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	<title>Magali PALIÈS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Magali PALIÈS - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MOZART, Le nozze di Figaro — Clermont-Ferrand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-nozze-di-figaro-clermont-ferrand-rejouissante-et-folle-journee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Apr 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’attention de la critique se focalise particulièrement sur nos « grandes » scènes, dont est éloignée, géographiquement comme culturellement la plus large partie de la population. Le relatif silence qui entoure bien des productions en région paraît aujourd’hui particulièrement injuste. Ces Noces de Figaro en sont l’une des plus belles illustrations, où, à aucun moment, la modestie &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’attention de la critique se focalise particulièrement sur nos « grandes » scènes, dont est éloignée, géographiquement comme culturellement la plus large partie de la population. Le relatif silence qui entoure bien des productions en région paraît aujourd’hui particulièrement injuste. Ces <em>Noces de Figaro</em> en sont l’une des plus belles illustrations, où, à aucun moment, la modestie des moyens ne se traduit par une exigence et un résultat moindres que ceux de nombre de scènes réputées.</p>
<p>Opéra nomade – le bien-nommé (*) – a déjà présenté cette coproduction avec l’Opéra de Clermont-Ferrand Auvergne dans quatre autres villes, avant d’en gagner ensuite au moins trois autres cette année, sans compter les promesses de poursuite en 2023. Directeur d’Opéra Nomade, <strong>Amaury du Closel</strong>, qui assure la direction musicale, retrouve une fois encore son compagnon en charge de la mise en scène, <strong>Pierre Thirion-Vallet</strong>, lui-même directeur de Clermont Auvergne Opéra. La lecture singulière et convaincante de leur <em>Cosi fan tutte</em> (2015) et de <em>Don Giovanni</em> (2017) présumait une approche aussi renouvelée et fraîche de cet autre chef-d’œuvre. D’autant que l’équipe réunie pour la circonstance, bien que jeune, s’est forgée au fil des ans pour créer un véritable esprit de troupe, avec les complicités qui en découlent.</p>
<p>Les décors que signe <strong>Frank Aracil</strong> se réduisent à quelques belles structures dont les combinaisons s’agencent ingénieusement pour renouveler les scènes. Chaque tableau est d’une égale séduction, on pense aux décors de Cassandre-Balthus pour le premier <em>Cosi</em> d’Aix, ce qui n’est pas une mince référence. Les lumières de <strong>Véronique Marsy</strong>, classiques, participent intelligemment aux climats attendus. Quant aux beaux costumes, signés <strong>Véronique Henriot</strong>, ils nous plongent dans cette fin du XVIIIe siècle, seyants, caractérisés, colorés à souhait. Le plaisir visuel est constant. La direction d’acteurs, exemplaire, participe pleinement à la réussite de la production, à l’exception de la fin de l’ouverture et de la première scène, un peu brouillonnes pour les figurants.</p>
<p>Modèle d’intelligence et de sensibilité, la mise en scène renvoie à Goldoni, en forçant parfois le trait : nous sommes dans une comédie, commandée par le désir. Les trouvailles amusent, souvent bienvenues, qui concourent à la cohérence des enchaînements, quittes à priver parfois l’imaginaire du spectateur du charme de l’ambigüité. Ainsi, ajoutés entre le III et le IV, les brefs ébats du Comte et de Barberine ne laissent-il aucun doute sur ce qu’elle a perdu.</p>
<p>Non seulement, la distribution – où les prises de rôle sont nombreuses – ne comporte aucune faiblesse, mais elle permet à bien des jeunes d’affirmer leur talent comme leur potentiel : voix saines, franches, qui s’accordent bien dans les ensembles, qui constituent la moitié des numéros de la partition. Tous sont achevés, particulièrement le finale du deuxième acte, du duo au septuor, un des sommets de toute l’histoire de l’opéra, conduit ce soir avec un sens de la progression qui n’appelle que des éloges. La participation du chœur, réduite, est bienvenue, qui ne diffère guère des ensembles que par l’écriture homophone : six chanteurs, et certains seconds rôles, suffisent pour ajouter quelques moments de bonheur.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/_w4a5348_cc_yann_cabello.jpg?itok=q2GOrnN4" title="Figaro, Susanna, Marcellina et Bartolo © Yann Cabello" width="468" /><br />
	Figaro, Susanna, Marcellina et Bartolo © Yann Cabello</p>
<p><strong>Alban Legos</strong> nous vaut un Comte grand seigneur, jeune, élégant, coureur de jupons. La voix est ronde, ample et libre, et sait se faire joviale comme colérique. Excellent comédien, ses récitatifs, comme les ensembles auxquels il participe sont toujours crédibles, justes. Quant à son air « Vedro, mentre io sospiro », complexe dans son évolution et dans les expressions requises, la réussite est exemplaire. <strong>Florian Bisbrouck</strong> est un Figaro chaleureux, nuancé, moins impertinent que celui du <em>Barbier</em>, humain, sympathique, qui sait ce qu’est l’amour comme la souffrance. Dès son « Se vuol ballare… » on sait que la soirée sera réussie. Son dernier air, « Aprite un po’ quegli occhi », est un pur régal : la progression des trois strophes lui permet de passer par toutes les expressions et de faire montre de son talent, qui n’est pas mince.  Le groupe des comprimarii ne connaît aucune faiblesse. Les personnages sont parfaitement caractérisés et justes, truculents. Bartolo, imbu de sa personne et drôle, est bien campé par <strong>Eugenio di Lieto. Marco Angioloni</strong> qui chante tour à tour Basilio et Don Curzio réalise une belle performance, la voix est bien placée, claire, intelligible. En Antonio, toujours entre deux vins, nous retrouvons enfin notre metteur en scène,<strong> Pierre Thirion-Vallet</strong>, qui s’amuse manifestement de cet emploi</p>
<p>Les rôles féminins sont superbement tenus. Suzanne est <strong>Jeanne Mendoche</strong>, jeune lauréate de plusieurs concours renommés. C’est elle la vraie primadonna, la plus sollicitée, et celle que Beaumarchais et Mozart placent au cœur de l’action. Palpitante, pétillante, mutine, espiègle, mais clairvoyante, fine, douce et sensible. Son chant, des récitatifs aux ensembles, en passant par ses arias, paraît d’un naturel confondant, captivant, avec une riche palette expressive. « Deh vieni non tardar » est exemplaire. Auparavant, son duo de la lettre, avec la Comtesse, atteint à la perfection. Cette dernière est confiée à <strong>Erminie Blondel</strong> dont les qualités rares ont été déjà signalées. Ce n’est pas cette figure vertueuse, éthérée, souvent illustrée, mais une ardente Rosine, sensuelle, coquine, rouée, qui a maintenant l’expérience de la vie. Le « Dove sono », plus encore que le « Porgi amor », nous laisse pantois. La nostalgie du début est vite balayée par la résolution, avec une maîtrise vocale, un souffle infini, des aigus radieux pour une émission ronde, charnue. La grande ligne qui consacre les grandes voix. Chérubin est ici un adolescent trop vite poussé en asperge, aussi épris des femmes que le Comte.  <strong>Anne-Lise Polchlopek</strong>, remarquable mezzo, est irrésistible dans cette composition. Ses deux célèbres airs sont d’une qualité indéniable, assortis de récitatifs d’une vivacité singulière. Egale dans tous les registres, sonore, riche en couleurs, la voix est mûre pour aborder des rôles plus lourds. La Barberine de <strong>Laura Baudelet</strong>, fraîche, vive, délurée, nous émeut avec sa splendide cavatine « L’ho perduta… », accompagnée par les cordes en sourdines. Enfin, Marcelline, <strong>Magali Paliès</strong>, après un surprenant parcours, avant d’épouser son Bartolo, nous chante son « Il capro e la capretta » jovial, daté, d’où sa vindicte du début a disparu. La voix, corsée, retrouve à ce propos une certaine noblesse dont l’avaient privée ses interventions précédentes.</p>
<p>L’ouverture, pétillante, souple et vigoureuse, préludait bien à la folle journée. Tous les pupitres des Métamorphoses ont voix au chapitre, les bois et les cors sont clairs, bien timbrés, même si les cordes, agiles et incisives, manquent de rondeur, notamment dans les passages les plus lyriques. Mais ne boudons pas notre plaisir : les formations permanentes n’assurent pas forcément mieux, nous le savons bien. <strong>Amaury du Closel </strong>connaît son Mozart. Il l’a mûri, gouverne tout et sait ce qu’il veut. Son sens du théâtre est égal à celui de la musique. La direction, toujours soucieuse de la fluidité des enchaînements comme des contrastes, est marquée par son attention constante au chant et aux équilibres. Les voix, comme le clavecin et l’orchestre, nous tiendront en haleine jusqu’à l’ultime accord. Cette production, aboutie, chargée de séductions, tonique, servie par des interprètes pleinement engagés, mérite le déplacement : les incessantes acclamations du public clermontois l’attestent.</p>
<p>(*) « A la manière dont les caravanes portaient jadis des produits rares », Opéra Nomade fait découvrir à des publics souvent éloignés des grandes scènes lyriques des ouvrages lui permettant de vivre l’émotion que, seule, la voix permet de traduire (<a href="http://www.operanomade.org">www.operanomade.org</a>)</p>
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			</item>
		<item>
		<title>PUCCINI, Madama Butterfly — Clermont-Ferrand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/madame-butterfly-clermont-ferrand-la-mariee-etait-en-or/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Jan 2019 07:30:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis quelques saisons, les mélomanes auvergnats savourent les prestations d’une soprano japonaise que la région parisienne n’a guère pu applaudir qu’en Renarde rusée. A Clermont-Ferrand, Noriko Urata fut pourtant une fort belle Violetta, semble-t-il, et une mémorable Tosca. Il semblait donc inévitable qu’elle finisse par incarner sur cette même scène Cio-Cio-San, un rôle en or &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis quelques saisons, les mélomanes auvergnats savourent les prestations d’une soprano japonaise que la région parisienne n’a guère pu applaudir qu’en <a href="https://www.forumopera.com/la-petite-renarde-rusee-nanterre-poetique-goupil">Renarde rusée</a>. A Clermont-Ferrand, <strong>Noriko Urata</strong> fut pourtant <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/comme-la-verite-sortant-du-puits">une fort belle Violetta</a>, semble-t-il, et une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-regle-de-trois">mémorable Tosca</a>. Il semblait donc inévitable qu’elle finisse par incarner sur cette même scène Cio-Cio-San, un rôle en or pour elle, selon toute vraisemblance. C’est désormais chose faite, et cette artiste a confirmé sa totale maîtrise du lexique et de la syntaxe pucciniens. Il est évidemment dommage qu’elle n’ait pas été au mieux de sa forme en ce soir de première, et qu’une annonce ait signalé qu’elle avait tenu à assurer la représentation quand même. Peut-être ses graves auraient-ils été un peu plus sonore, peut-être les aigus du premier acte auraient-ils été plus libres. Malgré tout, cette incarnation n’en est pas moins apte à marquer les esprits, même par le léger sfumato qui nimbe les contours de certaines notes, par le naturel de l’émission. Et scéniquement, bien sûr, on est conquis par une interprète qui, outre son adéquation « ethnique », possède également les caractéristiques physiques de la <em>piccina mogliettina</em> qui charme Pinkerton <em>con quel fare di bambola</em>. Et si cette Butterfly-là n’a pas quinze ans, elle donne l’impression de les avoir par le côté rieur qu’elle prête au personnage pendant la première partie de l’action.</p>
<p>Si l’on s’étonne de la voir apparaître en nuisette, une fois retirés son kimono et son <em>obi pomposa</em>, c’est qu’en fait – et cela ne se comprend qu’à la fin, quand apparaît Kate Pinkerton – l’action est transposée dans les années 1930. Cela ne change finalement pas grand-chose, et permet seulement de justifier rétrospectivement la tenue de Sharpless, qui ressemble plus à un paysan endimanché qu’à un consul des Etats-Unis à Nagasaki. A quelques excentricités près – Pinkerton habillé en mafieux au 3<sup>e</sup> acte – les costumes charment l’œil, notamment avec la robe de mariée dorée de Butterfly et le joli camaïeu de gris et rouge de son cortège nuptial. Le décor se contente de quelques éléments stylisés pour évoquer le Japon, et les claustra d’abord bien rangés se désorganisent avant de s’écrouler, sans doute pour refléter l’effondrement du rêve de l’héroïne. Dans l’ensemble, la mise en scène de <strong>Pierre Thirion-Vallet</strong> est assez respectueuse, avec seulement une incongruité : l’enfant est ici une poupée de chiffons, par laquelle Sharpless a d’abord été dupé, et dont on ne découvre l’imposture que dans les ultimes instants. « Ah ah ah, la bombe éclate, elle aimait un automate » ? Le suicide de Butterfly en paraîtrait presque dérisoire. Mais peut-être cette solution s’est-elle imposée dans la mesure où les représentations clermontoises ne sont que les premières d’une longue tournée proposée  par  la compagnie Opéra Nomade : il aurait été bien difficile de trouver un enfant apte à suivre les différentes étapes, ou de changer d’enfant à chaque ville…</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/butterfly-1-0002web.jpg?itok=9HTGxcN4" /><br />
	© Ludovic Combe</p>
<p>La tournée justifie aussi un orchestre réduit à une trentaine d’instrumentistes, ce qui est malgré tout assez peu pour <em>Butterfly</em>. D’où un Puccini « dégraissé », clarifié, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, mais qui peut aussi exposer cruellement certains manques d’ensemble ou de rondeur dans les cordes, malgré le rythme très mesuré auquel <strong>Amaury du Closel</strong> prend l’ouverture. A d’autres moments de la soirée, on aimerait parfois plus de langueur : la rapidité de certains tempos aide facilite peut-être la tâche aux chanteurs, mais on constate aussi un gros décalage au premier acte, dans le discours de Pinkerton. Sur le plateau, tous ne se situent pas exactement au même niveau que le rôle-titre. Vu dans la résurrection de <em>Claudine</em> de Rodolphe Berger, <strong>Antonel Boldan </strong>fait preuve de vaillance mais semble un peu éprouvé par la tessiture tendue de Pinkerton ; la voix change de couleur sur les notes les plus aiguës, et l’on sent le ténor poussé à la limite de ses capacités. Si <strong>Jean-Marc Salzmann</strong> a l’âge et l’autorité de Sharpless, <strong>Magali Paliès </strong>déroute par la manière dont elle alterne les (nombreux) passages tout à fait réussis et ceux où, comme oubliant le côté maternel et protecteur de Suzuki, elle se met à chanter d’une voix presque trop légère. <strong>Joseph Kauzman</strong> nous épargne les travers de ces ténors de caractère auxquels Goro est le plus souvent confié, et rarement le <em>nakodo</em> se sera exprimé d’une voix aussi suave. Un mot sur les chœurs : toujours pour des raisons de logistique, sans doute, il se réduit ici à huit voix féminines, qui sont à la fois le cortège des amies de Butterfly et, complétées par deux hommes, toute sa parentèle annoncée par l’entremetteur.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>MOZART, Don Giovanni — Clermont-Ferrand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/don-giovanni-clermont-ferrand-clermont-ferrand-entre-esprit-des-lumieres-et-romantisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Roland Duclos]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Jan 2017 21:20:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelque chose de l’Espagne irrigue toujours ce Don Giovanni filialement marqué par Tirso de Molina son premier géniteur. Sans doute subsiste-t-il chez Don Giovanni le goût acre du sang, fruit de cette fascination pour le martyr que la religion a immodestement contribué à inoculer à la société jusqu’à la scléroser. Un Don Giovanni critique envers la coercition du religieux &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelque chose de l’Espagne irrigue toujours ce <em>Don Giovanni</em> filialement marqué par Tirso de Molina son premier géniteur. Sans doute subsiste-t-il chez Don Giovanni le goût acre du sang, fruit de cette fascination pour le martyr que la religion a immodestement contribué à inoculer à la société jusqu’à la scléroser. Un <em>Don Giovanni</em> critique envers la coercition du religieux ? C’est aussi l’une des lectures plurielles de cette production du Centre Lyrique à l’Opéra de Clermont. Une reprise largement revisitée quant à la distribution, la scénographie et la dramaturgie. Dans cette mise en scène, plus qu’en 2012, <strong>Pierre Thirion-Vallet</strong> contraint l’espace, le soumet littéralement, qu’il soit géographique, temporel ou chromatique jusqu’à le saturer pour mieux en faire surgir les possibles. Il y parvient en convoquant la prométhéenne contestation d’un héros libertaire qui chez le baryton <strong>Till Fechner</strong> ne perd jamais de vue son humaine condition. Rien n’est en effet fermé dans cette stratégie d’encerclement aussi inexorable que sa rhétorique du dévoilement. La mise en scène exploite options ou absences du livret qui éclairent les protagonistes sous bien des aspects souvent contradictoires. Au point d’inverser des valeurs inscrites dans les conventions. Ainsi la Donna Anna implorante de <strong>Judith Fa</strong> loin de le fuir, tente plus sûrement de retenir son mystérieux amant d’un soir. Lequel n’est pas l’assassin sans foi ni loi de son Commandeur de père. Dans l’échauffourée fatale, celui-ci se blesse aussi maladroitement que mortellement avec son propre poignard face à un Don Giovanni désarmé !</p>
<p>Dès l’ouverture le doute s’instille avec cette silhouette en prière devant une croix de lumière. Alors que l’on attend le Commandeur, c’est l’impénitent séducteur qui apparaît. Comme si l’inflexible auteur des jours de Donna Anna avait lui aussi vécu une jeunesse aventureuse sinon dissolue tandis que Don Giovanni serait en proie au doute métaphysique au point de rejoindre « l’homme de pierre » dans la mort ? Tous deux seraient donc unis en une commune nature par leurs intransigeances respectives. Doute encore lorsqu’en prétextant son honneur bafoué, la belle Anna cherche plus à venger sa fierté d’amante délaissée. Suprême duplicité, elle n’hésite pas à instrumentaliser le pauvre Ottavio qui n’en peut mais en pitoyable amoureux transi et piètre bras armé. Ouvert sous le signe de la Croix et d’une mort annoncée, le drame se referme sur une croix bien trop ostentatoire pour parvenir à conjurer la résurrection d’un Don Giovanni élevé au rang de symbole par trois femmes qui n’ont cessé de le crucifier de sentiments ambivalents. La Croix se dissout dans l’ombre tandis que le corps glorieux du réprouvé renaît à la lumière par la grâce de ses victimes consentantes.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="309" src="/sites/default/files/styles/large/public/_dsc5543.jpg?itok=NHmUWtwl" title="La mort de Don Giovanni © Thierry Lindauer" width="468" /><br />
	© Thierry Lindauer</p>
<p>Problématique délicate que ce grand écart entre Esprit des Lumières contestant l’omnipotence de la transcendance et l’essor du Romantisme épris de merveilleux y compris sur fond religieux. La distribution va contribuer à maintenir l’équilibre tout en favorisant une nouvelle hiérarchie des typologies psychologiques et en préservant la cohérence du drame. Till Fechner n’écrase pas son Don Giovanni sous le poids de la révolte. Loin de la morgue intimidante et du cynisme bien souvent cultivés, son personnage privilégie la dimension humaine par la chaleur et les couleurs de son timbre. Judith Fa, vibrante héroïne aux aigus éclatants, se montre moins économe dans le feu et la fureur de sa femme trahie. Elle bénéficie d’un appui vocal, d’une franchise et d’une solidité jamais en difficultés. Saisissant contraste avec l’Ottavio falot de <strong>Guillaume François</strong>, décidément peut convaincant comte Almaviva dans le <em>Barbier</em> de Rossini, il y a un an sur cette même scène. <strong>Leonardo Galeazzi</strong> creuse l’écart et tient le haut du pavé avec le bouffe bien compris de son Leporello jubilatoire et extraverti suscitant une touchante empathie. Que <strong>Sophie Boyer</strong> et <strong>Piotr Lempa</strong> soient fait pour s’entendre et s’éprendre en Zerlina et Masetto relève de l’évidence. Avec un bonus pour la jeune basse tout aussi émouvante dans sa rusticité naïve qu’elle peut se révéler en terrible Commandeur aux accents glaçants. Enfin <strong>Magali Paliès</strong>, pimpante et rouée Zerlina il y a quatre ans, change radicalement de registre en Donna Elvira claudicante, brisée par la trahison. Cette belle figure tragédienne traduit avec une noblesse vocale et une rare finesse d’approche dans les nuances, toute la complexité de cette figure centrale du drame, écartelée entre passion, vengeance et pardon. Comme peut l’être la musique de Mozart sous la conduite érudite d’<strong>Amaury du Closel</strong>. A la tête du Philharmonique d’Etat de Timisoara, il se montre infiniment vigilant à cette spécificité des <em>tempi</em> mozartiens, partagés entre intensité dramatique et sublime retenue. Sans renier l’ironie <em>giocosa</em> de la partition, ni en abstraire les fulgurances poétiques, il en restitue la profonde respiration <em>metafisica</em>.</p>
<p>L’intérêt de cette lecture à entrées multiples tient au fait qu’elle n’est en rien doctrinaire. Tout procède par glissements, sur des registres allusifs. La porte reste ouverte aux hypothèses, à la perplexité, à l’optionnel, aussi fortes que puissent peser les présomptions d’innocence comme de dissimulation chez les protagonistes. Mais tous se retrouvent pris au piège des rais de lumière de Charles Osmond, scarifiant un décor incandescent. Les mâchoires de l’horloge du temps comptent les heures dues, sur des murs jumeaux qui alternativement avalent et régurgitent leurs proies engluées dans leur écarlate destiné. Tous de rouge vêtus, de ce sang de l’innocence et de l’impuissance, tous finissent broyés à leur insu. Sauf un…</p>
<p>Prochaines représentations samedi 14 janvier 2017, 15h à l’Opéra de Clermont-Ferrand ; mardi 31 janvier, 20h au Théâtre des Cordeliers de Romans-sur-Isère ; jeudi 2 février, 20h au Théâtre municipal de Béziers ; mardi 7 février, 20h30 au Théâtre d’Abbeville ; vendredi 10 février, 20h au Théâtre de Thionville.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>MOZART, Così fan tutte — Clermont-Ferrand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cosi-fan-tutte-clermont-ferrand-la-quadrature-du-cercle-vicieux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Roland Duclos]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 May 2015 05:18:03 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/la-quadrature-du-cercle-vicieux/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Qu’une seule production ne puisse venir à bout de toutes les richesses de Cosi fan tutte est plutôt rassurant pour les interprètes. Comment en épuiser l’incroyable intrication de sous-entendus ? On ne saurait encore moins en épouser la perfection formelle tant celle-ci paraît être irréductible et rebelle à une seule lecture. Ce qui la rend d’autant &#8230;</p>
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<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cosi-fan-tutte-clermont-ferrand-la-quadrature-du-cercle-vicieux/">MOZART, Così fan tutte — Clermont-Ferrand</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’une seule production ne puisse venir à bout de toutes les richesses de <em>Cosi fan tutte</em> est plutôt rassurant pour les interprètes. Comment en épuiser l’incroyable intrication de sous-entendus ? On ne saurait encore moins en épouser la perfection formelle tant celle-ci paraît être irréductible et rebelle à une seule lecture. Ce qui la rend d’autant plus difficile à saisir au-delà de trompeuses évidences. On se souviendra que Taine disait à propos de ce chef-d’œuvre longtemps resté dans l’ombre des <em>Noces</em> et du <em>Don Giovanni</em>, qu’il y avait d’une part le théâtre où « <em>deux coquettes italiennes rient et mentent</em> » et d’autre part la musique où « <em>personne ne ment ni ne rit ; on sourit tout au plus ; même les larmes sont voisines du sourire</em>. » C’est sans doute là, dans cette improbable alchimie que réside la réussite de la production clermontoise. Réussite qui tient en quelques paramètres : cohésion et homogénéité de la distribution, adéquation de celle-ci avec une direction musicale perspicace et fluide, le tout légitimé par une mise en scène sans effets de manches. En bref d’une justesse remarquable de pertinence dramaturgique.</p>
<p>On connaît l’attachement de <strong>Pierre Thirion-Vallet</strong> à mettre avant tout la mise en scène au service de la musique. Non pas en la situant en retrait ou en l’aliénant mais tout au contraire en en faisant un outil incontournable pour la compréhension de l’œuvre. Tout se joue sur l’extrême précision du dispositif scénique ; à savoir sur une conception épurée du décor valorisant d’autant l’apparition d’infimes détails. L’économie de gestes et déplacements se suffit à elle-même. Notamment les costumes de <strong>Véronique Henriot</strong>, qui, s’ils situent l’action dans une immédiateté qui pourrait être celle du compositeur, gardent néanmoins suffisamment de distance pour servir le caractère intemporel de ce <em>dramma giocoso</em>. Tout est traité en tonalités pastel en harmonie avec la psychologie des couples. La seule couleur vive illumine l’habit vermillon de Don Alfonso, clin d’œil à l’emblématique petit personnage de dos qui servit de logo à l’édition Philips du bicentenaire Mozart. Le philosophe en prend d’entrée la posture qu’il ne quittera pas : moralité c’est bien ce diable de Mozart qui mène la danse ! On retrouve ensuite le rouge en écho dans les pommes « red love » brandi par le chœur, à la fois symbole du fruit défendu et conscience que l’amour est denrée périssable. Les voies d’Eros sont impénétrables à l’image du rouge labyrinthe où se perdent les protagonistes. Seuls s’y retrouvent Fiordiligi et Ferrando bien au-delà des liens du mariage ainsi que le suggère la scène finale où leurs mains paraissent ne plus pouvoir (ou devoir) se quitter en même temps qu’ils enlacent leur conjoints respectifs. C’est la quadrature du cercle vicieux.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/_dsc0608.jpg?itok=ZdouwMIu" title="© Pascal Chareyron" width="468" /><br />
	© Pascal Chareyron</p>
<p>Bien qu’équilibrée et non dénuée de qualités certaines notamment dans la compatibilité des timbres, la distribution peut parfois accuser un léger déficit dans les registres graves. Exception faite pour <strong>Matthieu Lécroart</strong> qui impose sans faiblesse le baryton d’un Don Alfonso madré en diable sans jamais sombrer dans la caricature. La distinction du rôle, entre faconde seigneuriale et cabotinage méphistophélique, ne manque pas d’élégance. En revanche, le Guglielmo pâlichon de <strong>Ping Zhang</strong> aurait sans doute gagné à s’émanciper du simple exercice technique dans lequel il restreint un réel potentiel expressif de baryton. On se souvient de la « formidable présence » de son Monterone dans <a href="http://www.forumopera.com/rigoletto-clermont-ferrand-un-bouffon-peut-en-cacher-un-autre"><em>Rigoletto</em> sur cette même scène en janvier dernier</a>. Si la mezzo <strong>Magali Paliès</strong> déploie pour sa Dorabella un fin talent de comédienne, elle reste sur sa réserve quand on l’attend nettement plus rouée et primesautière.</p>
<p>Dans son approche ouvertement caractérisée du rôle de Fiordiligi, <strong>Noriko Urata</strong> fait montre d’une ardeur et d’un réalisme résolument impliqué. Quitte parfois à se hasarder dans des vocalises périlleuses et à outrepasser ses capacités vocales en tentant sans succès des graves hors sujet qu’elle peine qui plus est à honorer. Mozart n’est pas Verdi et pas davantage Puccini dont la soprano avait incarné une flamboyante <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/la-regle-de-trois">Tosca en 2013 à l’Opéra de Clermont-Ferrand</a>. Que <strong>Sophie Boyer</strong> nous offre une Despina idéalement complice sans être dupe de Don Alfonso, relève de l’euphémisme. Elle réussit le délicat exercice de nous épargner les réductrices approches de la soubrette à la gouaille plébéienne et au timbre aigrelet dans les rôles travestis du médecin et du notaire. Dotée d’aigus radieux qui n’outrepassent à aucun instant son personnage, elle oppose son intelligence et sa vivacité aux profils plus convenus de ses maîtresses. Une heureuse surprise donc, à mettre en parallèle avec la prestation attendue mais pas moins remarquable de <strong>Julien Dran</strong> après son Edgardo très applaudi <a href="http://www.forumopera.com/lucia-di-lammermoor-clermont-ferrand-lucia-di-lammermoor-fait-du-trapeze">en mars dernier dans <em>Lucia</em></a>. Ténor tout à la fois émouvant de sincérité, sa projection claire et incisive en fait un acteur investi. Toutes qualités qui nous épargnent  le cliché d’un Ferrando victime manipulée et sans grande envergure, pour en faire un vrai héros à la stature pré-romantique.</p>
<p>Quelques réserves certes, mais qui n’obèrent en rien la parfaite homogénéité vocale et orchestrale. La stratégie d’<strong>Amaury du Closel</strong> de miser sur la dynamique de l’effectif réduit de l’Opéra Nomade s’avère payante. Il ne se limite pas à fédérer une somme d’individualités. Sa perfection du détail instrumental et son sens de l’architecture mozartienne lui permettent d’atteindre à l’essence même de ce drame, subtil alliage d’élégance et de mélancolie qui sait taire son nom.</p>
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