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	<title>Orianne MORETTI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>CATTIN, AMOK — Reims</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Feb 2016 07:37:13 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alma Mahler fut dans sa vie une héroïne d&rsquo;opéra. Aimée par quelques-uns des plus grands créateurs de son temps, mariée plusieurs fois, elle fut une muse libre, refusant d&rsquo;être prisonnière des conventions de son époque. Sa transformation en héroïne d&rsquo;un véritable opéra pouvait donc s&rsquo;opérer sans difficulté, et c&rsquo;est une excellente idée qu&rsquo;a eue <strong>Orianne Moretti </strong>de se concentrer sur la relation d&rsquo;Alma avec Oskar Kokoschka pour donner naissance à une création lyrique. Restait ensuite à déterminer quelle forme allait prendre ledit spectacle. Le <em>biopic</em> classique n&rsquo;aurait sans doute pas été la solution la plus adéquate, et on comprend que la conceptrice du projet ait souhaité qu&rsquo;un souffle poétique porte le spectacle. Emprunter à Baudelaire quantité de passages des <em>Fleurs du mal </em>est une solution assez convaincante, qui permet de dépasser les déclarations d&rsquo;amour ou de désespoir ressassées par quelques siècles d&rsquo;opéra. On est un peu moins enthousiasmé par les extraits du <em>Faust </em>de Goethe utilisés ici : le père d&rsquo;Alma ne s&rsquo;exprime qu&rsquo;à travers des citations de ce texte, particulièrement amphigouriques dans la traduction française que proposent les surtitres, ce qui rend le personnage étrangement coupé du monde qui l&rsquo;entoure. La question de la langue est également résolue de façon assez curieuse : dans les premiers instants du spectacle, Alma chante en allemand, le « chœur » en français, et l&rsquo;on se dit que c&rsquo;est une solution comme une autre. Mais pas du tout, car très vite, les personnages passent allègrement d&rsquo;une langue à l&rsquo;autre, changeant d&rsquo;idiome à chaque phrase, ce qui paraît un peu gratuit.</p>
<p>Ajoutant à sa casquette de librettiste celle de metteur en scène, Orianne Moretti compose un spectacle fort, mais non sans bizarreries parfois. Si la lecture du synopsis fourni par le programme aide à interpréter certains choix obscurs, d&rsquo;autres restent mystérieux. Pourquoi Alma jeune fille (personnage distinct de l&rsquo;Alma « adulte » qui est la véritable héroïne) porte-t-elle une camisole de malade mentale, par exemple ? A côté d&rsquo;images saisissantes, certains choix semblent bien galvaudés : Kokoschka crée en prenant la peinture à pleine main, et finit par en barbouiller le corps nu d&rsquo;Alma. Et si les apparitions de la dizaine de personnages secondaires donnent lieu à de stupéfiants ballets, on a un peu de mal à saisir qui sont ces silhouettes parfois assez peu caractérisées, sauf par les superbes costumes expressionnistes de <strong>David Messinger</strong>, qu&rsquo;on croirait sortis d&rsquo;une toile d&rsquo;Otto Dix. Le décor de <strong>Juliette Blondelle</strong>, en empruntant aux travaux de la plasticienne japonaise Adoka Niitsu, évoque de façon judicieuse le tournoiement de certaines toiles de Kokoschka.</p>
<p>Quant à la partition de François Cattin, elle est tout à fait séduisante, malgré quelques réserves. Cet élève de Sciarrino n&rsquo;a rien d&rsquo;un disciple dogmatique, et si sa musique installe d&#8217;emblée un climat personnel, avec des combinaisons de timbres inaccoutumées, on regrette qu&rsquo;elle semble parfois se laisser aller à des facilités évoquant presque la bande son d&rsquo;un film d&rsquo;action. Souhaitons à ce compositeur toujours plus d&rsquo;audace, sans aller jusqu&rsquo;à s&rsquo;aliéner l&rsquo;intérêt du public, bien sûr. Une chose, en tout cas, est incontestable : François Cattin écrit merveilleusement pour les voix. Alors que dans tant d&rsquo;opéras d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;écriture vocale laisse à désirer et donne l&rsquo;impression de ne pas vraiment intéresser celui ou celle qui la pratique, <em>AMOK </em>permet d&rsquo;entendre des pages superbes pour cet instrument spécifique qu&rsquo;est la voix humaine. François Cattin n&rsquo;a rien contre les duos, ce qui est heureux avec un sujet comme celui qu&rsquo;il avait à traiter, mais il s&rsquo;autorise aussi d&rsquo;extraordinaires ensembles réunissant une dizaine de solistes, qui sont peut-être les passages les plus fascinants de sa partition.</p>
<p>On saluera d&rsquo;autant plus bas l&rsquo;équipe de chanteurs réunie par l&rsquo;Opéra de Reims pour cette création mondiale, même si aucun des personnages secondaires ne tire la couverture à soi (mentionnons quand même le timbre claironnant du contre-ténor <strong>Nicolas Zielinski</strong>, ou la brillante soprano<strong> Julia Knecht</strong>). Toujours éblouissante, <strong>Magali Arnault-Stanczak </strong>se joue des difficultés du rôle d&rsquo;Alma jeune fille, qui exploite ses facilités dans l&rsquo;aigu et le suraigu sans pour autant faire mal aux oreilles. <strong>Dan Popescu </strong>impose une solide présence scénique dans le rôle du père, malgré le texte ésotérique qu&rsquo;il a à chanter. Kokoschka tourmenté, <strong>Till Fechner </strong>enthousiasme par la fermeté de son timbre et par la netteté de son articulation, qui permet de savourer la poésie de Baudelaire sans avoir besoin des surtitres. Le rôle d&rsquo;Alma était initialement destiné à être créé par Maria Riccarda Wesseling, mais celle-ci a été remplacée, pour une raison inconnue, par <strong>Sophie Angebault</strong>. Les moyens vocaux de cette chanteuse française ne font aucun doute, mais on pourrait regretter une véhémence un peu uniforme dans l&rsquo;expression ; l&rsquo;actrice défend fort bien son rôle, et ne craint pas d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au nu intégral quand la mise en scène l&rsquo;exige.</p>
<p>A la tête des quatorze musiciens de l&rsquo;<strong>Ensemble KNM Berlin</strong>, le chef <strong>Nicolas Farine </strong>se montre attentif à tous les détails de cette partition souvent complexe. En dépit de quelques réserves, on aimerait que les créations contemporaines suscitent toujours autant de questionnements, et l&rsquo;on espère que l&rsquo;œuvre connaîtra d&rsquo;autres reprises après les représentations prévues à la fin du mois en Suisse, à la Chaux-de-Fond.</p>
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