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	<title>Letske MIJNSSEN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 17 Oct 2023 15:24:56 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Letske MIJNSSEN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>LEGRENZI, La divisione del mondo — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-divisione-del-mondo-strasbourg-olympe-ton-univers-impitoyable/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Feb 2019 04:25:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A ceux qui croiraient encore que la mythologie classique fit l’objet d’un respect marmoréen jusqu’aux profanations infligées par Offenbach dans Orphée aux enfers, l’Opéra du Rhin vient de rappeler une incontestable réalité. Tout pétris d’admiration qu’ils aient pu être pour l’Antiquité, les siècles antérieurs n’ont pas toujours dépeint les dieux avec cette terreur sacrée qu’ils &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A ceux qui croiraient encore que la mythologie classique fit l’objet d’un respect marmoréen jusqu’aux profanations infligées par Offenbach dans <em>Orphée aux enfers</em>, l’Opéra du Rhin vient de rappeler une incontestable réalité. Tout pétris d’admiration qu’ils aient pu être pour l’Antiquité, les siècles antérieurs n’ont pas toujours dépeint les dieux avec cette terreur sacrée qu’ils auraient dû inspirer. Si Eva Kleinitz a souhaite présenter <em>La divisione del mondo</em> de Legrenzi c’est bien parce qu’il s’agit d’une comédie où ces chers habitants de l’Olympe en prennent pour leur grade. Rhabillés pour l’hiver, et sur plusieurs générations, tous obsédés par le sexe en la personne de Vénus, dont l’arrivée aux cieux cause des ravages. Et si le livret de Corradi oblige la déesse de l’amour à faire amende honorable, <strong>Jetske Mijnssen</strong> nous montre que ces messieurs les dieux continueront encore longtemps de baver à ses pieds. Dans ce qui pourrait n’être qu’une pantalonnade, et qui ressemble assez à une comédie de boulevard ou à une <em>sitcom</em>, la mise en scène parvient à ne jamais franchir les limites du bon goût – là où tant d’autres ne se gênent pas pour basculer allègrement dans la gaudriole – et choisit de susciter le sourire plutôt que l’éclat de rire gras. Si les personnages sont un rien caricaturaux, c’est que le texte de l’opéra les dépeint ainsi : Junon est bien une virago qui met son mari à la porte, Jupiter un pater familias saisi (une fois de plus) par la débauche. Plus étonnant, Diane (sous son nom de Cynthie) se meurt d’amour pour Pluton, et Apollon est ici un dieu prude, effrayé par sa propre sensibilité aux appâts de Vénus. Avec la complicité de sa costumière, Jetske Mijnssen a su caractériser au mieux chacun de ces individus, n’hésitant pas à faire apparaître d’autres membres de la famille : Rhéa, épouse de Saturne, muette et clouée dans son fauteuil roulant, et son infirmière Thétis, « offerte » comme compagne à Neptune, celui-ci étant, comme son frère Pluton, une sorte de vieux célibataire un peu minable, charitablement hébergé par Jupiter.</p>
<p>Il y a donc là une comédie assez allègrement troussée, mais parfois un peu bavarde et à la structure assez lâche, et l’on comprend que des coupes aient été pratiquées et des réagencements opérés. <strong>Christophe Rousset</strong> a su manier les ciseaux intelligemment, pour ramener à moins de deux heures et demie une œuvre qui dépasse probablement les trois heures. Heureusement, la musique de Legrenzi est souvent fort belle et, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/actu/christophe-rousset-je-nai-pas-plus-denergie-que-des-pianistes-qui-font-le-tour-du-monde">comme le confiait le chef à Bernard Schreuders</a>, on entend déjà presque du Haendel dans les airs où les personnages laissent parler leur émotion (par exemple, au début de l’acte III, quand Vénus chante sa détresse d’avoir été chassée de l’Olympe). Bien que réduit pour l’occasion à une vingtaine d’instrumentistes, l’orchestre des Talens Lyriques n’a aucun mal à remplir la salle de l’Opéra de Strasbourg, avec des couleurs assez variées pour éviter toute monotonie.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/adivisionedelmondoonr_g1866photoklarabeck.jpg?itok=1alg39gl" title="© Klara Beck" width="468" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p>Avec sa douzaine de personnages dont aucun n’est véritablement secondaire, <em>La divisione del mondo</em> exige une véritable équipe, une troupe constituée de personnalités solides. Dans le rôle de celle par qui le scandale arrive, <strong>Sophie Junker</strong> est scéniquement idéale, jouant sans aucune vulgarité de sa silhouette longiligne et élégante. Dommage que son chant ne traduise pas toujours la même sensualité : si ses récitatifs sont admirables d’expressivité et de mordant, les airs sont parfois entachés de notes manquant de chair et qui sonnent un peu bas. De Jupiter, <strong>Carlo Allemano</strong> a la carrure ; la voix met un peu de temps à se chauffer, mais le ténor trouve bientôt la place qui convient et parvient à rendre émouvant un personnage qui pourrait n’être que ridicule. Trois contre-ténors se rencontrent sur le plateau, avec des timbres assez nettement différenciés : le Mercure éclatant de <strong>Rupert Enticknap</strong>, le Mars sanguin et ardent de <strong>Christopher Lowrey </strong>et l’Apollon forcément plus apollinien de <strong>Jake Arditti</strong>. Junon bénéficie du timbre dense et charnu de <strong>Julie Boulianne</strong>, tandis que Diane ravit par la voix lumineuse de <strong>Soraya Mafi</strong>. Neptune et Pluton forment un numéro de duettistes à la Doublepatte et Patachon, tous deux affublés de la même tignasse et du même look Deschiens : après avoir été une impayable nourrice dans <em>Erismena</em>, <strong>Stuart Jackson</strong> prête au dieu des mers son physique d’armoire à glace et sa sonorité percutante, tandis qu’<strong>André Morsch</strong> confère par ses beaux graves une certaine dignité au dieux des enfers. Loin des suraigus d’Olympia, rôle dans lequel on l’avait entendue à Fribourg, <strong>Ada Elodie Tuca</strong> est un Cupidon délicieusement fripon, et l’on savoure le rare timbre d’alto d’<strong>Alberto Miguélez Rouco</strong> en Discorde. En vieillard lorgnant lui aussi sur Vénus malgré ses sermons, <strong>Arnaud Richard</strong> complète tout aussi admirablement la petite famille olympienne. </p>
<p>A noter les dates des prochaines représentations : Mulhouse les 1er et 3 mars, Colmar le 9 mars, Nancy du 20 au 27 mars, Versailles les 13 et 14 avril.</p>
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		<title>Orfeo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/orfeo-mariage-et-enterrement-a-litalienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Feb 2019 08:03:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A force de voir les metteurs en scène chercher midi à quatorze heures et obliger les chanteurs à faire les pieds au mur, on en vient à oublier les vertus de la simplicité. Simplicité apparente dans le cas du spectacle réglé par Jetske Mijnssen, dont on attend avec impatience la nouvelle incursion dans le domaine &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A force de voir les metteurs en scène chercher midi à quatorze heures et obliger les chanteurs à faire les pieds au mur, on en vient à oublier les vertus de la simplicité. Simplicité apparente dans le cas du spectacle réglé par <strong>Jetske Mijnssen</strong>, dont on attend avec impatience la nouvelle incursion dans le domaine lyrique, <em>La divisione del mondo </em>présentée à partir du 8 février à Strasbourg. Si l’<em>Orfeo</em> de Rossi qu’Harmonia Mundi propose aujourd’hui en DVD fut accueilli <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/orfeo-nancy-les-gens-heureux-nont-pas-dhistoire">avec tant d’enthousiasme en 2016</a>, c’est peut-être précisément parce que tout semblait y relever de l’évidence, alors qu’il s’agissait de choix théâtraux d’autant plus remarquables qu’ils passent presque inaperçus. Comment montrer l’histoire d’Orphée telle que la raconte Francesco Buti, avec ses innombrables interventions des dieux de l’Olympe venus surveiller leurs proches parents ? Choix radical : faire de toutes ces divinités <em>ex machina</em> des convives ordinaires aux noces du chantre de la Thrace avec Eurydice. Tout se passe donc de nos jours, dans un décor totalement dépouillé, meublé par les tables du banquet de mariage, puis par les rangs de chaises des obsèques de la mariée si vite défunte. Au réalisme des deux premiers actes succède la vision plus onirique du dernier, mi-hallucinations d’Orphée, mi-délire amoureux d’Aristée. Mais surtout, ce qui assure la vie de ce spectacle, c’est la façon dont chaque personnage, dieu, demi-dieu ou humain, prend un visage immédiatement reconnaissable, une personnalité clairement définie, d’où la lisibilité et la fluidité du résultat, par-delà l’apparente banalité de la situation initiale. Loin des acrobaties et des concepts artificiellement plaqués, il y a là un vrai travail théâtral qui fait exister sous nos yeux ces héros mythologiques ; plus que de nous les rendre proches par une actualisation sans brutalité, il s’agit avant tout de les rendre émouvants, et sur ce plan, la partie est totalement gagnée, et c’est une réussite de plus à mettre à l’actif de l’Opéra de Nancy, qui avait déjà attiré l’attention de la plante lyrique en remontant l’<em>Artaserse</em> de Vinci.</p>
<p>Sur le plan musical, on a pu contester les partis pris de <strong>Raphaël Pichon</strong>. Oui, il y a des coupures. Pour s’en assurer, il suffit de comparer la durée de cet <em>Orfeo</em> à celui qu’avait jadis enregistré William Christie, déjà pour Harmonia Mundi : 3h en 2016 contre 3h40 en 1990. Ont ainsi disparu le Prologue, qui contient les flagorneries d’usage, sans grand rapport avec l’action, mais aussi plusieurs personnages, purement et simplement éliminés de l’intrigue : Bacchus, Junon, Jalousie et Soupçon, sans oublier Mercure pour le dénouement. Etait-ce le prix à payer pour éviter que les spectateurs d’aujourd’hui ne ressentent pas la même lassitude face à ce que Scarron avait appelé en 1647 « ce malheureux Orphée, ou pour mieux parler ce Morphée » ? Le public supporte sans broncher plus de cinq heures de Wagner, mais ne pourrait digérer plus de trois heures de Rossi ? Le débat est ouvert, et l’on considérera que cette production a au moins le mérite d’exister. D’autres viendront peut-être, qui assumeront la durée totale de l’œuvre. Espérons qu’elles s’appuieront sur une réalisation musicale aussi intelligente et efficace, sur un orchestre aussi virtuose et sensible que l’ensemble Pygmalion.</p>
<p>Comme le suggérait Bernard Schreuders <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/orfeo-versailles-lorfeo-ou-leuridice-de-rossi">après avoir vu ce spectacle à Versailles</a>, l’<em>Orfeo</em> mériterait d’être débaptisé et pourrait devenir <em>Aristeo ed Euridice</em> (ce sont d&rsquo;ailleurs eux que nous montre le boîtier du DVD). Ces deux personnages sont largement aussi présents, sinon davantage, et surtout, leurs affects ont bien plus inspiré le compositeur, comme si Orphée conservait toujours une certaine réserve dans l’expression de ses sentiments. Le livret fait de lui, sinon le cocu de l’histoire, du moins un personnage presque secondaire, l’essentiel du drame se jouant autour de son épouse, confrontée aux attentions indésirables du malheureux Aristée. Malgré la beauté de son chant, <strong>Judith Van Wanroij</strong> passe donc inévitablement au second plan, et c’est seulement au dernier acte qu’elle a un peu plus l’occasion de faire valoir ses qualités bien connues. Encore doit-elle partager le devant de la scène avec les deux autres, très présents puisque Eurydice revient du royaume des morts pour harceler Aristée et que celui-ci bascule dans la démence. <strong>Francesca Aspromonte</strong> est magnifique à tous points de vue, actrice expressive et chanteuse raffinée, parfaitement apte à porter sur ses épaules la majeure partie du poids du spectacle. <strong>Giuseppina Bridelli</strong> convainc tout aussi pleinement en Aristée, éternel perdant mal conseillé par son entourage, et son timbre plus sombre reflète bien les tourments du personnage. Autour de ce trio de choc gravite toute une constellation de petits rôles admirablement distribués, de la formidable Vieille de <strong>Dominique Visse</strong> à l’élégantissime Vénus de <strong>Giulia Semenzato</strong> en passant par le Momus déjanté de <strong>Marc Mauillon</strong> ou l’impressionnant numéro de dédoublement auquel se livre <strong>Ray Chenez</strong>, tantôt très maternelle nourrice, tantôt Cupidon dégingandé. Il faut mentionner aussi le Satyre gouailleur de <strong>Renato Dolcini</strong>, l’Endymion bienveillant de <strong>Victor Torres</strong>, le Pluton majestueux de <strong>Luidi de Donato</strong> et l’Apollon attendri de <strong>David Tricou</strong>. Ou encore les titulaires des trois Grâces, des trois Parques, et tous les chanteurs de Pygmalion qui contribuent eux aussi à la totale réussite de ce spectacle.</p>
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		<title>Tatiana Larina, la femme coupée en deux</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/tatiana-larina-la-femme-coupee-en-deux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Dec 2017 15:55:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis l’éblouissante réussite l’Orfeo de Rossi dirigé par Raphaël Pichon, on se demande quand Jetske Mijnssen reviendra monter un opéra en France. Absolument rien de prévu à l’horizon pour le moment, mais cela sera peut-être pour la saison prochaine, qui sait. En attendant, on peut aller à Graz voir une nouvelle production d’Eugène Onéguine que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis l’éblouissante réussite <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/orfeo-nancy-les-gens-heureux-nont-pas-dhistoire">l’<em>Orfeo</em> de Rossi</a> dirigé par Raphaël Pichon, on se demande quand <strong>Jetske Mijnssen</strong> reviendra monter un opéra en France. Absolument rien de prévu à l’horizon pour le moment, mais cela sera peut-être pour la saison prochaine, qui sait. En attendant, on peut aller à Graz voir une nouvelle production d’<em>Eugène Onéguine</em> que vient d’y signer la metteuse en scène néerlandaise, l’orchestre étant dirigé par la chef ukrainienne Oksana Lyniv. Outre la multiplication des Tatiana (toutes les sopranos du chœur) et des Olga (toutes les mezzos), des Lenski (tous les ténors), des Onéguine (tous les barytons) et des Grémine (toutes les basses), le clou du spectacle arrive apparemment avec les couplets de Monsieur Triquet : au lieu de chanter simplement sa chanson pour l’anniversaire de Tatiana, le précepteur français propose un tour de magie, un classique du music-hall, et la jeune mademoiselle Larina se retrouve dans le rôle de la femme coupée en deux.</p>
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		<title>ROSSI, Orfeo — Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/orfeo-versailles-lorfeo-ou-leuridice-de-rossi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Feb 2016 20:37:27 +0000</pubDate>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« J’ai perdu mon Orphée » allions-nous titrer, mais le clin d’œil aurait pu prêter à confusion. En introduisant un rival malheureux (Aristée), l’abbé Butti, librettiste de l&rsquo;<em>Orfeo</em> de Luigi Rossi, n’a pas seulement mis en place un triangle amoureux. Le centre de gravité de l’opéra bascule et Eurydice, figure évanescente chez Rinuccini (Monteverdi) comme plus tard chez Calzabigi (Gluck), devient ici l’héroïne principale du drame, tour à tour tendre, voluptueuse, inquiète, combative, déchirée et bouleversante au gré d’un extraordinaire voyage émotionnel. Aristée se révèle lui aussi un protagoniste à part entière, au point d’éclipser le poète de Thrace aux deux premiers actes. Butti et Rossi lui confèrent une réelle densité et sa prière fiévreuse ne laisse pas Eurydice indifférente, éveillant toutefois la compassion et non l’amour. Laurent Bury saluait à juste titre, au lendemain de la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/orfeo-nancy-les-gens-heureux-nont-pas-dhistoire">création nancéenne</a>, l’impeccable direction d’acteurs de <strong>Jetske Mijnssen</strong>, qui va droit à l’essentiel et signe une mise en scène dépouillée (un décor unique, plateau circulaire et mobile) où seuls les costumes accueillent une touche d’extravagance dans l’onirique tableau des Enfers. Alors que tant de spectacles hystériques et saturés de détails confisquent notre imagination, cet <em>Orfeo </em>réussit à la stimuler tout en subtilité, dérobant à notre vue les sirènes de trios aériens qui n’en paraissent que plus mystérieux. Encore fallait-il que la distribution soit à la hauteur…  </p>
<p>Si la découverte du chant lyrique et des castrats fut un choc pour le public parisien lors de sa création en 1647, cette première production scénique de <em>l’Orfeo </em>en France depuis le Grand Siècle confirme l’émergence d’une génération de chanteurs italiens déjà applaudis chez Monteverdi ou Cavalli et parfaitement armés pour embraser le théâtre musical du Seicento. La tentation est trop forte de filer la métaphore pour souligner la performance de <strong>Giuseppina Bridelli</strong>, Aristée incandescent et autrement dégourdi qu’Orphée, performance qui culmine dans une formidable scène de folie où l’Ombre vengeresses d’Eurydice vient le harceler. Nous l’avions découverte à Venise dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/leritrea-venise-lequivoco-stravagante">l’<em>Eritrea</em></a>, Eurydice lui offre aujourd’hui un rôle à sa mesure : <strong>Francesca Aspromonte</strong> est la révélation de cet <em>Orfeo </em>et le public ne s’y trompe pas, qui l’ovationne avec un surcroît d’enthousiasme. Le soprano calabrais s’épanouit dans tous les registres, avec une égale justesse, et possède un charisme fou. Difficile d’exister face à de tels tempéraments et l’Orphée sonore, mais retenu de <strong>Judith Van Wanroij</strong> peine à se démarquer jusqu’au <em>lamento </em>final (« Lasciate Averno »), où elle s’abandonne enfin et nous offre, après les chœurs sublimes déplorant la mort d’Eurydice, une seconde catharsis.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/orfeo5_0.jpg?itok=ri23sZFi" title="© Opéra national de Lorraine" width="468" /><br />
	Giuseppina Bridelli, Francesca Aspromonte © Opéra national de Lorraine</p>
<p>Du Pluton aux graves fuligineux et plein de mâle assurance de <strong>Luigi de Donato</strong> au Satire cabotin de <strong>Renato Dolcini</strong> en passant par la Vénus piquante et hautaine de <strong>Giulia Semenzato</strong>, les nombreux personnages secondaires qui peuplent cette tragicomédie librement inspirée du mythe d’Orphée sont tous parfaitement caractérisés. Le timbre de <strong>Victor Torres</strong> (Endymion, père d’Eurydice), qui fut un mémorable Orphée monteverdien sous la conduite de Garrido, a perdu de son moelleux, mais l’autorité demeure intacte. En revanche, le temps ne semble avoir aucune prise sur <strong>Dominique Visse</strong> (Vénus sous l’apparence d’une Vieille), virtuose du rire dont l’ambiguïté inquiète autant qu’elle amuse. Jetske Mijnssen assume le versant bouffe de l’ouvrage, mais sans jamais tomber dans l’outrance, et rien de vulgaire ne vient plomber l’effeuillage de Momus (<strong>Marc Mauillon</strong>) sur la <em>canzone</em> de Ferrari « Amanti, io vi so dire ». Nous avions déjà repéré le mezzo clair et joliment fruité de <strong>Ray Chenez</strong> la saison dernière dans le <em>Catone in Utica </em>de Vinci, toutefois, s’il portait déjà bien le travesti, rien ne laissait présager un tel don pour la métamorphose : sosie de la Queen Mum  (Nourrice) puis ado rebelle, nombril à l’air (Amour), sa double composition est tout simplement renversante. Mention particulière pour les Grâces où brille, entre deux sopranos arachnéens (<strong>Alicia Amo </strong>et <strong>Violaine Le Chenadec</strong>), le diamant noir de <strong>Lucile Richardot</strong>.</p>
<p>Dans la fosse, l’opulence des textures et des alliages nous convie à un festin sonore, mais c’est avec un même sens aigu du théâtre que <strong>Raphaël Pichon</strong> dirige chanteurs et instrumentistes et pétrit cette matière inouïe, l’affinant jusqu’au murmure, jusqu’au silence, mais un silence chargé et infiniment suggestif. L’abondance n’exclut pas l’économie de moyens, comme dans les tableaux sur lesquels s’ouvre et se referme l’opéra et qui se répondent dans un saisissant effet miroir : un solo de harpe précède l’irruption d’Orphée, seul, éperdu, au milieu d’une scène vide, où nous le retrouverons au troisième acte, pour son ultime monologue, accompagné par le même instrument. D’une invention constante, la musique regorge de beautés amoureusement détaillées par le chef qui a réalisé sa propre édition de la partition, reconstituant les parties instrumentales qui manquent en s’appuyant sur d’autres compositions de Rossi, mais empruntant aussi, selon une pratique courante à l’époque, quelques pages à des contemporains du Romain (Cavalli, Ferrari). Un DVD est prévu, mais nous caressons l’espoir que cette réalisation extrêmement séduisante soit également disponible en CD.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
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		<title>ROSSI, Orfeo — Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/orfeo-nancy-les-gens-heureux-nont-pas-dhistoire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Feb 2016 06:08:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si Orphée n’avait pas perdu son Eurydice, c’est toute l’histoire de l’art lyrique qui en eût été changée. Qu’auraient écrit Caccini, Peri et Monteverdi ? Quel autre sujet Mazarin aurait-il pu choisir pour le premier opéra représenté en France ? Enfin, par chance pour nous, Orphée ne nageait pas dans le bonheur, sans quoi il n’aurait pas &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si Orphée n’avait pas perdu son Eurydice, c’est toute l’histoire de l’art lyrique qui en eût été changée. Qu’auraient écrit Caccini, Peri et Monteverdi ? Quel autre sujet Mazarin aurait-il pu choisir pour le premier opéra représenté en France ? Enfin, par chance pour nous, Orphée ne nageait pas dans le bonheur, sans quoi il n’aurait pas eu grand-chose d’intéressant à chanter. C’est d’ailleurs ce qu’on se dit durant les premières minutes de cette représentation nancéenne de l’<em>Orfeo</em> de Luigi Rossi : tout cela est charmant, Eurydice est ravie d’épouser son berger, on est content pour elle, mais on se prend à éprouver de la sympathie pour la cour du jeune Louis XIV qui, en 1647, avait eu du mal à réprimer ses bâillements. Heureusement, tout change avec l’irruption d’un personnage déçu, jaloux, cet Aristée dont Crémieux et Halévy allaient faire l’un des protagonistes d’<em>Orphée aux enfers</em>. Le livret de Francesco Buti est sans conteste infiniment plus vivant sur le plan théâtral que celui sur lequel avait planché Monteverdi et, n’en déplaise aux puristes, peut-être l’œuvre de Rossi nous passionne-t-elle grâce aux quelques coupes opérées pour cette production (le prologue à la gloire de la monarchie, les interventions de quelques divinités supplémentaires). La metteuse en scène <strong>Jetske Mijnssen</strong> a choisi de s’éloigner de la mythologie pour situer l’intrigue de nos jours. Et là aussi, les premiers instants peuvent donner une impression de déjà-vu, un peu Carsen, un peu Claus Guth : le grand mariage, les témoins, les tables de la noce, etc., mais une direction d’acteur sans faille transcende ce qui pourrait n’être qu’une banalisation du mythe, et l’on adhère totalement à cette transposition où, pour tenter de reconquérir Eurydice, sur les conseils de Vénus, ce grand ado qu’est Aristée troque son baggy et son sweat à capuche contre un costume trois pièces. Le dernier acte, censé se dérouler aux enfers, devient une sorte de cauchemar surréaliste où Orphée voit surgir des personnages à tête d’oiseau ou de poisson sortis du <em>Judex</em> de Franju : bravo au costumier <strong>Gideon Davey</strong>. Dans le décor sobre mais majestueux de <strong>Ben Baur</strong>, les éclairages de <strong>Bernd Purkrabek</strong> évoluent constamment, passant de la lumière la plus froide au chatoiement du soleil. Et le spectacle s’appuie sur une formidable équipe de chanteurs-acteurs, sur qui repose aussi, bien sûr, la réussite de cette soirée.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="187" src="/sites/default/files/styles/large/public/orfeo4.jpg?itok=rfYGCZCx" title="© Opéra national de Lorraine" width="468" /><br />
	© Opéra national de Lorraine</p>
<p>Méconnaissable, dépouillée de tous les attributs de sa féminité, <strong>Judith Van Wanroij</strong> prête à Orphée les accents plaintifs de sa voix mordorée, avec une candeur parfois presque enfantine. Chez Rossi, le personnage domine bien moins que chez Monteverdi, et Orphée a ici deux interlocuteurs de poids. Le rôle très développé de son épouse permet de s&rsquo;épanouir tout le talent de <strong>Francesca Aspromonte</strong>, magnifique soprano et actrice investie, dans la joie innocente des premiers instants comme à l’heure poignante de son agonie ; difficile de ne pas avoir les yeux (et les oreilles) d’Orphée pour une telle Eurydice. Aristée au timbre généreux, <strong>Giuseppina Bridelli </strong>livre elle aussi une superbe composition, riche en monologues véhéments et avec une mémorable scène de folie.</p>
<p>Autour de ce trio, on remarque de belles personnalités. <strong>Victor Torres </strong>est le plus humain des pères et le Charon le plus attendri qui soit. Cela paraît presque incroyable, mais <strong>Dominique Visse</strong> parvient à renouveler son numéro de vieille mégère, et l’intelligence de la mise en scène étoffe admirablement son personnage, tout comme elle développe beaucoup celui de Momus, un <strong>Marc Mauillon </strong>survolté qui n’hésite pas à enlever le haut pour mieux incarner le dieu de la médisance. Son compère le Satyre, devenu dragueur à chaussures bicolores et panama, trouve en <strong>Renato Dolcini</strong> un interprète de qualité, diseur extraordinaire. <strong>Luigi de Donato </strong>a les graves caverneux de Pluton, et convainc tout autant en Augure. On est séduit par la voix de <strong>Giulia Semenzato</strong>, Vénus souveraine. Nourrice peut-être un peu trop sérieuse, <strong>Ray Chenez </strong>se lâche dans le rôle de Cupidon, très réduit par les coupes. Grâce à sa voix haut placée, <strong>David Tricou</strong> est, en Apollon, tout à fait à sa place dans ce répertoire.</p>
<p>Troisième pilier du spectacle, l’orchestre luxuriant que dirige <strong>Raphaël Pichon</strong>. L’émerveillement que causa en 1647 la machinerie de Torelli vient en 2016 des richesses dispensées par l’ensemble <strong>Pygmalion</strong>, et aux instrumentistes on associera le chœur, particulièrement admirable dans les diverses déplorations que suscite la mort d’Eurydice. Heureux spectateurs de Versailles, de Bordeaux et de Caen, c’est une production mémorable que vous pourrez savourer cette saison ou la prochaine.</p>
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