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	<title>Aaron PENDLETON - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Aaron PENDLETON - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Voix d’automne à Evian &#8211; Académie de l’Opéra national de Paris — Evian</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/voix-dautomne-a-evian-academie-de-lopera-national-de-paris-evian-voix-davenir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Oct 2021 04:00:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le mini-festival Voix d’automne est devenu un rendez-vous habituel à la Grange au Lac, la belle salle toute de bois clair, la grande isba dessinée dans une clairière enchantée sur les hauts d’Evian par Patrick Bouchain pour Mstislav Rostropovitch. Bouleaux en fond de scène, acoustique remarquable, ambiance insolite, vue idyllique sur le Léman, douceur de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le mini-festival Voix d’automne est devenu un rendez-vous habituel à la Grange au Lac, la belle salle toute de bois clair, la grande isba dessinée dans une clairière enchantée sur les hauts d’Evian par Patrick Bouchain pour Mstislav Rostropovitch. Bouleaux en fond de scène, acoustique remarquable, ambiance insolite, vue idyllique sur le Léman, douceur de vivre,<br />
	Chaque année désormais l’Académie de l’Opéra national de Paris y fait entendre quelques-uns de ses poulains. Créée il y a six ans, regroupant une trentaine de jeunes professionnels (chanteurs, pianistes-chefs de chant, metteur en scène), c’est une école d’excellence, dirigée par Myriam Mazouzi et Christian Schirm, où l’on est en résidence pour trois ans, salarié par l’Opéra, participant à des spectacles, et ouverte, chose à signaler, à un recrutement international, et non pas seulement français.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="249" src="/sites/default/files/styles/large/public/img_1704.jpeg?itok=I9kaM2uV" title="Ilanah Lobel-Torres, Marine Chagnon, Fernado Escalona. Photo Ch.S." width="468" /><br />
	Ilanah Lobel-Torres, Marine Chagnon, Fernando Escalona. Photo Ch.S.</p>
<p><strong>Oratorio ou opera seria ?</strong></p>
<p>Le premier concert de l’Académie, le samedi soir, fut l’occasion d’entendre la première de <em>La Giuditta</em>, oratorio d’Alessandro Scarlatti, avec cinq des chanteurs de l’Académie et ce fut une soirée très remarquable.<br />
	C’est <strong>Thibault Noally</strong>, qui avec son ensemble <strong>Les Accents</strong> allait entourer les jeunes chanteurs d’un tissu orchestral voluptueux avec un continuo très étoffé, orgue, clavecin, luth, viole de gambe, violoncelle et contrebasse, donc un éventail de climats sans cesse changeant. D’une part Scarlatti père laisse une grande liberté d’orchestration aux interprètes, d’autre part les manuscrits qui nous parviennent sont parfois fragmentaires, d’où la nécessité de reconstituer un matériel d’orchestre. Thibault Noally est en train de réaliser son édition de cette <em>Giuditta</em> à partir de celle fournie d’après les manuscrits par Lino Bianchi dans les années 1960, qui ne propose qu’une basse chiffrée. On allait admirer « l’habillage » orchestral proposé par Thibault Noally dès l’ouverture, piquante et corsée.<br />
	Cette <em>Giuditta</em> est un oratorio créé à Rome en 1693 (Scarlatti avait trente-trois ans, il était au milieu de son âge). L’œuvre a tous les aspects d’un<em> opera</em> <em>seria</em>. Cinq rôles et cinq voix très typées. Un livret (du cardinal Benedetto Pamphili ?) sur un thème inspiré de l’histoire de Judith et Holopherne, un climat héroïque et une intrigue capable « d’émouvoir et d’attirer l’esprit de l’auditeur sur la diversité des sentiments qui expliquent les différents accidents du drame », ce qui doit être, dixit Scarlatti, le dessein que se fixe le compositeur, avec celui « d’émouvoir la passion de l’âme ».</p>
<p><strong>Un festival vocal</strong></p>
<p>Trois des cinq chanteurs allaient particulièrement atteindre ce but et d’abord la mezzo française <strong>Marine Chagnon</strong>, Giuditta impressionnante de présence et d’assurance dès son air d’entrée <em>Trombe guerriere</em> : dramatisme naturel du timbre, véhémence et virtuosité, caractérisation du personnage par la maîtrise de tout le répertoire des ornements belcantistes, vocalises, trilles, <em>volate</em> et autres <em>ribattitute</em>. On la verra briller tant dans les airs <em>di furore</em>, vindicatifs à souhait, dont la partition n’est pas chiche, tel <em>Mà sò ben</em>, que dans les airs de séduction, où la ligne vocale se fera insinuante, souple et voluptueuse, ainsi <em>Se di gigli</em>. On remarquera son art de varier l’ornementation dans les reprises<em> da capo</em>.<br />
	On observera la même maîtrise du vocabulaire baroque par le contre-ténor <strong>Fernando Escalona</strong>. Issu du Sistema vénézuélien, il a rejoint le Centre de musique baroque de Versailles en 2016, puis l’Académie en 2019. Sa manière d’entrer en scène à grand pas caractérise d’emblée le guerrier Oloferne. On admire la projection de la voix, la guirlande d’agréments et d’<em>effetti</em> dont il fleurit son rôle, qui se situe le plus souvent dans le style <em>concitato</em> (animé). Contre-ténor de haut vol, il a tout à la fois la puissance, l’agilité et cette qualité mystérieuse qu’on appelle la présence. Le timbre est plein, charnu, et le genre héroïque lui va comme un gant.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/mq5a0451.jpg?itok=2vt-xyJ7" title="Marine Chagnon et Fernando Escalona © Matthieu Joffres" width="468" /><br />
	Marine Chagnon et Fernando Escalona © Matthieu Joffres</p>
<p>Beaucoup d’airs <em>di furore</em>, disait-on, d’où l’effet sidérant que fait par contraste le duo amoureux <em>Mio conforto, Mia speranza</em>. Là, avec l’accompagnement d’un violoncelle obligé, expressément noté par Scarlatti, on voit se fondre leur deux voix dans une première partie <em>adagio</em> sensuelle à souhait, avec de belles vocalises à deux, puis basculer dans la fièvre tout aussi amoureuse de l’<em>allegro</em>. Ce moment est le sommet du drame. De l’air de sommeil, on passe à l’air de résolution, c’est à dire à la décapitation (bruitage à l’appui) et Marine Chagnon habite son texte autant qu’elle dompte les arabesques vocales.<br />
	Autre voix remarquable, celle de la soprano américaine <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong>. C’est une des curiosités du baroque que le rôle du prince Ozia (Ozias) soit confié à un soprano, de même que celui d’un guerrier à un contre-ténor (un castrat sans doute à l’origine). Si la voix d’Ilanah Lobel-Torres avait pu sembler moins homogène dans son air d’entrée <em>Son gli sdegni</em>, avec quelques problèmes d’intonation, on la vit gagner en assurance au fil du drame, et on allait admirer sa musicalité, la conduite de la ligne, la pureté de son timbre de soprano lyrique dans son air tendre <em>Se la giola non m’uccide</em>, accompagné par le violon et la viole de gambe, une voix où il y a du sourire et du charme (elle chante Zerlina, mais aussi Fiodiligi).</p>
<p>Les deux autres chanteurs, aux rôles plus anecdotiques, devaient rester un peu en retrait. Si le ténor coréen <strong>Kiup Lee</strong> est favorisé d’un timbre clair et brillant, il parut manquer un peu de souplesse dans les passages rapides (la langue italienne n’est pas si facile que ça…), mais convainquit davantage dans les passages lents. Et si la basse américaine <strong>Aaron Pendleton</strong> a de belles notes profondes (en plus d’un physique imposant), son chant dans le rôle du Grand Prêtre nous apparut comme quelque peu rugueux et manquant, comme celui de Kiup Lee d’ailleurs, de legato et d’homogénéité.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/mq5a0822.jpg?itok=V3xqhIYb" width="468" /><br />
	Les interprètes de la Giuditta © Matthieu Joffres</p>
<p><strong>Des Lieder dans une lumière dorée</strong></p>
<p>Le dimanche matin, alors qu’un soleil d’automne dorait les feuilles du parc, c’est à un récital de Lieder qu’on allait assister. Ouvert par le ténor suédois <strong>Tobias Westman</strong> qui donna six des mélodies du <em>Schwanengesang</em> de Schubert. Interprétation remarquable en tous points, et d’abord par la profonde intelligence des textes. La voix n’est peut-être la plus charmeuse du monde, mais elle porte son poids d’humanité, et surtout elle se colore différemment selon l’esprit de chaque Lied. La puissance tragique de <em>Der Atlas</em>, le dénuement, la tendresse d’<em>Ihr Bild </em>(deux des Lieder sur des textes de Heine), la candeur souriante, la fierté naïve de <em>Frühlingssehnsucht</em>, les demi-teintes et la lumière de <em>Liebesbotschaft</em> (sur les ruissellements du piano de l’excellent <strong>Hugo Mathieu</strong>), le charme sans mièvrerie de <em>Ständchen</em>, on put admirer l’art de la caractérisation, la maîtrise de la voix mixte, la finesse des détails, la largeur de la voix, et surtout cette manière discrète, mais très personnelle, de se mettre au service de Schubert en vrai <em>Liedersänger</em>.</p>
<p>Dans les <em>Six duos, op. 63</em>, de Mendelssohn pour deux voix de femmes, <em>Hausmusik </em>d’une esthétique résolument Biedermeier, on allait entendre la blonde <strong>Martina Russomanno</strong>, timbre limpide, aigus aériens, et la brune <strong>Kseniia Proshina</strong>, soprano elle aussi, mais voix plus corsée, à la belle projection. On allait admirer l’impeccable mise en place et l&rsquo;esprit de ces duos délicats, fragiles et élégants, certes un peu légers après les Lieder de Schubert, et l’agilité partagée de deux timbres parfaitement accordés.<br />
	On allait retrouver Kseniia Proshina dans quelques extraits du <em>Knaben</em> <em>Wunderhorn</em>, accompagnés par le piano très goûteux de <strong>Carlos Sanchis Aguirre</strong>, où on vit confirmée notre impression que cette grande voix avait besoin de se déployer dans la puissance des <em>forte</em> pour donner toute sa richesse, et que les <em>mezza di voce</em> n’avaient pas autant de couleur. Elle fut rejointe par la basse <strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong>, excellent en mâle alpha dans le <em>Lied des Verfolgten im Turm</em>.<br />
	Enfin le <em>Spanisches Liederspiel</em>, op. 74, de Schumann, permit de retrouver Marine Chagnon, peut-être moins à l’aise que la veille en Giuditta, et surtout d’apprécier pleinement la virtuosité, le rayonnement, la lumière de la voix de Martina Russomanno, de plus en plus brillante (<em>In der Nacht</em>, ce sublime duo, avec Tobias Westmann, fut un moment suspendu).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/screenshot_2021-10-25_at_09-27-08_la_grange_au_lac_lagrangeaulac_photos_et_videos_instagram.jpeg?itok=sCA0TD7B" title="Paul Agnew à Evian. © La Grange au Lac" width="468" /><br />
	Paul Agnew à Evian © Matthieu Joffres</p>
<p><strong>Une St Jean qu’on aurait aimée plus fervente</strong></p>
<p>En prologue on avait pu, vendredi soir, entendre une <em>Passion selon St Jean</em> de Johann Sebastian Bach, et, avouons-le, ce moment ne combla pas tout à fait nos vœux, bien qu’il fût emmené par les <strong>Arts Florissants</strong>, conduits par <strong>Paul Agnew </strong>qui allait tenir la gageure d’être l’Evangéliste et de diriger les solistes, musiciens et chœur. Pour lui qui a évidemment chanté très souvent l’Evangéliste, mais jamais n’avait dirigé en même temps, c’était une première, et aussi pour les Arts Florissants.<br />
	Que manqua-t-il ? Peut-être la ferveur. Mais telle est la force de ce chef-d’œuvre que, plus on avançait sur le tragique chemin, plus l’émotion gagnait, jusqu’au chœur final <em>Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine</em>, où enfin on eut le sentiment qu’interprètes et public s’unissaient dans un même recueillement.<br />
	D’ailleurs au fil du concert ce furent sans doute les parties chorales qui allaient le mieux convaincre. On remarqua dès le chœur d’entrée la pulsation de la direction, une certaine verdeur et la dynamique des « Arts Flo ».</p>
<p>La version choisie est la première, celle de 1725. Dix-huit chanteurs et dix-huit musiciens, l’effectif est relativement léger, autrement dit l’accent est mis sur l’articulation et les scènes qu’on dira théâtrales, notamment un étonnant dialogue entre un Pilate plein de doutes et un Jésus très conscient qu’il est de nature divine et qu’en lui s’accomplissent les Ecritures.</p>
<p>Paul Agnew considère que cette Passion est « franchement dramatique ». Il note que Bach, qui savait tout de la musique de son temps, s’intéressait aussi à l’opéra (et d’ailleurs faisait le voyage de Leipzig à Dresde pour entendre les opéras de Johann Adolf Hasse). Donc il est légitime de jouer la carte du théâtre sacré.<br />
	Et c’est dans cet esprit qu’il conçoit son Evangéliste. <em>Cantar recitando</em> ou <em>recitar cantando</em> ? Il sembla pendant la première partie pencher vers une expression quasi parlée et choisir le parti de la dramatisation, de raconter la Passion du Christ en diseur (et peut-être alors aurait-il pu aller davantage dans cette direction). Si on trouva la conduite de la voix parfois quelque peu erratique, et certaines vocalises légèrement hasardées, on le vit progressivement, au fur et à mesure qu’on avançait dans la seconde partie, et la voix peut-être se chauffant, retrouver davantage ses marques de chanteur. Et l’émotion gagner. Jusqu’à ce suffocant silence, après la mort de Jésus.</p>
<p>Parmi les chanteurs, c’est la soprano <strong>Rachel Redmond</strong> qui fit l’unanimité dans ses deux airs, d’abord le joyeux <em>Ich folge dir gleichfalls</em>, et davantage encore dans le brillant <em>Zerfliesse, mein Herze</em>, très dans sa voix, avec ses trilles et ses notes hautes comme suspendues que soutenait un très chambriste accompagnement par flûtes, violoncelle, basson et hautbois <em>da caccia</em>. Le contre-ténor <strong>Iestyn Davies</strong> donna un bel <em>Es ist vollbracht</em>, notamment dans la partie <em>adagio</em>, page évidemment bouleversante, en dialogue avec la viole d’amour, où il sembla plus à son aise que dans son premier air <em>Von den Stricken meiner Sünden.</em><br />
	Le baryton-basse <strong>André Morsch</strong>, très investi dans le rôle de Pilate, où l’on admirait son jeu intense, semblait curieusement moins convaincant, un peu maniéré, dans ses airs, notamment l’arioso <em>Betrachte, meine Seel</em>, mais sans doute lui aussi gagné par l’émotion apparut à son meilleur dans l’air avec chœur <em>Mein teurer Heiland</em>. C’est la basse <strong>Cyril Costanzo</strong> qui tenait le rôle du Christ. Beau chant, belle voix, même si on pourrait souhaiter un timbre plus grave. Le ténor <strong>Nicholas Scott</strong>, dont la voix ce soir-là cherchait son homogénéité, allait nous laisser moins convaincu, mais il est vrai que la partition lui réserve des airs redoutables, comme <em>Erwäge, wie sein blutgefärgter Rücken</em> où « les vagues des flots de nos péchés » flottaient un rien trop&#8230;</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/mq5a9887.jpg?itok=_Kc3d28P" title="© Matthieu Joffres" width="468" /><br />
	© Matthieu Joffres</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
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			</item>
		<item>
		<title>Gala d’ouverture de l’Académie de l’ONP  — Paris (Amphi Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-douverture-de-lacademie-de-lonp-paris-amphi-bastille-nuances-et-retenue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Oct 2021 00:19:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l’hommage des voix d’outre-mer à la grande Christine Eda-Pierre, l’Opéra National de Paris fait de nouveau tapis rouge à la jeunesse avec le gala d’ouverture de son Académie. Contrairement aux années précédentes, où les jeunes artistes étaient conviés avec orchestre sur la scène de l’Opéra Garnier, c’est une édition piano-voix agrémentée de quelques cordes, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l’hommage des voix d’outre-mer à la grande Christine Eda-Pierre, l’Opéra National de Paris fait de nouveau tapis rouge à la jeunesse avec le gala d’ouverture de son Académie. Contrairement aux années précédentes, où les jeunes artistes étaient conviés avec orchestre sur la scène de l’Opéra Garnier, c’est une édition piano-voix agrémentée de quelques cordes, sous la dynamique direction de <strong>Félix Ramos</strong>, à l’Opéra Bastille, qui a été ici proposée aux spectateurs dans l’écrin d’un 19e siècle exclusivement français. Une soirée incontestablement dominée par les voix féminines, toutes brillantes, avec toutefois un Hamlet et un Don Quichotte de belle facture, tant sur le plan vocal que dramatique.</p>
<p>Il convient d&#8217;emblée de souligner la qualité du programme qui nous amène sur les rivages désertés d’œuvres injustement oubliées. C’est alors un plaisir d’entendre de nouveau, autrement qu’au disque<em>, La Jolie fille de Perth</em> de Bizet. Dans ce répertoire, le Henri Smith de <strong>Kiup Lee</strong> ne démérite pas et présente de belles qualités vocales, sachant mixer un aigu jusqu’à pianissimo, et des qualités de vocalisation qui n’empêchent pas une belle projection. Le Ralph d’<b>Alejandro Balinas Vieites</b> est quant à lui abordé avec une ardeur vocale décoiffante. La voix est puissante, mais un <em>poco troppo forte</em>, là où on attend davantage de subtilité. Bizet encore, avec <em>Les Pêcheurs de perles</em> où Kiup Lee fait de nouveau montre des qualités déjà soulignées dans son tête-à-tête avec la mezzo <b>Ilanah Lobel-Torres</b> à la voix corsée, mais à l’aise autant dans l’aigu que dans les vocalises. Elle propose une héroïne pleine de poésie, un peu hors du monde, tout en maîtrisant les exigences de la partition. Au final, un beau duo dans l&rsquo;écrin duquel les deux voix s’épousent harmonieusement.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="image-large" title="Gala d'ouverture de l'Academie ONP©Brigitte Maroillat " src="/sites/default/files/styles/large/public/img_9230.jpg?itok=1mHpIity" alt="" width="468" height="295" /><br />
Gala d&rsquo;ouverture de l&rsquo;Academie ONP©Brigitte Maroillat</p>
<p>Rares également sont les incursions dans l’époque troublée des <em>Huguenots</em> de Meyerbeer et l’œuvre s’invite ici le temps d&rsquo;un air, celui d’Urbain. Délicieusement espiègle, <strong>Marine Chagnon</strong> nous enveloppe de son humour. La voix est claire, les aigus puissants mais une puissance contrôlée par de belles nuances, tout comme celle de <strong>Martina Russomanno </strong>dans sa magnifique interprétation de <em>La Vierge</em> de Massenet. Doté d’un instrument au beau volume mais jamais imposante, la jeune chanteuse s’épanouit autant dans les aigus percutants que dans les graves pleins et sonores qui savent se faire velours dans une élégante ligne de chant.</p>
<p>Mais le  point culminant de la soirée est sans nul doute <em>Hamlet</em> d’Ambroise Thomas, sur lequel la remarque assassine de Chabrier « Il y a deux espèces de musique : la bonne et la mauvaise. Et puis il y a la musique d&rsquo;ambroise Thomas. » a grandement contribué à considérer d’un œil ironique l’œuvre du compositeur et à la conduire dans la pénombre des coursives de l’oubli. Toute initiative pour l’en faire sortir est toujours bienvenue et l’œuvre retrouve ainsi dans ce programme des couleurs. Le remarquable Hamlet de<strong> Yiorgo Ioannou</strong>, au timbre chaud, à la diction fluide et intelligible, confère à son personnage les nuances requises qui épousent les oscillations du personnage notamment dans ses relations avec son Ophélie d’un soir à la douceur irradiante. <strong>Kseniia Proshina</strong> au timbre pur, clair, donne à son héroïne des allures de rêve éveillé où l’esprit s’égare. Sur le plan dramatique, elle habite son personnage avec conviction, dans une incarnation d’une grande finesse qui rend son personnage désarmant d’ingénuité et de fraîcheur. Un duo de très belle facture dans une œuvre complexe quant à la caractérisation des personnages abordée ici déjà avec professionnalisme et maturité.</p>
<p>Mis aussi en lumière, <em>Cendrillon</em> de Massenet, un opéra qui doit sans nul doute sa popularité depuis quelques années, à son alchimie rare, alliant le merveilleux, l’humour, et le profondément humain. Vocalement, la mezzo <strong>Lise Nougier</strong> est à son aise en prince charmant. La voix délicate dotée d’un timbre noble, n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;être puissante pour imposer une forte présence dramatique. Elle chante les émois du Prince avec une grandeur d&rsquo;âme. La tradition présente Cendrillon plutôt prudente et délicate, ce qui convient très bien à la soprano Kseniia Proshina qui sait varier les nuances et les couleurs. De la princesse aux rêves assouvis on glisse vers l’aventurier aux rêves chimériques, Don Quichotte.  Avec sa voix puissante et touchante, <b>Aaron Pendleton </b>livre une magnifique interprétation d’un héros hagard et rêveur, qui s’émeut, s&#8217;emporte, puis se perd dans ses illusions perdues. La voix bien posée, au phrasé impeccable confère beaucoup de noblesse au héros lunaire qu’il compose. Une très belle interprétation, qui constitue un des points culminants du programme. <strong>Niall Anderson </strong>offre une belle présence scénique et vocale au personnage de Sancho mais le jeune chanteur devra à l’avenir davantage travailler la diction pour rendre son français fluide et intelligible.</p>
<p>C’est aussi un Gounod méconnu qui se dévoile dans ce gala avec Tobie. Nommé «  le petit Oratorio », il est un subtil mélange du religieux et du lyrique. Le jeune quatuor Kseniia Proshina, Marine Chagnon, le ténor Kiup Lee et la basse Alejandro Balinas Vieites dans une belle osmose vocale, donnent tout son sens à cette œuvre dans un ensemble équilibré. Gounod nous accompagne encore avec <em>Faust</em>, dans « Avant de quitter ces lieux » L’ampleur de sa voix, l’aisance de son registre aigu permettent à <strong>Alexander Ivanov</strong> de délivrer un Valentin particulièrement imposant. <b>Fernando Escalona</b>, a choisi quant  à lui, de s’illustrer dans <em>Les Nuits d’été</em> de Berlioz. La voix agréable, semble encore toutefois hésiter entre deux rives, celle du contre-ténor et celle du ténor.</p>
<p><em>Carmen</em> est le  bouquet ultime tendu par les jeunes artistes au public avec la même fougue que la fleur jetée à Don José,  dans l’acte II « Nous avons en tête une affaire ».  Le quintette parvient à nous entraîner avec un bel élan et une vraie complicité dans l’aventure d’une vie bohème. Une œuvre aux effets libérateurs pour les jeunes artistes qui tous jusqu’alors étaient davantage dans la retenue prudente de ceux qui investissent le chant sans être encore entrés pleinement dans une interaction avec le public. Mais chaque chose vient à point nommé…</p>
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		<item>
		<title>BRITTEN, The Rape of Lucretia — Paris (Bouffes du Nord)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-viol-de-lucrece-paris-bouffes-du-nord-dans-lintimite-dune-chambre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thomas Niel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 May 2021 03:14:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que la réouverture des salles est imminente, l’enthousiasme était de mise parmi les quelques éclaireurs qui ont eu la chance d’assister à la nouvelle production de l’Académie de l’Opéra de Paris au Théâtre des Bouffes du Nord vendredi 14 mai. Contingence du calendrier et choix de la scène, le lever de rideau est donc &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que la réouverture des salles est imminente, l’enthousiasme était de mise parmi les quelques éclaireurs qui ont eu la chance d’assister à la nouvelle production de l’Académie de l’Opéra de Paris au Théâtre des Bouffes du Nord vendredi 14 mai. Contingence du calendrier et choix de la scène, le lever de rideau est donc intimiste, à l’image de l’œuvre et de son sujet :  <em>le Viol de Lucrèce</em> composé en 1946 par Benjamin Britten.</p>
<p>Le librettiste, Ronald Duncan, tire son œuvre de la pièce éponyme d’André Obey, lui-même puisant son inspiration dans l’histoire antique Romaine : Lucrèce, la femme vertueuse de l’officier Collatinus est violée par le prince étrusque Tarquin, jaloux de cette fidélité maritale. Préférant la mort que le déshonneur, elle se suicide, entraînant la révolte du peuple et la chute du tyran en faveur de la République.</p>
<p>Ecrit dans une Angleterre meurtrie et dévastée par la guerre, cet « opéra de chambre » singulier est écrit pour un effectif musical réduit : un orchestre de treize musiciens et deux « chœurs », incarnés par un chanteur et une chanteuse, ici <strong>Andrea Cueva Molnar </strong>et <strong>Tobias Westman</strong>, dont on peut déjà souligner la grande qualité de la diction. La partition, sans démonstration grandiloquente nécessite toutefois une précision exigeante ; un défi pour les huit jeunes chanteurs de l’Académie de l’Opéra de Paris qui doivent en plus assumer une présence scénique suffisante pour porter la force poétique du texte.  </p>
<p>Mais cette petite troupe ne tremble pas malgré cette configuration et ce sujet délicat. Elle démontre à la fois tout son potentiel vocal et sa capacité à s’engager pleinement sur scène, offrant une prestation très convaincante.<img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/jmp17678.jpg?itok=3seEQEXu" title="© Studio J’adore ce que vous faites / OnP" width="468" /></p>
<p>© Studio J’adore ce que vous faites / OnP</p>
<p>La basse <strong>Aaron Pendleton </strong>se distingue par son coffre imposant et incarne un Collatinus fier mais impuissant devant le malheur qui touche son foyer ; le baryton <strong>Alexander York</strong> est un sauvage et sensuel Tarquin, débordant d&rsquo;orgueil. La mezzo <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong> grâce à la ligne claire de sa voix, sait, avec beaucoup de justesse, incarner une Lucrèce édifiante, victime finalement jamais terrassée. A noter également la performance de l&rsquo;autre mezzo, <strong>Cornelia Oncioiu,</strong> dont le timbre chaud et le jeu expressif permettent de donner à Bianca son caractère coloré qui dénote dans cette sombre tragédie.</p>
<p>Et des couleurs, il n’en manque pas non plus dans la partition de Britten que les jeunes musiciens de l’Orchestre-atelier Ostinato interprètent avec envie, menés par la baguette précise de <strong>Léo Warinsky</strong>. Qu’on songe aux stridulations de la harpe dans le premier acte ou à la complainte du cor anglais qui se mêle à la douleur de Lucrèce au retour de Collatinus : l’apparente simplicité des moyens laisse place à une intensité pénétrante.</p>
<p>La mise en scène, discrète mais pertinente, y participe aussi largement. Puisque le destin de Rome s’est joué dans la noirceur d’une chambre, pour la metteure en scène <strong>Jeanne Candel</strong> il s’agit ici de jouer entre les fils délicats des relations intimes qui forment les nœuds inexorables de l’Histoire. De quoi suggérer la complexité du récit et la violence des événements. Mais aussi d’enchevêtrer la musique au théâtre par la place qu’occupe l’orchestre sur scène, rappelant par ailleurs le travail des compagnies lyriques labellisées autour du « théâtre musical ». Dans tous les cas, c’est l’occasion d’un « théâtre laboratoire », comme elle le mentionne – qui invite à une interprétation atemporelle de l&rsquo;oeuvre.</p>
<p>Britten aurait insisté auprès de Duncan pour proposer une lecture messianique de cet événement, afin que, malgré l’horreur, le spectateur, tout juste sorti de la guerre, puisse garder l’espérance des jours meilleurs. A l’heure où la crise a fragilisé nos horizons, cette production nous permet au moins de garder l’assurance que « le monde d’après » ne manquera pas de talents.</p>
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