mais de part la façon dont la foule des asiatiques est dépeinte, glapissante plutôt que chantante, scandant des « Wu-fèt, tan-hae, fu-lu, sam-ciau» caricaturaux, charabia qui ne veut rien dire du tout (nous avons vérifié). La musique est agréable sans être mémorable, avec des influences de Puccini bien sûr, mais aussi de Debussy. En fin de carrière, <strong>Tito Gobbi</strong> apparait bien fatigué avec un haut médium tiré (il va sur ses 62 ans) et a recours à des effets caricaturaux. Joan Sutherland n&rsquo;a que peu de chose à chanter (la scène de folie n&rsquo;en est pas vraiment une). <strong>Clifford Grant</strong> est bon interprète mais l&rsquo;émission est un peu trop nasale. Ryland Davies a une voix un peu légère mais le chant est élégant. Dans un répertoire où on ne l&rsquo;attendait pas, Richard Bonynge surprend par une direction idéalement dramatique. Le CD est complété avec la musique de scène composée par Leoni pour la pièce de James Bernard Fagan, <em>The Prayer and the Sword</em>, composition plutôt agréable.</p>
<p>Retour aux enregistrements de référence avec <em>Il Trovatore, </em>version à classer parmi les meilleures de la discographie. Richard Bonynge revient ici aux origines belcantistes de l&rsquo;ouvrage que la tradition a par la suite confié à des voix plus dramatiques. L&rsquo;œuvre s&rsquo;y prête et on pourra préférer Franco Corelli ou Leontyne Price dans cette optique. Les coupures sont restaurées codas, reprises avec variations, virtuose cabalette de Leonora à l&rsquo;acte III, interventions de la basse dans le chœur d&rsquo;entrée de l&rsquo;acte III. Surtout, les chanteurs respectent les difficultés de la partition telle qu&rsquo;elle a été écrite par Verdi. Le rare ballet (écrit pour la version de Paris) est également restitué (précisons que les premiers reports en CD ne le contenaient pas). Les amateurs de contre-notes seront également ravis. Le Manrico de Luciano Pavarotti est superbe de beau chant. Joan Sutherland est une Leonora atypique mais passionnante. Il en va de même de la frémissante Azucena de <strong>Marilyn Horne</strong>. <strong>Ingvar Wixell</strong> n&rsquo;est pas tout à fait à la hauteur du trio de tête mais on ne va pas chipoter. Enfin, Nicolaï Ghiaurov complète magnifiquement la distribution. La direction est réjouissante. Ajoutons que ces splendeurs musicales sont complétées pas un engagement dramatique intense. Inutile de s&rsquo;attarder : à écouter ou réécouter impérativement.</p>
<p><em>Lucrezia Borgia</em> est l&rsquo;un des très grands rôles de Joan Sutherland et, accessoirement, un opéra que l&rsquo;on ne donne pas assez souvent. Le rôle sied bien à la chanteuse à ce stade de sa carrière et, hors « pirates »,  on peut guère lui trouver que deux rivales : Montserrat Caballé (chez RCA mais surtout dans certains enregistrements sur le vif) et&#8230; Joan Sutherland elle-même captée en vidéo trois années plus tard au Covent Garden, avec Alfredo Kraus à ses côtés (1980). Le soprano australien sait là encore rendre les différents sentiments de cette héroïne complexe, à la fois empoisonneuse, mère et séductrice involontaire de son propre fils. Sa scène finale « Era desso il figlio mio » la voit sans égale. Giacomo Aragall offre un Gennaro élégant et nuancé, malheureusement sans les libéralités d&rsquo;Alfredo Kraus dans le registre aigu (Sutherland doit se sentir bien seule avec son contre-ut dièse à la fin du prologue ou son contre-ut à la fin du duo de l&rsquo;acte I). Le ténor catalan chante toutefois avec vaillance la scène alternative « Partir degg&rsquo;io&#8230; T&rsquo;amo qual dama un angelo » judicieusement rétablie par Bonynge. Marilyn Horne est un Orsini magnifique dont chaque intervention se déguste avec une gourmandise coupable. Ingvar Wixell chevrote un peu en Alfonso mais fait preuve d&rsquo;une belle autorité. Peu rompu aux exercices belcantistes, il ne fait pas de variations dans les reprises mais rajoute un beau sol dièse en fin de cabalette. La direction de Richard Bonynge est idéale. Le chef australien fait un peu son marché dans les différentes versions de l&rsquo;ouvrage : pas de cabalette après l&rsquo;air d&rsquo;entrée (celle-ci fut écrite pour Giulia Grisi pour la création parisienne en 1840 et venait remplacer le second couplet de l&rsquo;air d&rsquo;entrée), l&rsquo;air de Gennaro mentionné plus haut (composé cette fois pour Nicola Ivanoff qui créa en 1838 une version acceptée par la censure sous le titre improbable d&rsquo;<em>Eustorgia da Romano</em> !), rondo final avec reprise (le <em>da capo</em> était initialement non prévu par Donizetti car anti-musical), et autres adaptations à la marge.</p>
<p>Les extraits en anglais de <em>Die lustige Witwe</em> (<em>The Merry Widow</em>) sont fort sympathiques à condition de savoir faire abstraction de la langue anglaise. Les arrangement de Richard Bonynge font d&rsquo;ailleurs davantage penser à de la comédie musicale qu&rsquo;à de l&rsquo;opérette. Joan Sutherland semble beaucoup s&rsquo;amuser et son enthousiasme est communicatif, démontrant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de petite musique pour une grande chanteuse. <strong>Werner Krenn</strong> est un Danilo aux moyens plutôt limité mais sympathique. On peut en dire autant du Camille de<strong> John Brecknock</strong>. <strong>Graeme Ewer</strong> en Njegus restitue l&rsquo;esprit de l&rsquo;opérette. L&rsquo;immense <strong>Regina Resnik</strong> fait une apparition remarquable en troisième grisette, Zo-zo ( « Et moi ! »). La direction de Richard Bonynge est pleine d&rsquo;entrain.</p>
<p>Au chapitre de l&rsquo;opérette, on regrettera et on s&rsquo;étonnera que la version en anglais de<em> Die Fledermaus</em> avec les troupes de l&rsquo;Australian Opera (Anson Austin, Robert Gard, Monique Brynnel, Heather Begg, Anne-Maree McDonald, Graeme Ewer), captée sur le vif en 1982, ne soit pas incluse dans ce coffret censément intégral, alors qu&rsquo;elle fut disponible chez l&rsquo;éditeur en 33 tours, puis CD et même en VHS. Le fait est d&rsquo;autant plus étonnant que l&rsquo;enregistrement est mentionné à plusieurs reprises dans le livret qui accompagne le coffret.</p>
<p><em>Suor Angelica</em> est une surprenante réussite dans une approche modérément vériste (comme version de référence, on choisira Renata Scotto). Mais même avec une interprétation dénuée de débordements dramatiques, la chanteuse australienne sait nous émouvoir, n&rsquo;hésitant pas, une fois n&rsquo;est pas coutume, devant certains <em>parlando</em> ou des graves poitrinés. Globalement, sa Suor Angelica est pleine de retenue : c&rsquo;est un choix qui s&rsquo;accorde du reste avec les origines aristocratiques de l&rsquo;héroïne. Sa scène avec <strong>Christa Ludwig</strong>, celle-ci d&rsquo;une froideur hautaine, sans histrionisme, est une vraie réussite, les deux artistes se complétant parfaitement. Le « Senza mamma » est chanté sans excès mais avec d&rsquo;ultimes notes bouleversantes et le finale prend aux tripes. Le reste de la distribution réunit le gratin du chant britannique des années 70. La direction de Richard Bonynge est tour à tour délicate et dramatique. Une version atypique à connaitre si l&rsquo;on apprécie ce splendide ouvrage. L&rsquo;enregistrement est complété par un étonnant et splendide « Vissi d&rsquo;arte » extrait de <em>Tosca</em>, où la chanteuse témoigne d&rsquo;une incroyable aisance, avec une homogénéité unique sur l&rsquo;ensemble de la tessiture et une interprétation d&rsquo;une délicate sensibilité.</p>
<p><em>Le Roi de Lahore </em>de Jules Massenet est une autre curiosité bienvenue de cette compilation. L&rsquo;ouvrage est déjà le quinzième du compositeur mais force est de reconnaitre que les quatorze opéras précédents n&rsquo;ont pas laissé beaucoup de traces, à part éventuellement <em>Don César de Bazan</em> ou <em>L&rsquo;Adorable Bel-Boul</em> connus de quelques spécialistes du compositeur stéphanois. La plupart sont mêmes inachevés, inédits ou perdus. Massenet s&rsquo;attaque ici au grand opéra et l&rsquo;intrigue est encore plus étonnante que celle d&rsquo;<em>Esclarmonde</em>. Acte I : Scindia (Sherrill Milnes), ministre du roi Alim (Luis Lima), est amoureux de Sita (Joan Sutherland), prêtresse du temple, et qui est aussi sa nièce. Il demande au grand prêtre Timour (James Morris) de la relever de ses vœux, affirmant qu&rsquo;elle a déjà un amant secret. Sita avoue son amour à Scindia mais refuse de dévoiler l&rsquo;identité du jeune homme qu&rsquo;elle aime. Les prêtres exigent qu&rsquo;elle chante la prière du soir pour attirer celui-ci qui n&rsquo;est autre que le roi (et fils de Timour). Alim est condamné à expier sa faute en prenant la tête de l&rsquo;armée contre l&rsquo;envahisseur musulman. Scindia pense déjà à comploter contre lui. Acte II : Sita attend le retour d&rsquo;Alim du combat, mais l&rsquo;armée a été vaincue Scindia s&rsquo;est mis au service de l&rsquo;envahisseur pour prendre la place du roi. Alim meurt dans les bras de Sita (on coupe l&rsquo;alim). Scindia usurpe le trône et emmène Sita prisonnière. Acte III (au paradis !) : Alim pleurniche auprès du dieu Indra : Sita lui manque. Indra accepte de renvoyer Alim sur terre, mais sous les habits d&rsquo;un individu quelconque et méconnaissable. Il vivra aussi longtemps que Sita, et les deux amants mourront au même moment. Acte IV :  Sita se lamente. Alim arrive à Lahore mais personne ne le reconnait. Timour voit en lui un visionnaire inspiré. Acte V : Sita a fui le mariage forcé avec Scindia. Les deux amants se retrouvent enfin. Scindia survient et les menace. Sita se poignarde. Les deux amants sont réunis au paradis. Musicalement, on réitérera les observations faites au sujet d&rsquo;<em>Esclarmonde.</em> La partition manque sans doute de tubes immédiatement mémorables. On trouve en 78 tours un grand nombre de versions de l&rsquo;air de Scindia « Promesse de mon avenir », mais la pièce à disparu du répertoire des barytons. La musique est toutefois riche et opulente, d&rsquo;un exotisme séduisant, avec de nombreuses scènes impressionnantes, notamment au niveau du traitement des chœurs. <strong>Sherrill Milnes</strong> est un Scindia expressif, aux accents dramatiques variés, toujours bien chantant, au français bien articulé. L&rsquo;intelligence du texte et la justesse de l&rsquo;expression sont d&rsquo;autant plus remarquables qu&rsquo;il semble que le baryton américain n&rsquo;avait jamais chanté le rôle auparavant. <strong>Joan Sutherland </strong>fait des efforts d&rsquo;articulation, mais sa prononciation n&rsquo;est pas toujours très claire, du moins à la première écoute. On retrouve ses qualités habituelles dans l&rsquo;opéra français, mélange de finesse poétique et de dramatisme incisif. Le registre suraigu est peu sollicité mais Joan Sutherland ajoute quand même un spectaculaire contre ré à la fin de l&rsquo;acte II.  <strong>Luis Lima</strong> est un Alim au français impeccable (le meilleur de toute la distribution), bien chantant, auquel ne manque qu&rsquo;un timbre moins blanc et un soupçon d&rsquo;héroïsme. <strong>James Morris</strong> est un Timour impressionnant quoiqu&rsquo;un peu nasal. <strong>Huguette Tourangeau</strong> voit rétablie sa longue sérénade « Repose, ô belle amoureuse », coupée à l&rsquo;Opéra, qui lui. permet d&rsquo;exprimer une belle musicalité. Nicolaï Ghiaurov n&rsquo;apparait qu&rsquo;au Paradis, avec une impressionnante scène, « Qu&rsquo;il soit lui ! qu&rsquo;il ne soit plus lui ! ». L&rsquo;enregistrement arrive toutefois un peu tard dans sa carrière. La direction de Richard Bonynge est bien dans le style, mais il lui manque un orchestre plus incisif dans les scènes les plus animées.</p>
<p>En 1979, pour ce nouvel enregistrement de <em>La Traviata</em>, la voix de Joan Sutherland s&rsquo;est épaissie. Cette seconde Violetta n&rsquo;a pas la voix d&rsquo;une pure jeune fille (était-ce d&rsquo;ailleurs le cas ?) mais la maturité a apporté une nouvelle dimension à cette interprétation, notamment pour le duo avec Germont. La version reste néanmoins essentiellement un écrin pour les voix. Le « Sempre libera » est confondant de virtuosité, avec des variations inédites proprement stupéfiantes (une dizaine de contre-ut et un ut dièse piqués avant le mi bémol final). « Addio del passato » reste en revanche un peu trop extérieur. Luciano Pavarotti campe un Alfredo au timbre solaire, bien chantant mais sans raffinements excessifs. On a un peu l&rsquo;impression qu&rsquo;il s&rsquo;écoute chanter. <strong>Matteo Manuguerra</strong> est le seul à vraiment faire du théâtre. Certes le timbre est un peu ingrat, mais le baryton français d&rsquo;origine italienne nuance avec intelligence, variant par exemple les couleurs dans les deux couplets de son « Di Provenza » ce que même des belcantistes renommés comme Renato Bruson ne font pas, même sous la baguette de Riccardo Muti ! L&rsquo;orchestre de Bonynge est ample et somptueux. Au global, une version pour les oreilles plutôt que pour le cœur, mais qui s&rsquo;écoute de toute façon avec plaisir, davantage pour ses splendeurs vocales que pour l&rsquo;émotion qui s&rsquo;en dégage.</p>
<p>On fera la même analyse pour la seconde version de <em>La Sonnambula</em>. Avec une voix devenue plus lourde, Joan Sutherland y est moins idoine que dans la première version tout en restant une belcantiste incomparable, colorant chaque intervention avec une extrême intelligence. Les variations des reprises sont audacieuses et parfaitement exécutées et les suraigus jubilatoires, mais l&rsquo;innocente jeune fille n&rsquo;est pas vraiment là. Luciano Pavarotti est ici moins séduisant que dans <em>I Puritani</em>. Ses accents manquent un peu de subtilités. Certains sons, artificiellement enflés, donnent un peu l&rsquo;impression que le tenorissimo se caricature lui-même. Les suraigus sont moins spectaculaires. S&rsquo;il y a bien les nombreux contre-ut du « Prendi: l&rsquo;anel ti dono », ils manquent de <em>squillo</em>, et d&rsquo;autres contre-notes plus ou moins traditionnelles sont esquivées (pas de contre-ré dans « Ah! perché non poco odiarti » <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/FQC9FbpKp_k?t=43">comme ici</a> ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://youtu.be/mrz7kAusC88?t=186">encore ici</a>). Reste un timbre magnifique, un beau phrasé, une vraie coloration. Nicolaï Ghiaurov est un Rodolfo magnifique, d&rsquo;une grande finesse musicale. Les autres rôles sont très corrects. La version a l&rsquo;extrême avantage de restaurer beaucoup de pages habituellement coupées (reprises, points d&rsquo;orgue, codas&#8230;). La baguette de Bonynge est un peu moins vive que d&rsquo;habitude. Orchestre et chœurs sonnent un peu lourd : plus longue d&rsquo;environ 25 minutes que les versions traditionnelles, cette <em>Sonnambula</em> doit être goûtée en plusieurs fois pour éviter l&rsquo;indigestion.</p>
<p>Si la version du <em>Beggar’s Opera</em> de Richard Bonynge a le mérite d&rsquo;avoir contribué à la redécouverte de l&rsquo;ouvrage, elle n&rsquo;est pas sans défaut. Il s&rsquo;agit déjà d&rsquo;une version plus proche du XIXᵉ siècle que du XVIIIᵉ, avec une instrumentalisation concoctée par Richard Bonynge (incluant piano et saxophone !) dans un style plus proche de Broadway (ou plutôt West End) <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/the-beggars-opera-thire-encanaillez-vous/">que de celui des Arts Florissants</a>. L&rsquo;ouverture est vive et plaisante, presque trop opulente. Les différents numéros sont bien animés, tantôt chantés par des acteurs-chanteurs (<strong>Angela Lansbury</strong> par exemple), tantôt par des voix lyriques (<strong>Kiri Te Kanawa</strong>, somptueuse) et encadrés par des dialogues parlés avec une sorte d&rsquo;accent cockney. Toutefois, si, individuellement, les artistes sont irréprochables, on ne peut pas dire que la sauce prenne vraiment. Joan Sutherland a relativement peu à chanter. Une curiosité.</p>
<p><em>I Masnadieri</em> fait partie des opéras mal aimé de Verdi, pour des raisons assez peu compréhensibles : sans atteindre les chefs d&rsquo;œuvre de la maturité du compositeur, l&rsquo;ouvrage offre son comptant de mélodies, de moments dramatiques et de scènes excitantes. Avant cet enregistrement de 1983, la discographie officielle est relativement faible, à peu près uniquement constitué de la version de Lamberto Gardelli dont la battue lymphatique a du mal à susciter l&rsquo;intérêt malgré une belle distribution. <strong>Franco Bonisolli</strong> est ici un Carlo athlétique, aux suraigus généreux, toujours bien chantant avec un authentique phrasé verdien, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/les-fous-chantants-9-le-plus-fou-de-tous/">qui fait mentir sa légende noire</a>. Joan Sutherland est ici dans une forme exceptionnelle dans un rôle qui correspond pleinement à l&rsquo;évolution de sa voix. Déprimé ? Rien de tel que d&rsquo;écouter son « Carlo vive ? » pour vous remonter le moral ! Rappelons que le rôle avait été créé à Londres par Jenny Lind, le <em>rossignol suédois</em> étant une interprète renommée de <em>La</em> <em>Sonnambula. </em>Matteo Manuguerra est peut-être enregistré un peu tard mais son métier et ses moyens lui permet de camper un Francesco ardent, avec un vrai impact dramatique et un suraigu impérial. <strong>Samuel Ramey</strong> vient compléter la distribution avec un Massimiliano incisif et noir d&rsquo;un impact exceptionnel. La direction très théâtrale de Richard Bonynge bénéficie d&rsquo;un orchestre du Welsh National Opera rompu à la scène et apporte l&rsquo;élan indispensable aux premiers ouvrages verdiens. Indispensable.</p>
<p><em>Hamlet</em> est une autre résurrection majeure, première version studio moderne de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Ambroise Thomas et référence d&rsquo;un ouvrage longtemps injustement négligé. Sherrill Milnes est un Hamlet exceptionnel, d&rsquo;une immense intelligence dramatique et d&rsquo;un art du chant absolument unique dont l&rsquo;incarnation est absolument incontournable. Joan Sutherland est une Ophélie pleine de poésie nostalgique, à la virtuosité impeccable mais surtout authentiquement émouvante. <strong>Gösta Winbergh</strong> est un Laërte de luxe, au style et au français parfait. <strong>James Morris</strong> est un Claudius noir et royal de prestance. <strong>Barbara Conrad</strong> est d&rsquo;un beau dramatisme, mais au prix d&rsquo;un style un peu débraillé. Si le mezzo américain ne s&rsquo;économise guère, le rôle est un peu à la limite de ses moyens. Le ballet qui précède la scène de folie d&rsquo;Ophélie est ici restitué. Richard Bonynge sait alterner la mélancolie des scènes les plus sombres et l&rsquo;énergie nécessaire pour éviter une ambiance excessivement neurasthénique.</p>
<p>Joan Sutherland  avait enregistré une première <em>Norma</em> légendaire en 1964 (publiée en 1965). L&rsquo;intérêt d&rsquo;une seconde version 20 ans plus tard soulevait l&rsquo;interrogation, et beaucoup considérait que le soprano risquait gros en se confrontant à son propre souvenir. La présence de Montserrat Caballé, exceptionnelle Norma elle aussi dans les années 60-70, mais en Adalgisa cette fois laissait tout aussi perplexe alors que la chanteuse avait depuis longtemps opté pour un répertoire plus dramatique. Et le miracle vint. Les deux chanteuses sont plutôt en état de grâce et offrent ici une version passionnante, très différente de la première. Les voix des deux chanteuses s&rsquo;accordent idéalement et le soprano catalan retrouve même ses notes filées légendaires. Par ailleurs, après avoir enregistré <em>Norma</em> dans sa tonalité aiguë, Sutherland chante ici la tonalité traditionnelle : c&rsquo;est ici une Norma plutôt mère que jeune fille. Les deux versions se complètent donc. Luciano Pavarotti est un Pollione plus lyrique que baryténor mais on s&rsquo;en moque car il est divin. Samuel Ramey est tout simplement le meilleur Oroveso de la discographie. Rappelons que ni Caballé, ni Pavarotti, ni Ramey n&rsquo;avaient (sauf erreur de notre part) jamais chanté ces rôles auparavant. La prise de son est superlative. Forte d&rsquo;une longue expérience de l&rsquo;ouvrage, la direction de Richard Bonynge est idéalement théâtrale.</p>
<p>L&rsquo;enregistrement de <em>Rodelinda</em> arrive un peu tard dans la carrière de Joan Sutherland : non pas tant que les années aient passé sur sa voix, que parce que le style de Richard Bonynge est désormais démodé face à la révolution du chant baroque qui s&rsquo;est, entre temps opérée. L&rsquo;esthétique est ici celle du belcanto romantique (on est quelque part entre Rossini et Bellini) et non celle du belcanto au sens historique du terme (Haendel et Cie). L&rsquo;ouvrage est chantée comme une tragédie en musique, un peu hiératique, avec beaucoup d&rsquo;ampleur. Joan Sutherland est incroyable de facilité technique, jamais en défaut devant les difficultés de la partition, toute emprunte d&rsquo;une douce nostalgie pleine de poésie. Dramatiquement marmoréenne, elle est avant tout reine, plutôt que femme passionnée. <strong>Alicia Nafé</strong> est un Bertarido dramatiquement à l&rsquo;unisson, au chant soigné, à la vocalise aisée, plus dans la réserve de la noblesse que dans l&rsquo;engagement dramatique. Le jeune <strong>Curtis Rayam</strong> offre également en Grimoaldo un chant aisé d&rsquo;une belle noblesse, avec un timbre agréable. <strong>Isobel Buchanan</strong> est une Eduige bien chantante, au timbre personnel, moiré. Huguette Tourangeau sait trouver quelques beaux accents tragiques mais le mezzo canadien n&rsquo;est pas dans son répertoire et ses moyens sont diminués, avec des vocalises appliquées et des reprises de souffle intempestives. Samuel Ramey est absolument exceptionnel tant vocalement que dramatiquement, méchant inquiétant mais jamais caricatural, miracle de beau chant et contrepoids théâtral de ses partenaires. La direction de Richard Bonynge est cohérente avec le parti choisi, et l&rsquo;enregistrement s&rsquo;écoute avec plaisir malgré une certaine uniformité stylistique (Ramey excepté). Toutefois, le style interprétatif est désormais très éloigné de l&rsquo;évolution moderne de l&rsquo;interprétation de ce répertoire.</p>
<p>Pour son <em>Anna Bolena</em>, Joan Sutherland, dont on notera ici une diction très claire, offre l&rsquo;habituel festival belcantiste allié à une interprétation dramatiquement convaincante. À l&rsquo;occasion, l&rsquo;émission semble toutefois un peu sur la réserve : on la connaitra plus investie et nettement plus excitante à l&rsquo;occasion de ses représentations d&rsquo;adieux à Londres l&rsquo;année suivante, en 1988. Samuel Ramey est musicalement sublime et dramatiquement odieux, d&rsquo;une noirceur idéale : on n&rsquo;a clairement jamais chanté le rôle aussi bien. Souffle, suraigu, trilles, vocalises : ténor essentiellement lyrique, <strong>Jerry Hadley</strong> est un peu gêné aux entournures dans un rôle où il aurait fallu un Rockwell Blake. <strong>Suzanne Mentzer</strong> est une Giovanna vibrante et sensible. <strong>Bernadette Manca Di Nissa</strong> est un Smeton au timbre profond et riche. L&rsquo;orchestre manque un peu d&rsquo;allant. La version proposée rétablit les pages habituellement coupées.</p>
<p>Enregistré en 1987, cet <em>Ernani</em> est longtemps resté dans les tiroirs. On n&rsquo;en sait pas vraiment la raison : quand on l&rsquo;interrogeait sur le sujet, Joan Sutherland prenait une mine circonspecte et répondait : « En tout cas, ce n&rsquo;est pas moi qui m&rsquo;y oppose ». Elle ajoutait parfois « Demandez à Luciano ». Selon d&rsquo;autres sources, le titre n&rsquo;aurait pas été assez vendeur (pourtant, avec une telle affiche&#8230;). On s&rsquo;attendait donc à une catastrophe quand l&rsquo;enregistrement fut enfin publié en 1998, soit plus de 10 ans après les séances d&rsquo;enregistrements. Ce fut une divine surprise. Luciano Pavarotti brille ici dans tout son éclat, campant un Ernani ardent et magnifiquement chantant. Il le chante en authentique belcantiste, avec lyrisme et poésie, probablement plus près du style du créateur du rôle, Carlo Guasco, dont la voix était qualifiée de plus douce que robuste : il avait entre autres créé les parties ténors d&rsquo;<em>I Lombardi alla prima crociata</em> (le rôle d&rsquo;Oronte, également chanté par Pavarotti) et Attila. En ce sens, le tenorissimo est très éloigné de l&rsquo;ardeur martiale décomplexée (mais vraisemblablement hors style) d&rsquo;un Mario Del Monaco ou d&rsquo;un Franco Corelli, titulaires néanmoins particulièrement excitants du rôle. Ses efforts sont d&rsquo;autant plus méritoires que le chanteur avait abandonné progressivement le belcanto romantique pour des ouvrages plus dramatiques. Joan Sutherland est sans doute la seule interprète enregistrée à rendre pleinement justice aux difficultés de la partition : celle-ci réclame une technique vocale parfaite, et bien des interprètes trop <em>spinto</em> sont obligées de la simplifier. Le rôle avait été créé par Sophie Löwe, qui chanta <em>Nabucco, Lucrezia Borgia, Linda di Chamounix, I Lombardi, Attila</em> et dont Verdi voulait pour la création de <em>Macbeth</em>.   <strong>Leo Nucci</strong> est également très fidèle au modèle du créateur de Carlo qui s&rsquo;illustra essentiellement dans le belcanto romantique :<em> Il Barbiere di Siviglia, Roberto Devereux, Beatrice di Tenda, Parisina, Lucia di Lammermoor</em>, etc. La voix du baryton italien mêle ici autorité et noblesse de la ligne. <strong>Paata Burchuladze</strong> est également très proche de l&rsquo;interprète original qui chantait les rôles de basse dans <em>Attila, Nabucco, Macbeth</em>, <em>La Favorite</em>, etc. et qui déploie un timbre d&rsquo;une splendide noirceur. Le quatuor offre ainsi un éventail de timbres caractérisés et se complétant idéalement, allié à une technique vocale assurée et à un bel engagement dramatique. En ce qui concerne les voix masculines, il ne manque que quelques variations dans les reprises, mais on sait qu&rsquo;elles sont souvent problématiques chez Verdi. Sous la baguette énergique de Richard Bonynge, cet <em>Ernani</em> est particulièrement roboratif et, cerise sur le gâteau, sans doute le plus proche des intentions du compositeur.</p>
<p>Ultime enregistrement d&rsquo;intégrale par Joan Sutherland, <em>Adriana</em> <em>Lecouvreur</em> connut quelques soucis. Luciano Pavarotti était sans doute plus intéressé par les méga-concerts que par un opéra où il n&rsquo;a pas le premier rôle : il arriva non préparé aux sessions d&rsquo;enregistrements et on dût finir par rompre son engagement après neuf prises insatisfaisantes d&rsquo;un même duo. Quelques années plus tôt, José Carreras aurait pu interpréter le rôle de Maurizio mais la leucémie l&rsquo;écarta à l&rsquo;époque des scènes et des studios. Finalement, c&rsquo;est un <strong>Carlo Bergonzi</strong> de 65 ans qui vint sauver l&rsquo;enregistrement. En dépit de ses ressources techniques, le ténor italien ne peut masquer l&rsquo;usure de ses moyens, en particulier un aigu exagérément tendu et une tendance à placer la voix dans le nez quand ça ne veut pas passer autrement. Il y a le métier, un phrasé unique, une belle musicalité et, de la part d&rsquo;un interprète assez monolithique en scène, un sympathique engagement dramatique, mais c&rsquo;est incontestablement trop tard. On n&rsquo;attendait pas vraiment Joan Sutherland dans ce rôle quoiqu&rsquo;elle l&rsquo;ait chanté à la scène. Son interprétation est musicalement impeccable (un « Io son l&rsquo;utile ancella » d&rsquo;entrée évanescent même sans pianissimo final) et dramatiquement irréprochable, notamment sa scène finale de l&rsquo;acte III où l&rsquo;on sent monter la fureur initialement contenue. Le « Poveri fori » du dernier acte est très émouvant. Globalement une interprétation de grande qualité, certes pas au niveau de celles de Renata Scotto ou Montserrat Caballé, mais digne d&rsquo;être prise en considération. <strong>Cleopatra Ciurca</strong> est une Princesse de Bouillon correcte, un peu tendue dans l&rsquo;aigu toutefois, et on a connu de interprètes plus inquiétantes. Leo Nucci est le meilleur Michonnet de la discographie, personnage noble et plein d&rsquo;humanité. <strong>Michel Sénéchal</strong> est époustouflant en Abbé (que ne l&rsquo;a-t-on fait davantage enregistrer ces rôles de caractère !). <strong>Francesco Ellero d&rsquo;Artegna</strong> se voit restituer un court arioso au début de l&rsquo;acte III, avant l&rsquo;arrivée d&rsquo;Adriana. La scène ne dure que 2 minutes mais elle permet de comprendre le déroulement ultérieur puisque, devant son épouse et l&rsquo;Abbé, le Prince y rappelle ses talents de chimiste amateur et la découverte d&rsquo;un poison, lequel sera utilisé par la Princesse pour tuer Adriana à l&rsquo;acte suivant. Pourquoi cette coupure traditionnelle ? Rappelons qu&rsquo;Eugène Scribe, auteur du drame qui inspira l&rsquo;opéra de Cilea, était le chantre de la <em>pièce bien faite</em> : quelle que soit la complexité de l&rsquo;ouvrage, aucunes péripéties ne devaient rester inexpliquées au final. Merci encore Richard Bonynge.</p>
<p>Comme après l&rsquo;écoute des précédents coffrets, on reste sonné devant tant de merveilles. Et même si on pourrait ergoter sur certains témoignages tardifs, une chose reste sure : même à leur crépuscule, les dieux restent des dieux. Rappelons enfin qu&rsquo;on célèbrera le centenaire de la <em>Stupenda</em> le 7 novembre 2026.</p>
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<pre>La musicologie de ce répertoire progresse à coup de redécouvertes de documents oubliés ou négligés. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les représentations d’<em>I Puritani</em> se terminent assez abruptement : l’air d’Arturo « Credeasi misera » est suivi d’un chœur auquel se joignent les deux principaux protagonistes. Cependant, des éditions du livret comportent un duo final, ce dont on déduit qu’il a été coupé peu de temps avant la création de l’ouvrage. Alors que Bellini prépare la première au Théâtre italien de Paris, il travaille également sur son adaptation pour Naples : l’ouvrage doit être créé au San Carlo par Maria Malibran. Cette dernière étant mezzo, les tonalités sont descendues pour être adaptées à sa tessiture. Cette version comporte de nombreuses autres modifications. En particulier, le dernier air d’Arturo (« Credeasi misera ») est adapté pour... Elvira ! Il est suivi d’une cabalette virtuose « Ah sento o mio bell'angelo » dont le texte est quasi identique à celui du duo final coupé à Paris. On peut logiquement en conclure que la musique en devait être la même avant la coupure parisienne. Suite au décès prématuré du compositeur, et à celui non moins dramatique de la cantatrice un an plus tard, cette version ne sera jamais donnée au XIXe siècle. Elle subsiste toutefois dans les archives (dans une version forcément inachevée vue les circonstances). Richard Bonynge aurait redécouvert cette partition à Catane et aurait eu l'idée de compléter la version parisienne traditionnelle avec cette polonaise finale, moyennant une tonalité réhaussée pour rester cohérent avec la musique qui précède. À l'occasion des représentations de Palerme en 1961, sous la direction de Tulio Serafin, Joan Sutherland a pu créer cette polonaise, avec le succès que l'on imagine. En toute rigueur musicologique, la partition de la cabalette napolitaine aurait dû servir à recréer le duo coupé mais, soit que Bonynge n’ait pas eu connaissance du livret avant coupures, soit que le ténor ne fut pas à la hauteur, soit plus probablement qu’il eut voulu réserver un ultime moment de bravoure à son épouse, la cabalette réhaussée fut donc chantée par Elvira seule. Elle a été interprétée ainsi par les plus grandes Elvira, outre Joan Sutherland : Beverly Sills, Edita Gruberova (la première fois sous la direction de Bonynge), June Anderson ou encore Jessica Pratt. Mariella Devia ne semble l’avoir chanté qu’à Catane en 1989 (on vous laissez deviner qui dirigeait...). On a pu entendre le duo enfin restitué <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://vk.com/video371470145_456239391?t=2h47m45s">à l’occasion des représentations bolognaises de 2009</a> (avec Juan Diego Flórez et Nino Machaidze sous la baguette de Michele Mariotti). Pour découvrir la version Malibran, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=JqOLiqE7s8A">il faudra se contenter des représentations de 1986 au Teatro Petruzzelli de Bari</a>, assez mal défendues par une Katia Ricciarelli en fin de carrière (et qui n’a jamais été mezzo), aux côtés de Chris Merritt.</pre>
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		<title>Munich 2024-25 : un nouveau Ring s&#8217;annonce</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/munich-2024-25-un-nouveau-ring-sannonce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Mar 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La tradition est respectée ; un nombre conséquent des grands noms des scènes lyriques se retrouvera Munich pour une saison marquée par le lancement d’une nouvelle tétralogie. Malheureusement, ce cycle s’étalera sur trois saisons et nous n’aurons droit l’an prochain qu’au prologue ; Das Rheingold a été confié à Tobias Kratzer et Vladimir Jurowski pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La tradition est respectée ; un nombre conséquent des grands noms des scènes lyriques se retrouvera Munich pour une saison marquée par le lancement d’une nouvelle tétralogie. Malheureusement, ce cycle s’étalera sur trois saisons et nous n’aurons droit l’an prochain qu’au prologue<em> ; Das Rheingold</em> a été confié à <strong>Tobias Kratzer</strong> et <strong>Vladimir Jurowski</strong> pour la direction d’orchestre. Parmi les autres nouvelles productions, <em>La Fille du régiment</em>, coproduction du San Carlo dans la mise en scène de <strong>Damiano</strong> <strong>Michieletto</strong> avec en alternance <strong>Pretty</strong> <strong>Yende</strong> et <strong>Lisette</strong> <strong>Oropesa</strong>. Il ne faudra pas manquer non plus le rare <em>Die Liebe der Danae</em>, mis en scène par <strong>Claus Guth</strong>, avec <strong>Malin</strong> <strong>Byström</strong> dans le rôle-titre et le Midas d’<strong>Andreas</strong> <strong>Schager</strong>. Pas plus que le nouveau <em>Don Giovanni</em>, le <em>Pénélope</em> de Gabriel Fauré mais avec <strong>Loïc Félix</strong> (Antonoüs) et <strong>Hélène Carpentier</strong> (Alkandre) comme seuls chanteurs français.<br />
Comme chaque année le festival d’été, les Münchner Opernfestspiele 2025 du 27 juin au 31 juillet. Le festival proposera la trilogie Da Ponte, <em>Katia</em> <em>Kabanova</em>, le dyptique <em>Cavalleria</em>/<em>Pagliacci</em> (<strong>Semenschuk</strong>, <strong>Kaufmann</strong>, <strong>Grigolo</strong>) ou encore <em>I Masnadieri</em> somptueusement servi (<strong>Schrott</strong>, <strong>Castronovo</strong>, <strong>Oropesa</strong>). <em>Lohengrin</em> sera aussi à l’honneur avec <strong>Pape</strong>, <strong>Beczala</strong>, <strong>Willis-Sørensen</strong>, <strong>Kampe.</strong><br />
Parmi les reprises une <em>Tosca</em> avec <strong>Lise Davidsen </strong>et <em>Turandot</em> avec <strong>Sondra</strong> <strong>Radvanovsky</strong>. Celle-ci sera aussi Lady Macbeth dans <em>Macbeth</em> (avec <strong>Gerald Finley</strong> dans le rôle-titre) <em>Die Tote Stadt</em> avec <strong>Klaus-</strong> <strong>Florian</strong> <strong>Vogt</strong> en Paul, <em>Aida</em> avec <strong>Elīna Garanča</strong> en Amneris et <strong>Arsen Soghomonyan</strong> en Radamès. A noter aussi une <em>Bohème</em> avec <strong>Angel Blue</strong> et<strong> Pene Pati</strong> ou encore un <em>Don Carlo</em> dirigé par <strong>Zubin Mehta</strong> (<strong>Schrott</strong>, <strong>Costello</strong>, <strong>Willis-Sørensen</strong>.<br />
Le programme est à retrouver <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.staatsoper.de/spielzeit-2024-25">ici</a>.</p>
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		<title>Dominique Meyer présente la nouvelle saison de la Scala de Milan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/dominique-meyer-presente-la-nouvelle-saison-de-la-scala-de-milan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Oct 2022 02:09:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;La Scala va bien&#160;». De passage à Paris avec une partie de son équipe, le surintendant de la prestigieuse institution milanaise, Dominique Meyer, a d’abord rassuré sur l’état de sa maison, lors d’une présentation de la saison 2023 organisée à l’Ambassade d’Italie. Particulièrement touchée par l’épidémie de Covid, la région lombarde a déploré de nombreux &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;La Scala va bien&nbsp;». De passage à Paris avec une partie de son équipe, le surintendant de la prestigieuse institution milanaise, Dominique Meyer, a d’abord rassuré sur l’état de sa maison, lors d’une présentation de la saison 2023 organisée à l’Ambassade d’Italie. Particulièrement touchée par l’épidémie de Covid, la région lombarde a déploré de nombreux décès et subi un long confinement. Une période mise à profit pour entamer quelques travaux à la Scala, visant notamment à en améliorer l’acoustique, et en réorganiser le fonctionnement interne. Et les résultats sont déjà là&nbsp;: Dominique Meyer annonce ainsi des recettes de billetterie «&nbsp;supérieures de 10% à celles qui étaient réalisées avant la crise Covid&nbsp;», signe selon lui qu’il n’y a «&nbsp;aucune fatalité&nbsp;» et que «&nbsp;l’opéra doit s’adresser à tout le monde ». Fort de cette conviction, il a détaillé la nouvelle politique de la Scala, fondée sur la technologie, la responsabilité environnementale, et l’inclusion, comprenant notamment des travaux de rénovation, des objectifs de réduction des émissions de CO2, l&rsquo;arrivée du streaming en février 2023 et des avantages tarifaires pour le jeune public et les familles, un soin particulier étant par ailleurs apporté à la programmation destinée aux enfants.</p>
<p>Dans ce contexte, la saison 2023 se caractérise par un certain retour aux fondamentaux, avec une programmation «&nbsp;centrée sur l’Italie&nbsp;». Certes, c’est un opéra russe, <em>Boris Godounov </em>(dans la version originale) qui sera présenté en lever de rideau le 7 décembre prochain, sous la baguette de <strong>Riccardo Chailly</strong> et dans une mise en scène de <strong>Kasper Holten</strong>. Mais les amateurs de bel canto romantique seront comblés, avec <em>Lucia di Lammermoor </em>(Oropesa et Florez dirigés par Chailly, dans une production de <strong>Yannis Kokkos</strong> sacrifiée par la crise Covid), la reprise du <em>Macbeth </em>signé <strong>Davide Livermore</strong> (<strong>Luca Salsi</strong> en alternance avec <strong>Amartuvshin Enkhbat</strong> dans le rôle-titre, <strong>Semenchuk </strong>ou <strong>Netrebko</strong> en Lady), un <em>Barbier de Séville </em>début septembre avec les jeunes chanteurs de l’Académie, ou encore le retour attendu des <em>I vespri siciliani </em>(en italien), avec entre autres <strong>Luca Micheletti </strong>et <strong>Marina Rebeka</strong>. Cette dernière reviendra pour une <em>Bohème</em>, où elle partagera la scène avec <strong>Irina Lungu</strong>, Luca Micheletti derechef, et <strong>Freddie De Tommaso</strong>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/freddie-de-tommaso-il-tenore-aux-ames-bien-nees">récemment salué pour son récital paru chez Decca</a>. Au rayon vérisme, <em>Andrea Chénier </em>permettra de comparer les mérites respectifs de <strong>Yusif Eyvazov</strong> et de <strong>Jonas Kaufmann</strong>, face à la Maddalena de <strong>Sonya Yoncheva</strong>. <em>Les Contes d’Hoffmann </em>(<strong>Grigolo</strong>, <strong>Buratto</strong>, <strong>Abdrazakov</strong>, placés sous la direction de <strong>Frédéric Chaslin</strong>) représenteront l’opéra français, <em>Salome </em>(<strong>Mikneviciute</strong>, <strong>Volle</strong>, <strong>Watson </strong>dirigés par<strong> Zubin Mehta</strong>), l’opéra allemand, et <em>Peter Grimes </em>(<strong>Jovanovich</strong>, <strong>Carr</strong>, mise en scène de <strong>Robert Carsen</strong> et direction musicale de <strong>Simone Young</strong>, par ailleurs présente à la conférence), l’opéra anglais. Au rayon des raretés, notons que la <em>Rusalka </em>de Dvořák sera jouée pour la première fois à la Scala, au moins de juin. La saison scaligère, c’est aussi des ballets, des récitals vocaux (Netrebko, Grigolo, <strong>Werba</strong>, Fleming, <strong>Bernheim</strong>, Volle, Salsi), du piano (<strong>Pollini</strong>, mais aussi <strong>Buniatishvili</strong>, <strong>Igor Levit</strong>,…) et une riche programmation symphonique, au cours de laquelle, outre le maître des lieux Riccardo Chailly, nous pourrons voir Zubin Mehta, <strong>Daniel Harding</strong>, <strong>Timur Zangiev</strong> ou <strong>Daniele Gatti </strong>se succéder au podium. Tous les détails sur <a target="_blank" href="https://teatroallascala.org" rel="nofollow">teatroallascala.org</a>.</p>
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		<title>Verdi, La Forza del Destino &#8211; Florence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/verdi-la-forza-del-destino-florence-objectif-lune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Aug 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le livret de La Force du Destin est incontestablement le plus baroque parmi ceux des opéras de Verdi qui datent d&#8217;après les « années de galère ». Son accumulation un peu foutraque de scènes sans grand rapport les unes avec les autres, ses personnages qui changent sans cesse d&#8217;avis, ses impayables formules où la grandiloquence le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le livret de <em>La Force du Destin</em> est incontestablement le plus baroque parmi ceux des opéras de Verdi qui datent d&rsquo;après les « années de galère ». Son accumulation un peu foutraque de scènes sans grand rapport les unes avec les autres, ses personnages qui changent sans cesse d&rsquo;avis, ses impayables formules où la grandiloquence le dispute à la vacuité (« La vie est un enfer pour le malheureux », « Mourir, terrible chose »), si elles n&rsquo;ont pas tari la plume de Verdi, ont découragé plus d&rsquo;un metteur en scène. Personne ne savait jusqu&rsquo;à présent sur quel pied danser avec cette œuvre tour à tour géniale et triviale, et les transpositions type « Regietheater » ont échoué aussi platement que les lectures littéralistes. <strong>Carlus Padrissa</strong> et la <strong>Fura del Baus </strong>ont eu la bonne idée de chercher ce qui, dans la culture contemporaine, correspond le mieux au style déjanté de l&rsquo;opéra, quelque chose qui entre en résonnance avec sa matière chaotique, sa dispersion spatiale et ses sauts temporels. Assez logiquement, ils ont opté pour la science-fiction. Voilà donc Leonora et Alvaro transformés en guerriers inter-galactiques, Don Carlo optant quant à lui pour une tenue de cosmonaute au repos, tandis que le Padre Guardiano et Fra Melitone oscillent entre Obi Wan et des ensembles qui évoquent Karl Lagerfeld. Des inscriptions projetées expliquent les trous de l&rsquo;intrigue avec des textes qui semblent tout droit sortis de <em>Star Wars.</em> Mais tout cela est réalisé avec talent et conviction, et la richesse visuelle qui caractérise toutes les productions de la Fura del Baus : acrobates, luminaires, vidéos, &#8230; L&rsquo;œil est constamment à la fête, et la profusion de détails convient idéalement à l&rsquo;oeuvre la plus « espagnole » de Verdi. On n&rsquo;ira pas jusqu&rsquo;a prétendre que ce traitement transforme <em>La Force du destin </em>en chef-d&rsquo;œuvre de la dramaturgie, mais les 3h et quelques se regardent avec plaisir et même impatience, ce qui n&rsquo;est pas courant.</p>
<p>Il faut dire que la fête est aussi musicale. La direction somptueuse de <strong>Zubin Mehta </strong>est comme en symbiose avec l&rsquo;imagination du metteur en scène. Ce qu&rsquo;on entend sortir de la fosse d&rsquo;orchestre est d&rsquo;une étoffe aussi riche que les décors et les costumes. A près de 85 ans, le maestro indien renoue avec ses plus beaux enregistrements lyriques des années 60 (<em>Il Trovatore, Turandot, Aida</em>, pour ne citer que les plus connus), avec une alliance parfaite entre la richesse de la matière sonore et l&rsquo;élan dramatique, et une facon de faire « sonner » un orchestre qui n&rsquo;appartient qu&rsquo;à lui, naturelle et fluide. Il faudra bien un jour réévaluer l&rsquo;apport du chef en matière lyrique, alors que la critique francaise l&rsquo;a éreinté d&rsquo;une manière parfois proprement scandaleuse. Les musiciens de <strong>l&rsquo;Orchestre du Mai musical florentin </strong>ne s&rsquo;y trompent pas. Loin des ukases d&rsquo;un certain milieu culturel, ils savent à qui ils ont affaire, et se donnent avec ardeur. Le plaisir est palpable, dans les grandes houles comme dans les moments de méditation, et la seule bande-son du spectacle mériterait déjà une publication.  Les chanteurs s&rsquo;inscrivent dans la même optique de générosité, jusqu&rsquo;à l&rsquo;excès. On tremble plus d&rsquo;une fois pour <strong>Roberto Aronica,</strong> tant on se dit qu&rsquo;il va se faire exploser les vaisseaux sanguins en prenant tant de risques, mais le résultat fait se dresser les cheveux sur la tête. Certes, on n&rsquo;ira pas prétendre que c&rsquo;est comme ca qu&rsquo;il faut chanter le rôle à chaque fois, mais que de sincérité, que d&rsquo;éclat et quelle facon d&rsquo;habiter son personnage, malgré quelques notes tapées à côté. Du son, <strong>Amartuvshin Enkhbat</strong> en a aussi à revendre, mais il en fait un usage très différent. Dans une veine ultra-classique, son chant est un modèle de phrasé verdien, et la réussite du spectacle doit beaucoup à la noblesse qu&rsquo;il confère a chacune de ses apparitions. <strong>Saioa Hernández</strong> combine les qualités de ses deux comparses, avec une défonce vocale ahurissante (dès la premiere scène, que tant de sopranos sacrifient pour se réserver aux scènes finales) jusqu&rsquo;a un « Pace, Pace » d&rsquo;anthologie, et une scène du Monastère qui est à verser parmi les meilleures ; mais tout cet ouragan vocal cache un contrôle du son jamais pris en défaut et un sens du phrasé qui rappelle sans cesse le bel canto que Verdi n&rsquo;avait pas quitté depuis si longtemps en 1862.</p>
<p><strong>Ferrucio Furlanetto</strong> ne fait pas ses 72 ans. Même si la voix bouge un peu dans les aigus, l&rsquo;assise reste impeccable, et la bête de scène n&rsquo;a rien perdu de son art, qu&rsquo;on perçoit déjà à sa façon d&rsquo;arpenter le plateau. Le Fra Melitone de <strong>Simone Alaimo</strong> apporte une belle fraicheur à son personnage. Quant à la Preziosilla de <strong>Annalisa Stroppa</strong>, sa prestation est à l&rsquo;image de sa premiere apparition : ses seins sont enflammés tout autant que son chant, et les pages franchement triviales que Verdi lui a réservées sont tout bonnement irrésistibles. Avec des rôles secondaires tous excellents (même l&rsquo;Alcade de <strong>Francesco Samuele Venuti </strong>retient l&rsquo;attention), des chœurs qui ne semblent pas du tout gênés par leur masque et une réalisation vidéo qui fait vivre constamment les péripéties du récit, ce DVD devient la nouvelle référence filmée pour <em>La Force du Destin</em>, surclassant <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dvd/la-forza-del-destino-ostentation-vocale">la production de Munich qui appariait Jonas Kaufmann et Anja Harteros,</a> très riche vocalement mais bien moins convaincante au niveau du propos.</p>
<p> </p>
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		<title>STRAUSS, Die Fledermaus — Florence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-fledermaus-florence-pipistrello-chauve-souris-en-italien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Jan 2022 02:45:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A chaque pays ses traditions. Si en Allemagne et en Autriche Die Fledermaus occupe la Saint-Sylvestre de bien des théâtres, nos amis transalpins fréquentent moins le chef d&#8217;œuvre de Johann Strauss. A Florence, son entrée au répertoire date de 2015 et il faut surement voir la patte d’Alexander Pereira derrière cette nouvelle coproduction avec le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A chaque pays ses traditions. Si en Allemagne et en Autriche <em>Die Fledermaus </em>occupe la Saint-Sylvestre de bien des théâtres, nos amis transalpins fréquentent moins le chef d&rsquo;œuvre de Johann Strauss. A Florence, son entrée au répertoire date de 2015 et il faut surement voir la patte d’Alexander Pereira derrière cette nouvelle coproduction avec le Staatstheater am Gärtnerplatz de Munich. Si certaines idées de la mise en scène de <strong>Joseph Ernst Köpplinger </strong>nous laissent songeur – la transposition dans les années 1920, dans une station de ski autrichienne ne semble qu’un prétexte au générique animé pendant l’ouverture et au décor tarabiscoté du chalet tout en diagonales plutôt qu’en angles droits – on louera l’inventivité et l’humour subtil des deuxième et troisième actes. Les décors sont somptueux : entrée du palais Orlofsky agrémentée de haies et d’une reproduction en glace de la statue en or de Johann Strauss du Stadtpark de Vienne, prison de bric-à-brac où l’on retrouve les lignes diagonales justifiées par le poids de la paperasse sous lequel croulent les armoires. Frosch et Frank sont désopilants. Surtout le metteur en scène autrichien joue la carte de la connivence nationale et maintient un fil rouge humoristique tout au long du spectacle grâce au ténor. Alfred chante aux fenêtres de Rosalinde (ou depuis sa cellule de prison), voilà un trait bien latin qu’<strong>Alex Tsilogiannis</strong> va reproduire sans cesse au premier et dernier acte en commentant l’action avec des tubes du répertoire italien : Rosalinde et lui s’échangent (en musique) des répliques de la Traviata (« amami Alfredo » très à propos). Quand il fait irruption dans la maison, « che gelida manina » accompagne leurs palabres de séduction. Au troisième acte, « nessun dorma » ouvre cet acte situé au petit matin du lendemain de la Saint-Sylvestre. Frosch parie que le ténor sera incapable de rester silencieux et l’emporte sur un « vincero » tonitruant repris à l’orchestre. Enfin quand le gardien se croit emmuré dans sa propre prison, Alex Tsilogiannis entame « Celeste Aida ». On se gondole sur son fauteuil et tout le reste est à l’avenant, entre élégance, finesse et maestria. On se demande quelles citations du répertoire germanique pourront être dévolues au ténor à Vienne quand la production s’y établira, même si ces drôleries italiennes, auxquelles il faut ajouter encore des extraits de <em>Rigoletto</em>, peuvent trouver leur place partout.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/244-michelemonasta_a1_5990-scaled_-_copie_0.png?itok=OmclJR0D" title="© Michele Monasta" width="468" /><br />
	© Michele Monasta</p>
<p>A l’image de la production, <strong>Zubin Mehta </strong>dirige l’orchestre du <em>Maggio musicale fiorentino</em> avec délicatesse et une précision d’orfèvre… d’où se détache un ballet tonitruant. Les équilibres sont dosés avec soin, le plateau installé confortablement sous la battue et la balance du chef. On regrettera un grain de folie, des tempi plus allants, peut-être dû à la distribution.</p>
<p>Se détache de celle-ci le ténor grec Alex Tsilogiannis, aussi présent dans les ensembles qu’à propos dans tous les courts emplois qu’on lui demande de revêtir (le « Vincero » backstage décoiffe). <strong>Marina Viotti </strong>endosse sans effort le froc du Prince Orlofsky. Son timbre granuleux épouse les affects de l’aristocrate désabusé. <strong>Valentina Stadler</strong> (Ida) et <strong>Daniel Prohaska</strong> (Doktor Blind) assurent leur partie sans démériter ; <strong>Robert Meyer</strong> (Frosch) et <strong>Francesco Grifoni </strong>(valet du Prince) accompagnent les chanteurs d’un jeu à la verve comique adéquate. <strong>Liviu Holender</strong> convainc lui tout à fait en Doktor Falke facétieux. De même pour <strong>Reinhard Mayr </strong>dont le Frank bénéficie d’une émission franche et d’un surcroit de volume. C’est finalement le trio principal qui nous laisse sur notre soif. <strong>Regula Mülhemann</strong> dispose d’un très beau registre suraigu mais on a connu des Adele plus folles, plus audacieuses dans les roucoulades et plus précises dans la vocalisation. <strong>Markus Werba</strong> possède à l’évidence tous les ressors pour incarner Gabriel. Il lui manque un rien de projection et de beaucoup de volume pour l’imposer. Enfin, <strong>Olga Bezsmertna</strong> capitalise sur une voix charnue qui hélas plafonne. Ses aigus sont systématiquement trop bas et la czardas la met en difficulté. Heureusement l’esprit de troupe et le plaisir évident que tous prennent à participer à cette production réussie contrebalance ces quelques insuffisances.</p>
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		<title>La salle Zubin Mehta inaugurée (par lui-même) à Florence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/la-salle-zubin-mehta-inauguree-par-lui-meme-a-florence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Dec 2021 14:53:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle salle du Teatro del Maggio musicale fiorentino porte désormais le nom de l&#8217;illustre chef d&#8217;orchestre qui en fut le directeur musical pendant plus de 30 ans. Cette troisième salle modulable, conçue par le créateur de l&#8217;ensemble du complexe de la place Vittorio Gui, Paolo Desideri, et les acousticiens du cabinet allemand Müller-BBM, peut &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La nouvelle salle du Teatro del Maggio musicale fiorentino porte désormais le nom de l&rsquo;illustre chef d&rsquo;orchestre qui en fut le directeur musical pendant plus de 30 ans. Cette troisième salle modulable, conçue par le créateur de l&rsquo;ensemble du complexe de la place Vittorio Gui, Paolo Desideri, et les acousticiens du cabinet allemand Müller-BBM, peut accueillir jusqu&rsquo;à 1100 spectateurs pour des spectacles de musique de chambre, mais aussi des ouvrages lyriques. Elle a été inaugurée ce 21 décembre par un concert dirigé par le chef indien lui-même, comme il l&rsquo;avait fait il y a dix ans lors de l&rsquo;ouverture officielle du complexe florentin. Le concert de ce 21 décembre a eu lieu en présence du Président de la République italienne, Sergio Mattarella. </p>
<p>Zubin Mehta a dirigé la <em>7e symphonie</em> de Beethoven, qu&rsquo;il affectionne particulièrement, ainsi que la plus rare mais très belle <em>Messa di Gloria</em> de Puccini, avec en solistes le ténor Benjamin Bernheim et le baryton Mattia Olivieri. Un nouveau concert, ce 22 décembre, présentera les mêmes oeuvres et ajoutera le <em>Te Deum</em> d&rsquo;Anton Bruckner, avec les mêmes solistes, rejoints par la soprano Elisabet Strid et la mezzo Marie-Claude Chapuis ; avant de terminer l&rsquo;année avec des représentations de <em>Fidelio</em> de Beethoven dans la grande salle du complexe dirigé par Alexander Pereira. </p>
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		<title>Haydn, La Création &#8211; Florence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haydn-la-creation-florence-zubin-le-demiurge/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Oct 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Aussi surprenant que cela puisse paraitre, Zubin Mehta n&#8217;avait jamais gravé La Création de Haydn au disque. Malgré une fréquentation assidue de Haydn en concert (on se souvient avec la chair de poule d&#8217;une 104e symphonie donnée à Salzbourg avec les Wiener Philharmoniker, où tout semblait danser autour de nous), rien ne permettait de fixer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Aussi surprenant que cela puisse paraitre, <strong>Zubin Mehta</strong> n&rsquo;avait jamais gravé <em>La Création</em> de Haydn au disque. Malgré une fréquentation assidue de Haydn en concert (on se souvient avec la chair de poule d&rsquo;une 104e symphonie donnée à Salzbourg avec les Wiener Philharmoniker, où tout semblait danser autour de nous), rien ne permettait de fixer pour la postérité l&rsquo;idée que le maestro se faisait de cette œuvre mythique entre toutes.</p>
<p>Arrivé au crépuscule d&rsquo;une carrière de six décennies, le chef, âgé de 85 ans, frappe un grand coup avec cette triple parution CD-DVD-Blu-Ray, enregistrée à Florence, qui s&rsquo;accompagne d&rsquo;un autre enregistrement capté à Munich, sous le label de l&rsquo;orchestre philharmonique local. Le concert de Florence etait supposé commémorer les 50 ans des débuts <em>in loco </em>de Zubin Mehta. La crise sanitaire aurait dû en avoir raison, mais le chef a tenu bon contre vents et marées, et les représentations ont eu lieu, même si c&rsquo;est sous une forme très contrainte. Signe que Zubin Mehta accorde un prix tout particulier à cette œuvre. Signe aussi que c&rsquo;est sa conception qui sera au centre de l&rsquo;attention et des lignes qui vont suivre.</p>
<p>Brisons d&#8217;emblée le suspense. Mehta ne tient aucun compte des acquis du mouvement baroque. Pour lui, <em>La Création </em>est une fresque romantique, qui brasse la totalité de nos existences et vise, par son ampleur même, à aider l&rsquo;auditeur à se situer dans l&rsquo;univers. Au diable le non vibrato, les cuivres naturels ou les petits effectifs choraux. Sa baguette déclenche les forces telluriques les plus primaires, les grondements du tonnerre, le bruit des astres qui se frottent les uns aux autres, le feulement de Léviathan, les cohortes d&rsquo;anges qui louent le Seigneur. Un monde en musique naît sous nos yeux, dans une optique panthéiste et dyonisiaque qui n&rsquo;est pas sans rappeler celle de Leonard Bernstein (Deutsche Grammophon).</p>
<p>Si la conception de l&rsquo;œuvre séduit au-delà de toute mesure, la réalisation concrète est plus difficile. La faute en incombe d&rsquo;abord aux conditions de l&rsquo;enregistrement. Comme le montre la version filmée, les règles sanitaires les plus strictes ont été imposées par les autorités italiennes. Cela signifie des choristes masqués, des instrumentistes à vent encagés dans du plexiglas, et des distances kilométriques entre tout le monde. Obtenir une cohésion dans de telles circonstances relève de la mission impossible. Surtout qu&rsquo;il faut aussi reconnaitre que la qualité des pupitres de <strong>l&rsquo;orchestre du Mai musical florentin</strong> n&rsquo;est plus tout a fait ce qu&rsquo;elle était.</p>
<p>Il suffit de réécouter les enregistrements verdiens du même Mehta réalisé dans les années 90 pour réaliser que l&rsquo;orchestre a perdu en virtuosité pure. Plus d&rsquo;un départ est brouillon, plus d&rsquo;un instrumentiste se prend les pieds dans le tapis, et certaines fugues ressemblent à un sauve-qui-peut. Mais le professionnalisme de Mehta permet de faire en sorte que les musiciens arrivent toujours à retomber sur leurs pattes. Sa battue ample et souple est comme un phare dans la tempête : finalement, tout le monde arrive à bon port. Et si la précision est souvent hasardeuse, l&rsquo;orchestre a conservé son coloris très moëlleux, mélange irrésistible de clarté latine et de fondu germanique, hérité de l&rsquo;époque glorieuse de Riccardo Muti, sans même remonter jusqu&rsquo;à Vittorio Gui. Tableau identique pour l<strong>e chœur du mai musical florentin :</strong> on frôle souvent l&rsquo;accident ( « Stimmt an die Saiten ») mais le corps du son reste toujours homogène, et l&rsquo;enthousiasme des chanteurs finit par emporter l&rsquo;adhésion.<br />
 <br />
Les solistes ne sont pas sur les mêmes sables mouvants. Sans doute plus favorisés par les conditions de la captation, ils offrent des prestations qui marquent, dans des rôles qui ont pourtant été chantés par les plus grands. Ils sont aussi gâtés par la prise de son qui, à rebours du style habituel dans les oratorios, les place au premier rang, avec une vie et une présence bienvenues. <strong>Maximilian Schmitt</strong> a affirmé son art <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/joseph-haydn-la-creation-et-dieu-crea-herreweghe">depuis l&rsquo;enregistrement de Philippe Herreweghe (Outhere &#8211; Phi) :</a> une voix idéalement placée, une ligne souveraine et une puissance comme libérée du carcan qui avait tendance à l&rsquo;enserrer. <strong>Hanna-Elizabeth Müller</strong> n&rsquo;y va pas par quatre chemins : c&rsquo;est un opéra sacré qu&rsquo;elle chante ici, et elle déploye sans pudeur un timbre voluptueux à souhait, ne faisant qu&rsquo;une bouchée des vocalises de Gabriel, et transformant Eve en tentatrice absolue. On avoue ne pas avoir résisté à ses charmes. Encore un cran au-dessus de ses deux partenaires, la prestation de <strong>Michael Volle</strong> est historique. Pour bien en mesurer la portée, il faut d&rsquo;abord dire un mot de la partie de Raphael. Elle est la plus importante en durée dans l&rsquo;oratorio (surtout si on y rajoute Adam, comme c&rsquo;est souvent le cas), et c&rsquo;est largement sur elle que repose la narration du récit. Elle est ensuite d&rsquo;une nature très hybride, puisqu&rsquo;elle exige une forte capacité de déclamation, mais aussi un attendrissement dans un air comme « Nun scheint im vollen Glanz », où le lyrisme prédomine nettement. Par dessus le marché, la tessiture est un problème presque insoluble, puisque Haydn demande quelques notes très hautes, accessibles aux seuls barytons, tout en descendant très bas dans certains récitatifs. Une ambiguité qui explique que des chanteurs aussi différents que Dietrich Henschel et Kurt Moll se soient illustrés avec brio dans le rôle. Michale Volle parvient à faire la synthèse de toutes ces contradictions : impérial d&rsquo;autorité dans ses récitatifs, enivrant de lyrisme lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de chanter la gloire du Créateur, et aussi à l&rsquo;aise dans les aigus que dans les graves, donnant notamment un « Und Gott schuff grosse Wallfische » qui laisse pantois, traversant toutes les régions de la voix humaine avec l&rsquo;aisance d&rsquo;un cheval de course. Un tel exploit est d&rsquo;autant plus surprenant que le chanteur avait dans le passé laissé voir quelques « trous » dans son registre grave.<br />
 <br />
Pour son chef en transe, son chœur enthousiaste, ses solistes opératiques et son Michael Volle historique, cette version est donc à connaître, même si elle ne bouleverse pas la discographie.<br />
 </p>
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		<title>VERDI, La traviata — Florence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-traviata-florence-nadine-sierra-dans-une-autre-dimension/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Oct 2021 03:18:20 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/nadine-sierra-dans-une-autre-dimension/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Nanetta, Gilda, Lucia… la trajectoire de Nadine Sierra la conduisait en droite ligne vers Violetta. Ce devait être chose faite en mai 2020 au Teatro Réal de Madrid. En pleine pandémie, les représentations avaient été repoussées à l’été et la soprano américaine disparaissait de l’affiche. Cette série florentine serait donc, sauf erreur, les débuts de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Nanetta, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/rigoletto-paris-bastille-des-chanteurs-et-un-chef-inspires">Gilda</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/lucia-di-lammermoor-barcelone-debuts-triomphaux-de-nadine-sierra-a-barcelone">Lucia</a>… la trajectoire de <strong>Nadine Sierra</strong> la conduisait en droite ligne vers Violetta. Ce devait être chose faite en mai 2020 au Teatro Réal de Madrid. En pleine pandémie, les représentations avaient été repoussées à l’été et la soprano américaine disparaissait de l’affiche. Cette série florentine serait donc, sauf erreur, les débuts de Nadine Sierra dans cet Everest vocal et scénique qu’est Violetta. Aucune crainte concernant le bagage technique et l’aisance vocale de la soprano : elle fait une bouchée du premier acte qu’elle conclut à l’aigu et sur une note tenue électrisante. Elle enchaîne trilles et vocalises avec une agilité confondante, un souffle long qui soutient un legato parfait et s’aventure même à quelques variations extrapolées du plus bel effet. Non, tout l’enjeu pour Nadine Sierra était de donner du corps et de la chair au-delà des notes. Et dès le premier acte, on est servi. Les répliques et piques de la fête mondaine lui donnent l’occasion de travailler ses couleurs et accents : le portrait commence, plus profond que la légèreté arrosée au champagne bien souvent servi. Il reste à polir encore la prononciation italienne (Francesco Meli à ses côtés est un modèle du genre) mais cela n’obère en rien la montée en puissance qui va suivre. Au deuxième et au troisième acte, assise sur un médium chaud et sonore, elle s&rsquo;engouffre dans les affres du personnage et incarne chaque moment avec conviction. Malgré un Placido Domingo ce soir-là en perdition, nous y reviendrons, elle mène le duo jusqu’à un « dite a la giovine » qui lui vaudra une nouvelle ovation de la salle. «Amami Alfredo » trouve tout l’impact dramatique nécessaire. Un triomphe éclate à l’issue de son « addio del passato » conduit sur un fil, gorgé de nuances et de couleurs où même les respirations laissent sourdre la douleur et l’abandon du personnage. La coupe est presque pleine, n’était-ce une prononciation un peu lâche et des graves certes présents, mais qui peuvent encore s’étoffer davantage. En <strong>Francesco Meli</strong>, elle trouve une réplique pleine d’élégance de style. Souffle et phrasé sont les qualités premières du ténor génois. La mise en scène en fait un dandy photographe, mélange du film <em>Blow-up</em> et des amants de Margaret dans la série <em>The Queen</em>, et c’est bien ce personnage sûr de lui mais sensible qu’il incarne. Là encore, on regrette que la palette des nuances ne s&rsquo;enrichisse pas au-delà de <em>piani</em> et <em>mezze voce</em> disséminés ça et là. Les chœurs sont remarquables de présence et d&rsquo;aisance scéniques dans toutes les scènes de groupe. Les seconds rôles appellent aussi tous des éloges, notamment tous les jeunes chanteurs nés dans les années 80 et 90 auxquels le Maggio fait appel (<strong>Francesco Samuel Venuti</strong> est un Baron Douphol glaçant du haut de ses 25 ans !). Reste le cas <strong>Placido Domingo</strong>. Que l’on soit partisan ou non de sa deuxième carrière dans des rôles de baryton, il lui reste (ou restait?) toute sa science verdienne et un « chien » sans faille pour faire naître l’émotion autour de ses personnages. Ce 2 octobre, le compte n’y est pas. Passées les quelques répliques de Germont père où un premier trou de mémoire le déstabilise, le madrilène s’effondre dans le duo : peu de souffle, absence de legato et surtout un volume à la limite du confidentiel. On entendra le souffleur venu à la rescousse avant que l’air conclusif, ici donné en intégralité, ne finisse de l’achever en scène. Avec galanterie, Nadine Sierra l’emmène saluer devant le rideau avant la pause. Il en profite pour montrer sa gorge en excuses. Avant la deuxième partie, Alexander Pereira monte sur scène pour lui aussi s’excuser de ne pas avoir annoncé le refroidissement et les difficultés respiratoires de la star, qui sauve pourtant la soirée nous dit-il en maintenant sa participation et remercie le public de la compréhension dont il a déjà fait montre.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_traviata_c_michele_monasta-maggio_musicale_fiorentino_12.jpg?itok=gk1DyOXR" title="© Michele Monasta / Maggio musicale fiorentino" width="468" /><br />
	© Michele Monasta / Maggio musicale fiorentino<br />
	 </p>
<p dir="ltr">Heureusement en fosse <strong>Zubin Mehta</strong> veille au grain ! Penser que le vénérable chef était déjà à Florence en 1964 (mais au Teatro communale, alors maison du Maggio musicale) pour diriger la même œuvre, laisse rêveur. Quelle longévité et quelle élégance dans cette direction toute classique et assise sur de beaux contrastes entre le velouté des cordes et la droiture des cuivres. Les aléas scéniques de la soirée montre surtout quel chef de théâtre il est encore, capable d’adapter sa phalange aux capacités du plateau tout en maintenant une dynamique évidente, sans jamais verser dans la facilité ou le tonitruant. La préparation de l’orchestre est sans faille et aucune scorie ne vient émailler le joyau serti que le chef confectionne.</p>
<p>	L’élégance c’est aussi ce qu’il faudra retenir de la production de <strong>Davide Livermore</strong> : salon chinois à la mode parisienne au premier acte, studio photo évoquant Blow-up donc au deuxième, vidéos léchées de D-Wok, les mêmes qui officiaient à Vérone cet été. La scène rougeoie d&rsquo;éléments flatteurs que des costumes des années 60 et 70 finissent d’habiller. On comprend moins les slogans projetés, arrivés tout droit de mai 1968 : « mon corps, mon choix » ; « jouissez sans entraves » ; « faites l’amour pas les magasins » ou encore l’irruption de la police chez ces bourgeois et nobles à la fin de la fête. Tout cela relève d’un plaquage gratuit comme on a pu en voir souvent dans des transpositions sans vrais fondements.</p>
<p dir="ltr"> </p>
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		<item>
		<title>Daniele Gatti, futur directeur principal du Mai musical florentin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/daniele-gatti-futur-directeur-principal-du-mai-musical-florentin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jul 2021 03:38:25 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/breve/daniele-gatti-futur-directeur-principal-du-mai-musical-florentin/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Alexander Pereira, surintendant du Mai musical florentin, a annoncé qu&#8217;en accord avec le directeur musical emblématique – depuis 1985 – et désormais émérite, Zubin Mehta, il avait désigné Daniele Gatti comme futur directeur principal de l&#8217;institution. Le chef italien, tout juste parti de l&#8217;opéra de Rome après un unique et court mandat, sera donc aux commandes du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alexander Pereira, surintendant du Mai musical florentin, a annoncé qu&rsquo;en accord avec le directeur musical emblématique – depuis 1985 – et désormais émérite, <strong>Zubin Mehta</strong>, il avait désigné <strong>Daniele Gatti</strong> comme futur directeur principal de l&rsquo;institution. Le chef italien, tout juste parti de l&rsquo;opéra de Rome après un unique et court mandat, sera donc aux commandes du Mai musical à partir de mars prochain et pour trois ans, dans un premier temps au moins. </p>
<p>Daniele Gatti devra diriger 3 ouvrages lyriques et au moins 5 concerts par saison à Florence, et conduire également deux extensions du festival chaque automne et au début de chaque année. Il s&rsquo;agira de présenter trois ou quatre opéras et concerts, tous reliés par un fil conducteur, ainsi que l&rsquo;a précisé le nouveau directeur. Il en a même annoncé les thèmes : hommage au Verdi de la maturité, le mythe de Faust, le conte, la seconde école de Vienne, ainsi qu&rsquo;un hommage à Puccini.</p>
<p>L&rsquo;occasion pour Gatti de préciser la programmation à venir, en particulier pour 2023 et 2024 : le festival principal sera lui-même relié par un seul thème : l&rsquo;Homme chantre et le surnaturel, dédié à Wagner. Tout un programme ! En 2023, Mehta dirigera donc <em>Lohengrin </em>et Gatti<em>, Les Maîtres chanteurs ; t</em>andis que l&rsquo;année suivante, Mehta se chargera de<em> Tannhauser </em>et Gatti de <em>Parsifal.</em></p>
<p>Mais avant cela, il y a 2021-2022, saison durant laquelle le nouveau maestro viendra diriger plusieurs fois l&rsquo;orchestre du Mai musical. Saison qui verra par ailleurs quelques grands classiques (C<em>osì fan tutte, Traviata, Falstaff, Madama Butterfly, Fidelio</em> ou <em>Die Fledermaus</em>) cotoyer des oeuvres plus rares comme <em>Linda di Chamounix</em> de Donizetti, <em>L&rsquo;Amico Fritz</em> ou plus encore <em>Lo sposo di tre, e il marito di nessuna</em>, unique opera-buffa de l&rsquo;austère Cherubini, que dirigera <strong>Diego Fasolis</strong>. Pour les autres, <strong>Zubin Mehta</strong>, <strong>John Eliot Gardiner</strong> ou <strong>Riccardo Frizza, Michele Gamba et Francesco Ciampa</strong> se succéderont sur le podium. D&rsquo;autres grands noms de la baguette sont également attendus pour une série de concerts – outre Gatti. Côté chanteurs, on annonce une pluie d&rsquo;étoiles bien en place ou montantes ! Vous en saurez plus sur le <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.maggiofiorentino.com/event_season/stagione-lirica-2021-2022/">site du Mai musical</a> !</p>
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