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	<title>Victoria RANDEM - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Victoria RANDEM - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>WAGNER, Der Ring des Nibelungen &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wagner-der-ring-des-nibelungen-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jan 2026 07:24:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’enregistrement que propose le label Unitel est la captation du deuxième des trois cycles de la Tétralogie proposés par le Staatsoper Berlin à l’automne 2022. Celle-ci fut reprise au printemps 2024, puis à l’automne 2025. Il s’agissait de la nouvelle production signée Dmitri Tcherniakov, sous la baguette de Christian Thielemann à la tête de la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’enregistrement que propose le label Unitel est la captation du deuxième des trois cycles de la Tétralogie proposés par le Staatsoper Berlin à l’automne 2022. Celle-ci fut reprise au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-berlin-staatsoper/">printemps 2024</a>, puis à l’automne 2025.<br />
Il s’agissait de la nouvelle production signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong>, sous la baguette de <strong>Christian Thielemann</strong> à la tête de la Staatskapelle Berlin. Cette captation avait fait l’objet d’une diffusion sur arte.tv, disponible plusieurs semaines en 2023.<br />
C’est précisément ce deuxième cycle que nous avions chroniqué les 30 octobre (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau/">Das Rheingold</a>), 31 octobre (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-berlin-staatsoper-emotions-questions-et-regrets/">Die Walküre</a>), 5 novembre (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/siegfried-berlin-staatsoper-plateau-vocal-hors-norme/">Siegfried</a>) et 8 novembre 2022 ( <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gotterdammerung-berlin-staatsoper-un-plaisir-a-prolonger/">Die Götterdämmerung</a>).<br />
L’initiative de cette nouvelle production revient, il convient de ne pas l’oublier, à <strong>Daniel Barenboïm</strong>, qui souhaitait à cette occasion célébrer un double anniversaire : les 80 années de son existence et ses 30 années passées au poste de GMD, Generalmusikdirektor de la Staatskapelle Berlin. On sait que malheureusement la maladie contraindra Barenboïm à la fois à renoncer à diriger cette production, mais aussi à céder la place de GMD à Christian Thielemann, que chacun du reste pressentait comme successeur. «  Nous nous connaissons depuis des années et je sais qu’avec lui le <em>Ring</em> est entre de bonnes mains », dira-t-il.<br />
De fait, la presse allemande et internationale (dont Forum Opéra) a encensé cet Anneau dont il fut dit qu’il a posé, au moins en ce qui concerne la direction musicale, de nouveaux jalons dans l’interprétation du cycle. Il faut dire que la distribution XXL (Volle, Kampe, Schager, Mahnke, Doron, Rügamer, Urmana, Watson, Villazón, Kissjudit, Vasar, Kränzle, Kares) laissait présager les plus hauts sommets vocaux – les attentes, autant le dire tout de suite, ne furent pas déçues.<br />
<strong>Michael Volle</strong> en Wotan/Wanderer scelle avec ce cycle berlinois une prestation de très haute tenue. Présent sur les quatre (!) épisodes (on le comprendra plus bas), il possède, outre la puissance, un moelleux dans le grave qui ne semble toujours pas prendre de rides, même <a href="https://www.forumopera.com/michael-volle-il-ny-a-quun-seul-bayreuth/">si cette question le taraude</a>. Son premier arioso de <em>Rheingold</em> donne le la, ses actes II et III de <em>Walküre</em> et particulièrement le duo avec Brünhilde feront référence (« Leb wohl, du kühnes, herrliches Kind » ). Et quelle articulation ! La Brünnhilde d’<strong>Anja</strong> <strong>Kampe</strong> est elle aussi superlative ; son omniprésence dans <em>Götterdämmerung</em> ne semble pas l’atteindre et elle finit son monologue d’adieu en majesté. Et que dire du Siegfried d’<strong>Andreas</strong> <strong>Schager</strong>, qui ne connaît aucune limite, aucune faiblesse. Malgré tout ce que lui impose la mise en scène (fracasser des tables à coup de masse, porter ses partenaires, prendre une douche sur scène, etc. !), le Heldentenor ne vacille jamais et emplit la salle du Staatsoper de sa surpuissance. Autre héros du cycle, <strong>Mika Kares</strong> qui chante Fasolt puis Hunding et enfin Hagen. Terrible méchant qui possède la profondeur et la noirceur de la basse et qui font de lui le diable qu’on adore détester. Son tonitruant « Hoiho » dans Götterdämmerung nous donne encore le frisson.<br />
Dans <em>Walküre</em>, le couple Sieglinde (<strong>Vida Miknevičiūtė</strong>) – Siegmund (<strong>Robert</strong> <strong>Watson</strong>) fait merveille en jeunes amoureux somme toute maudits. Leur duo d’amour est d’une immense tendresse. <strong>Johannes Martin Kränzle</strong> est un habitué du rôle d’Alberich. On ne sait s’il faut louer l’acteur d’abord ou le chanteur. Il se plie avec grande humilité à tout ce qu’exige de lui la conduite d’acteurs et ce n’est pas mince. <strong>Stephan Rügamer</strong> est un Mime qui se révèle diabolique dans <em>Siegfried</em>, après un <em>Rheingold</em> déjà réussi. <strong>Peter Rose</strong> est Fafner à la voix peut-être pas caverneuse mais qui donne au personnage (qui est tout sauf un dragon) toute crédibilité dans la noirceur. <strong>Lauri Vasar</strong> se révèle davantage en Gunter que dans le modeste rôle de Donner, <strong>Siyabonga Maqungo</strong> étant un Froh tout aussi juste. <strong>Rolando Villazón </strong>est-il aussi juste en Loge ?  Ses pitreries et ses manières semblent un peu excessives, et la diction (même si Villazón parle un allemand courant) laisse un peu à désirer. <strong>Anett Fritsch</strong> est une Freia bien fragile (elle sera Ortlinde dans la première journée), soutenue par la Fricka de <strong>Claudia Mahnke</strong> qui donne toute sa mesure dans <em>Walküre</em>. A l’inverse, c’est dans <em>Rheingold</em> que <strong>Anna Kissjudit</strong> brille de mille feux (plus que dans <em>Siegfried</em> où le rôle est moins prégnant). L’alto est magnifique de douceur et de force tout à la fois, le timbre d’une chaleur enivrante. A noter que Kissjudit va « monter en grade » à l’été 2026 puisqu’elle sera la Fricka du <em>Ring</em> anniversaire.<br />
Les Walkyries (<strong>Clara Nadeshdin</strong>, <strong>Christiane</strong> <strong>Kohl</strong>, <strong>Michal</strong> <strong>Doron</strong>, <strong>Alexandra</strong> <strong>Ionis</strong>, <strong>Anett</strong> <strong>Fritsch</strong>, <strong>Natalia</strong> <strong>Skrycka</strong>, <strong>Anna</strong> <strong>Lapkovskaja</strong>, <strong>Kristina</strong> <strong>Stanek</strong>) feront une dôle de chevauchée (dans un amphithéâtre plutôt qu’à cheval !). A noter que pour <em>Götterdämmerung</em> c’est <strong>Violeta Urmana</strong> en Waltraute qui affrontera sa sœur. Les filles du Rhin (<strong>Evelin Novak</strong>, <strong>Natalia Skrycka</strong>, <strong>Anna Lapkovskaya</strong>) possèdent à la fois la légèreté et la souplesse pour venir à bout de leurs interventions initiales et conclusives. Même satisfecit pour les trois nornes (<strong>Noa</strong> <strong>Beinart</strong>, <strong>Kristina</strong> <strong>Stanek</strong>, <strong>Anna</strong> <strong>Samuil</strong>) : rôles brefs et parfaitement tenus. <strong>Victoria Randem</strong> est un oiseau bien agile de la voix, et <strong>Mandy Fredrich</strong> une Gutrune idéale.<br />
<strong>Christian Thielemann</strong> gagne à tous les coups à l’applaudimètre. La Staatskapelle Berlin brille comme jamais ; tous les intermèdes orchestraux sont des pièces de choix en soi (à commencer par la Rheinfahrt entre le Prologue et le I de <em>Götterdämmeung</em> et la marche funèbre) et même s’il est difficile de ne pas citer chaque pupitre, on ne peut pas ne pas rendre un hommage tout à fait admiratif aux cuivres, absolument irréprochables d’un bout à l’autre et qui ont donné une assise orchestrale parfaite pour permettre aux autres musiciens (et en premier lieu les cordes) de faire chanter l’orchestre.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_B_102-scaled-1-1294x600.jpg" />© Monika Rittershaus</pre>
<p>On le voit, pratiquement aucune réserve sur le plateau vocal ni en fosse ; on ne pourra pas en dire autant de la mise en scène signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong>.<br />
Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, la deuxième vision de sa mise en scène ne résout pas tous les problèmes dont nous avions déjà rendu compte. Tout n’est pas clair dans sa proposition même si l’idée de base (une expérimentation des comportements humains, dont Wotan serait l’instigateur) semble assez claire. Moins évidents apparaissent les positionnements de Siegfried et Brünnhilde qui feront tout au III de <em>Siegfried</em> pour éviter l’amour dans leur duo.<br />
Voyons quelques détails des spécificités du travail de Tcherniakov.<br />
Tout commence avant le lever de rideau de <em>Rheingold</em> ; une vidéo projette une image montrant comment un produit est inoculé dans le cerveau (on supposera qu’il s’agit de celui d’Alberich). On comprend que nous ne sommes pas au bord du Rhin, mais dans un centre d’expérimentation à l’acronyme (E.S.C.H.E.) signifiant le « frêne » , arbre que l’on retrouvera à la fin du dernier tableau. Les trois filles du Rhin sont des infirmières qui prennent des notes sur le comportement d’Alberich, enfermé dans une chambre où il est branché de partout. Point d’or (si ce n’est l’anneau qui apparaîtra plus tard), c’est incontestablement le parti pris cette mise en scène ; quand Alberich s’enfuit à la fin du premier tableau, il part avec sous le bras tout le matériel d’expérimentation dont il aura au préalable furieusement arraché tous les câbles, laissant les observateurs sans réaction.<br />
Au second tableau de <em>Rheingold</em>, les plans du château (pas encore baptisé Walhalla) sont vidéoprojetés et nous nous retrouvons dans les bureaux de Wotan qui se transforment vite en salle de négociations lorsqu’il s’agit de rendre à Fafner et Fasolt leur dû. Ceux-ci apparaissent en vulgaires mafieux (enlevant Freia en l’emportant comme un vulgaire sac à patates) ce qui se confirmera au quatrième tableau, quand Fafner abattra son frère d’un coup de revolver dans le dos. Loge semble un entremetteur un peu farfelu, Froh, Donner et Freia totalement dépassés par les enjeux du deal. Quant à Wotan, c’est le parrain, affublé du reste de la bague (l’«anneau » en réalité).  Un ascenseur permet de descendre au Nibelheim. Les Nibelungen sont des esclaves maltraités par Alberich qui s’en prend brutalement à Mime lorsque celui-ci veut embarquer le Tarnhelm ; chacun porte un uniforme identique avec son nom. Alberich ne se transforme en dragon puis en crapaud que dans sa tête, de même qu’il imagine les Nibelungen apportant l’or en rançon, un or que l’on ne verra jamais, si ce n’est sous la forme donc de la bague-anneau. La dernière scène de <em>L’Or du Rhin</em> restera sans doute la moins réussie du cycle, d’un kitsch risible pour ne pas dire ridicule.</p>
<p>Dans <em>Walküre</em>, là encore une vidéoprojection précède le lever de rideau. Elle nous apprend qu’un criminel « dangereux et instable » vient de s’échapper. Des images de vidéosurveillance vont très vite nous permettre de reconnaître dans le fuyard Siegmund qui se présente dans la maison de Sieglinde et Hunding. Celle-ci est située dans le centre d’expérimentation que nous avions découvert dans le Prologue. En réalité il est situé derrière le bureau de Wotan qui, grâce à une vitre opaque, voit l’intérieur de l’appartement sans être vu. Hunding est un policier à la recherche du dangereux criminel. Sa journée finie, celui qui nous est présenté comme un butor boit sans modération de la Vodka Parlament, on le voit manger, pisser et maltraiter sa femme qu’il oblige à passer les menottes à Siegmund pendant qu’il va dormir, l’épée Nothung fichée au-dessus de la porte d’entrée !<br />
Au II, on voit Sieglinde et Sigmund s’enfuir pendant que Hunding dort encore. Arrivent alors dans cet appartement Wotan et Brünnhilde qui sabrent le champagne, avant que Wotan retrouve sa femme dans son bureau pour lui faire signer un contrat l’engageant à ne pas défendre Sigmund.<br />
Dans la 3<sup>e</sup> scène on retrouve le couple de fuyard dans les sous-sols (le Nibelheim). Le combat entre Hunding et Sigmund ne nous est pas montré, on le vit au travers des réactions de Sieglinde. Finalement Sigmund ne sera pas tué mais attrapé par les mêmes policiers auxquels on l’avait vu échapper dans la vidéo précédant le lever de rideau.<br />
Le troisième acte se déroule dans l’amphithéâtre du centre de recherche ; on va évaluer le degré de violence de plusieurs criminels, dont le pedigree est vidéoprojeté. On comprendra vite que ce sont des combattants que les Walkyries doivent conduire au Walhalla. Dans l’amphi les huit Walkyries, hilares,  écoutent de la musique, prennent des photos, attendent Brünnhilde. Le cercle de feu où Brünnhilde sera enfermée est piètrement représenté par un cercle de chaises, sur lesquelles Brünnhilde dessinera des flammes au marqueur fluo. Très belle image conclusive en revanche avec les adieux du père et de la fille. Le décor de l’amphithéâtre recule en fond de scène et dans le noir, laissant Brünnhilde, seule sur l’avant scène, comme livrée à elle-même.<br />
<em>Siegfried</em> commence encore par une vidéoprojection. On y voit Siegried enfant malheureux au milieu de ses jouets, ne sachant que faire avec. Siegfried et Mime sont toujours dans le même appartement, surveillés de loin par Wotan et, cette fois-ci, les trois nornes. Point d’enclume on le devine mais du matériel de cuisine. Dans l’appartement les jouets de Siegfried vont être brisés au moment où le héros va forger Nothung. On comprendra que le feu mis aux jouets marque la fin de l’enfance et le début des années de formation d’un gamin hyperactif, sale et mal éduqué. Le Voyageur a bien vieilli depuis le Prologue et la première journée. Il s’appuie sur une canne. Son œil droit est totalement fermé.<br />
Au deuxième acte, la grotte est une salle d’expérimentation. Les six phases de l’expérimentation (c’est Siegfried qui en est l’objet) se déroulent. La phase 5 est la « confrontation au conflit, la réaction au danger » : c’est le combat entre Siegfried et Fafner. Celui-ci est amené par deux infirmiers geôliers. Il est muselé comme un dangereux criminel. L’affrontement entre Siegfried et son grand-père se tiendra dans la salle de négociations. C’est finalement Wotan qui brise lui-même et comme malgré lui sa propre lance. <em>Götterdämmerung</em> débute toujours dans le même appartement ; les 3 nornes sont maintenant de très vieilles femmes et les fils du destin qui se brisent correspondent à la porcelaine qui se casse sous leurs mains tremblantes alors qu’elles prennent le thé. Tout le monde a vieilli, sauf Brünnhilde et Siegfried qui ne prennent pas une ride ; Alberich est maintenant un vieillard presque nu et qui tricote des chaussettes pour son fils Hagen. A noter que quand Siegfried se rend chez Brünnhilde, il ne porte pas le Tarnhelm et ne prend pas l’aspect de Gunther. Au III, Siegfreid sera tué pendant son match de basket, par la hampe d’un drapeau de supporter. Brünnhilde pleure son amant, de même que les principaux personnages qui viennent se recueillir auprès de Siegfried (dont Erda et Wotan) et s’en va, seule avec sa valise, pendant que le centre d’expérimentation (le Walhalla) se dissout.</p>
<p>On le voit, et nous n’avons donné là que quelques exemples marquants ; les idées foisonnent, Tcherniakov est soucieux du moindre détail,<a href="https://www.forumopera.com/andreas-schager-une-representation-reussie-cest-quand-on-se-dit-au-baisser-de-rideau-allez-on/"> ce que confirmera Schager</a>. Mais n’y en a-t-il pas trop et sont-ils surtout toujours cohérents ?<br />
Telle est la question qui, au final, demeure.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Aug 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les discussions envenimées autour des aléas de l’Or du Rhin parisien cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. Pablo Heras-Casado continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/"> <span class="screen-reader-text">WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Les discussions envenimées autour des aléas de l’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">Or du Rhin parisien</a> cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. <strong>Pablo Heras-Casado</strong> continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, que ce soit pour Wagner ou pour le répertoire lyrique en général. Sa direction constitue le plus grand atout de la représentation. Le phrasé, fluide et souple, s’inscrit toujours dans le rythme du texte, tout en menant un discours parallèle à la scène quand il le faut. La lisibilité est telle qu’on pourrait comprendre la narration par la seule partie orchestrale (plus limpide que la mise en scène par ailleurs, grâce aux leitmotive). On est à tout instant ravi par le jeu des timbres, la transparence de l’orchestre. Il propose un Wagner épuré, sensible, loin de toute démonstration de force : c’est là une forme d’idéal pour Parsifal. Le troisième acte en particulier est d’une beauté désarmante, notamment lors de la transformation du décor vers la cérémonie funéraire de Titurel. Là où certains en font (avec souvent beaucoup de réussite) un moment orchestral pathétique et violent, il choisit de l’interpréter en regard à la désolation qui ouvre l’acte, c’est-à-dire triste et abattu plutôt que grinçant. L’Enchantement du Vendredi Saint est évidemment un bonheur de délicatesse. Il faut dire qu’il est aidé par un <strong>Orchestre du Festival</strong> superlatif, que ce soit par sa cohésion, le son d’ensemble ou ses solistes (le hautbois). S’il faut émettre une réserve, disons simplement qu’il nous a manqué un soupçon d’urgence lorsqu’elle est demandée, notamment dans le deuxième acte. Saluons en tout cas bien bas cet artiste exceptionnel.</p>
<figure id="attachment_197896" aria-describedby="caption-attachment-197896" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-197896 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0330-1024x682.jpeg" alt="" width="1024" height="682" /><figcaption id="caption-attachment-197896" class="wp-caption-text">Pablo Heras-Casado<br />©️Waldemar Kamer</figcaption></figure>
<p>La mise en scène de <strong>Jay Scheib</strong> n’appelle pas les mêmes éloges. Sans la décrire précisément (on renverra plutôt au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de Jean Michel Pennetier</a>), rappelons-en l’axe principal. Le plus grand drame de la communauté du Graal n’est pas ici le péché d’Amfortas, mais l’erreur initiale de leur culte, reposant sur l’exploitation des métaux rares comme le cobalt et le lithium. En mettant en danger le vivant, ce mode de vie les entraîne vers leur propre fin tant qu’ils ne le remettent pas en question. Toute dramatique qu’elle soit, la réalité politique que Scheib et la dramaturge <strong>Marlene Schleicher</strong> dénoncent ici est maladroitement amenée. Il faut attendre le troisième acte, et même sa conclusion, pour que le tout devienne cohérent et lisible. Sans même chercher à juger de l’adéquation ou non de cette thématique au livret de Wagner, disons simplement que c’est un échec de mise en œuvre de n’avoir aucun moyen de comprendre l’axe choisi autrement que rétrospectivement ou par la lecture du programme.<br />
Là où l’équipe de mise en scène s’éloigne en revanche considérablement du livret original, c’est par son traitement de la chasteté et du désir. Gurnemanz s’unit à Kundry dans le prologue ; Klingsor semble bien sexuel pour un aspirant saint qui se serait châtré lui-même pour renoncer à l’amour ; les Filles-fleurs sont des sortes de sirènes meurtrières, le danger pour les chevaliers n’étant alors plus d’être bannis de la communauté pour avoir péché, mais d’y laisser la vie ; le baiser de Parsifal à Kundry n’a rien de chaste, et la scène globalement est tout à fait sexuelle. On peine à comprendre la façon dont la mise en scène souhaite prendre en charge cet aspect car la thématique est trop présente dans le livret pour être complètement évacuée : la blessure d’Amfortas est bien montrée comme causée par le rapport avec Kundry, tandis que des symboles comme un pelvis percé surviennent régulièrement. En résulte une certaine incohérence.<br />
Le traitement de Kundry interroge également, mais on aime assez la direction que prend son axe dans le dernier acte. Globalement, elle semble sincère dans son entreprise de séduction de Parsifal, et développer un réel attachement pour lui, jusqu’à ce que les deux finissent comme un couple emblème du renouveau à mener après la destruction du Graal. Ainsi, plutôt que de chercher à apaiser Parsifal avec de l’eau lorsqu’il revient de son errance, c’est par un baiser qu’elle le réconforte. À la lecture des entretiens, on suppose que son dédoublement traduit le hiatus entre ce qu’elle voudrait être (incarné par Garanča, dans une forme &#8211; minimale &#8211; d’émancipation), et ce que la société patriarcale voudrait qu’elle soit (cette figure muette, prostrée et serviable, incarnée par une comédienne).</p>
<figure id="attachment_197912" aria-describedby="caption-attachment-197912" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-197912" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0333.jpeg" alt="" width="900" height="600" /><figcaption id="caption-attachment-197912" class="wp-caption-text">©️Jay Scheib, Joshua Higgason</figcaption></figure>
<p>Il reste à parler de la véritable déception du spectacle. Nous avons vu la fameuse version avec réalité augmentée (là encore, on renvoie au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de 2024</a> pour l’explication du procédé). La moquerie serait très facile pour parler du rendu visuel, qui nous a mis en colère dans un premier temps. Nous l’éviterons ici, préférant supposer que l’équipe de réalisation a dû composer avec un outil encore limité. Cette nouvelle strate peut se justifier par la fameuse citation de Gurnemanz « Zum Raum wird hier die Zeit » (ici le temps devient espace). Partant de la constatation que le récit est très régulièrement tourné vers le passé, la réalité augmentée offre alors un contrepoint au présent représenté sur scène, emplissant l’espace à 360º de symboles et scènes du passé et du futur. Le résultat est une invasion de symboles d’une lourdeur considérable (cercueils, crânes, pommes) voire d’un simplisme qui prête à sourire (des livres lors de certains récits), sans aucune poésie. À noter d’ailleurs que certains symboles essentiels (le pelvis percé pour Klingsor, la lance suspendue dans les airs, le Saint-Esprit, la destruction de Montsalvat), n’apparaissent pas dans la version simplement scénique, confrontant ainsi la majorité du public à un manque ou à une alternative bien pauvre (la lance est un accessoire pris des mains de Klingsor par Parsifal). A l’inverse, les lunettes mettent considérablement à distance de l’action scénique, du fait de l’hystérie des informations envoyées par ce canal qui dissimule simplement la scène. On en perd l’émotion, l’humain, mais aussi certains détails de mise en scène plutôt intéressants. À l’issue de la représentation, il est impossible de dire si ce dispositif a un avenir dans la mise en scène d’opéra tant le résultat est inabouti artistiquement. Peut-être faudrait-il d’abord un spectacle exclusivement conçu pour des spectateurs équipés pour pouvoir en tenir compte.<br />
Dans cette abondance d’idées, plusieurs nous paraissent cependant assez intéressantes. Le troisième acte, en assumant de prendre de grandes libertés avec le livret, offre des images assez saisissantes, ainsi qu’une certaine idée de la désolation tout à fait contemporaine (décor de Mimi Lien). Pas d’enchantement du vendredi saint pour le public si ce n’est les fleurs de la réalité augmentée, le paysage est dévasté par le forage, et les seules fleurs sur scène sont des bouquets funéraires artificiels. Le tableau du jardin enchanté est tout à fait réussi, aussi bien par son aspect luxuriant que par son horreur gore, avec ce chevalier décapité dont les filles-fleurs se repaissent. Enfin, on apprécie la longue scène de soin de la blessure d’Amfortas, transmise en vidéo en gros plan dans une imagerie très Cronenberg, qui fait de cette blessure repoussante l’évocation d’une cavité sexuelle.</p>
<figure id="attachment_197899" aria-describedby="caption-attachment-197899" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-197899" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0327-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197899" class="wp-caption-text">Andreas Schager</figcaption></figure>
<p>Le Festival de Bayreuth a fait appel en grande majorité aux artistes des éditions précédentes pour cette reprise. Le principal nouveau venu est luxueux vu qu’il s’agit de l’Amfortas de <strong>Michael Volle</strong>. La voix est immédiatement saisissante, mais on s’étonne dans le premier acte d’un phrasé un peu statique, l’intensité passant davantage par le volume que par le détail. Ces réserves disparaissent totalement dans sa détresse du dernier acte, cette fois admirable aussi bien de puissance que de science du texte. Son pendant maléfique, Klingsor, est incarné par <strong>Jordan Shanahan</strong>, dont on ne sait trop si on veut lui faire jouer une caricature de capitaliste à la Jordan Belfort (Le Loup de Wall Street) ou un hédoniste gay, dans cette vieille tradition cinématographique d’affubler les antagonistes de codes queer. Toujours est-il que son chant est admirable, sain, et n’a rien de la caricature qu’on lui impose scéniquement.<br />
La Kundry d’<strong>Elīna Garanča</strong> triomphe auprès du public. Elle a le format exact du rôle, sur toute son étendue. Le saut d’intervalle vertigineux du « lachte » est impressionnant, les aigus sont aisés mais gardent la couleur de mezzo qui les rend si intenses, tandis que les graves sont toujours audibles, jusqu’en dessous de la portée. Son souffle, sa projection témoignent d’un chant athlétique très efficace. Ainsi, le « Parsifal, weile » qui interrompt la scène des Filles-fleurs coupe le souffle par son simple effet physique. Tout en étant admiratif, on n’y voit cependant pas nécessairement une interprétation absolue. Garanča n’a jamais été une grande diseuse, mais réussit à nous surprendre agréablement au début de la scène de séduction. Elle y recherche des nuances, une souplesse, une articulation qu’on ne lui connaissait pas. Puis revient l’occasion de faire du son, et on perd ce soin. Le phrasé se fait minimal, et on cherche en vain la griffure, la fêlure qui caractérise le personnage. L’intensité y est alors strictement acoustique. Il ne s’agit pas pour nous de détails, car c’est le texte qui donne sa force à Kundry, sa malice et sa force de manipulation contribuant à son potentiel de séduction. Waltraud Meier le démontrait avec brio.</p>
<figure id="attachment_197901" aria-describedby="caption-attachment-197901" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197901" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0329-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197901" class="wp-caption-text">Georg Zeppenfel, Andreas Schager, Elīna Garanča</figcaption></figure>
<p>On se permet aussi d’être exigeant sur ce point car au moins deux membres de la distribution rappellent à quel point le chant wagnérien ne peut se passer de l’art du récit et de l’éloquence. <strong>Andreas Schager</strong> d’abord, Parsifal très investi, qui réussit malgré son format héroïque à trouver les nuances piano et la couleur juvénile dont a besoin par instants le rôle. <strong>Georg Zeppenfeld</strong> ensuite, pour nous l’atout majeur de la distribution. Son Gurnemanz rayonne de bonté, par la magie d’une voix riche en harmoniques, mais surtout par son art du mot. Il ne s’agit pas tant de diction que d’accentuation, de phrasé naturel pour donner l’illusion du parlé-chanté. Impossible de parler de tunnels quand les longs récits du personnage sont déclamés avec une telle intelligence. Il est par ailleurs très juste sur scène, alors que le niveau de jeu est assez inégal.<br />
Les seconds rôles sont tous distribués avec soin, du Titurel aussi grave que nécessaire de <strong>Tobias Kehrer</strong> aux Filles-fleurs, parmi lesquelles on distingue le beau soprano lyrique de <strong>Victoria Randem</strong>. Citons aussi le court solo de <strong>Marie-Henriette Reinhold</strong> en conclusion du premier acte, qui obtient l’effet céleste escompté grâce à une ligne impeccable.</p>
<p>Le <strong>Chœur du Festival de Bayreuth</strong> bénéficie avec Parsifal de nombreux moments pour briller, au premier rang desquels on met l’entrée du cortège funéraire de Titurel (« Geleiten wir im bergenden Schrein »). La violence des consonnes, l’expressivité, la cohésion en font un moment glaçant. Cependant, c’est l’ensemble de leur prestation qu’il faut saluer, des Filles-fleurs aux cérémonies du Graal. Les voix célestes en particulier réussissent pleinement l’effet androgyne trouble recherché par Wagner. Les artistes des chœurs ont été préparés par <strong>Thomas Eitler-de Lint</strong>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197902 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0325-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<p>Excès d’ambition ? Limites techniques ? Projet voué à l’échec ? On ne peut pas cacher une vraie frustration à la sortie du Festspielhaus face à une production qu’on attendait avec une vraie curiosité, voire une certaine bienveillance. Inaboutie, son plus grand tort est peut-être d’empêcher la transcendance créée par les interprètes de totalement se déployer, du fait de la pauvreté de son imaginaire. Et pourtant, on choisit d’en retenir la dernière image, celle de Kundry et Parsifal regardant vers l’avenir, prêts à guider l’humanité vers plus de respect mutuel, plus de « Mitleid ». Cette compassion, cette sensibilité, c’est bien ce que nous ont donné à entendre orchestre et chant ce soir, dans une interprétation résolument tournée vers le sensible.</p>
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		<title>WAGNER, Siegfried &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deuxième journée du Ring et voici l’opus magnum Siegfried sévèrement revu par l’éprouvante vacuité de la proposition de Valentin Schwarz. On retrouvera la cape couverture indienne dévolue aux sauveurs, mystérieusement abandonnée chez Mime, la casquette du garçonnet mal élevé du Prologue, le manteau mité et rouillé de Siegmund sur le dos de Siegfried et l’inévitable &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Deuxième journée du Ring et voici l’opus magnum <em>Siegfried</em> sévèrement revu par l’éprouvante vacuité de la proposition de <strong>Valentin Schwarz</strong>.<br />
On retrouvera la cape couverture indienne dévolue aux sauveurs, mystérieusement abandonnée chez Mime, la casquette du garçonnet mal élevé du Prologue, le manteau mité et rouillé de Siegmund sur le dos de Siegfried et l’inévitable antre du nain (dans le genre d’un taudis de l’Ost Berlin vers 1970). On y trouve des marionnettes et un petit théâtre avec rideau de velours où chacun va tenter d’imposer sa vison de l’histoire près de l’étage où se situe une chambre d’enfant – dans laquelle Mime se masturbe consciencieusement après avoir déployé un calendrier dit de charme avec femmes dénudées, alors que Siegfried explique comment il va tuer le dragon Fafner, gardien de l’or. Bref la vulgarité est toujours au rendez-vous dans la suite de cette proposition pleine d’absurdités. Citons pêle-mêle « l’épée » Notung forgée à partir d’une canne de blessé (symbolisant sans doute l’échec de Siegmund), un Wotan toujours en complet beurre frais flanqué d’hommes de mains en visite chez Mime, entre autres. Bref, on se moque comme d’une guigne du narratif du metteur en scène autrichien puisqu’il ne nous parle pas. L’essentiel est heureusement ailleurs avec un orchestre sans génie mais en phase avec les climats de ce premier acte : la noirceur initiale des desseins de Mime, puis son monologue fou, le leitmotiv du dragon, l’arrivée héroïque de Siegfried, entre autres motifs. Mime, c’est encore l’excellent <strong>Ya-Chung Huang</strong>, qui compose un personnage burlesque, naïf, malmené par Siegfried et par toutes les contorsions sur scène auxquelles l’a condamné V. Schwarz. Le Siegfried de <strong>Klaus Florian Vogt</strong> est tout simplement parfait (tel qu’attendu) ; non seulement doté du physique idéal (sans perruque) mais aussi de la vocalité héroïque idoine. Si les chants de la forge et de la fonte sont ridiculisés dans la mise en scène, Siegfried enflamme les spectateurs du Festspielhaus avec un chant à la projection aisée, jamais forcée, d’une rondeur sonore délectable. Dans son cantabile (qui en a déjà laissé plus d’un en chemin par le passé) Klaus Florian Vogt fait preuve d’endurance et d’une parfaite tenue des registres éprouvants tels qu’écrits sur la partition. Le temps semble n’avoir décidément pas de prise sur ce superbe chanteur : nul ne pourrait douter en effet que son personnage ignore la peur. Le Wotan de <strong>Tomasz Konieczny</strong> s’impose sans peine (malgré quelques défauts déjà relevés) mais le vibrato y est moins envahissant et il fait preuve d’une solennité mystérieuse qui ne dessert pas le Wanderer. Le jeu des questions avec Mime est ici brillant, tenant éloigné des fadaises du récit schwarzien.<br />
Le deuxième acte se situe dans la villa de Fafner, vieillard malfaisant et lubrique, en lit médicalisé. Est-ce à cause de cette trouvaille ridicule qu’on aura attendu en vain un fortissimo un peu plus éclatant dans la fosse au Prélude ? <strong>Tobias Kehrer</strong> est un magnifique Fafner, aussi impressionnant dans ce rôle que dans celui de Titurel la veille – où on l’a entendu dans le <em>Parsifal</em> de Jay Scheib. Ce vieillard est soigné par son aide ménagère, l’Oiseau de la forêt. Le grave caverneux, abyssal (même chantant de dos) de Tobias Kehrer est décidément formidable, accompagné du tuba et de la contrebasse de l’orchestre. L’Alberich d’<strong>Olafur Sigurdason</strong> convainc à nouveau mais le Mime grimaçant de <strong>Ya-Chung Huang</strong> est absolument exceptionnel dans sa scène de révélation. Il joue des riches ressources de son baryton dans tous les registres de sa tessiture pour livrer un personnage tantôt grotesque tantôt inquiétant, une performance très chaleureusement saluée par le public (qui offrira de longues ovations méritées à tous). Siegfried offre évidemment un moment de pur bonheur avec son aria « Dass der Mein Vater nicht ist» après le lyrisme délicat venu de la fosse des Murmures de la Forêt. Durant la soirée, sa maitrise du rôle et de ses nuances est un plaisir de chaque instant. Alors que l’Oiseau de la Forêt a rendu son tablier d’aide soignante et flirté avec le héros (<strong>Victoria Randem</strong> en fait un oiseau de paradis) qui brûle bientôt pour lui en retour, le dialogue entre Fafner mourant et Siegfried tient toutes ses promesses, mais Wotan ici ne semble guère avoir compris la leçon d’humilité que le livret lui réserve. Nul doute que cette histoire de lutte des classes qu’on veut nous asséner n’en soit responsable, dans cette proposition scénique, vainement philistine dans ses foisonnantes et vaines péripéties. Un figurant (adulte) représentant (nous dit-on) Hagen enfant n’apporte strictement rien au récit. La signification de sa disparition avec Siegfried, tous deux crevant un tableau (dans le goût de Klimt) en passe-muraille en fin d’acte demeurera un mystère, qui ne nous hantera pas.<br />
A l’Acte III en lieu et place du défilé montagneux de la première scène et du rocher encerclé de flammes où dort Brünnhilde, Siegfried se retrouve dans la maison en ruines de Wotan, ce dernier muni du chapeau texan de la Walkyrie rebelle et d’une valise. Sa dernière scène dans le Ring n’aura pas la grandeur tragique attendue même si l’intervention de l’Erda d’<strong>Anna Kissjudit</strong> est de nouveau superbe, déployant un timbre sombre et ambré évoquant sans peine les ressorts cachés du destin. Dommage qu’elle soit déguisée en SDF. Son duo avec Wotan <strong>(Tomasz</strong> <strong>Konieczny</strong> très investi) semble dénoter qu’elle-même a aussi été violée par lui. Un tel goût pour l’obscène dans la mise en scène interroge.<br />
Dans le deuxième tableau, le duo se fait immense entre Brünnhilde et Siegfried, à la hauteur des enjeux de l’œuvre, grâce à ces deux très grands chanteurs, au sommet de leurs moyens. On essaie d’oublier qu’elle est de retour d’une clinique esthétique, y ayant été obligée comme ses sœurs dans la Première journée. <strong>Catherine Foster</strong> livre un hymne de toute beauté, plein de noblesse, avec une justesse admirable (sans les hurlements que nous assènent parfois ses consœurs dans « Heil Dir, Sonne, heil dir, Licht »). Siegfried, lui, effrayé par la femme parvient à grandir et s’imposer contre Grane, l’assistant personnel (souvenez-vous) de la Walkyrie, et contre ses scrupules de déesse. Malgré un son un peu trop fondu venu de la fosse, <strong>Simone Young</strong> ayant enfin donné la part belle aux pupitres graves depuis le début de la soirée, mais un peu moins aux belles échappées des cordes, la représentation de ce lundi soir d’août du deuxième cycle du Ring 2025 est de haute volée grâce à un plateau vocal d’exception.</p>
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		<title>VERDI, Aida &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Oct 2023 07:35:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Soirée de contrariétés au Staatsoper de Berlin pour la 8 eme représentation d’une Aida dont la nouvelle production, le 3 octobre dernier, s’était achevée sous les huées conjuguées du public et d’une bonne partie de la presse allemande. Calixto Bieito, à qui l’on doit cette production n’est pas, cette fois-ci, le seul en cause – &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Soirée de contrariétés au Staatsoper de Berlin pour la 8 eme représentation d’une <em>Aida</em> dont la nouvelle production, le 3 octobre dernier, s’était achevée sous les huées conjuguées du public et d’une bonne partie de la presse allemande. <strong>Calixto Bieito</strong>, à qui l’on doit cette production n’est pas, cette fois-ci, le seul en cause – sa mise en scène nous le verrons, attire (recherche même ?) les foudres comme le vinaigre les mouches, mais elle mérite d’être discutée. Non, tout commence avant le lever de rideau où l’on fait trois annonces : la défection de Clémentine Margaine dans le rôle d’Amnéris (remplacée par <strong>Eve-Maud Hubeaux</strong>), la méforme vocale de l’Amonasro d’<strong>Alfredo</strong> <strong>Daza</strong> (qui a toutefois tenu bon jusqu’au bout) et surtout le refroidissement de <strong>Maria-José Siri</strong>, qui devait tenir le rôle-titre. Elle a en fait tenu un acte, le temps de trouver <em>in extremis</em> une doublure, en l’occurrence <strong>Oksana Nosatova</strong> qui, installée d’abord en loge, puis en bordure de scène, a chanté la partition tandis que Maria-José Siri mimait son rôle. Difficile, dans ces conditions très dégradées, de juger les voix. Chacun a fait de son mieux. Eve-Maud Hubeaux avait été Amneris à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-salzbourg-orient-occident-regards-croises/">Salzbourg en 2022</a> (où déjà elle fut une doublure, celle d’Anita Rachvelishvili). Arrivée précipitamment à Berlin elle a dû apprendre sur le fil la mise en scène et délivre au final une prestation très honorable, essentiellement après l’entracte et surtout au IV, où tout le dramatisme du personnage transpire enfin. <strong>Grigory Shkarupa</strong> est un roi à la couronne ferrée de…cartouches de mitraillette, aux éternelles lunettes de soleil et prompt à manier le pistolet ; bref un « beau gosse » à la voix captieuse et ferme. <strong>Erwin Schrott</strong> est un Ramphis vaillant, qualificatif que l’on n’utilisera pas pour rendre compte de la prestation du Radamès d’<strong>Ivan</strong> <strong>Magrì</strong> : la mise en scène fait certes de lui un éternel perdant, mais jamais la virilité du guerrier, la force et le courage de celui qui ne renonce jamais, ne sont vraiment rendus. Si l’on ajoute une voix, aux vraies qualités par ailleurs  (clarté, souffle), incapable de rendre les souffrances, les combats, les blessures du capitaine, nous avons le portrait d’un Radamès falot, condamné à triturer des grenades (les fruits !) et à s’en barbouiller, en lieu et place de préparatif de guerre !</p>
<pre><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https-__www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_51531_349c3987157740e587de28abc89d7a98_aida_OHP__E2_94_AC_C2_AE_Herwig_PRAMMER_R5_5809-1294x600.jpg" alt="" width="820" height="380" />© Bernd Uhlig</pre>
<p>L’orchestre est admirable, <strong>Nicola Luisotti</strong> est certainement conscient de conduire une formation de luxe ; c’est grâce à elle, merveilleux fil conducteur au milieu de tant d’embûches, que tous les obstacles sont finalement franchis. On regrettera un ou deux décalages sévères avec les chœurs, quant à eux irréprochables.</p>
<p>En confiant à Calixto Bieito une nouvelle production berlinoise, la direction du Staatsoper savait à quoi s’en tenir ; son <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/a-poil-max/">Freischütz</a></em> au Komische Oper en 2012 (huit ans après un <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/en-mai-de-mozart-fais-ce-quil-te-plait/">Entführung</a></em> décoiffant), déconseillé aux moins de 16 ans, avait fait hurler la critique, de même que son <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lohengrin-berlin-staatsoper-pari-a-demi-reussi-ne-veut-pas-dire-fausse-route-streaming/">Lohengrin</a></em> berlinois de 2020. Bieito a sans doute des comptes à régler avec le public (du reste lorsque le rideau s’ouvre, des hommes et des femmes, en tenue de prisonniers s’avancent vers le public, sur l’avant-scène, et miment de lui jeter rageusement des pierres). Mais tout cela n’est qu’un avant-goût d’une proposition qui se moque de l’histoire racontée comme d’une guigne. C’est bien le principal reproche que l’on peut faire à Bieito ; non pas tant d’avoir transposé (les transpositions deviennent la norme), mais de l’avoir fait sans prendre assise sur le terreau à disposition. Il y avait et il y a toujours matière à relire Aida à partir des événements nombreux qui jalonnent l’histoire. Mais ici Bieito ne voit qu’une chose dans la trame d’ensemble ; le rapport de classes dans la société et les ravages de la colonisation. Posés ces deux préalables à la compréhension du propos, Bieito va disserter, expliciter, démontrer, nous faire voir <em>ad nauseam</em> tout ce que le livret ne recèle évidemment pas. Le progrès est réservé aux classes supérieures, que ce soit en Europe ou dans les colonies africaines. Il y a des vainqueurs et des vaincus, des privilégiés et des opprimés. Dans une mise en scène qui tient plus du collage que de la trame narrative suivie, Bieito offre à nos yeux toute une série d’épisodes, plus ou moins convaincants mais, globalement, disons-le, jamais à propos. Le statut d’esclave d’Aida n’apparait pas clairement et le conflit entre Aida et Amnéris est celui entre deux familles aisées. L’Afrique est vue uniquement comme une terre de colonisation ou de safaris sanglants. Les soldats égyptiens sont armés de kalachnikovs, les enfants sont des esclaves ; on les voit trier les déchets de matériels électroniques au rebut. Le peuple opprimé se contente de boîte de goodies à moitié vides pour accepter sa condition de victime. Les ballets sont supprimés ; en lieu et place, des employées de magasin, habillées aux couleurs de Tati, une salade sur la tête, forment l’armée des employées au rythme de travail infernal (des vidéos aux images accélérées les montrent s’affairant dans une grande surface).</p>
<p>On pourrait multiplier les exemples d’une mise en scène foisonnante. Au final, c’est, très banalement, notre société capitaliste, de surconsommation qui est vilipendée. Soit, mais pas sûr qu’il était nécessaire de grossir le trait à ce point.</p>
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		<title>PURCELL/SCHÖNBERG, Didon et Enée/ Erwartung &#8211; Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-schonberg-didon-et-enee-erwartung-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maximilien Hondermarck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Didon et Enée, c’est court. Trop court pour une soirée d’opéra, juge-t-on, ce qui éloigne le tube de Purcell de bien des scènes lyriques. En 2006 à Vienne et plus tard à l’Opéra-Comique, Deborah Warner avait trouvé une solution en invitant la comédienne Fiona Shaw à réinventer le prologue perdu de Purcell à partir de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Didon et Enée</em>, c’est court. Trop court pour une soirée d’opéra, juge-t-on, ce qui éloigne le tube de Purcell de bien des scènes lyriques. En 2006 à Vienne et plus tard à l’Opéra-Comique, Deborah Warner avait trouvé une solution en invitant la comédienne Fiona Shaw à réinventer le prologue perdu de Purcell à partir de textes d’Ovide, de T.S. Elliot et de Yeats. Quelques minutes suspendues qui avaient donné à la suite de ce spectacle une profondeur poétique et sensible peu commune.</p>
<p>En choisissant un couplage avec <em>Erwartung</em> d’Arnold Schoenberg, c’est comme si <strong>Krzysztof Warlikowski</strong> faisait de <em>Didon et Enée </em>un long prologue. Didon, ressuscitant des morts, ou se réveillant d’un songe peuplé de sorcières et de marins, tue les nouveaux amants Enée et Belinda dans un accès de jalousie. L’extraordinaire monologue halluciné s’ouvre alors et nous scotche à notre siège. Le metteur en scène excelle à peindre ces personnages <em>borderline</em> et a trouvé en <strong>Ausrine Stundyte</strong> une nouvelle icône pour habiter son imaginaire. Il faut voir – et entendre ! – les imprécations douloureuses lancées au cadavre de son amant par la phénoménale soprano lituanienne. 30 minutes au sommet.</p>
<p>Si <em>Erwartung</em> impressionne, <em>Didon et Enée</em> frustre. Warlikowski ne sait manifestement pas quoi faire de l’œuvre, la parsemant de ses <em>gimmicks </em>habituels, la truffant de silences qui sont autant de freins à sa fluidité dramatique, demandant à ses chanteurs d’habiter le plateau avec le plus d’indifférence possible. En cela, il refuse au chef-d’œuvre de Purcell autant la légèreté que la solennité au profit d’une nonchalance, d’une grisaille générale. Le contraire du vocabulaire baroque en somme.</p>
<p>Cela tombe bien car, musicalement, il n’y avait pas une once de baroque non plus. Comment est-il sérieusement possible de jouer et de chanter <em>Didon et Enée </em>ainsi en 2023, quarante ou cinquante ans après les premières interprétations historiquement informées ? Certes, l’orchestre de l’Opéra n’est pas spécialiste, mais il parait que le chef <strong>Andrew Manze</strong> l’est… Et l’on connaît des phalanges modernes sachant faire « comme si », ou se faisant aider par des renforts éclairés.</p>
<p>Le résultat est au-delà d’un retour aux années 50 : rien ne respire, rien ne chante ; tout est pesant, mécanique, indifférencié. Les ritournelles sont « jolies », le contrepoint est limpide comme un exercice de conservatoire, les mesures font quatre temps bien égaux, battues indifféremment à la noire pendant une heure. C’est simple : Karl Böhm aurait sans doute été plus spirituel. Seul un continuo volontariste, quoique vibrionnant, tente de faire tenir debout l’édifice.</p>
<p>Si l’on passe tout à Ausrine Stundyte qui n’a évidemment pas la voix du rôle (mais a bien du courage d’enchaîner avec <em>Erwartung</em> après avoir serré le larynx pendant une heure), le reste de la distribution est impardonnable : Enée tonitruant, sans tendresse et systématiquement un temps en retard ; Belinda (très prometteuse <strong>Victoria Randem,</strong> mais dans un autre répertoire) et autres Dames surdimensionnées et mal accordées. D’une autre planète, la Sorcière du brillant <strong>Key’mon W. Murrah</strong> survole de son art idiomatique ce <em>Didon et Enée</em>, une œuvre bien longue ce soir-là.</p>
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		<item>
		<title>WAGNER, Siegfried — Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/siegfried-berlin-staatsoper-plateau-vocal-hors-norme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/siegfried-berlin-staatsoper-plateau-vocal-hors-norme/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ce qu’il faudra retenir de cette deuxième journée du Ring berlinois 2022, c’est le plateau vocal hors norme, un plateau comme aujourd’hui peu de maisons peuvent en proposer. Il n’y a pas beaucoup de personnages dans Siegfried, huit précisément, et tous les huit ont livré une prestation quasi parfaite. Même Victoria Randem, qui jouait le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce qu’il faudra retenir de cette deuxième journée du Ring berlinois 2022, c’est le plateau vocal hors norme, un plateau comme aujourd’hui peu de maisons peuvent en proposer. Il n’y a pas beaucoup de personnages dans <em>Siegfried</em>, huit précisément, et tous les huit ont livré une prestation quasi parfaite. Même <strong>Victoria Randem</strong>, qui jouait le <em>Waldvogel</em> (l’oiseau de la forêt) n’a jamais failli dans les aigus acrobatiques, mais, et ce sera notre seule réserve, la voix nous a semblé un peu surdimensionnée pour un rôle que, rappelons-le, Wagner réservait à un jeune garçon (on a fini par renoncer à cette tradition au regard de la difficulté de la partition).</p>
<p>Nous ne boudons pas notre plaisir de retrouver en Erda une <strong>Anna Kissjudit</strong> au rôle cette fois-ci moins marquant que dans <a href="https://www.forumopera.com/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau"><em>Rheingold</em></a>. Mais la séduction de la voix est toujours là car le grave est toujours autant habité, et habité d’une majesté rare. Hâte de réentendre cette jeune femme qui a ouvert de belles perspectives.</p>
<p>Le Mime de <strong>Stephan Rügamer</strong> avait laissé entendre de belles choses dans son court rôle du Prologue. Cette-fois, il est à la manœuvre pendant tout le I et une bonne partie du II ; et il confirme tout le bien qu’il faut penser de l’acteur tout d’abord, qui joue un Mime tout aussi vil que perfide, et de la voix, parfaitement taillée pour le rôle : des aigus grinçants, un médium très présent et juste ce qu’il faut de percussion.</p>
<p>Pour<strong> Johann Martin Kränzle</strong> en Alberich, il s’agit du deuxième Ring berlinois (il était en effet de la partie en 2010 dans la version Barenboim/Cassiers). Il avait aussi rencontré un beau succès dans <em>Rheingold</em>. Son personnage est moins fringant ; les années ayant passé, il est aujourd’hui un vieillard asthmatique, se déplaçant en déambulateur, et qui a perdu de sa superbe. La voix, elle, n’a rien perdu de son mordant, de son tranchant, et la première scène du II avec Wotan où tous deux se retrouvent comme des anciens combattants affaiblis, est une des plus réussies de la soirée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="312" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43817_b003c0bb82275da72058ee12f2295ed3_siegfried_b_274.jpg?itok=Wgs893WD" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>Le Fafner de <strong>Peter Rose</strong>, dragon devenu pour les besoins de la cause un dangereux et furieux détenu d’un hôpital psychiatrique, flanqué de deux gardiens qui lui maintiennent la camisole, possède tout ce qu’il faut de caverneux dans les graves pour rendre crédible, voire effrayant son personnage.</p>
<p>Et puis il y a le trio magique. On retrouve <strong>Michael Volle</strong> en Wanderer dans la même forme que dans <a href="https://www.forumopera.com/die-walkure-berlin-staatsoper-emotions-questions-et-regrets"><em>Walküre</em></a> ; on ne sait du reste s’il faut louer davantage l’acteur ou le chanteur, tant la crédibilité du premier n’a d’égal que la maitrise musicale du second. Le rôle est peut-être un brin moins exigeant que le Wotan du III de <em>Walküre</em>, mais l’aisance est tout aussi confondante. Volle, il faut le redire, est aujourd’hui au sommet de son art : expressivité, profondeur, puissance et chaleur, tout cela pour le même prix !</p>
<p>Il faut attendre la dernière scène du III pour revoir la Brünnhilde d’<strong>Anja Kampe</strong>. Mais l’attente vaut la peine : quelle intensité en effet dans ce duo qui aurait dû culminer en duo d’amour avec Siegfried, nous y reviendrons. La voix est parfaite de rondeur, de puissance et l’engagement fait frémir. Quelle belle partenaire de scène pour le Siegfried d’<strong>Andreas Schager</strong>, tant attendu ce soir. Schager, on l’imaginait, se joue de ce rôle XXL avec la gourmandise qui n’est plus un secret ; et pourtant la partie n’est pas aisée, la faute à tout ce qu’on lui impose comme jeu de scène tout au long de la partie. Vocalement, Schager est plus <em>Heldentenor</em> que jamais, il dévore les <em>fortissimi</em> à pleines dents et les livre à nos oreilles médusées.</p>
<p>Ce qu’il faudra retenir aussi, c’est un orchestre de la Staatskapelle cette fois-ci quasi impeccable. Mieux que cela, la « patte » de <strong>Christian</strong> <strong>Thielemann</strong> est plus présente que jamais. Il impose tout d’abord un tempo ralenti, particulièrement au I, premier acte dont il donne une vision chambriste bienvenue. Les disputes incessantes entre Siegfried et Mime, la scène des énigmes entre le Wanderer et Alberich, tout cela est rendu sur le ton de la conversation et l’idée est séduisante. Et puis, pour la suite, à partir de la scène 3 du I et jusqu’au final de l’œuvre et sa tonalité solaire de do majeur, la machine orchestrale se met en ordre de bataille et c’est à un délice sans nom qu’elle nous invite, et plus particulièrement dans les pupitres des vents. La palette des couleurs est infinie et la précision sans défaut. Oubliées donc les quelques réserves que nous émettions pour les deux premiers opus.</p>
<p>Ce qu’il faudra retenir enfin, mais pour la moins bonne part cette fois, c’est la proposition de Dmitri Tcherniakov, que nous ne pouvons pas suivre entièrement, c’est peu de le dire.<br />
	Il y a d’abord un certain nombre d’incohérences, qui finissent, au fur et à mesure que l’action évolue, par devenir criantes.</p>
<p>Siegfried est présenté dans l’inévitable vidéo projetée pendant le prélude, comme un enfant gâté et pour autant malheureux, vivant au milieu de ses innombrables jouets. Ce sont ces mêmes jouets que l’on retrouve dans sa chambre au lever de rideau. Nous sommes dans l’appartement de Mime et de son fils adoptif Siegfried, le même appartement occupé dans <em>Walküre</em> par Sieglinde et Hunding (!).</p>
<p>Le temps a  passé depuis le volet précédent : tous les personnages ont vieilli d’une bonne vingtaine d’années, sauf Brünnhilde qui, au III, est installée par son père dans le « laboratoire du sommeil », après qu’elle ait dessiné sur les parois de plexiglas, les flammes du cercle de feu. On se demande bien pourquoi il était nécessaire de répéter, en la transformant fortement toutefois la scène finale de <em>Walküre</em>.</p>
<p>Wotan a cédé son entreprise à un triumvirat de femmes, mais il revient fréquemment, pour les surveiller, les conseiller, les espionner peut-être. Il est du reste quasi omniprésent en spectateur, comme s’il veillait au bon déroulement de l’ensemble. Dans un placard de son ancien bureau il a conservé une…lance qu’il brisera lui-même à la fin de la confrontation avec son petit-fils Siegfried, à la scène 2 du III. Ce n’est pas l’épée Nothung qui brisera la lance car l’épée ne sera jamais reconstituée. Au I en effet, Siegfried ne forge pas Nothung à partir des deux morceaux, mais…brûle l’ensemble de ses jouets, ce qui nous laisse espérer qu’il symbolise par là la sortie de l’enfance. Que nenni, la suite nous l’apprendra.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="310" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43810_19e95d60ea193b316324747ea76f977a_siegfried_b_150_0.jpg?itok=CIBpiI4E" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>L’épée, toujours brisée en deux, est remisée dans le sac à dos de Siegfried et c’est elle qui tue Fafner. Pas d’épée reconstituée donc, pas d’anneau non plus.</p>
<p>Il y a surtout, dans le parti pris de Tcherniakov le terrible sentiment qu’il nous prive volontairement du duo d’amour entre Siegfried et Brünnhilde. A force de pousser la démonstration jusqu’au bout, à force de faire de Siegfried un objet d’étude expérimentale en 6 phases explicitées sur un tableau d’affichage, qui lui enlève tout sentiment amoureux et le prolonge dans une enfance qui n‘en finit pas, non seulement Tcherniakov supprime toute la poésie de ce magnifique duo mais, et c’est bien plus lourd de conséquences, il entre en collision frontale avec le texte chanté lui-même qui dit, avec une formidable ferveur et une pure beauté littérale, certes surannée, mais tellement envoûtante, toute la gamme des sentiments amoureux et la fougue qui s’installe peu à peu entre les deux amants et qui finit par les réunir. Tout cela passe à la trappe. Seule Brünnhilde est amoureuse ; elle quitte le « laboratoire du sommeil » lorsqu’elle se rend compte qu’elle est véritablement éprise de Siegfried (et l’idée de changer de décor au moment où changent ses sentiments, se tient bien), mais Siegfried reste jusqu’au bout ce sale gamin insupportable qui rit de tout et se moque des sentiments de sa belle.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="312" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43828_72b15e5b0080ee00b043a6ddb51d847a_siegfried_b_331.jpg?itok=5PnMDEBZ" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>Un déséquilibre très inconfortable s’installe alors sur scène, qui ne se résoudra jamais et une frustration évidente naît chez le spectateur qui se sent floué et privé de ce qui aurait dû être l’un des moments les plus poignants de la Tétralogie.</p>
<p>La suite – et fin – du Ring nous dira si Tcherniakov finit par nous convaincre de la pertinence de sa proposition. Pour le moment, le doute est de mise.</p>
<p> </p>
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		<title>EÖTVÖS, Sleepless — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/peter-eotvos-sleepless-opera-ballade-geneve-de-belles-images-pour-un-conte-musical-sagement-moderne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Mar 2022 04:00:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y avait beaucoup de sièges vides le soir de la première. Est-ce la mention « création mondiale » qui avait fait peur aux absents ? Ils eurent tort. Le spectacle est touchant, mis en scène remarquablement, fort bien chanté. Bref, très séduisant. Sleepless, c’est presqu’un conte, c’est une œuvre tendre, l’histoire de deux Bonnie et Clyde &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y avait beaucoup de sièges vides le soir de la première. Est-ce la mention « création mondiale » qui avait fait peur aux absents ? Ils eurent tort. Le spectacle est<em> </em>touchant, mis en scène remarquablement, fort bien chanté. Bref, très séduisant.</p>
<p><em>Sleepless</em>, c’est presqu’un conte, c’est une œuvre tendre, l’histoire de deux Bonnie et Clyde norvégiens, victimes de la fatalité, de la solitude. <strong>Peter Eötvös</strong> l’a sous-titrée « opéra-ballade » et la mise en scène, joliment naïve comme un livre pour enfants, est aussi colorée que la partition.</p>
<p>Eötvös, qui dit avoir toujours besoin d’un prétexte littéraire avant de composer un opéra, s’est appuyé ici sur la <em>Trilogie</em> de Jon Fosse, trois petits livres, <em>Insomnie</em> (d’où le titre<em> Sleepless</em>), <em>Les Rêves d’Olav</em>, <em>Au tomber de la nuit</em>, trois livres brefs, d’une écriture lisse, qui racontent un drame, mais de façon tellement allusive, tellement fluide, que parfois on revient en arrière avec le sentiment qu’on a passé sur un événement important sans y prendre garde.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/25032022_sleepless_pre-ge_gtgcdougados_magali_e8a9261.jpg?itok=NoM9Fgu7" title="Victoria Randem et Linard Vrielink © GTG-Magali Dougados" width="468" /><br />
	Victoria Randem et Linard Vrielink © GTG-Magali Dougados</p>
<p>C’est une histoire qui se passe en Norvège, dans un port de pêche, l’histoire de deux jeunes gens, un garçon et une fille. Elle est enceinte, elle va accoucher bientôt, ils ne savent pas où aller. « We have nowhere to go », répète le garçon. Ils ne savent ni où dormir, ni que manger, ils sont repoussés de partout. Oui, ça ressemble à la fuite en Egypte, l’idée traverse l’esprit à la lecture… Et donc on lit ces récits et tout à coup on prend conscience qu’il y a eu un mort, puis un autre, puis un troisième, oh ! sans préméditation, involontairement, parce que c’était comme ça, en toute innocence presque.<br />
	Deux innocents, oui. Il fait froid, il pleut, il y a la mer, des barques, des hangars à bateaux, et le destin est à l’œuvre.</p>
<p>Les thèmes récurrents de Jon Fosse, ce sont l’attente, l’angoisse, la solitude, la rencontre, la séparation, la déréliction. Auteur d’une trentaine de pièces, traduit en quarante langues, il dit des choses comme « je cherche ce que nous appelons Dieu dans un monde sans Dieu », ou comme « la vraie littérature traite de ce que cela signifie de mourir » ou (à propos des rencontres entre les êtres) : « Qu’est-ce qui fait que cela se produit ? »</p>
<p><strong>Deux naufragés de la vie</strong></p>
<p>Alida (la fille) et Asle (le garçon), on ne sait pas comment leur rencontre s‘est produite, simplement ils sont là. Ce sont deux naufragés. Ils n’ont pour tout bagage que leur jeunesse et pour seul bien que le violon dont Asle, le garçon, a hérité de son père Sigvald. Orphelins, ou presque : il ne reste à Alida, la fille, qu’une mère qui refuse de les héberger et de leur donner à manger.<br />
	C’est l’histoire d’un jeune couple rejeté par tous, issu de deux familles brisées. Eux-mêmes sûrement reproduiront les mêmes schémas.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/22032022_sleepless_piano_gtgcdougados_magali_e8a8822.jpg?itok=bfUth5XB" title="Victoria Randem et Linard Vrielink © GTG-Magali Dougados" width="468" /><br />
	Victoria Randem et Linard Vrielink © GTG-Magali Dougados</p>
<p>Autour d’eux un monde archaïque, des pêcheurs, des êtres dont on ne sait rien (cet homme en noir qui semble incarner le destin), les éléments, l’eau (thème obsédant), les nuages indifférents… Eötvös aurait pu prendre le parti d’une musique grisâtre, et le metteur en scène lui emboîter le pas, or c’est tout le contraire : l’orchestration rutile, dans une manière de pointillisme sonore, et soutient une écriture vocale, faite souvent de brefs élans, mettant en valeur des chanteurs-acteurs.<br />
	Car c’est bien de théâtre musical qu’il s’agit. Eötvös dit qu’il a besoin que le texte soit écrit jusqu’à la dernière virgule avant de commencer à composer, et que dès lors tout avance ensemble, les voix et l’orchestre.</p>
<p><strong>Un drame, mais dans des couleurs de confiserie</strong></p>
<p>Quant à la scénographie, elle pourrait être sordide et neurasthénique, en accord avec le drame d’Asle et Alida. Or, dans la mise en scène très agile de <strong>Kornél Mundruczó</strong> et grâce au décor astucieux et drôle de <strong>Monika Pormale</strong>, elle est surprenante, incongrue, poétique : tout se passe autour et dans un énorme poisson posé sur le rivage. D’abord on ne verra que les écailles de son côté droit, puis la scène tournante révèlera son intérieur : une énorme arête au dessus de plusieurs alvéoles, séparées par des cloisons ayant l’aspect de darnes de thon rouge, et figurant la cuisine de la mère ou une taverne de pêcheurs.<br />
	Aux alentours, des barques à rame, et la présence de la mer. Tout cela se passe « là où le fjord scintille et où les saumons bondissent hors de l’eau », chantent les deux chœurs qui commentent l’action, deux fois trois voix féminines (d&rsquo;ailleurs merveilleuses), de part et d’autre de la scène.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/25032022_sleepless_pre-ge_gtgcdougados_magali_e8a9492.jpg?itok=jkhu4wLg" title="© GTG-Magali Dougados" width="468" /><br />
	© GTG-Magali Dougados</p>
<p>Autre chœur, celui des pêcheurs en vareuses multicolores, ils sont six (deux fois trois, tout semble aller par trois, y compris les accords en triades, diminuées ou augmentées, dont Eötvös explique qu’elles constituent l’armature harmonique de cet opéra faussement simple). Ils forment un groupe truculent esquissant parfois quelques pas de danse. Peter Eötvös dit s’être soucié de créer un environnement musical norvégien, et avoir cité explicitement deux mélodies traditionnelles. Le violon d’Asle (violon <em>hardanger</em> à huit cordes, dont quatre sont des cordes de résonance) l’a particulièrement inspiré. Un violon qu’Asle a hérité de son père et qui est en somme son âme. A partir du moment où il l’aura vendu, tout partira à vau-l’eau.</p>
<p><strong>Quelques clefs musicales cachées</strong></p>
<p>Musique dans la musique, pourrait-on dire. Le chœur chante : « La musique naît du chagrin », avant d&rsquo;ajouter : « Quand Asle joue, le chagrin s&rsquo;en va »&#8230;</p>
<p>L’œuvre est sans doute moins candide qu’elle ne le paraît. Il y a ainsi dans la partition quelque chose qu’on perçoit peut-être (ou pas !) et qui est une manière de clef secrète : c’est que chacune des treize scènes s’appuie sur un ton fondamental. Eötvös dit qu’il ne s’agit pas d’une tonalité, mais d’une couleur tonale, – que par exemple la première scène se déroule au bord de la mer, et que la tonalité de <em>si</em> naturel lui confère un climat tranquille et doux qu’on retrouvera dans la treizième scène, le monologue final d’Alida devenue vieille et racontant sa vie après la mort d’Asle (car, oui, il meurt, il meurt même pendu après ses crimes).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/22032022_sleepless_piano_gtgcdougados_magali_e8a8850.jpg?itok=qLHGYPNO" title="Victoria Randem © GTG-Magali Dougados" width="468" /><br />
	Victoria Randem © GTG-Magali Dougados</p>
<p>Après le <em>si</em> naturel de la scène d’ouverture (le dénuement, la faim, l’errance), on monte jusqu’au <em>fa</em> (intervalle de triton synonyme de tension) pour la scène violente où l’on assiste à pas moins de deux meurtres, et ainsi de suite, pour la scène du marché aux poissons, celles de la vieille femme, de la fille blonde, du rêve, de l’homme en noir, etc. et l’on passe par douze couleurs tonales successives, <em>si</em>, <em>fa</em>, <em>fa</em> #, <em>do</em>, <em>do</em> #, <em>sol</em>, <em>sol</em> #, <em>ré</em>, <em>ré</em> #, <em>la</em>, <em>si</em> ♭, <em>mi</em> et retour au <em>si.</em></p>
<p>Le récit se déroule en treize scènes. Soit scènes à deux (Alida et Asle), soit scènes de confrontation avec le monde hostile. Curieusement, alors que les récits de Jon Fosse sont tissés de longues phrases évanescentes, évoquant une Norvège de brumes et d’incertitude, l’écriture du livret de <strong>Mari Mezei</strong> est faite, elle, de courtes répliques, vives et nerveuses, factuelles. Et cette vivacité se reflètera dans l’écriture musicale, preste elle aussi.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/22032022_sleepless_piano_gtgcdougados_magali_e8a8886.jpg?itok=NfePUovt" title="Victoria Randem © GTG-Magali Dougados" width="468" /><br />
	Victoria Randem © GTG-Magali Dougados</p>
<p><strong>« Il m’a semblé important d’utiliser un langage musical simple » (Eötvös)</strong></p>
<p>On a l’impression qu’Eötvös joue de tout l’outillage vocal disponible, on aura des colorature, des ariosos, des lamentos, un dixtuor, un choral, et même un double chœur a cappella. Il utilise une distribution vocale des plus familière, soprano, ténor, soprano léger, baryton-basse, etc. Des phrases musicales courtes, souvent lyriques (celles des deux protagonistes), et en somme une syntaxe très classique. A aucun moment, on n’a le sentiment que les voix sont malmenées.</p>
<p>Ainsi, au petit rôle de la fille blonde qui se prostitue sur le port (et qui hébergerait volontiers Asle s’il était seul, et lui offrira d’ailleurs incidemment quelques caresses appuyées, accompagnées au trombone…), à cette soprano légère (doublement), Eötvös réservera quelques vocalises du plus bel effet (brillamment envoyées par <strong>Sarah Defrise</strong>).</p>
<p>Ainsi au tout petit rôle du bijoutier (qui tient boutique dans la bouche du poisson), très joliment chanté par le ténor <strong>Siyabonga Maquingo</strong>, à la voix si claire, il prêtera quelques phrases tout à fait mélodiques.</p>
<p>Ainsi à l’Homme en noir (l’excellent <strong>Tómas Tómasson </strong>qui fut il y a quelques saisons un impressionnant Wotan sur cette même scène), il réservera quelques belles répliques et une assez longue scène qu’on dirait volontiers écrite en arioso.<br />
	Cet Homme en noir est en somme la représentation du destin, qui rattrape les deux jeunes fuyards. Cela ne servait à rien de fuir ce petit port de Dylgja pour essayer de disparaître à Bjøgvin : nos actes nous suivent et, pour avoir noyé un loueur de bateaux, égorgé la mère d’Alida et tué une vieille inhospitalière en l’enfermant dans son trio, Asle sera condamné par la justice populaire, celle des pêcheurs, à être pendu.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/22032022_sleepless_piano_gtgcdougados_magali_e8a9064.jpg?itok=MTABWA-s" title="A gauche Tómas Tómasson © GTG-Magali Dougados" width="468" /><br />
	A gauche Tómas Tómasson © GTG-Magali Dougados</p>
<p>C’est à ce personnage d’Asle qu’Eötvös réserve de belles phrases lyriques, qui souvent s’épuisent vite, à l&rsquo;image de ce personnage velléitaire et fragile. On aime la richesse du timbre et la sincérité de <strong>Linard Vrielink</strong>, jeune ténor néerlandais. Lui qui chante fréquemment Mozart et Rossini, il compose un personnage à qui sa vie échappe, se débrouillant comme il peut avec une fatalité qui s’accable, frêle silhouette très d’aujourd’hui, crâne rasé et sweat à capuche, allant d’une bouffée de violence à l’autre et semant la mort.</p>
<p><strong>Mort et marimba</strong></p>
<p>Car en somme <em>Sleepless</em> ne parle que de mort (d’amour aussi, mais comment le vivre dans la société ?). On citait la phrase de Jon Fosse « la vraie littérature traite de ce que cela signifie de mourir ». Dans cet opéra-ballade, chaque fois que la mort est évoquée, pressentie, ou présente, on entend un marimba, et c’est dire qu’on l’entend souvent. C’est l’un des éléments coloristes d’une orchestration poudroyante, multicolore, et presque insaisissable tant elle est mobile.</p>
<p>La palette de timbres est constamment variée, très riche en percussions. Il faut saluer la performance de l&rsquo;<strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong>  : c&rsquo;est une partition de solistes, dirigés ici par le compositeur en personne, très attentif aussi à ses chanteurs, et fréquemment on voit sa main leur indiquer les départs dans une partition toute en changements de rythmes, et donc périlleuse.<br />
	Une grande place est faite aux vents, bois et cuivres, mais on aime aussi les longues tenues des cordes graves, puis des violons lors de la scène où Alida berce son bébé, le violon solo monte dans l’extrême aigu, une flûte acide, une cloche s’entrelacent à la harpe, tandis qu’Alida, dans une écriture qui évoque un peu Britten, déroule son lamento. Puis les six voix choristes prennent le relais, pour incarner l’âme de la jeune femme dans un unisson qui sonne comme une prière.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/22032022_sleepless_piano_gtgcdougados_magali_e8a9072.jpg?itok=Dieq3Cjm" title="Victoria Randem © GTG-Magali Dougados" width="468" /><br />
	Victoria Randem © GTG-Magali Dougados</p>
<p><strong>Se reposer dans la mer</strong></p>
<p>Après la mort d’Asle (un nuage descendra des cintres pour cacher la pendaison), un nouveau venu Asleik (autre baryton solide, et aux larges phrasés, le Finlandais <strong>Artu Kattaja</strong>) prendra en charge Alida et son enfant et tous deux partiront sur de nouveaux chemins, mais la voix d’Asle venue du ciel (en l’occurrence du dos du poisson où il sera assis) chantera « I’ll be always with you ».</p>
<p>La scène finale sera la plus émouvante et l’aboutissement de ce drame. Des cintres descendront des nuages de théâtre, cotonneux à souhait, et apparaîtra Alida, les cheveux blanchis. <strong>Victoria Randem</strong>, jeune soprano norvégienne d’origine nicaraguayenne (et qui elle aussi chante notamment Mozart au Staatsoper Berlin) mettra beaucoup d’émotion et de sincérité à la déploration d’Alida devenue vieille et se remémorant sa vie. Son fils Sigvald, devenu violoniste, sera parti vivre sa vie, elle sera restée seule, dans le souvenir inoublié d’Asle. La dernière image la montrera entrant dans la mer pour s’y noyer. Et dans un ultime choral, teinté de mysticisme, les dames-choristes, telles des Nornes, chanteront qu’Asle est le bleu du ciel et qu’Asle est la mer…</p>
<p>Et on entendra le son d’un violon, expression de cette âme qui aura été, vaille que vaille, transmise, et qui semblera se perdre au dessus de la mer, tandis que le rideau tombera.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/25032022_sleepless_pre-ge_gtgcdougados_magali_e8a9730.jpg?itok=-DAq6Xk6" title="© GTG-Magali Dougados" width="468" /><br />
	© GTG-Magali Dougados</p>
<p dir="ltr"> </p>
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		<title>EÖTVÖS, Sleepless — Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sleepless-berlin-staatsoper-peter-eotvos-en-cine-concert/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Dec 2021 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sleepless, le nouvel opus de Peter Eötvös en création au Staatsoper de Berlin en cette fin d’année, adapte une œuvre de Jon Fosse, Trilogie, qui narre le parcours de survie d’un jeune couple à peine sorti de l’adolescence, Alida et Asle, dans une Norvège rurale, engoncée dans ses valeurs morales. Elle est enceinte, ils ne &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Sleepless</em>, le nouvel opus de <strong>Peter Eötvös</strong> en création au Staatsoper de Berlin en cette fin d’année, adapte une œuvre de Jon Fosse, <em>Trilogie</em>, qui narre le parcours de survie d’un jeune couple à peine sorti de l’adolescence, Alida et Asle, dans une Norvège rurale, engoncée dans ses valeurs morales. Elle est enceinte, ils ne sont pas mariés. Chassés de leur logement de fortune, rejetée par la mère d’Alida, et déjà parias à peine arrivés dans le village de pêcheurs de Bjogvin… la situation ne laisse d’autre recours que la violence à Asle, petite frappe malgré lui et qui finira rattrapé par la potence quand les pêcheurs comprendront qu’il laisse un sillage de cadavre sur son chemin.</p>
<p>	Cette histoire banale de prime abord, tragique dès que l’on commence à compter les morts, aurait pu s’illustrer dans une musique forte et audacieuse. Etrangement, Peter Eötvös, fait le choix d’une composition au minimalisme tout à fait nordique : l’orchestre installe des ambiances aquatiques, les percussions viennent rythmer la scansion des événements, quelques flûtes ou un violon solo accompagnent les chanteurs dans leurs rares ariosos. Le tout est plaisant grâce à une belle écriture vocale, un rien répétitif. On s’étonne finalement de ce manque d’ambition qui renvoie l’œuvre dans les séries B à coté des modèles auxquels on pense fatalement de par les sujets du livret : Janáček pour l’ordre moral qui enferme les femmes, Britten et son <em>Peter Grimes</em>. Série B en effet, car bien souvent, on a plus l’impression d’assister à un ciné-concert qu’à une représentation de théâtre lyrique.</p>
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	© Gianmarco Bresadola</p>
<p>Cette impression est encore renforcée par le dispositif scénique qui joue en permanence sur les effets de travelling induit par une tournette. Le décor est assez impressionnant et audacieux : un poisson géant, découpé sur la tranche comme pour en lever les filets, permet de créer et les espaces extérieurs (les quais, la ville natale) et les lieux intérieurs : le bar, la maison de la sage-femme, le studio de la mère d’Alida. Grâce à lui, <strong>Kornél Mundruczó</strong> réussit à dépasser la simple illustration de l’histoire et à lui donner une dimension tout aussi poétique qu’inquiétante. A bien des reprises, le spectateur se retrouve à l’intérieur de ce monstre des profondeurs, dans les entrailles où le mal naît, conduisant Asle à ses exactions et Alida à dormir pour ne pas voir ou oublier. Elle dort, lui est <em>sleepless</em> (insomniaque) jusque dans la mort où le souvenir de son personnage continue à s’adresser à son amoureuse dans un dernière scène toute symbolique.</p>
<p>Cette réalisation de bonne facture se double d’une excellente performance scénique. Peter Eötvös dirige avec rigueur et rondeur une Staatskapelle de Berlin excellente à tout niveau. Les deux sextets – masculin pour les pêcheurs ; féminin pour les voix qui s’adressent à Alida – sont irréprochables. Les puissances des premiers contrastent avec la douceur et les aigus cristallins des secondes. De nombreux petits rôles traversent ce drame en moins de deux heures. Qu’importe, le métier et le timbre rauque d’<strong>Hanna Schwarz</strong> font mouche tout de suite dans sa courte scène où la veille dame qu’elle incarne finit étouffée dans le frigo. Il en va de même pour <strong>Arttu Kataja</strong>, Asleik plein de morgue ou encore <strong>Sarah Defrise</strong> dont les suraigus et staccati rendent crédible le personnage de la prostituée fantasque. <strong>Katharina Kammerloher</strong> se coule avec aisance dans la voix et les traits de la mère alcoolique puis de la sage-femme pleine de compassion.<strong> Tomas Tomasson</strong> incarne un homme en noir autoritaire. <strong>Linard Vrielink</strong> (Alse) transcende un instrument à la puissance et à la projection limitée grâce à une technique solide. L’aisance vocale est certaine cependant et son souffle lui permet de tenir les notes les plus exposées. Sa présence scénique bluffante appuie même son incarnation : on croit avec effroi à cette petite frappe aussi douce que capable des pires crimes. La soprano norvégienne <strong>Victoria Randem</strong>, à l’inverse, déploie un chant charnu, ample et sonore. Son art des couleurs et une diction anglaise irréprochable lui font porter le texte du livret comme aucun autre interprète du plateau, permettant de suivre les évolutions du personnage pivot d’Alida. <strong>Jan Martiník</strong> (l’aubergiste), <strong>Roman Trekel</strong> (le passeur) et <strong>Siyabonga Maqungo</strong> (le bijoutier) complètent cette distribution investie, dont une partie fera le voyage en mars au Grand Théâtre de Genève, co-commanditaire de ce nouvel opus.</p>
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	© Gianmarco Bresadola</p>
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