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	<title>Michael NAGL - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Michael NAGL - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>MOZART, Die Zauberflöte — Paris (Bastille)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Jan 2021 04:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Elle n’a pas pris une ride cette mise en scène de la Flûte enchantée par Robert Carsen, joueuse, champêtre (du moins au début), naturelle, drôle, assez peu maçonnique, amicale et humaniste. L’Opéra de Paris la retransmettait vendredi 22 depuis l’Opéra-Bastille, captée en direct devant une salle (presque) vide et l’offrira, moyennant un prix d’ami, sur &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Elle n’a pas pris une ride cette mise en scène de la <em>Flûte enchantée</em> par <strong>Robert Carsen</strong>, joueuse, champêtre (du moins au début), naturelle, drôle, assez peu maçonnique, amicale et humaniste. L’Opéra de Paris la retransmettait vendredi 22 depuis l’Opéra-Bastille, captée en direct devant une salle (presque) vide et l’offrira, moyennant un prix d’ami, sur la plate-forme <a href="https://chezsoi.operadeparis.fr/">L’Opéra chez soi </a>jusqu’au 21 février. Ne serait-ce que pour un cast merveilleux (mais pas seulement), on vous conseille d’y aller voir.</p>
<p>Oui, une production qui semble inoxydable. Elle fut créée <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/six-pieds-sous-terre-mais-au-sommet">en 2013 à Baden-Baden</a> (Pavol Breslik, Kate Royal, Michael Nagy, Ana Durlovski, Dimitry Ivashchenko sous la direction de Simon Rattle), reprise l’année suivante à Bastille (Breslik, Julia Kleiter, Daniel Schmutzhard, Sabine Devieilhe -déjà-, Franz-Josef Selig, dirigés par Philippe Jordan), puis en 2019 à Bastille (Julien Behr, Vannina Santoni, Florian Sempey, Jodie Devos, Nicolas Testé, sous la baguette de Henrik Nánási).</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/taminopamina.jpg?itok=8U-96Vbv" title="© Charles Duprat" width="468" /><br />
	© Charles Duprat</p>
<p>La version 2021 met en valeur dans une forme superlative la jeune génération des chanteurs français. On y reviendra, le temps de planter le décor : une vaste étendue de gazon synthétique, un écran où se projette une forêt verdoyante, une tombe ouverte dont surgit Tamino, vêtu de blanc. Tout-à-l’heure, ce seront trois tombes (forcément trois), qu’on verra, par où descendront le jeune prince et Papageno vers l’empire des morts, le noir empyrée où ils seront aux prises avec l’angoisse, le désespoir, la peur, autrement dit la mort. Le mot <em>Tod</em>, la mort, dit Carsen, est prononcé quelque soixante fois dans le livret, et il y a deux tentatives de suicide (Pamina par le fer, Papageno par la corde). Ne pas se fier donc au côté <em>Jardin des Finzi-Contini</em> des premières images.<br />
	Au monde du blanc, celui de Pamino et Pamina, répond celui du noir (la Reine de la Nuit, Sarastro, les Trois Dames), et l’entrée des prêtres, la tête couverte d’un crêpe noir sera impressionnante. Beau défilé de pardessus, dont on sourira d’abord (le côté funérailles du Parrain), puis beaucoup moins quand, les voiles arrachés, on verra qu’ils sont tous masqués de noir, pandémie oblige.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/tamino_seul.jpg?itok=HZacmEGO" title="© Charles Duprat" width="468" /><br />
	© Charles Duprat</p>
<p><strong>L’enchantement commence</strong></p>
<p>Mais donc voici Tamino remontant des tréfonds. Que faisait-il là-dessous ? Il s’y battait avec le serpent du mal, et le voilà sauvé par trois Dames, très veuves de mafiosos (lunettes noires, manteaux noirs assez chics, jupes fendues, talons Louis XV), naturellement émoustillées par le frais jeune homme après avoir trucidé la bête de trois coups de pistolet à bouchon. Sur l’écran du fond, elles font apparaître la belle Pamina. « Dies Bildnis », chante Tamino, et l’enchantement commence… <strong>Cyrille Dubois</strong> sera un merveilleux prince, parangon de chant mozartien, ténor lyrique léger à la voix aérienne. On évoquera des souvenirs du côté de Wunderlich ou de Simoneau… Legato, demi-teintes, des notes hautes faciles, un médium rond, un beau vibrato à volonté, de l’éclat et de l’héroïsme à l’occasion, parfois un ornement ou une colorature ajoutée pour le plaisir, enfin tout…</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/tris_dames.jpg?itok=rjVts7TI" title="© Charles Duprat" width="468" /><br />
	© Charles Duprat</p>
<p>Sur ces entrefaites, arrive la Reine de la Nuit, chignon banane sous le crêpe noir, lunettes noires, et sous le manteau d’après-midi la petite robe noire indispensable (relire Chanel). Ouvrons ici une parenthèse : cette Reine des Etoiles (<em>Sternenkönigin</em>, dans la VO) outre son élégance très couture ne sera pas la méchante habituelle, mais une mère douloureuse, et dont les relations avec Sarastro, vues par Carsen, seront étrangement apaisées. En gros, ils ont divorcés, mais restent bons amis, et l’image finale (on y reviendra) sera inédite.</p>
<p><strong>Mater dolorosa</strong></p>
<p>En conséquence, le chant de <strong>Sabine Devieilhe</strong>, qui a interprété le rôle dans maintes productions de tous styles, suggèrera ici davantage la souffrance que la fureur habituelle. Dès le récitatif accompagné « O zittre nicht, mein lieber Sohn », on est frappé par la couleur chaude de la voix et la tendresse du phrasé, qu’on retrouvera dans l’aria « Zum Leiden bin… » Pureté des aigus, beauté de la ligne, la pauvre mère dont on a enlevé sa fille, joue de toute sa séduction (le personnage et l’interprète) pour convaincre le prince naïf de partir à la recherche de Pamina. Comment résister à ces souples vocalises, ces notes piquées (et toujours expressives) et à ces trilles impeccables ? En plus, la gentille maman, décidément en veine de convaincre, roule une pelle au pur enfant.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_flute_enchantee_16-17_c_emilie_brouchon_-_onp_2.jpg?itok=mLOjxuDr" title="© Emilie Brouchon" width="468" /><br />
	© Emilie Brouchon</p>
<p>Le voilà parti, en compagnie de Papageno. Le Papageno d’<strong>Alex Esposito</strong> n’est pas très oiseleur. Il serait plutôt randonneur, ou routard un peu fauché, avec sac de couchage dans le dos et glacière en plastique. Les Trois Dames lui rendent au moyen d’une télécommande la voix dont elles l’avaient privé, voix au demeurant solide. Rossinien chevronné (Figaro aussi bien que Maometto II), mozartien accompli (Don Giovanni et Leporello), c’est en comédien qu’Alex Esposito construit son personnage, mais son beau timbre de baryton-basse tiendra toute sa place notamment dans les ensembles (excellents). Truculent, faraud, poltron, il brille aussi dans les parties dialoguées, qu’il déroule à un train d’enfer (on comprend que les Dames le réduisent au silence).</p>
<p>Autre régal vocal, <strong>Julie Fuchs</strong>, qui dessine une Pamina plus femme que jeune fille, à la voix opulente, d’une étoffe voluptueuse, ce qui n’exclut pas le brillant, très fine mouche, vive et joyeuse, pour le moment aux prises avec le Monostatos libidineux à souhait, mais très humain, de <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke</strong>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/bildnis.jpg?itok=HEFJJJVr" title="© Charles Duprat" width="468" /><br />
	© Charles Duprat</p>
<p><strong>Vif-argent</strong></p>
<p>Le finale du premier acte est une réussite parfaite, avec le retour des trois enfants (deux garçons et une fille, en l’occurrence !, qu’on voit apparaître en trio de footballeurs dans le parc, on pense à <em>Blow Up</em>), le dialogue accompagné de Tamino avec le premier Prêtre (excellent <strong>Michael Nagl</strong> au bronze impeccable), la survenue de Monostatos accompagné de son équipe de fossoyeurs patibulaires (que le glockenspiel transformera en amoureux non-transis de leurs pelles -on fait avec ce qu’on a) et enfin le duo avec chœur entre Sarastro et Pamina.</p>
<p>On a connu des Sarastro à la voix plus sépulcrale que celle de <strong>Nicolas Testé</strong>, mais il compense cela par une composition d’une bonté toute paternelle. « Un homme doit guider ton cœur », dit-il à sa fille, « sans homme une femme s’écarte trop du domaine qui est le sien ». Propos peu éclairé pour un homme des Lumières, mais qui annonce l’entrée de Tamino et sa première rencontre avec Pamina, entrecoupée des bouffonneries de Monostatos. Rencontre muette pour l’instant, ils chanteront plus tard, quand ils seront libres, une fois franchies les épreuves.</p>
<p>Dans cet ensemble complexe comme seul Mozart sait les mener, aussi théâtral que musical, brille la direction vif-argent de <strong>Cornelius Meister</strong>. Dès l’ouverture, menée à un tempo très rapide, on avait pu remarquer son attention aux couleurs -cordes tour à tour soyeuses et volubiles, bois savoureux- et à la précision, jamais guindée, de la pulsation. Direction éminemment théâtrale et aimable, très souple dans l’accompagnement, et solide dans les grandes architectures des fins d’actes mozartiennes, avec leurs changements de rythme acrobatiques.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/sepulcre.jpg?itok=wvYgHaFU" title="© Charles Duprat" width="468" /><br />
	© Charles Duprat</p>
<p><strong>L’empire des morts</strong></p>
<p>La deuxième partie, après la solennelle prière « O Isis und Osiris », chantée d’une voix d’airain par Nicolas Testé, va nous faire descendre dans un tombeau, dont les cercueils culbutés évoqueront vaguement une Egypte rêvée. Noir complet. Trois interminables échelles descendent des tombes qu’on a vues tout-à-l’heure dans la prairie printanière, dont ce sépulcre est le négatif. C’est l’antichambre des épreuves, à l’ambiance très Indiana Jones. Passent les Trois Dames, puis Monostatos. Lui aussi voudrait trouver l’âme sœur. Papageno et lui incarnant en somme deux aspects de l’homme ordinaire.<br />
	C’est dans ces lieux sinistres que Papageno sera en butte aux avances d’un abominable squelette en robe de bal (Papagena, bien sûr) tandis que là-haut la Reine de la Nuit voudra persuader Pamina de tuer Sarastro. Curieusement, elle le fait en présence de Sarastro tapi dans l’ombre, et qui semble la manipuler, comme si c’était une autre épreuve à laquelle elle soumettrait sa fille.</p>
<p>En l’occurrence, si Carsen tord là quelque peu le bras du livret, du moins Sabine Devieilhe chante-t-elle ce « Der Hölle Rache », grand air « de fureur », avec une puissance impavide, des notes <em>staccato </em>imperturbables et une maitrise stupéfiante d’une partition impitoyable. Et c’est ensemble, et presque main dans la main, que Sarastro et la Reine de la Nuit entraîneront Pamina sur le chemin des épreuves.<br />
	La première de celles-ci, ce sera de faire face au silence de Tamino, l’occasion pour Julie Fuchs de déployer enfin sa voix. L’aria « Ach, ich fühl’s », longue déploration profondément mélancolique, elle le chantera avec une gravité désemparée, beaucoup de pudeur, de tendresse blessée, de simplicité, d’émotion. Ligne de chant soutenue, couleurs estompées, et une maturité vocale et expressive qui donne au personnage de Pamina un éclairage très personnel.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_flute_enchantee_14-15_c_elisa_haberer_-_opera_national_de_paris_11.jpg?itok=_5zRoJGc" title="© Elisa Haberer" width="468" /><br />
	© Elisa Haberer</p>
<p><strong>Une guest star</strong></p>
<p>Le majestueux chœur « O Isis und Osiris » marque le début du deuxième Final. Tous deux voilés, Tamino, soutenu par Sarastro, et Pamina, guidée, chose étonnante ! par la Reine de la Nuit, doivent se séparer. Superbe trio « Soll ich dich, Teurer, nicht mehr sehn » (les voix de Cyrille Dubois et Julie Fuchs, la clarté de l’un, la chaleur de l’autre, étaient faites pour aller ensemble). La Reine, en <em>guest star</em> silencieuse, fait la quatrième.<br />
	Pendant ce temps, Papageno, toujours prisonnier du tombeau, se la joue Hamlet, crâne en main (Schikaneder, créateur du rôle, était, parait-il, le meilleur Hamlet de son temps).</p>
<p>Les trois enfants, tous trois maintenant en robes blanches, copies de celle de Pamina, lancent la scène de l’Initiation (pimpant contrechant du basson) et dissuadent d’abord Pamina désespérée de mettre fin à ses jours, tandis que la forêt prend des couleurs automnales grisâtres, et bientôt s’enneige, toute la nature se mettant à l’unisson des puissantes couleurs tragiques de Julie Fuchs, ici.<br />
	Les jeunes gens, guidés par la flûte (« Par la force de la musique, nous avancerons joyeux au travers de la sombre nuit de la mort ») franchiront les rampes de feu et recevront une pluie lustrale (en l’occurrence des perles de verres). Le <em>Singspiel</em> nous vaudra encore un épisode tragico-bouffe, le presque suicide de Papageno au désespoir d’avoir perdu sa Papagena, qui réapparaitra en routarde de charme (<strong>Mélissa Petit</strong>), pa-pa-pa-pa….</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="218" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_flute_enchantee_18.19_c_svetlana_loboff_-_onp_31.jpg?itok=XrxdKeox" title="© Svetlana Loboff" width="468" /><br />
	© Svetlana Loboff</p>
<p><strong>Le franc-maçonnisme par-dessus les loges</strong></p>
<p>C’est le moment où les forces du Mal (la Reine, les Dames et Monostatos) lancent d’habitude leur contre-attaque, à grands renforts de timbales et d’éclair, échouent lamentablement et sont engloutis dans la nuit éternelle. Mais c’est ici que Robert Carsen, jetant avec désinvolture le franc-maçonnisme par-dessus les loges, va proposer autre chose. En l’occurrence, écouter ce que dit la musique plutôt que le texte, c’est-à-dire la réconciliation. Tout opéra de Mozart -c’est son rêve de fraternité- se termine toujours par un retour à l’harmonie. Quelque drame qu’on ait traversé, la communauté humaine se regroupe dans un accord final (en majeur, bien sûr).<br />
	Et c’est ainsi que, dans la prairie que le printemps verdoie, on verra se joindre au chœur des initiés, tous en blanc, style partie de campagne ou finale à Wimbledon, et au double duo des amoureux, la Reine, vêtue de blanc, les Dames itou, et même Monostatos, pas si méchant que ça…</p>
<p>
	Finale humaniste, utopique peut-être, et applaudissements, un peu volontaristes, des rares personnes présentes dans Bastille. Le message d’espoir de Robert Carsen s’enrichit évidemment d’un nouveau sens dans le contexte actuel.</p>
<p> </p>
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		<item>
		<title>MOZART, Don Giovanni — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/don-giovanni-strasbourg-la-debauche-des-sens/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 14 Jun 2019 22:03:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le programme de salle nous propose un « catalogue amoureux de Don Giovanni » où, opportunément, Timothée Picard invite à un éclairage multiple de l’ouvrage, d’E.T.A. Hoffmann à Yves Bonnefoy, sorte de trousseau de clés propres à nous introduire dans l’univers de la réalisation strasbourgeoise. Les mises en scène de Marie-Eve Signeyrole réservent toujours leur lot de surprises, même &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px">Le programme de salle nous propose un « catalogue amoureux de Don Giovanni » où, opportunément, Timothée Picard invite à un éclairage multiple de l’ouvrage, d’E.T.A. Hoffmann à Yves Bonnefoy, sorte de trousseau de clés propres à nous introduire dans l’univers de la réalisation strasbourgeoise. Les mises en scène de <strong>Marie-Eve Signeyrole</strong> réservent toujours leur lot de surprises, même pour le spectateur familier de son écriture et de ses techniques. Après avoir renouvelé l’approche de <em>Nabucco</em>, elle s’empare maintenant de <em>Don Giovanni</em>. Peu après la vision déshumanisée d&rsquo;Ivo van Hove <a href="/don-giovanni-paris-garnier-le-convive-de-beton">offerte à Garnier</a>, voici une proposition audacieuse, de chair, de sang et de stupre, d’une force dramatique peu commune, approche dionysiaque, orgiaque, qui s’inscrit dans la descendance de<em> l’Enlèvement au sérail</em> de Calixto Bieito, vidéo, et participation du public en plus. Avec une exacerbation des sens, du sexe, c’est aussi violent, assorti des modifications nécessaires du livret.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/don_giovanni_photo.klarabeck-3048npresse.jpg?itok=oq_kziHW" title="Les fantasmes d'Elvira © Klara Beck - Opéra national du Rhin" width="468" /><br />
	Les fantasmes d&rsquo;Elvira © Klara Beck &#8211; Opéra national du Rhin</p>
<p style="font-size: 14px">Insolite se présente l’espace scénique avant que les lumières s’estompent et que commence l’ouverture : une sorte de cabine de verre, où siège immobile un personnage de blanc vêtu (Don Giovanni). Une sorte de Monsieur Loyal – Leporello – micro en main, va associer le public (volontaire et tiré au sort) à se joindre aux chanteurs. Des textes parlés – en italien, pour ne pas rompre l’unité langagière – seront greffés ici et là, explicitant la transposition contemporaine. Le décor surprend par son étrangeté : outre la cabine-vitrine, un petit podium carré, blanc, avec rotation éventuelle de son espace, occupé par deux fauteuils design ; sur une longue table une enfilade d’objets dont on présume la destination (rasoir, seringue, club de golf, poire Belle Hélène etc.) ; assorti d’un grand miroir, un comptoir où s’affaire un barman, qui se révélera être le Commandeur. Des éclairages judicieux suffiront à créer le climat requis par chaque scène, les changements s’effectuant discrètement, à vue. La vidéo en temps réel projette ses gros plans et ses messages sur un large bandeau.  Une jeune femme choisit le rasoir, s’assied face à Don Giovanni, et lentement, avec une souffrance indicible qui se lit sur son visage, se sectionne les veines des poignets. Leporello, après le déplacement du corps inanimé, s’efforcera d’éponger le sang. Le ton est donné : trash, à la limite du soutenable. Les frontières du bien et du mal sont abolies. Blanc lorsqu’il est vêtu, Don Giovanni est amoral, on le sait. Mais, à la lecture de Marie-Eve Signeyrole, aucun personnage n’est épargné, sinon Donna Elvira, dont la passion flamboyante traverse toutes les scènes. Ainsi paraît explicite la relation incestueuse entre Donna Anna et son père. La direction d’acteurs, pleinement aboutie, l’engagement physique qui leur est demandé nous subjuguent. L’abondance des propositions, la richesse des lectures suggérées ne permettent certainement pas de tout décrypter au premier visionnage. Le spectateur est entraîné dans un tourbillon, souvent trouble, glauque, voire lubrique. Les corps dénudés, ou non, se mêlent, se caressent, lascifs. Maître et valet sont unis, non sans équivoque. Le trio du 2e acte, avec Elvire, est stupéfiant : après avoir massacré le cabriolet de Don Giovanni avec une violence non feinte à l’acte précédent, elle s’y unira à Leporello, qu’elle confond avec son seul amour. Au finale, ni cimetière, ni statue du Commandeur, un bar tenu par ce dernier, stylé, où l’affrontement ultime, atteint des sommets. On vous laissera découvrir les conditions de la mort de Don Giovanni.</p>
<p style="font-size: 14px">L’orchestre est supposé porter la marque baroque, familière au chef. Las, si les effectifs et le continuo, inventif, confié au piano, l’attestent, le résultat est affligeant. Scolaire, la direction de <strong>Christian Curnyn</strong>, plongé dans sa partition, se limite à une battue synchrone, symétrique, indifférente aux équilibres dans l’orchestre, aux phrasés, comme au chant des solistes. Certaines qualités intrinsèques des musiciens demeurent – précision, souplesse, ductilité, entre autres – mais sont collectivement inexploitées, pour l’essentiel. Ce sera la seule réserve, fondamentale. Mépris, méconnaissance musicale du chef et/ou de la metteuse en scène ? Durant la fête à laquelle Don Giovanni invite la noce, les métriques combinées des trois petits orchestres sur scène sont noyées dans la fosse, perdant leur pertinence.</p>
<p style="font-size: 14px">Don Giovanni, objet de jouissance féminine, d’abord totalement immobile, apparemment indifférent, se fera prédateur monstrueux durant le banquet où il tentera de violer Zerline. <strong>Nikolay Borchev</strong>, mû par une incroyable force vitale, campe un extraordinaire Don Giovanni. Si on a connu voix plus chaude, plus autoritaire, son engagement vocal comme physique force l’admiration. Le Leporello de <strong>Michael Nagl </strong>crève l’écran. Présentateur, animateur, mais avant tout complice indocile de Don Giovanni, sa voix séduit par son autorité, au moins égale à celle de son maître, et par son aisance dramatique et vocale. Tout sauf couard, il acquiert ici une dimension insoupçonnée, pour une fin totalement imprévue. Ottavio (<strong>Alexander Sprague</strong>), n&rsquo;est pas ce bellâtre androgyne trop souvent croisé : émission et jeu s&rsquo;accordent idéalement à l&rsquo;équipe et au projet. Quant au Masetto d&rsquo;<strong>Igor Mostovoi</strong>, il s&rsquo;avère également prometteur. Donna Elvira a-t-elle jamais été aussi passionnée, absolue, violente ? <strong>Sophie Marilley</strong>, dès son « Ah ! chi mi dice mai », impose un tempérament d’exception. On oublie un certain manque de rondeur dans l’émission, tant l’engagement vocal est exceptionnel. <strong>Jeanine De Bique</strong> est une prodigieuse Donna Anna, complexe, équivoque, servie par des moyens indéniables.  Voix ample, épanouie, sensuelle comme on en rencontre rarement dans cet emploi. La Zerline d’<strong>Anaïs Yvoz</strong>, fraîche, délurée, sensuelle est ravissante et mérite mieux qu’un numéro du catalogue. Préparés par <strong>Christoph Heil</strong>, les chœurs sont peu sollicités, mais de façon efficace.</p>
<p style="font-size: 14px">Malgré la profonde déception qu&rsquo;impose la direction musicale, une production d&rsquo;exception – dont aura été privée son initiatrice, la regrettée Eva Kleinitz – appelée à faire date.</p>
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