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	<title>Carlus PADRISSA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Carlus PADRISSA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Verdi, La Forza del Destino &#8211; Florence</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Aug 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le livret de La Force du Destin est incontestablement le plus baroque parmi ceux des opéras de Verdi qui datent d&#8217;après les « années de galère ». Son accumulation un peu foutraque de scènes sans grand rapport les unes avec les autres, ses personnages qui changent sans cesse d&#8217;avis, ses impayables formules où la grandiloquence le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le livret de <em>La Force du Destin</em> est incontestablement le plus baroque parmi ceux des opéras de Verdi qui datent d&rsquo;après les « années de galère ». Son accumulation un peu foutraque de scènes sans grand rapport les unes avec les autres, ses personnages qui changent sans cesse d&rsquo;avis, ses impayables formules où la grandiloquence le dispute à la vacuité (« La vie est un enfer pour le malheureux », « Mourir, terrible chose »), si elles n&rsquo;ont pas tari la plume de Verdi, ont découragé plus d&rsquo;un metteur en scène. Personne ne savait jusqu&rsquo;à présent sur quel pied danser avec cette œuvre tour à tour géniale et triviale, et les transpositions type « Regietheater » ont échoué aussi platement que les lectures littéralistes. <strong>Carlus Padrissa</strong> et la <strong>Fura del Baus </strong>ont eu la bonne idée de chercher ce qui, dans la culture contemporaine, correspond le mieux au style déjanté de l&rsquo;opéra, quelque chose qui entre en résonnance avec sa matière chaotique, sa dispersion spatiale et ses sauts temporels. Assez logiquement, ils ont opté pour la science-fiction. Voilà donc Leonora et Alvaro transformés en guerriers inter-galactiques, Don Carlo optant quant à lui pour une tenue de cosmonaute au repos, tandis que le Padre Guardiano et Fra Melitone oscillent entre Obi Wan et des ensembles qui évoquent Karl Lagerfeld. Des inscriptions projetées expliquent les trous de l&rsquo;intrigue avec des textes qui semblent tout droit sortis de <em>Star Wars.</em> Mais tout cela est réalisé avec talent et conviction, et la richesse visuelle qui caractérise toutes les productions de la Fura del Baus : acrobates, luminaires, vidéos, &#8230; L&rsquo;œil est constamment à la fête, et la profusion de détails convient idéalement à l&rsquo;oeuvre la plus « espagnole » de Verdi. On n&rsquo;ira pas jusqu&rsquo;a prétendre que ce traitement transforme <em>La Force du destin </em>en chef-d&rsquo;œuvre de la dramaturgie, mais les 3h et quelques se regardent avec plaisir et même impatience, ce qui n&rsquo;est pas courant.</p>
<p>Il faut dire que la fête est aussi musicale. La direction somptueuse de <strong>Zubin Mehta </strong>est comme en symbiose avec l&rsquo;imagination du metteur en scène. Ce qu&rsquo;on entend sortir de la fosse d&rsquo;orchestre est d&rsquo;une étoffe aussi riche que les décors et les costumes. A près de 85 ans, le maestro indien renoue avec ses plus beaux enregistrements lyriques des années 60 (<em>Il Trovatore, Turandot, Aida</em>, pour ne citer que les plus connus), avec une alliance parfaite entre la richesse de la matière sonore et l&rsquo;élan dramatique, et une facon de faire « sonner » un orchestre qui n&rsquo;appartient qu&rsquo;à lui, naturelle et fluide. Il faudra bien un jour réévaluer l&rsquo;apport du chef en matière lyrique, alors que la critique francaise l&rsquo;a éreinté d&rsquo;une manière parfois proprement scandaleuse. Les musiciens de <strong>l&rsquo;Orchestre du Mai musical florentin </strong>ne s&rsquo;y trompent pas. Loin des ukases d&rsquo;un certain milieu culturel, ils savent à qui ils ont affaire, et se donnent avec ardeur. Le plaisir est palpable, dans les grandes houles comme dans les moments de méditation, et la seule bande-son du spectacle mériterait déjà une publication.  Les chanteurs s&rsquo;inscrivent dans la même optique de générosité, jusqu&rsquo;à l&rsquo;excès. On tremble plus d&rsquo;une fois pour <strong>Roberto Aronica,</strong> tant on se dit qu&rsquo;il va se faire exploser les vaisseaux sanguins en prenant tant de risques, mais le résultat fait se dresser les cheveux sur la tête. Certes, on n&rsquo;ira pas prétendre que c&rsquo;est comme ca qu&rsquo;il faut chanter le rôle à chaque fois, mais que de sincérité, que d&rsquo;éclat et quelle facon d&rsquo;habiter son personnage, malgré quelques notes tapées à côté. Du son, <strong>Amartuvshin Enkhbat</strong> en a aussi à revendre, mais il en fait un usage très différent. Dans une veine ultra-classique, son chant est un modèle de phrasé verdien, et la réussite du spectacle doit beaucoup à la noblesse qu&rsquo;il confère a chacune de ses apparitions. <strong>Saioa Hernández</strong> combine les qualités de ses deux comparses, avec une défonce vocale ahurissante (dès la premiere scène, que tant de sopranos sacrifient pour se réserver aux scènes finales) jusqu&rsquo;a un « Pace, Pace » d&rsquo;anthologie, et une scène du Monastère qui est à verser parmi les meilleures ; mais tout cet ouragan vocal cache un contrôle du son jamais pris en défaut et un sens du phrasé qui rappelle sans cesse le bel canto que Verdi n&rsquo;avait pas quitté depuis si longtemps en 1862.</p>
<p><strong>Ferrucio Furlanetto</strong> ne fait pas ses 72 ans. Même si la voix bouge un peu dans les aigus, l&rsquo;assise reste impeccable, et la bête de scène n&rsquo;a rien perdu de son art, qu&rsquo;on perçoit déjà à sa façon d&rsquo;arpenter le plateau. Le Fra Melitone de <strong>Simone Alaimo</strong> apporte une belle fraicheur à son personnage. Quant à la Preziosilla de <strong>Annalisa Stroppa</strong>, sa prestation est à l&rsquo;image de sa premiere apparition : ses seins sont enflammés tout autant que son chant, et les pages franchement triviales que Verdi lui a réservées sont tout bonnement irrésistibles. Avec des rôles secondaires tous excellents (même l&rsquo;Alcade de <strong>Francesco Samuele Venuti </strong>retient l&rsquo;attention), des chœurs qui ne semblent pas du tout gênés par leur masque et une réalisation vidéo qui fait vivre constamment les péripéties du récit, ce DVD devient la nouvelle référence filmée pour <em>La Force du Destin</em>, surclassant <a href="https://www.forumopera.com/dvd/la-forza-del-destino-ostentation-vocale">la production de Munich qui appariait Jonas Kaufmann et Anja Harteros,</a> très riche vocalement mais bien moins convaincante au niveau du propos.</p>
<p> </p>
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		<title>PUCCINI, Turandot — Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/turandot-munich-turandot-cyber-punk/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Jul 2019 21:08:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Retour de cette Turandot futuro-fantaisiste associant 3D, figurants cosmonautes, hockeyeurs et héritiers d’une tradition sino-punk qui ne déparerait pas dans un jeu vidéo. Déjà applaudie dans nos colonnes, on ne peut nier l&#8217;efficacité de cette production de Carlus Padrissa et La Fura del Baus. Les effets 3D confèrent un fantastique opportun, à défaut d’une sacralité, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Retour de cette Turandot futuro-fantaisiste associant 3D, figurants cosmonautes, hockeyeurs et héritiers d’une tradition sino-punk qui ne déparerait pas dans un jeu vidéo. Déjà <a href="https://www.forumopera.com/turandot-munich-nina-stemme-sous-employee">applaudie</a> dans nos colonnes, on ne peut nier l&rsquo;efficacité de cette production de <strong>Carlus Padrissa</strong> et La Fura del Baus. Les effets 3D confèrent un fantastique opportun, à défaut d’une sacralité, générant la mise à distance requise pour l’apparition du mandarin, celle de la princesse de glace ou la mort de Liù. C’est d’ailleurs pour cette dernière scène que les effets nous semblent les plus réussis car la 3D s’accommode mal des cadres, or ses précédentes utilisations se font sur un écran vortex, rendant, par exemple, assez difficile à suivre le film sur le rapt de Lou-Ling. La débauche d’acrobates, de costumes, et de projections sert tout à fait le spectaculaire de l’œuvre. On ne reprochera guère que des ficelles un peu trop voyantes, au sens propre : les câbles des voltigeurs, des nacelles… nuisent un peu à l’illusion référentielle. Dans ce conte de science-fiction, on aimerait les voir voler, pas se suspendre à des câbles. Mais au figuré, les scènes ne sont pas si attendues que ça : la lévitation du prince perse porté à hauteur de Turandot avant d’être décapité, la mer de têtes pendant le trio des maîtres, la plateforme de Turandot qui descend au fur et à mesure que les énigmes sont résolues et la force à fouler le même sol que les autres personnages tandis que l’arche de glace s’effondre derrière elle, le martyre de Liù subissant le supplice de la chaise de bambou… Cela faisait par ailleurs longtemps que l’on n’avait pas vu une marche triomphale (l’entrée de l’empereur) si honorée. Après tout, qui a peur du spectaculaire ? Cette mise en scène ne cherche pas midi à quatorze heures et ne brille pas par sa réflexion sur l’œuvre, mais elle sert esthétiquement le propos de l’opéra. Il a été choisi de se limiter à la partition inachevée de Puccini : une fois Liù morte, Turandot et Calaf se rejoignent à l’avant-scène, front contre front, une image apaisée qui ne vient pas pour autant à bout du défaut du livret. Comment croire qu’un héros honnête et juste puisse rester amoureux de celle qui a fait torturer la seule âme suffisamment généreuse pour prendre soin de son père abandonné de tous ? Il aurait fallu une direction d’acteur plus ambiguë pour Calaf, et la possibilité pour Turandot de chanter son dégel.</p>
<p>Dans la fosse non plus, on ne s’embarrasse pas beaucoup d’ambiguïté. L’orchestre du <strong>Bayerische Staatsoper</strong> joue fort, très fort, encourageant le plateau à se lancer dans un concours de décibels. Rien d’indigne dans la direction de <strong>Thomas Søndergård</strong> néanmoins, rien qui mérite les quelques huées qu’il récolte aux saluts, un style clinquant, pas toujours précis mais très emporté (avec les décalages qui vont avec), qui penche résolument vers le grand show orientalisant plutôt que vers la légende merveilleuse. Les chœurs maison démontrent leur grand professionnalisme, leurs entrées virtuoses sont lancées avec panache et dramatisme.</p>
<p>Dans l’agitation du plateau, les solistes réussissent tous à tirer leur épingle du jeu. <strong>Nina Stemme</strong> est hélas annoncée malade en début de représentation, victime d’un début de grippe. Il en faut plus pour arrêter la Suédoise dont l’affolante projection n’est pas diminuée mais seulement ouatée, rendant moins précise ses attaques meurtrières dans la surexposée scène des énigmes. Le vibrato est aussi plus envahissant, nuisant à la qualité de son italien et à ses phrases plus délicates dans « In questa reggia ». Cependant, c’est pour la connaître au faîte de ses moyens que l’on peut pinailler sur ce qui reste une interprétation sommitale. Elle domine très largement les ensembles, et impose sa présence fauve dans le dernier acte pourtant dévolu à sa rivale en l’absence de duo final. <strong>Golda Schultz</strong> n’a pas le brillant attendu pour jouer Liù, mais elle use habilement de médium et de son aigu voilé pour composer une magnifique esclave, plus humble qu’angélique. Elle est ovationnée aux saluts. Entre ces deux extrêmes, le Calaf de <strong>Stefano La Colla</strong> manque de suavité mais pas de coffre. C’est, de plus, juste, précis, clairement le meilleur italien du plateau, et n’étaient quelques contre-notes ravisées sur le dernier « Turandot ! » devant le gong ou à la fin du « Nessun dorma », on ne peut qu’applaudir le travail de qualité, quoiqu&rsquo;un cran en dessous des femmes pour l’incarnation dramatique. <strong>Alexander Tsymbalyuk</strong> continue d’habiter les seconds rôles avec la prestance des premiers. Vocalement, on peine à croire que son Timur ait besoin d’un fauteuil roulant, et les appels à son fils retrouvé sont plus ceux d’un père verdien dont on entend clairement la stature royale. Il n’y a que dans le dernier acte qu’il diminue la voilure pour s’émouvoir du sort de Liù. Les autres seconds rôles sont tous excellents : la voix de ténor quasi-bouffe d’<strong>Ulrich Ress</strong> permet un contraste comique saisissant à son entrée. <strong>Mattia Olivieri</strong>, <strong>Kevin Conners</strong> et <strong>Galeano Salas</strong> se glissent avec verve dans les très mouvants et sarcastiques Ping, Pang et Pong (sans que l’on sache vraiment qui est qui hélas, ingratitude de ces rôles condamnés à être évalués en lot, malgré les différences de tessiture). Quant au mandarin de <strong>Bálint Szabó</strong>, ses interventions sont suffisamment tonnantes et cérémonielles pour marquer le public comme le peuple de Pékin.</p>
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		<title>ROSSINI, Le Siège de Corinthe — Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-siege-de-corinthe-pesaro-pourquoi-tant-de-laideur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Aug 2017 05:36:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Qu’ont recherché Carlus Padrissa et La Fura dels Baus dans cette nouvelle production du Siège de Corinthe pour le Festival Rossini de Pesaro ? On comprend que leur thématique se développe autour de la maîtrise de l’eau, mais le rapport avec l’œuvre reste obscur et le spectacle est d’une rare laideur. Les décors se résument à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’ont recherché <strong>Carlus Padrissa</strong> et <strong>La Fura dels Baus</strong> dans cette nouvelle production du <em>Siège de Corinthe</em> pour le Festival Rossini de Pesaro ? On comprend que leur thématique se développe autour de la maîtrise de l’eau, mais le rapport avec l’œuvre reste obscur et le spectacle est d’une rare laideur.</p>
<p>Les décors se résument à des murs composés de bidons d&rsquo;eau (qui évidemment s&rsquo;effondreront à la fin du spectacle) et de projections non identifiées, lugubres et opressantes. Le comble de la hideur est cependant atteint avec les costumes qui font tour à tour penser à des combinaisons en Lycra de jongleurs ou de catcheurs. Certains esprits chagrins suggèrent que <strong>Lita Cabellut</strong> (responsable également des projections et de toiles qui elles non plus ne semblent pas avoir de lien avec le livret) pourrait s’être fournie auprès d&rsquo;une chaîne de distribution de vêtements espagnole bien connue pour ses vêtements bariolés. Les ballets (création à l&rsquo;Opéra de Paris oblige) se réduisent, eux, à une bataille pour des bidons d&rsquo;eau.</p>
<p>Quel dommage pour cette œuvre rarement donnée qui constitue le premier ouvrage français du Cygne de Pesaro. Rossini alors directeur du Théâtre des Italiens à Paris, se voit proposer d&rsquo;écrire un opéra en français, une gageure pour lui qui ne maîtrise pas parfaitement la langue.  Pour ce coup d&rsquo;essai, il décide de s&rsquo;appuyer sur une œuvre donnée à Naples six ans auparavant (1820), <em>Maometto II</em>. L’histoire reste identique même si le lieu est modifié (Corinthe au lieu de Negroponte) : les Corinthiens sont encerclés par les troupes de Mahomet II. Cléomène, gouverneur de la ville veut unir sa fille Pamyra au vaillant Néoclès, qui la protègera au cas où il mourrait au combat. Pamyra refuse cependant cette union, ayant déjà promis sa main à un certain Almanzor. Or cet Almanzor s’avère être Mahomet II en personne, qui voyageait alors sous un faux nom. La jeune fille est donc déchirée entre son amour pour le sultan et celui pour sa patrie. Elle choisira finalement d’épouser Néoclès et se poignardera devant Mahomet II alors qu’il entre victorieux dans la ville.</p>
<p>Afin de coller aux canons alors en vigueur dans la « grande boutique », Rossini adapte significativement l&rsquo;œuvre : modification des noms des personnages, transposition du rôle de Néoclès (Calbo) de mezzo-soprano à ténor, passage de deux à trois actes, ajout d&rsquo;une ouverture, de ballets et d&rsquo;une scène impressionnante, la bénédiction des drapeaux. Pour cette dernière, le metteur en scène tente de faire participer le public à la ferveur des Corinthiens qui courent au martyre, en disséminant dans la salle des figurants qui se lèvent et manifestent leur adhésion, entraînant quelques malheureux (vrais) spectateurs avec eux pour se mêler au chœur. Si le procédé scénique échoue avec une participation limitée du public, la scène n&rsquo;en reste pas moins saisissante, le prêtre (Hiéros) de <strong>Carlo Cigni</strong> d’une grande autorité malgré une certaine usure des moyens et le chœur del Teatro Ventidio Basso d’une grande cohésion et d’un engagement constant parvenant à communiquer toute l’ampleur patriotique de cette scène.</p>
<p>Les héros de la soirée sont sans conteste <strong>Roberto Abbado</strong> et les musiciens de l&rsquo;Orchestra Sinfonica Nazionale della RAI. Le chef sait parfaitement mêler les différents aspects de la partition, le côté martial et grandiose mais également la poésie (dont la célèbre prière « Juste ciel » est un parfait exemple) : dès l&rsquo;ouverture, nous sommes plongés dans cette tragédie qui ne nous lâchera pas jusqu’au massacre final.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="305" src="/sites/default/files/styles/large/public/_c2a9879_john_irvin_-_sergey_romanovsky_-_nino_machaidz_resized.jpg?itok=cfDAydjz" title="John Irvin (Cléomène), Sergey Romanovsky (Néoclès) et Nino Machaidze (Pamyra) © Studio Amati Bacciardi" width="468" /><br />
	John Irvin (Cléomène), Sergey Romanovsky (Néoclès) et Nino Machaidze (Pamyra)<br />
	© Studio Amati Bacciardi</p>
<p>Vocalement le bilan est plus mitigé notamment au niveau de la prononciation du français. Il est à ce titre assez surprenant de ne trouver aucun chanteur francophone dans la distribution. La palme de l&rsquo;inintelligibilité est cependant remportée haut la main par <strong>Nino Machaidze</strong> (Pamyra) : on a beau tendre l&rsquo;oreille, aucun mot n&rsquo;est reconnaissable dans cette langue privée de consonnes. Cette mollesse de diction est d’autant plus agaçante que la chanteuse a une belle présence scénique, un timbre prenant et une belle extension dans l&rsquo;aigu. La vocalisation manque en revanche de délié, privant en partie le rôle d&rsquo;une part de son emprise émotionnelle.</p>
<p>Le Mahomet II de <strong>Luca Pisaroni</strong> fait au contraire preuve d’une bonne prononciation française et l’écriture vocale ne lui pose pas de problème. Tout juste notera-t-on qu’il semble gêné dans certains passages par la tessiture un peu grave du rôle.</p>
<p>On retrouve également les deux ténors accompagnant Michael Spyres lors du <a href="https://www.forumopera.com/tenors-pesaro-le-retour-des-trois-tenors">concert Ténors</a> quelques jours plus tôt. <strong>John Irvin</strong> ne peut prétendre à une séduction particulière du timbre mais convainc en Cléomène, gouverneur de Corinthe, grâce à une articulation soignée et à une belle projection qui se joue de l’acoustique parfois problématique de l’Adriatic Arena. <strong>Sergey Romanovsky </strong>(Néoclès), lui, renouvelle la réussite du concert : si quelques aigus tirés dans sa grande scène au début du troisième acte dénotent une certaine fatigue (il s’agit de la dernière représentation de la série), il séduit par l&rsquo;intensité de son chant qui n’exclut pas un grand soin porté aux nuances (avec certains passages chantés mezza voce), sa puissance et l&rsquo;égalité de ses registres. Certainement un ténor à suivre, que l’on retrouvera avec plaisir <a href="https://www.forumopera.com/breve/pesaro-2018-programme-et-premieres-rumeurs">l’année prochaine dans <em>Ricciardo e Zoraide</em></a> (et en français dans le rôle-titre de <em>Don Carlos </em>à Lyon).</p>
<p>Comme souvent à Pesaro, les rôles secondaires sont tenus par des chanteurs issus de l&rsquo;Accademia Rossiniana (<strong>Xavier Anduaga, Iurii Samoilov et Cecilia Molinari</strong>) et cela s&rsquo;entend : parmi eux se cache peut-être la star du chant rossinien de demain.</p>
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			</item>
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		<title>HAYDN, Die Schöpfung — Boulogne-Billancourt</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-creation-boulogne-billancourt-premiere-creation-scenique-a-la-seine-musicale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 May 2017 06:33:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nouvelle venue sur le paysage parisien, la Seine musicale s’efforce de se tailler sa part du lion artistique depuis son ouverture. En témoigne cette audacieuse Die Schöpfung pensée en version scénique, en coproduction notamment avec la philharmonie de Hambourg, pour laquelle Carlus Padrissa a été appelé en renfort. Une proposition scénique à la croisée des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nouvelle venue sur le paysage parisien, la Seine musicale s’efforce de se tailler sa part du lion artistique depuis son ouverture. En témoigne cette audacieuse <em>Die Schöpfung</em> pensée en version scénique, en coproduction notamment avec la philharmonie de Hambourg, pour laquelle <strong>Carlus Padrissa</strong> a été appelé en renfort.</p>
<p>	Une proposition scénique à la croisée des chemins entre une scénographie « son et lumière »  et une tentative de théâtraliser le récit des sept jours de la création du monde. La palette habituelle de vidéos, d&rsquo;accessoires et de costumes de la Fura dels Baus, tout droit sortie d’un film de science fiction kitsch, est bien au rendez-vous : comme cet aquarium où Adam et Eve batifolent ; comme ce bras articulé, qui permet de placer les chanteurs en surplomb de la scène ou de la fosse. Le collectif s’en servait déjà dans sa mise scène de la <em>Flute enchantée</em> à l’Opéra Bastille. Beaucoup d’images sont saisissantes et épousent l’épopée biblique. On regrette toutefois que le dispositif soit si bruyant, parasitant à de trop nombreuses reprises et le chant et l’orchestre. On regrette le rôle dévolu au chœur, ici groupe de réfugiés expulsés du paradis avant même la chute, déjà au monde pour assister à la naissance du couple primordial. On regrette ces textes grandiloquents ou tautologiques. Ces récits parallèles font concurrence à la musique et au théâtre même que Carlus Padrissa créait dans ces images nées des mots. On s’attendrira enfin de l’hommage rendu à Gérard Mortier lorsque son visage se dessine à la fin du sixième jour pendant que le chœur rend grâce au Créateur.</p>
<p>	En fosse l’<strong>Insula Orchestra </strong>sous la baguette de sa cheffe et instigatrice depuis 2012, <strong>Laurence Equilbey</strong>, ne parvient pas à se hisser à la hauteur de l’ambition affichée par ce spectacle. L’évocation du chaos initial est pour le moins chaotique. L’amplitude des nuances oscille autour du mezzo-forte, rendant les tutti systématiquement fades. Les instruments solistes ne séduisent guère, ni la petite harmonie de l’aria de Gabriel au cinquième jour ni les cordes du récit de la naissance du couple par Uriel.</p>
<p>	A l’inverse, le <strong>chœur accentus</strong> chatoie et déploie rondeur et unité dans chacun de ses pupitres. Seul un léger manque de puissance entache la prestation. Les trois solistes tiennent leur rôle avec élégance et semblent visiblement s’amuser à effectuer les acrobaties que leur demande la mise en scène. Pirouettes vocales irréprochables aussi de <strong>Mari Eriksmoen</strong>, dont le legato suit le fruit généreux du timbre, des qualités idéales pour la voix du Séraphin et la première femme. <strong>Martin Mitterrutzner</strong> affiche un métal assez sombre pour un ténor, ce qui sied bien à la magnificence et l’humanité d’Uriel. <strong>Daniel Schmutzhard</strong> hérite de la partie la plus complexe entre les imprécations terribles de Raphael et la douceur paternelle d’Adam. C’est ce dernier rôle qui lui convient le mieux. Ses évocations bibliques manquent encore de mordant.</p>
<p>	<a href="http://concert.arte.tv/fr/laurence-equilbey-dirige-la-creation-de-haydn-la-seine-musicale">Concert en replay sur Arte Concert</a></p>
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		<title>PUCCINI, Turandot — Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/turandot-munich-nina-stemme-sous-employee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Dec 2016 04:03:43 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Autant certaines mises en scène d&rsquo;opéra exigent pour être déchiffrées la lecture attentive de notes d&rsquo;intention, autant <em>Turandot</em> repris au Bayerische Staatsoper en cette fin d&rsquo;année se passe d&rsquo;explications préalables. Savoir que l&rsquo;action a été transposée dans une époque future où la Chine domine l&rsquo;Europe n&rsquo;aide pas à mieux comprendre une production, datée de 2011, dont la lisibilité demeure le point fort. Tout comme l&rsquo;usage de la troisième dimension, avec injonction chaque fois que nécessaire via l&rsquo;écran de surtitrage de chausser des lunettes adaptées, s&rsquo;avère un gadget amusant mais vain. Transfuge de la Fura del Baus, <strong>Carlus Padrissa</strong> choisit de remonter à la source du livret. L&rsquo;ultime opéra de Puccini est traité à la manière d&rsquo;un conte futuriste, acrobatique et secoué de rebondissements visuels. L&rsquo;approche choc pourrait virer toc si l&rsquo;usage de la vidéo, pour une fois, ne s&rsquo;intégrait à l&rsquo;action et si chaque effet ne puisait sa raison d&rsquo;être dans le texte même. Ainsi la patinoire sur laquelle glisse le peuple au premier acte se veut allusion à la princesse de glace ; ainsi la vague mouvante de têtes coupées au deuxième acte rappelle la longue série d&rsquo;exécutions ; ainsi les néons de couleurs descendus des cintres au troisième acte éclairent une ville où il est ordonné que nul ne dorme. Arrêter la représentation à l&rsquo;endroit même où Puccini en cessa la composition revient à se tirer une balle dans le pied. Aucun conte ne peut s&rsquo;envisager sans le mot « fin » et, de fait, la mort de Liu est la seule scène sur laquelle trébuche Carlus Padrissa.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="307" src="/sites/default/files/styles/large/public/turandot0.jpg?itok=3Y8dqN5w" title="© Wilfried Hösl" width="468" /><br />
	© Wilfried Hösl</p>
<p>Un tel parti-pris est encore plus regrettable lorsque le rôle-titre est confié à une interprète de l&rsquo;envergure de <strong>Nina Stemme</strong>. Spoliée du duo final, la soprano suédoise n&rsquo;a finalement que peu de notes pour assoir sa composition. Mais quelles notes, souveraines, cinglantes, violentes, puissantes, lancées telles des gifles par une voix d&rsquo;acier que les tensions et les sauts de registre imposés par Puccini semblent ne pas affecter. Il est alors d&rsquo;autant plus frustrant de ne pas assister à la fonte de cette neige immaculée, de ne pas voir et entendre la princesse devenir femme, même si le finale d&rsquo;Alfano ne se hisse pas à la hauteur du reste de la partition. C’est ainsi que cette Turandot magnifique et actuellement inégalée (en attendant qu&rsquo;un jour peut-être Anna Netrebko sculpte le rôle dans une matière plus argileuse) se fait damer le pion à l&rsquo;applaudimètre par une Liu débutante. Sophie dans <em>Rosenkavalier</em> hier, Mimi dans <em>La Bohème</em> sûrement demain, <strong>Golda Schultz</strong> tente aujourd&rsquo;hui d&rsquo;étoffer un soprano encore léger. Les notes aériennes, effilées sur le souffle appartiennent à sa vocalité naturelle mais le reste – médium, grave, projection – tout ce qui donne chair à la jeune esclave semble encore en devenir. À leurs côtés, <strong>Stefano La Colla </strong>est un Calaf proche de l&rsquo;idéal par la chaleur latine du timbre, la vaillance, la noblesse du phrasé et l&rsquo;égalité des registres, suffisamment sûr de lui pour nuancer avec toute la poésie amoureuse nécessaire un « Nessun dorma » que vient entacher un aigu final étranglé, seul faux pas dans une interprétation sinon exemplaire.</p>
<p>Pas grand-chose de bien à dire en revanche du reste de la distribution et encore moins de la direction d&rsquo;orchestre de<strong> Thomas Søndergård</strong>. Après avoir au premier acte tenté d&rsquo;équilibrer les plans sonores, en dépit d&rsquo;un chœur où le masculin prend le pas sur le féminin, et de rattraper de trop fréquents décalages, la lecture musicale trouve ensuite une stabilité sans atteindre ce scintillement instrumental qui fait le conte de fée.</p>
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