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	<title>Michel ROUX - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Michel ROUX - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Carmen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/carmen-comme-a-favart-au-bon-vieux-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Sep 2018 18:13:31 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il fut un temps où la Salle Favart avait la maîtrise d’un répertoire qu’elle seule était autorisée à présenter. Les œuvres créées à l’Opéra-Comique « appartenaient » à l’Opéra-Comique, y compris certaines partitions étrangères, et s’il était inconcevable de donner Tosca, Butterfly ou La Bohème dans une autre salle parisienne, cela valait à plus forte raison pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il fut un temps où la Salle Favart avait la maîtrise d’un répertoire qu’elle seule était autorisée à présenter. Les œuvres créées à l’Opéra-Comique « appartenaient » à l’Opéra-Comique, y compris certaines partitions étrangères, et s’il était inconcevable de donner <em>Tosca</em>, <em>Butterfly</em> ou <em>La Bohème</em> dans une autre salle parisienne, cela valait à plus forte raison pour des piliers de la maison comme <em>Manon</em>, <em>Carmen</em> ou <em>Pelléas</em>. Oui, mais… Avant même la création de la Réunion des théâtres lyriques nationaux, l’Opéra de Paris se mit à lorgner d’un œil jaloux sur les succès internationaux remportés par les créations françaises de Favart, et prit l’habitude, à partir des années 1920, d’accueillir des titres d’abord associés à la Place Boieldieu. Le phénomène s’amplifia, <em>Pelléas</em> même étant donné au Palais Garnier en 1977. Du même coup, fut entériné le principe des distributions « de prestige » où les trois quarts des chanteurs étaient des artistes non francophones, alors que l’on avait eu l’habitude d’entendre ces œuvres défendues dans leur théâtre natal par les membres de la troupe.</p>
<p>Le 10 novembre 1959, l’Opéra de Paris s’emparait ainsi de <em>Carmen</em>, avec une production somptueuse qui fit grand bruit. Jusque-là, le chef-d’œuvre de Bizet avait eu pour exclusif domicile parisien la Salle Favart. Et l’on y donnait évidemment la version avec dialogues parlés : à quoi bon auraient servi les récitatifs de Guiraud puisque tous les chanteurs avaient le français pour langue maternelle ? En septembre 1950, quand André Cluytens avait enregistré une intégrale de <em>Carmen</em>, cela s’était fait, certes, dans le cadre du Théâtre des Champs-Elysées, mais avec l’orchestre et les chœurs de l’Opéra-Comique. La gitane avait alors la voix de Solange Michel, Raoul Jobin chantait Don José, Martha Angelici était Micaëla et Michel Dens complétait l’affiche en Escamillo. Solange Michel avait fait ses débuts Salle Favart en 1942, la même année que <strong>Denise Scharley </strong>: toutes deux chantaient notamment Geneviève et Mignon, mais Denise Scharley était aussi bien autre chose, elle était Dalila, Amnéris, Madame de Croissy… Autrement dit, elle possédait un impressionnant registre grave qui, joint à une personnalité magnétique, rendait ses incarnations inoubliables. Dotée de moyens sans doute bien supérieurs à ceux de la chère Galli-Marié, cette Carmen envoûte par l’élégance de son chant et le dramatisme de son interprétation.</p>
<p>A ses côtés pour ce concert radiophonique de 1954, <strong>Libero de Luca</strong> se défend assez bien. Décevant en Gérald face à la Lakmé de Mado Robin, le ténor suisse, en troupe à Paris de 1949 à 1961, trouve en Don José un rôle bien plus adéquat, qui exige moins de délicatesse. Evidemment, l’air de la Fleur inclut un si bémol fortissimo, mais le diminuendo sur « Je t’aime » est fort appréciable. Micaëla superbe de <strong>Martha Angelici</strong>, qui trouve naturellement le ton idéal, d’une pureté qui n’a rien de nunuche, d’une distinction qui n’a rien de froid ; quel dommage que ne soient pas disponibles plus d’enregistrements de cette grande soprano française, qui devrait servir de modèle à beaucoup. Correct et possédant les notes du rôle, l’Escamillo de <strong>Michel Roux</strong> se situe un cran en dessous, savonnant tous les ornements de son air. Futur toréador sur la scène de l’Opéra de Paris ou au disque auprès de Maria Callas, <strong>Robert Massard</strong> se contente pour l’heure d’être un fringant Moralès. Les deux commères de Carmen ont des timbres personnels, à défaut d’être très séduisants. Le bât blesse plutôt du côté des deux contrebandiers, qui parlent plus qu’ils ne chantent, pour un quintette un peu lourd et assez raté.</p>
<p>Très mesurés dans l’ensemble, les tempos adoptés par <strong>Jules Gressier</strong> ont au moins le mérite de permettre de mieux entendre les détails de ligne et d’orchestration d’une partition qu’il est courant d’entendre dirigée au pas de course pour en forcer l’espagnolade. On regrette que « A dos cuartos » soit donné en version raccourcie. Le chœur Yvonne Gouverné incluait des chanteuses aux voix peut-être plus fermes que les dames de l’Opéra-Comique, mais en termes de véhémence lors de la dispute des cigarières, elles n’avaient rien à envier aux habituées de la scène. Les enfants de la garde montante sont impeccables.</p>
<p>Pourtant, le plus étonnant dans ce disque, c’est sans doute l’interprétation des dialogues parlés, qui nous transporte dans un autre monde, celui du cinéma français de la première moitié du XXe siècle. Les chanteurs disent eux-mêmes leur texte dans les quelques passages conservés, et Denise Scharley fait preuve d’une insolence gouailleuse qui laisse pantois.</p>
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		<title>Grisélidis / La Navarraise</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/griselidis-la-navarraise-verisme-contre-feerie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Feb 2018 05:41:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Décidément, Massenet savait tout faire, ou presque. C’est ce que montre bien le rapprochement, un peu inattendu, opéra par le label Malibran, qui réunit dans un même coffret Grisélidis, féerie médiévale, à mi-chemin entre Cendrillon et Le Jongleur de Notre-Dame, et La Navarraise, téméraire incursion en terres véristes, que l’on ne peut guère rapprocher que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Décidément, Massenet savait tout faire, ou presque. C’est ce que montre bien le rapprochement, un peu inattendu, opéra par le label Malibran, qui réunit dans un même coffret <em>Grisélidis</em>, féerie médiévale, à mi-chemin entre <em>Cendrillon</em> et <em>Le</em> <em>Jongleur de Notre-Dame</em>, et <em>La Navarraise</em>, téméraire incursion en terres véristes, que l’on ne peut guère rapprocher que de <em>Sapho</em> par son côté naturaliste. Deux œuvres que l’on n’a guère l’occasion de voir sur scène : pour <em>Grisélidis</em>, la dernière exécution française – en concert – remonte à 1992), mais <em>La Navarraise</em>, peut-être aidée par sa fulgurante brièveté (40 minutes à peine), a eu la chance d’être mise en scène en 2011 à Saint-Etienne, et donnée en concert à Paris en 2012.</p>
<p>Ce déséquilibre est d’ailleurs reflété par la discographie. <em>La Navarraise</em> a bénéficié de deux versions de studio parue presque en même temps : l’une, dirigée par Antonio de Almeida (Columbia/CBS, 1975), présentée comme « First Complete Recording », avec une distribution francophone où s’égare Lucia Popp, dans un rôle dont elle n’avait pas tout à fait les graves et dans une langue qu’elle ne maîtrisait pas suffisamment ;  l’autre, conçue autour de Marilyn Horne et dirigée par son époux Henry Lewis (RCA, 1975), où Placido Domingo et Sherrill Milnes s’expriment dans un français assez châtié. Un <em>live </em>a préservé l’écho des représentations données au Teatro Verdi de Sassari en 2001, avec Dania Mazzola dans le rôle-titre. Sur YouTube, on trouve l’écho d’une version de 1963, où Rita Gorr campait l’héroïne, mais assez curieusement entourée, et bien sûr le concert de 2012 avec Karine Deshayes et Roberto Alagna (dont on se demande un peu pourquoi il n’a jamais fait l’objet d’une parution discographique). La version que propose Malibran avait jadis été diffusée par Le Chant du Monde, couplée avec <em>Le Jongleur de Notre-Dame</em>, essentiellement parce qu’<strong>Alain Vanzo</strong> était le protagoniste des deux œuvres : le ténor français force admirablement sa nature et trouve pour Araquil la véhémence qu’exige le personnage. On entend autour de lui tous les piliers des concerts « Radio-Lyrique », un somptueux <strong>Jacques Mars</strong>, un majestueux <strong>Lucien Lovano </strong>et même un <strong>Joseph Peyron </strong>très à sa place. Quant à <strong>Geneviève Moizan</strong>, sa voix la situe idéalement au carrefour des deux tendances observées au disque comme dans les théâtres, où Anita a pu être confiée aussi bien à des contraltos qu’à des sopranos. Cette version se place donc très haut dans la discographie.</p>
<p><em>Grisélidis</em> n’offrait pas jusqu’ici un tel embarras de richesses. Il fallait se contenter de la captation du spectacle donné au festival de Wexford en 1987 (Gala), avec une distribution assez improbable réunissant notamment Sergeï Leiferkus et Günther von Kannen, et d’un écho des concerts donnés à Saint-Etienne lors de la deuxième édition de la Biennale Massenet, avec une distribution entièrement francophone. On pouvait donc espérer que le concert donné en 1959 par la radiodiffusion française viendrait modifier la donne. Hélas, ce n’est pas tout à fait le cas. D’abord, la qualité de la bande laisse un peu à désirer, malgré le travail sans doute accompli dessus : au début, les voix paraissent souvent un peu lointaines, comme nimbées de coton (pour <em>La Navarraise</em>, le son est très clair). L’orchestre pâtit un peu moins de ce problème, et <strong>Gustave Cloëz</strong> avait assez de métier pour ne pas le laisser s’endormir dans une partition qu’il sait diriger avec vivacité ; voir le fameux air du Diable, « Loin de sa femme ». Encore faudrait-il que ladite partition ne soit pas coupée, comme on pouvait s’y attendre : il manque la scène 5 du deuxième acte, et le troisième acte est réduit à trois fois rien, amputé notamment de ses quatre premières scènes, soit au total près d&rsquo;une demi-heure de musique en moins. Enfin, il semble que l’œuvre ait laissé les interprètes un peu perplexe, comme si l’on avait – déjà – perdu, un demi-siècle après sa création, les clefs de ce « conte lyrique » où Massenet s’amuse à entrelacer franc comique, avec le personnage du Diable, et merveilleux chrétien, avec le miracle final. Quant à la distribution, Geneviève Moizan reprend très dignement un rôle créé par Lucienne Bréval, avec toute l&rsquo;ampleur nécessaire, et rend crédible cette héroïne presque trop surhumaine pour nous toucher. La succession de Lucien Fugère paraît en revanche plus difficile à assumer pour <strong>Michel Roux</strong>, qui manque un peu de truculence, et de noirceur dans la voix, même pour un diable bon enfant. <strong>Jean Mollien</strong> n’est guère à son aise dans le rôle d’Alain, qui exige un minimum de vaillance. <strong>Janine </strong>– ou Jean(n)ine – <strong>Collard</strong> est une Fiamina opulente mais peu intelligible, et <strong>Nadine Sautereau</strong> une lumineuse Bertrade. <strong>Claude Genty</strong> est un Marquis sans grande personnalité. Autrement dit, un témoignage, oui, mais pas forcément de quoi écraser la version dirigée par Patrick Fournillier (Koch Schwann).</p>
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		<title>La Damnation de Faust</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-damnation-de-faust-en-songe-je-lai-vu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Jan 2018 18:51:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après des décennies de mondialisation du chant, où les grands labels ont imposé des distributions internationales, on finissait par rêver d’une Damnation de Faust où le trio central serait incarné par trois chanteurs s’exprimant dans leur langue maternelle, pour rendre pleinement justice au texte élaboré par Almire Gandonnière d’après la traduction que son ami Nerval &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après des décennies de mondialisation du chant, où les grands labels ont imposé des distributions internationales, on finissait par rêver d’une <em>Damnation de Faust </em>où le trio central serait incarné par trois chanteurs s’exprimant dans leur langue maternelle, pour rendre pleinement justice au texte élaboré par Almire Gandonnière d’après la traduction que son ami Nerval avait donné du texte de Goethe. De grandes Marguerite, notre pays n’en a jamais manqué, mais avait-elle eu jadis de grands Faust ? Hors Nicolai Gedda, qui pouvait chanter ce rôle ? Eh bien si, la France avait eu son berliozien. Evidemment, pas question de lui confier une intégrale en studio, mais heureusement, un concert radiodiffusé nous préserve un écho du ténor que fut <strong>Guy Chauvet</strong>. Enée, son autre cheval de bataille, avait laissé une impression mitigée dans une <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/les-troyens-regine-est-seule-ce-soir">captation diffusée par Malibran</a>, mais l’on s’incline cette fois sans réserve devant son Faust, rôle auquel il était véritablement identifié. Les tout premiers instants donnent l’impression qu’il n’est pas encore tout à fait dans le personnage, mais très vite, on découvre un héros animé d’un souffle authentique, racé, capable de donner à pleine voix la note finale de « Marguerite est à moi » dans le duo mais également soucieux de nuances, avec de superbes monologues, et surtout un raffinement qu’on n’aurait pas forcément attendu de la part de cet interprète.</p>
<p>A ses côtés, une Marguerite admirable : <strong>Régine Crespin</strong>, sa Cassandre/Didon attitrée, dont la voix immense semble presque déborder du micro, impériale dans chacune de ses trop peu nombreuses interventions, même si « D’amour l’ardente flamme » est pris à un tempo qui donne l’impression que l’héroïne somnole encore comme à la fin du Roi de Thulé.</p>
<p>Le plus déconcertant, surtout pour qui aura grandi avec dans les oreilles le timbre d’un Jules Bastin, c’est le Méphisto de <strong>Michel Roux</strong>, qui sonne étonnamment clair (dans ses premières répliques, c’est à peine si l’on entend la différence avec Guy Chauvet). Ce que le timbre n’a pas en noirceur, il le rattrape par son panache, son élégance, son onction hypocrite. Malgré tout, le personnage reste légèrement en retrait.</p>
<p>Autour d’eux, le chœur de la radio néerlandaise s’exprime dans un français qu’on voudrait parfois plus ferme, et les pupitres masculins prennent un peu de retard dans le dernier couplet des bergers. La prise de son, bonne pour les solistes ou pour l’orchestre seul, n’est de toute façon pas d’une grande netteté pour le chœur, et a un peu tendance à écraser tout dans les grands ensembles.</p>
<p>Enfin, la direction de <strong>Jean Fournet</strong> est conforme aux pratiques de son temps, avec la vigueur nécessaire pour les grands moments attendus du public, mais où l’on voudrait plus de fièvre pour la course à l’abîme, et avec une coupe scandaleuse dans la scène infernale, où une grande partie des « hirimirukarabra » proférés par les démons a purement et simplement disparu.</p>
<p>Malgré tout, il était temps que cette version redevienne disponible, pour rappeler aux jeunes générations qu’avec un artiste comme Guy Chauvet, il était possible de donner ces grandes œuvres du répertoire pour lesquelles on est aujourd’hui obligé d’aller chercher un titulaire en Allemagne ou en Amérique. Du reste, Malibran ne s’arrêtera pas en si bon chemin, puisqu’il se prépare un disque d’extraits wagnériens par le même ténor…</p>
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		<title>Maître Pierre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/abelard-entier-et-meme-un-peu-plus/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 May 2011 13:47:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’opéra n’a jamais reculé devant les héros qui finissent émasculés, quitte à édulcorer un peu cette conclusion peu glorieuse. Atys en est la preuve éclatante ; avec moins de succès, l’histoire d’Abélard a elle aussi inspiré divers compositeurs, surtout dans les pays anglo-saxons. En France, avant l’Héloïse et Abélard d’Ahmed Essyad, créé en 2000 à Mulhouse &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          L’opéra n’a jamais reculé devant les héros qui finissent émasculés, quitte à édulcorer un peu cette conclusion peu glorieuse. <em>Atys </em>en est la preuve éclatante ; avec moins de succès, l’histoire d’Abélard a elle aussi inspiré divers compositeurs, surtout dans les pays anglo-saxons. En France, avant l’<em>Héloïse et Abélard</em> d’Ahmed Essyad, créé en 2000 à Mulhouse et repris en 2001 au Châtelet, Gounod se laissa tenter en 1877 par ce sujet scabreux, pour ce qui aurait dû être son douzième opéra. Alors que l’orchestration en était à moitié terminée à l’été 1878, il abandonna ce travail pour s’attaquer au <em>Tribut de Zamora</em>. Il arrangea par la suite la musique composée pour <em>Maître Pierre</em> en une « Suite dramatique en quatre parties » incluant pour les deux personnages principaux quelques beaux airs et plusieurs superbes duos de haute tenue (<em>Polyeucte </em>n’est pas loin). En 1904, la veuve de Gounod demanda à Saint-Saens de compléter le dernier acte ; des récitatifs furent ajoutés entre les airs, et un prélude en guise d’ouverture. Plus tard, Max d’Ollone arrangea la scène finale, avec assomption d’Héloïse et force volées de cloches, à l’encontre des intentions de Gounod, qui prévoyait de clore l’œuvre sur un chœur d’hommes pour accompagner la mort et l’ensevelissement d’Abélard à l’abbaye de Cluny.</p>
<p> </p>
<p>Si c’est d’outre-Rhin que nous venait la résurrection récente de <em>La Nonne sanglante</em>, avec une équipe vocale dont l’idiomaticité du français chanté reste à démontrer, il fut un temps où la France se chargeait elle-même de défendre les raretés de son patrimoine musical. Malibran nous livre ici dans son intégralité le concert radiophonique du 19 octobre 1951 – les aigus saturent souvent, le son est parfois étouffé –, avec une première plage de cinq bonnes minutesoù une récitante compassée explique ce qui va suivre, dans le plus pur style « speakerine de l’ORTF » ; on la retrouve, hélas à peine moins bavarde, au début de chaque acte.</p>
<p> </p>
<p>La fraîcheur et la fermeté de la voix de <strong>Géori Boué</strong> font évidemment merveille dans cette musique où elle trouva toujours à s’épanouir, ainsi qu’en témoignent sa Mireille ou le <em>Faust </em>enregistré par Beecham (1948). Comme les meilleures héroïnes de Gounod, le personnage d’Héloïse unit candeur et ferveur religieuse, non sans rappeler Marguerite, la sensualité en moins. Le timbre vieilli et la diction vieillotte d’<strong>Henri Le Clezio</strong> ne contribuent guère à faire de lui un amoureux crédible, mais Abélard n’est après tout pas un jeune premier, puisqu’il comptait 22 printemps de plus que son élève. <strong>Michel Roux </strong>est en revanche un majestueux Bernard de Clairvaux.</p>
<p> </p>
<p>Le court extrait de <em>Mors et Vita </em>reste anecdotique, surtout face à la concurrence de l’excellente intégrale Plasson. Des deux airs sacrés accompagnés à l’orgue, enregistrés par Carlo Ciabrini (directeur de Malibran Music depuis une quinzaine d’années), on dira simplement qu’ils n’étaient peut-être pas indispensables dans ce coffret consacré à des enregistrements historiques.</p>
<p> </p>
<p>Quant au <em>Médecin malgré lui</em>, ce régal que Jérôme Deschamps serait décidément bien avisé de proposer au public parisien qui ne l’a pas revu depuis 1978, les extraits ici réunis – avec une parfaite qualité sonore, contrairement à <em>Maître Pierre</em> – donnent une vision à peu près complète de l’œuvre : par rapport à l’enregistrement de 1972 (reporté en CD en 1992 par Musidisc dans la série « Gaieté lyrique »), avec Jean-Christophe Benoît dans le rôle principal, ne manquent que l’air « Vive la médecine » et le final du 3e acte. Alors qu’elle était la nourrice Jacqueline dans la version de 1972, <strong>Lina Dachary</strong> est en 1959 une piquante Lucinde. Agé de 57 ans, <strong>Louis Musy</strong> campe un Sganarelle beaucoup moins juvénile, mais d’une truculence exceptionnelle. En Léandre, <strong>Michel Cadiou</strong> n’a aucun mal à surpasser Michel Hamel.</p>
<p> </p>
<p>Au total, une version très recommandable d’une perle trop peu souvent donnée, et l’unique enregistrement d’une rareté oubliée : pour les amateurs de musique française, deux bonnes raisons de se procurer ce disque.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/abelard-entier-et-meme-un-peu-plus/">Maître Pierre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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