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	<title>Judith RASKIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Judith RASKIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Orfeo ed Euridice</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Jun 2018 05:41:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le chef-d&#8217;œuvre de Gluck a connu plusieurs versions, de la main de son auteur, comme de celle d&#8217;arrangeurs plus ou moins doués (Hector Berlioz étant le plus dévoué d&#8217;entre eux). Basée sur l&#8217;édition Ricordi de 1859, qui reprend peu ou prou la version Berlioz, en italien original ou retraduite (les récitatifs pour l&#8217;essentiel), cette édition &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le chef-d&rsquo;œuvre de Gluck a connu plusieurs versions, de la main de son auteur, comme de celle d&rsquo;arrangeurs plus ou moins doués (Hector Berlioz étant le plus dévoué d&rsquo;entre eux). Basée sur l&rsquo;édition Ricordi de 1859, qui reprend peu ou prou la version Berlioz, en italien original ou retraduite (les récitatifs pour l&rsquo;essentiel), cette édition traduit l&rsquo;état de connaissance de ce répertoire au moment de l&rsquo;enregistrement : par exemple, <a href="/cd/orfeo-ed-euridice-une-nouvelle-grande-reference">l&rsquo;air « Addio miei sospiri » (qui existe en français dans la version Berlioz comme </a>« Amour, viens rendre à mon âme ») <a href="/cd/orfeo-ed-euridice-une-nouvelle-grande-reference">est coupé, car à l&rsquo;époque on croyait qu&rsquo;il n&rsquo;était pas de Gluck mais de Berton</a>i. A la tête des Virtuosi di Roma, <strong>Renato Fasano</strong> tente de rompre avec le Gluck <em>romanticisé</em> qui prévalait jusque là, mais on a l&rsquo;impression d&rsquo;entendre du Vivaldi tel qu&rsquo;on le donnait à l&rsquo;époque, plutôt que du Gluck tel qu&rsquo;on l&rsquo;interprète aujourd&rsquo;hui. Le tempo reste globalement solennel (mais pas aussi mortuaire que parfois), manquant globalement d&rsquo;urgence. La version donnée ici se traîne en longueur (129&prime;, sans l&rsquo;air d&rsquo;Orphée précité) en raison des multiples ballets qui viennent l&rsquo;alourdir (48&prime; de musique non vocale !) : <a href="https://youtu.be/TiObBlwTJrY">on a l&rsquo;impression d&rsquo;entendre les interludes de la défunte ORTF</a> (« Nous nous excusons de cette interruption technique : votre programme reprendra dans quelques minutes »). </p>
<p>Dans ce contexte, <strong>Shirley Verrett</strong> est une Orfeo de grande classe, d&rsquo;une émotion réelle mais contenue, sans excès. A ce stade de sa carrière, la voix est somptueuse, mais le mezzo américain n&rsquo;abuse pas de ses couleurs, préférant une certaine sobriété. Partenaire de luxe dans un rôle plutôt sacrifié par Gluck (on préférera l&rsquo;air d&rsquo;origine à la version tardive qui intercale un duo entre les deux couplets), <strong>Anna Moffo</strong> a pour elle la beauté de son timbre d&rsquo;une séduction immédiate, mais peine à être véritablement émouvante. <strong>Judith Raskin</strong> est plus proche de certaines chanteuses baroques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, en ce sens que ses moyens limités ne lui permettraient pas de chanter grand-chose d&rsquo;autre. Compte tenu de son prix modique, cette version reste un ajout intéressant à une discothèque déjà fournie en versions de référence, mais ne saurait prétendre aux premières marches du podium.</p>
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		<title>The Impresario (Der Schauspieldirektor)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/the-impresario-der-schauspieldirektor-une-agreable-curiosite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Dec 2017 07:08:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Der Schauspieldirektor fut écrit par Wolfgang Amadeus Mozart alors qu’il venait de passer les trente ans. La partition, très courte, comporte une ouverture et quatre numéros vocaux seulement : un air pour chacune des deux sopranos, un trio (les  mêmes accompagnées du ténor), un ensemble final (avec le baryton). L’ouvrage fut composé à l’occasion d’une compétition &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Der Schauspieldirektor</em> fut écrit par Wolfgang Amadeus Mozart alors qu’il venait de passer les trente ans. La partition, très courte, comporte une ouverture et quatre numéros vocaux seulement : un air pour chacune des deux sopranos, un trio (les  mêmes accompagnées du ténor), un ensemble final (avec le baryton). L’ouvrage fut composé à l’occasion d’une compétition musicale organisée en 1786 par l&rsquo;Empereur Joseph à Vienne. Le facétieux souverain voulait mettre en compétition un <em>singspiel  </em>(genre musical allemand proche de l’opéra-comique français, avec d’importants dialogues) et un opéra italien. Pour cette même occasion, Antonio Salieri composa l&rsquo;<em>opera buffa</em> : <em>Prima la musica, poi le parole</em>. Les deux ouvrages furent données à l’Orangerie de Schönbrunn, et sur des scènes symétriquement opposées, les auditeurs étant attablés au centre : des chanteurs allemands défendaient l’ouvrage de Mozart, une troupe italienne (où l’on note la présence de <a href="/livre/nancy-storace-muse-de-mozart-et-de-haydn-nancy-for-ever">Nancy Storace, future créatrice de la Susanna des <em>Nozze di Figaro</em></a>), celui de Salieri. Les deux ouvrages sont assez rarement donnés de nos jours, et encore moins ensemble. Pour l’anecdote, en 1991, Natalie Dessay intepréta le rôle de Mme Herz et de Zaide dans une production à l’Amphithéâtre Bastille mélangeant les deux partitions (<em>Zaide </em>est également un singspiel mozartien inachevé, composé en 1780).</p>
<p>Pour le présent enregistrement, l’ouvrage a été traduit en anglais, rebaptisé <em>The Impresario</em>, et les dialogues modernisés par Dory Previn, l’épouse à l’époque du chef <strong>André Previn</strong>. Passé le choc de la langue anglaise, cet enregistrement, bien antérieur à la « révolution baroque » et à tout ce que l’on a pu apprendre sur l’exécution des ouvrages du XVIIIe, est une bonne surprise. Le chef américain dirige ici l’English Chamber Orchestra d’une belle vivacité, nerveux mais avec ce qu’il faut de corps. Le tempo est vif et l’exécution musicale d’une joyeuse légèreté. Dans un rôle farci de vocalises et de contre-notes, <strong>Reri Grist</strong> est idéale. Le timbre n’est pas très consistant, mais sa maîtrise technique alliée à un évident plaisir de chanter, emportent l’adhésion. <strong>Judith Raskin</strong> est moins convaincante : la voix manque un peu de souplesse et le timbre sonne vieilli alors que la chanteuse n’avait pas passé la quarantaine à l’époque de l’enregistrement. Très peu connu de ce côté-ci de la Manche, l&rsquo;excellent ténor <strong>Richard Lewis </strong>(anglais d&rsquo;origine galloise), qui s’illustra dans Haendel comme <a href="/cd/faust-ou-presque">dans l’opéra contemporain</a>, est magnifique de style et très bon diseur. Sous employé, <strong>Sherrill Milnes</strong> fait ici de la figuration intelligente&#8230; mais il la fait intelligemment : le texte est bien interprété et le peu de chant nous est offert avec une impeccable musicalité mozartienne. L’acteur australien <strong>Leo McKern</strong> campe avec talent un impresario bonhomme dépassé par les événements. </p>
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		<item>
		<title>The inaugural season &#8211; Extraordinary MET performances from 1966-1967</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/the-inaugural-season-extraordinary-met-performances-from-1966-1967-pluie-detoiles-pour-linauguration/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julien Marion]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Feb 2017 06:29:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;était il y a 50 ans, le 16 septembre 1966 très exactement: la troupe du Metropolitan Opera de New York quittait ses vénérables locaux de Broadway, qui l&#8217;abritaient depuis 1883, pour gagner la salle flambant neuve construite au Lincoln Center. C&#8217;en était donc fini du old MET, et de son parfum de légende: Enrico Caruso, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;était il y a 50 ans, le 16 septembre 1966 très exactement: la troupe du Metropolitan Opera de New York quittait ses vénérables locaux de Broadway, qui l&rsquo;abritaient depuis 1883, pour gagner la salle flambant neuve construite au Lincoln Center. C&rsquo;en était donc fini du <em>old MET</em>, et de son parfum de légende: Enrico Caruso, Nellie Melba, Geraldine Farrar, Rosa Ponselle, les frères de Reszké, Lawrence Tibbett, Giovanni Martinelli, Lauritz Melchior et tant d&rsquo;autres y avaient connu leurs plus grands triomphes, sous les directions de Gustav Mahler, Arturo Toscanini, Bruno Walter, George Szell, Bruno Walter&#8230; On quittait donc Broadway avec ce qu&rsquo;il faut de nostalgie, mais aussi cette dilection très américaine pour les nouveaux départs. Il faut dire qu&rsquo;on gagnait au change: aux locaux vieillots du <em>old MET </em>succédaient des installations scéniques dernier cri, dans un écrin gigantesque (3975 places!). On se reportera, pour plus de précisions, à l&rsquo;<a href="http://www.forumopera.com/actu/metropolitan-opera-new-york">article thématique consacré à la salle dans ces colonnes</a>.</p>
<p>Pour fêter dignement cet anniversaire, le MET publie très opportunément un coffret retraçant, à travers dix représentations, cette saison inaugurale du MET au Lincoln center. La retransmission radiophonique des représentations étant – pour le plus grand bonheur des discophiles – une spécialité ancienne du MET (la première retransmission intégrale date de 1931, c&rsquo;était une représentation <em>Hänsel et Gretel</em>), l&rsquo;exercice était donc aisé pour la maison d&rsquo;opéra, à qui il a suffi d&rsquo;aller piocher dans ses riches archives.</p>
<p>Avant de procéder à l&rsquo;examen du contenu de ce coffret, il faut saluer avec enthousiasme l&rsquo;exercice consistant, pour une maison d&rsquo;opéra, à rendre compte de la réalité de sa production à l&rsquo;échelle d&rsquo;une saison entière. Peuvent ainsi apparaître, dans leur cohérence, les choix artistiques, les forces mais aussi les faiblesses d&rsquo;une institution, bien plus qu&rsquo;à travers la reproduction d&rsquo;une soirée isolée.</p>
<p>Pour constituer ce coffret reflet d&rsquo;une saison à bien des égards exceptionnelle, le MET avait donc l&#8217;embarras du choix. Evoquons donc cette matière première si généreuse: la saison 1966/1967 a vu à l&rsquo;affiche 283 représentations de 25 titres différents. A deux exceptions près (<em>Tristan </em>et <em>Ballo</em>), toutes les oeuvres jouées ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;une radiodiffusion. Le choix devait donc s&rsquo;opérer entre 23 titres*. Seuls dix ont eu les honneurs du coffret, où ils apparaissent sous la forme de coffrets cartonnés séparés: <em>Antoine et Cléopâtre</em>, de Samuel Barber (retenu pour l&rsquo;ouverture de la saison, et l&rsquo;inauguration du nouveau MET), <em>Turandot</em>, <em>Aida</em>, <em>Otello</em>, <em>Peter Grimes</em>, <em>Lucia di Lamermoor</em>, <em>Madame Butterfly</em>, <em>La Femme sans ombre</em>, <em>Rigoletto</em>, <em>La Flûte enchantée</em>.  Parce que choisir c&rsquo;est renoncer, il faut inévitablement interroger le choix des dix heureux élus, d&rsquo;autant que le livret qui accompagne le coffret est muet sur ce point. S&rsquo;agissant du choix des répertoires représentés, le coffret accentue le déséquilibre de la saison: l&rsquo;opéra italien se taille encore plus la part du lion, avec 6 opéras sur 10 dans le coffret (13 sur 25 pour l&rsquo;ensemble de la saison), au détriment du répertoire allemand, présent avec 2 titres (7 pour la saison). On aurait ainsi volontiers troqué la <em>Madame Butterfly </em>du 18 mars 1967 contre le <em>Lohengrin </em>du 21 janvier de la même année, qui alignait une distribution flatteuse (Sándor Kónya, Ingrid Bjoner, Christa Ludwig, Walter Berry&#8230;) sous la baguette experte de Karl Böhm&#8230; De même, à une <em>Flûte enchantée</em> assez moyenne, faute d&rsquo;une distribution adéquate, on aurait volontiers substitué le <em>Don Giovanni </em>alignant Cesare Siepi, Pilar Lorengar, Joan Sutherland, Nicolai Gedda et Ezzio Flagello, toujours sous la baguette de Karl Böhm. Cela renvoie à une autre observation, qui va au delà du contenu du présent coffret: le choix des dates retenues pour les radiodiffusions laisse parfois perplexe. Si l&rsquo;on en reste à la <em>Flûte enchantée</em>, pourquoi avoir ainsi choisi la quatrième représentation, en date du 4 mars, à la distibution plus que moyenne, et non la première, datée du 19 février, qui proposait un casting autrement plus prometteur (Pilar Lorengar en Pamina, Nicolai Gedda en Tamino, Lucia Popp en Reine de la nuit, Hermann Prey en Papageno&#8230;) ? On se perd en conjectures.</p>
<p>Ces remarques préalables étant faites, considérons, sans faire la fine bouche, ce qui est et non ce qui aurait pu être. Et prenons-le pour ce que c&rsquo;est : d&rsquo;abord un reflet de la capacité inégalée du MET à aligner des castings imbattables. Quel festival ! Procédons à la revue de détail.</p>
<p>Ainsi, la représentation de <em>Turandot</em>, captée le 3 décembre 1966, offre grâce à <strong>Birgit Nilsson </strong>et <strong>Franco Corelli</strong> l&rsquo;une des joutes vocales les plus insensées que l&rsquo;on ait jamais entendue dans cette oeuvre. Lui, surtout, semble délivré de son trac légendaire et émaille la soirée d&rsquo;aigus radieux. On sera plus nuancé sur la prestation de <strong>Mirella Freni </strong>en Liù.</p>
<p>La représentation d&rsquo;<em>Aïda</em>, déjà commentée <a href="http://www.forumopera.com/cd/verdi-toutes-voiles-dehors">dans le cadre du coffret <em>Verdi at the MET</em> publié par Sony Classical à l&rsquo;automne 2013</a>. C&rsquo;est vraiment, comme nous l&rsquo;écrivions à l&rsquo;époque, du chant « toutes voiles dehors ». <strong>Leontyne Price </strong>est, en Aïda, à son absolu sommet, insolente de beauté vocale pure, surclassée néanmoins (c&rsquo;est possible !) par l&rsquo;Amnéris renversante et juvénile de <strong>Grace Bumbry</strong>. Quant à <strong>Carlo Bergonzi</strong>, il administre comme à son habitude une leçon de chant verdien. <strong>Robert Merrill </strong>fait preuve de solidité et livre un acte du Nil très réussi.</p>
<p>On retrouve Leontyne Price pour la soirée d&rsquo;ouverture de cette nouvelle saison, le 16 septembre 1966. Il fallait évidemment une création pour un tel événement: commande fut donc passée au compositeur Samuel Barber, qui composa pour l&rsquo;occasion son opéra <em>Antoine et Cléopatre</em>. La partition devait notamment permettre de valoriser le satin vocal de <strong>Leontyne Price</strong>, pour qui elle fut écrite. A cet égard, la mission est accomplie, et la chanteuse fait merveille dans ces pages spécialement composées à son attention. Son entrée tout comme son air final (« Give me my robe ») sont de grands moments de glamour vocal. Le reste de la distribution ne dépareille pas, avec une mention particulière pour le César d&rsquo;airain de <strong>Jess Thomas</strong>.</p>
<p>On retrouve Verdi avec le <em>Rigoletto</em>, capté le 8 avril 1967. Dans le rôle-titre, <strong>Cornell McNeill </strong>est solide. En Gilda, <strong>Roberta Peters </strong>minaude hélas plus que de raison. On retiendra surtout le Duc vif-argent de <strong>Nicolai Gedda </strong>(malheureusement privé de cabalette au III !), digne des meilleurs, et on oubliera aussi vite la direction lymphatique de <strong>Lamberto Gardelli</strong>, qui frôle le naufrage à plusieurs reprises, tout comme le Sparafucile fâché avec la justesse de <strong>Bonaldo Giaiotti</strong>.</p>
<p>Pour en finir avec Verdi, le Maure est mieux servi que le bouffon. La représentation d&rsquo;<em>Otello </em>(le 11 avril 1967) permet en effet d&rsquo;apprécier dans de bonnes conditions l&rsquo;incarnation de <strong>James McCracken</strong>, par ailleurs si sujet à controverses. L&rsquo;engagement frappe, d&#8217;emblée : un fauve est sur scène, cela se perçoit immédiatement, presque physiquement. Les moyens sont loin d&rsquo;être minces, et on comprend, à l&rsquo;écoute, la fascination qui a pu se dégager de cette incarnation. Pour autant, il est difficile de passer sous silence un relâchement stylistique quasi généralisé, dont le « Dio mi potevi » offre un redoutable condensé : difficile de faire plus caricatural. La Desdemone de <strong>Montserrat Caballé </strong>charme, mais on en attendait plus. Quant à <strong>Tito Gobbi</strong>, il parvient, non sans talent, à masquer par ses dons de comédien l&rsquo;usure impitoyable de sa voix.  Le trait est souvent grossi, mais le génie est là.</p>
<p>La <em>Lucia di Lamermoor </em>donnée le soir de la Saint-Sylvestre 1966 permettait au public new-yorkais d&rsquo;apprécier une des principales attractions de la nouvelle saison : <strong>Joan Sutherland</strong>, qui faisait ses débuts <em>in loco</em>. Ce soir-là, la Stupenda méritait indéniablement son surnom, en se livrant à une démonstration impressionnante de virtuosité belcantiste. C&rsquo;est, d&rsquo;un point de vue strictement vocal, absolument irrésistible. Pour le théâtre, en revanche, on repassera&#8230; Autour d&rsquo;elle, on joue les utilités. La plus-value de cette soirée par rapport aux enregistrements studio qui voient la même Sutherland mieux entourée, apparaît en définitive bien mince.  </p>
<p>On en arrive à la même conclusion avec la <em>Madame Butterfly </em>captée le 18 mars 1967. Son intérêt principal, à l&rsquo;évidence, réside dans la Cio-Cio-San de <strong>Renata Scotto</strong>. Jeune, vocalement radieuse (quoi qu&rsquo;encore un peu acidulée&#8230;), elle séduit par son incarnation troublante et tout en subtilité. Mais la scène n&rsquo;apporte rien, la direction indiffère, et le Pinkerton du ténor <strong>George Shirley </strong>ne se situe pas au même niveau, c&rsquo;est un euphémisme&#8230; Là encore, le studio (Barbirolli, chez EMI, enregistré l&rsquo;année précédente) est nettement préférable. </p>
<p>Pour ce qui est du répertoire allemand, on avouera une réelle frustration à l&rsquo;écoute de <em>La Flûte Enchantée </em>(matinée du 4 mars 1967). A l&rsquo;évidence, le chef est à sa place, et sa direction témoigne d&rsquo;une réelle intimité avec l&rsquo;oeuvre. Mais la scène n&rsquo;égale pas la fosse, loin s&rsquo;en faut, et cette <em>Flûte</em> pêche par une distribution trop inégale. Seule la Reine de la nuit de <strong>Roberta Peters </strong>et le Sarastro de <strong>John Macurdy </strong>tirent leur épingle du jeu. Le Tamino de <strong>George Shirley </strong>est bien lourd et la Pamina de <strong>Judith Raskin </strong>terne et superficielle. Quant au Papageno de <strong>Theodor Uppmann</strong>, s&rsquo;il parvient manifestement à faire rire le public, il peine, réduit à ses seules qualités musicales, à emporter l&rsquo;adhésion de l&rsquo;auditeur aveugle&#8230; On regrettera, une nouvelle fois, que la distribution de la première, autrement plus allèchante, n&rsquo;ait pas été préférée.</p>
<p>On retrouve en revanche avec un bonheur non dissimulé <em>La Femme sans ombre </em>dirigée par <strong>Karl Böhm</strong>, bien connue des discophiles. Certes, la partition est coupée, pour être plus accessible à un public considéré – à tort ou à raison – comme peu réceptif aux élucubrations métaphysiques de Strauss et Hofmannsthal. Mais la direction de Karl Böhm rend justive comme bien peu à cette partition si complexe. Et la distribution est imbattable: le couple impérial formé par <strong>Leonie Rysanek </strong>et <strong>James King </strong>n&rsquo;appelle que des louanges (si l&rsquo;on veut bien attendre que Rysanek se soit chauffée la voix : son entrée est en effet&#8230; déroutante). En miroir, Barak et sa femme, campés par <strong>Walter Berry </strong>et <strong>Christa Ludwig</strong>, vocalement somptueux, forment un couple bouleversants d&rsquo;humanité. Une très grande soirée straussienne, à l&rsquo;égal des témoignages dirigés par Herbert von Karajan à Vienne en 1964, ou par le même Karl Böhm à Salzbourg dans les années 70.</p>
<p>On reste sur des hauteurs peu communes avec le <em>Peter Grimes </em>dirigé le 11 février 1967 par <strong>Colin Davis</strong>. C&rsquo;est l&rsquo;affinité évidente du chef avec l&rsquo;oeuvre qui frappe d&rsquo;abord, et sa capacité à en restituer les climats si prenants. Il est difficile, par ailleurs, de rester insensible à l&rsquo;incarnation du rôle-titre par <strong>Jon Vickers</strong>, assurément une des plus abouties, tous répertoires confondus, de la seconde moitié du vingtième siècle. Voilà un portrait déchirant, servi par des moyens vocaux inentamés : une leçon, qui n&rsquo;en finit pas de hanter. Le reste de la distribution se montre à la hauteur, ce qui n&rsquo;est pas peu dire.</p>
<p>Si l&rsquo;on ajoute au dix intégrales le disque bonus, composé d&rsquo;extraits d&rsquo;autres représentations (<em>Don Giovanni</em>, <em>Lohengrin </em>ou <em>Elektra </em>attisent bien des regrets&#8230;), ce coffret retraçant la saison inaugurale du MET dans ses nouveaux locaux cumule, en définitive, les pépites musicales. On remarquera qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;abord et avant tout de pépites vocales, conformément à une tradition non démentie dans cette maison. Des directions d&rsquo;orchestre de qualité sont bien présentes (Böhm, Mehta, Krips&#8230;) mais on a presque envie d&rsquo;écrire « par accident ». Si on en avait le loisir, on arriverait sans doute à la même conclusion s&rsquo;agissant des mises en scène. C&rsquo;est bien la voix qui est d&rsquo;abord mise à l&rsquo;honneur au MET, le reste (direction, mise en scène) n&rsquo;ayant pour finalité que de lui fournir le cadre le plus propice. De ce primat de la voix, ce coffret offre donc un reflet fidèle. Dès lors, on comprendra que le tout vaut bien mieux que la somme des parties : prises isolément, les versions des 10 oeuvres présentes ici sont toutes confrontées à des prestations plus convaincantes ailleurs dans la discographie. Mais peu importe en définitive : l&rsquo;objet de ce coffret n&rsquo;est pas de proposer dix versions de référence, mais bien d&rsquo;offrir un reflet fidèle de l&rsquo;activité du MET au sommet de sa gloire. C&rsquo;est, à cet égard, une réussite indéniable.</p>
<p><sub>*<em>Antoine et Cléopatre</em>, <em>La Gioconda</em>, <em>La Traviata</em>, <em>Turandot</em>, <em>La Femme sans ombre</em>, <em>Rigoletto</em>, <em>Don Giovanni</em>, <em>Faust</em>, <em>Elektra</em>, <em>Aïda</em>, <em>Tristan et Isolde</em>, <em>Tosca</em>, <em>Lohengrin</em>, <em>Lucia di Lamermoor</em>, <em>Les Maîtres chanteurs de Nurenberg, La Chauve-souris</em>, <em>La Bohème</em>, <em>Peter Grimes</em>, <em>Le Trouvère</em>, <em>La Dame de Pique</em>, <em>La Flûte enchantée</em>, <em>Otello</em>, <em>Madame Butterfly</em>, <em>Mourning becomes Electra</em>, <em>Un Bal masqué</em>. </sub></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/the-inaugural-season-extraordinary-met-performances-from-1966-1967-pluie-detoiles-pour-linauguration/">The inaugural season &#8211; Extraordinary MET performances from 1966-1967</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Così fan tutte &#8211; Sony</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/cosi-fan-tutte-sony-un-cosi-fonctionnaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Oct 2016 12:47:52 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette reparution de Così chez Sony a le mérite de faire lever des sourcils mozartiens. Si Erich Leinsdorf ne surprend pas trop, c’est le plateau qui attire l’attention, surtout pour les chanteuses. En effet, les deux sœurs de da Ponte sont servies par rien de moins que Leontyne Price et Tatiana Troyanos. Puisque l’on connait &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Cette reparution de <em>Così</em> chez Sony a le mérite de faire lever des sourcils mozartiens. Si <strong>Erich Leinsdorf </strong>ne surprend pas trop, c’est le plateau qui attire l’attention, surtout pour les chanteuses. En effet, les deux sœurs de da Ponte sont servies par rien de moins que <strong>Leontyne Price</strong> et <strong>Tatiana Troyanos</strong>. Puisque l’on connait la première surtout pour ses héroïnes verdiennes et la deuxième pour ses interprétations d’un répertoire plus lyrique (on pense au<em> Château de Barbe-Bleue</em>), c’est avec un mélange de curiosité et d’appréhension que l’on se lance dans l’écoute.</p>
<p dir="ltr">Ce duo féminin nous paraissait étrange : il l’est. Leontyne Price possède le timbre sensuel qu’on lui connaît, et c’est une très bonne chose, mais son soprano s’adapte avec quelques difficultés aux exigences du rôle de Fiordiligi : les graves ont de l’air, toute la tessiture semble voilée et nappée de ports de voix pas très mozartiens du tout. De temps en temps, le style s’écarte un peu de Verdi pour revenir au 18e siècle, mais globalement, tout baigne dans un flou vague et peu artistique (notons un très étrange « Come scoglio »). On comprend encore moins bien la sorte d’animal vocal imaginée par Mozart lors de la composition. Avec Tatiana Troyanos, les choses vont déjà mieux. Le timbre est bien plus clair, plus rayonnant, bref plus <em>Così</em>, et le style est plus adéquat. Le seul véritable regret vient du « Smanie implacabili », un peu précieux et manquant de poigne. On en vient à se demander s’il n’aurait pas été mieux d’intervertir les deux rôles, tant ce clair-obscur Dorabella-Fiordiligi est saisissant. </p>
<p dir="ltr">Regardons maintenant leurs homologues masculins. Vocalement, il s’agit plutôt d’une réussite, avec comme exemple le Ferrando de <strong>George Shirley</strong> aux moyens vocaux impressionnants. Dommage que la musicalité soit un peu en retrait, son « Un’aura amorosa » étant d’une platitude sans nom (peut-être à cause de la direction, nous en reparlerons). Le Guglielmo de <strong>Sherrill Milnes</strong> est moins pyrotechnique que celui de son acolyte, mais musicalement bien plus affirmé. Le rôle est abordé sous l’angle comique, ce qui est déjà bien plus réjouissant. Les amoureux transis, ce n’est bon que pour les ténors.</p>
<p dir="ltr">Passons sur la Despina de <strong>Judith Raskin</strong> et son timbre de mégère. La chanteuse n’a beau avoir que quarante ans lors de l’enregistrement, elle a déjà bien usé ses cordes vocales et les voyelles plates ne vont à personne, pas même à la plus petite des soubrettes. Don Alfonso est le seul personnage à ne pas être doté d’un air dans cet opéra. Quel dommage, car c’est dans le rôle de l’entremetteur que résidait la grande réussite de cette captation. <strong>Ezio Flagello</strong> joue de son baryton-basse bouffe pour amuser la galerie. Les récitatifs un peu longuets jusqu’à présent se remplissent de vie, d’humour et de diction bien sentie, dépoussiérant la distribution restée jusqu’à présent en demi-teintes. </p>
<p dir="ltr">Les brèves interventions de l’Ambrosian Opera Chorus sont équilibrées et honorables. Erich Leinsdorf, a qui l’on a confié le New Philharmonia Orchestra frustre. On ne peut pas tout à fait lui en vouloir : tout est calme, tranquille, ordinaire ; rien ne vient ruer dans les brancards. Pourtant, la partition de Mozart ne manque pas d’audaces, ni de défis, mais Leinsdorf ne les relève pas. Est-ce par ennui ou par désir du minimum syndical ? La question reste ouverte, mais l’auditeur s’ennuie ferme face à tant de fonctionnarisme, se lassant rapidement des textures fades et des tempi sans prise de risque. </p>
<p dir="ltr">Face à l’abondance des enregistrements bien plus géniaux de <em>Così fan tutte</em>, on relèguera celui-ci au second plan, réservé aux amateurs de curiosités stylistiques ou aux inconditionnels de Flagello.</p>
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