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	<title>Chantal SANTON - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Chantal SANTON - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Un sacre pour Napoléon, un Requiem pour Paris — Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/un-sacre-pour-napoleon-un-requiem-pour-paris-metz-currentzis-battu-au-chronometre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Feb 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le nom de Paisiello n’est cité que trois ans après, en 1807, dans la première description de la cérémonie du sacre de Napoléon. Sinon, rien pour ce qui concerne la messe à proprement parler, attribuée à tel ou tel. Il faudra attendre la publication de Jean Mongrédien (Revue de Musicologie , 1967/2) pour que la lumière &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le nom de Paisiello n’est cité que trois ans après, en 1807, dans la première description de la cérémonie du sacre de Napoléon. Sinon, rien pour ce qui concerne la messe à proprement parler, attribuée à tel ou tel. Il faudra attendre la publication de Jean Mongrédien (<em>Revue de Musicologie</em> , 1967/2) pour que la lumière soit faite sur les conditions de sa commande et de sa réalisation. Ainsi, apprend-on que la totalité de la musique du sacre coûta bien moins que…les tabatières offertes au pape, aux cardinaux et évêques qui l’accompagnaient, malgré les 19.149 pages de musique copiée qu’elle nécessita. C’est dire combien sa fonction fut réduite à une forme de divertissement musical rythmant l’interminable cérémonie, de plus de cinq heures.</p>
<p>Evidemment, les effectifs mobilisés ce soir, à l’Arsenal de Metz, pour la messe du sacre sont sans comparaison avec ceux de sa création (133 « musiciens chantants », 190 instrumentistes s’ajoutant aux 77 musiciens de la garde). Les 24 chanteurs de l&rsquo;excellent Chœur de chambre de Namur, qu’anime <strong>Thibaut Lenaerts</strong>, chantent sans masques, séparés par des cloisons transparentes. Les 41 instrumentistes du Concert de la Loge forment un ensemble quelque peu déséquilibré par l’importance accordée aux basses (4 violoncelles, 2 contrebasses, 2 bassons et l’orgue).</p>
<p>La transparence du<em> Kyrie</em> (noté « larghetto ») séduit. Les modelés de chacune des composantes du <em>Gloria</em> sont remarquables, mais plus encore les interventions de chacun des solistes, tous exemplaires : l’admirable <strong>Mathias Vidal</strong>, clair, incisif, projeté à souhait, dans le <em>Gratias</em> tout particulièrement ; <strong>Chantal Santon </strong>et <strong>Sandrine Piau</strong> au <em>Domine Deus</em>, mais plus encore au <em>Quoniam</em>, comme à l’<em>Et incarnatus</em>, suivi du <em>Et ressurrrexit</em>, introduits par la harpe et le cor solo, sont superbes, rivalisant de longueur de voix et d’aisance; une mention particulière pour <strong>Thomas Dollié</strong>, auquel la partition réserve deux numéros <em>(Cum sancto spiritu</em>, et <em>Domine salvum</em>) ; <strong>Eléonore Pancrazi</strong>, aux couleurs superbes, ne participe qu’aux ensembles, hélas.</p>
<p>Cependant, l’œuvre reste extérieure, démonstrative, valorisant la virtuosité de tel ou telle. Et la lecture qu’impose<strong> Julien Chauvin</strong> n’est pas propre à en restituer l’émotion. Sans entrer dans le détail des treize numéros de la messe, on est surpris par les libertés que s’octroie le chef. La plupart des indications de mouvement – clairement indiquées par le compositeur – sont simplement oubliées, voire contredites. Le résultat peut être convaincant : ainsi, le <em>Qui sedes</em>, où brille Sandrine Piau (1), virtuose, est très animé de son rythme pointé, mais noté « larghetto »… On retiendra de cette écoute le dialogue entre les femmes et les hommes du choeur, a cappella, qui ouvre le <em>Qui tollis</em>, les imitations entre nos deux sopranes (<em>Quoniam</em>), l’<em>Et incarnatus</em>, avec la harpe et le cor, et la puissante conclusion, jubilatoire (« moderato » ?).</p>
<p>Le concert de ce soir associe cette messe de Paisiello à la reconstitution de la première exécution du <em>Requiem</em> de Mozart, donnée peu après (le 21 décembre) C’est ce même <em>Requiem </em>qui sera joué au retour des cendres de l’empereur en 1840, mais Beethoven en avait déjà été honoré, avant Chopin, en 1849.</p>
<p>Anecdotique, documentaire dans le meilleur des cas, cette lecture pose plus de questions qu’elle n’en résout. On s’interroge sur les sources qui ont présidé à la reconstitution de cette première exécution parisienne. Alexandre Dratwicki, pour le concert donné le 18 juin au Théâtre des Champs-Elysées, précisait alors les différences qui en seraient les caractéristiques. Or, l&rsquo;œuvre était programmée en 1804 par le Conservatoire, qui en préparait l’édition, quelques semaines avant le sacre. Ses musiciens, réquisitionnés, durent attendre le 21 décembre pour produire le <em>Requiem</em>, peu avant cette publication par l&rsquo;institution. Celle-ci, conforme à la toute première (chez <em>Breitkopf &amp; Härtel</em>, en 1800), à quelques détails près, ne correspond pas à ce qui nous est proposé ce soir.</p>
<p>L’agitation fébrile qui a présidé à l’interprétation de la messe de Paisiello sera amplifiée pour le <em>Requiem</em> de Mozart. C’est une course, <em>alla</em> Currentzis ou <em>alla</em> Rouvali, qui nous est proposée, l’émotion en moins. Un <em>Kyrie</em> de Jommelli est substitué à l’<em>Introït</em> initial, soutenu par la rythmique obstinée du motif d’introduction. Serein, puis très doux, apaisé, on s’interroge sur la lecture du texte liturgique. L’ensemble des numéros suivants sera emprunté au <em>Requiem</em> de Mozart, avec nombre d’altérations et de coupures (pas de cors de basset, remplacés par des cors anglais, le <em>Tuba mirum </em>est radicalement transformé par la substitution de tous les vents au trombone solo…) Les tempi adoptés par la direction, impatiente, enflévrée, déconcertent, occultant la dimension spirituelle, parfois lugubre et inquiétante. Le spectacle est démonstratif, puissant, parfois jubilatoire, pris tambour battant, à la limite des capacités virtuoses des interprètes (particulièrement dans la fugue du <em>Cum sancto</em>), les respirations, les suspensions, le silence font défaut, sinon à la fin, où le public semble douter que l’on y soit parvenu. Moins d’une demi-heure, même si l’on prend en compte les coupures, voilà qui bat bien des records. Certains auditeurs quittent ostensiblement la salle dès cette conclusion, avant que le <em>Dies irae</em> soit donné en bis, en réponse aux applaudissements.</p>
<ol>
<li>Les Messins auront la chance d’écouter de nouveau Sandrine Piau, à l’Arsenal, le 8 avril, pour un programme de duos avec Véronique Gens, intitué « Rivales », toujours accompagné par Le Concert de la Loge, dirigé par Julien Chauvin.</li>
</ol>
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		<title>RAMEAU, Platée — Royaumont</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/platee-royaumont-coaa-coaa-couac/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Sep 2019 05:51:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A la recherche d’arguments en défaveur des versions de concert, on prendra pour exemple Platée proposé en matinée au Festival de Royaumont avant d’être repris le 2 décembre prochain au Théâtre des Champs-Élysées. La forme rectangulaire du Réfectoire des moines impose aux musiciens de se serrer sur une estrade placée dans la longueur de la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A la recherche d’arguments en défaveur des versions de concert, on prendra pour exemple<i> Platée</i> proposé en matinée au Festival de Royaumont avant d’être repris le 2 décembre prochain au Théâtre des Champs-Élysées. La forme rectangulaire du Réfectoire des moines impose aux musiciens de se serrer sur une estrade placée dans la longueur de la salle, trop étroite pour que les chanteurs disposent d’une chaise en plus d’un pupitre. La représentation devient une valse d’entrées et de sorties préjudiciable au rythme de la pièce. Les interactions entre interprètes se trouvent limitées. Un petit tour de chant et puis s’en va d’autant plus vite que les airs chez Rameau sont brefs.</p>
<p><img decoding="async" alt="" src="/sites/default/files/styles/large/public/plat3.jpg?itok=-1nErqfV" title="© Festival de Royaumont" /><br />
	© Festival de Royaumont</p>
<p>En l’absence de consignes scéniques, de décors et de costumes, il s’agit de faire preuve d’imagination. Tous ne sont pas également inspirés. <b>Hasnaa Bennani</b> chante Junon courroucée de la même manière que Clarine dolente. Satyre trop sage dans le prologue, <b>Arnaud Richard</b> est ensuite un Cithéron sur la réserve. <b>Anders J. Dahlin</b> peine à se glisser dans la peau de la nymphe batracienne et oublie de saisir les perches tendues par le livret – les « coâ » qui font Platée drôlement ridicule. Privée d’impact, la voix semble chercher ses repères, entre registre de tête et de poitrine. La vraie haute-contre, aiguë, souple et agile, n’est pas celle qu’on pense. En Thespis puis Mercure, <b>Nicholas Scott</b> déborde de la fantaisie qu’il faudrait à son partenaire.</p>
<p>De la Folie, <b>Chantal Santon Jeffery</b> possède le tempérament, à défaut de la technique échevelée, condition nécessaire pour que la démence dont le rôle se veut l’allégorie soit également vocale – sauf à considérer que Rameau sans trille soit forme de folie. Momus dans la première partie, <b>Thomas Dolié</b> est un Jupiter réjouissant, ne serait-ce que par le décalage entre la probité d’un chant sanglé dans la diction et les égarements d’un dieu si peu jupitérien – le sens de l’adjectif est désormais établi. Le Jupin offenbachien n’est pas loin. Momus dans la 2e partie, <b>Victor Sicard</b> réussit à nous faire regretter son absence dans la première. Cet élève du Jardin des Voix a de la présence en plus d’une émission naturelle.</p>
<p>A la tête de son ensemble Les Ambassadeurs, <b>Alexis Kossenko</b> se démène comme un forcené pour transmettre aux musiciens l’énergie dont il déborde. La vivacité du tempo tente de pallier l’absence de relief et de contraste. En vain. Ballet et comédie, l’opéra bouffon de Rameau se trouve finalement amputé de l’un et de l’autre.</p>
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		<item>
		<title>ADN baroque</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/adn-baroque-mise-a-nu-sans-frisson/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Sep 2018 07:09:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On voudrait bien aimer ce disque. Derrière une multitude de textes où production et artistes décrivent leur projet avec lyrisme et s’autocongratulent, au risque d’agacer, transparaît un enthousiasme sincère. Ce « manifeste créatif », donc, nous promet une « relecture contemporaine du baroque en piano-voix » dont le minimalisme doit nous amener à « entendre le baroque autrement ». Sur le papier, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On voudrait bien aimer ce disque. Derrière une multitude de textes où production et artistes décrivent leur projet avec lyrisme et s’autocongratulent, au risque d’agacer, transparaît un enthousiasme sincère. Ce « manifeste créatif », donc, nous promet une « relecture contemporaine du baroque en piano-voix » dont le minimalisme doit nous amener à « entendre le baroque autrement ». Sur le papier, c’est un ambitieux projet porté par le pianiste <strong>Guillaume Vincent</strong> et le contre-ténor et danseur <strong>Théophile Alexandre</strong>. Ce dernier a déjà multiplié les expériences originales mêlant volontiers danse et chant, de Monteverdi à la création contemporaine en passant par Bach et même l’opérette d’Hervé : il a le goût des chemins de traverse. Convenons toutefois que transpositions, coupes et arrangements pour piano ne sont pas nouveaux dans ce répertoire. Certes passés de mode, les <em>arie antiche</em> sont toujours le pain quotidien des chanteurs débutants ou aguerris, et les jeunes pianistes découvriront encore longtemps Bach à leur clavier. Côté style, le bréviaire baroque est respecté, et l’émotion explicitement associée à chaque aria s’inscrit dans la théorie des affects. Le livret annonce cependant de vraies originalités : un « Eja mater » modifié pour en faire une « comptine macabre », et un piano préparé au cachemire pour l’air du froid de Purcell et le « Cum dederit ». Mais globalement, rien de bien impertinent, et de véritable relecture, point.</p>
<p>De toute évidence, le programme a été pensé et enregistré avec soin, et aligne des pages superbes qui ne sont pas toutes archiconnues du grand public. La voix de Théophile Alexandre n’est pas vilaine, plutôt claire sans se cantonner à un angélisme diaphane. Indéniablement sensible au théâtre, Alexandre cherche à tirer autant de couleurs que possible d’une voix à la palette limitée, livrant par exemple un « Strike the viol » souriant jusqu’au rictus, tandis que « One charming night » paraît gris et épuisé. Effet voulu pour suggérer une nuit d’amour intense ? La célèbre <em>Cold Song</em>, trop feutrée et timide, ne fait pas passer le frisson. Capté de près pour favoriser l’intimité, le chanteur expose aussi fatalement ses limites. On ne pourra certainement pas reprocher au chanteur de ne pas avoir de personnalité, mais l’expression nous paraît souvent appliquée et maniérée plutôt qu’inspirée. L’Acis de Porpora, le Ptolémée de Haendel ou encore la Judith de Vivaldi trahissent des difficultés en termes de phrasé, d’homogénéité, d’intonation ou de vocalisation. Plus réussis sont les duos avec les sopranos Chantal Santon (« Pur ti miro ») et Marion Tassou (« Son nata a lagrimar »), la berceuse d’Arnalta et la sobriété des dernières plages du disque, dont l’inaltérable « Lascia ch’io pianga » : tout cela suffira à séduire les adorateurs de falsettistes. La réduction pour piano fonctionne plutôt bien, sauf dans quelques extraits : le duo de Poppée et Néron est singulièrement appauvri, et le toucher de Vincent n’allume pas les flammes qui devraient embraser les extraits d’<em>Alessandro</em> et de <em>L’Olimpiade</em>. En revanche, cet « Eja mater » où la main droite égrène ses notes dans l’aigu peut séduire par sa mélancolie de jour de pluie.</p>
<p>Au fond le problème est simple : nous n’avons pas été bousculé, surpris ou ému en parcourant ces 21 airs. Ainsi offertes en succession d’instantanés, ces arias ont toutes été mieux servies ailleurs et la vertu de l’ensemble ne saute pas aux oreilles. Sautera-t-elle aux yeux ? Après avoir été donné au Théâtre de l’Athénée à Paris, ce programme, agencé différemment, fera l’objet d’une tournée. Ce n’est pas un récital ordinaire : Théophile Alexandre y chante et danse seul en scène avec son pianiste*. Là est la véritable audace du projet ! De toute évidence, c’est au public conquis par ce spectacle que ce disque s’adresse avant tout.</p>
<p> </p>
<p>* Les curieux sont invités à regarder la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=b6MTSQca6sM">bande annonce</a>.</p>
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		<item>
		<title>DESTOUCHES, Issé — Montpellier (Festival)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/isse-de-destouches-montpellier-festival-applaudissez-isse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Jul 2018 07:21:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Applaudissez Issé…non seulement l’ouvrage, mais aussi ses interprètes ! On en connaissait quelques rares extraits, exhumés par Raymond Leppard, Laurence Boulay, Louis Martini (le « découvreur » du Te Deum de Charpentier)… c’est tout. Comme pour les autres ouvrages lyriques de Destouches,  on ne disposait au mieux que de suites d’orchestre, donc fort peu représentatives de son art &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Applaudissez <em>Issé</em>…non seulement l’ouvrage, mais aussi ses interprètes ! On en connaissait quelques rares extraits, exhumés par Raymond Leppard, Laurence Boulay, Louis Martini (le « découvreur » du <em>Te Deum</em> de Charpentier)… c’est tout. Comme pour les autres ouvrages lyriques de Destouches,  on ne disposait au mieux que de suites d’orchestre, donc fort peu représentatives de son art vocal. Après plus de trois siècles d’oubli, sortirait-il vraiment de l’ombre ? En 2006, Hervé Niquet et son Concert spirituel nous révélaient <em>Callirhoé</em>, Le 5 octobre, les Ombres recréent à Ambronay la <em>Sémiramis</em> (sa dernière tragédie lyrique), ce soir, c’est le tour d’<em>Issé</em> – son ouvrage le plus célèbre – que dirige <strong>Louis-Noël Bestion de Camboulas</strong>, avec ses complices des Surpises. [erratum : Vincent Tricarri nous informe qu&rsquo;en juin 2017, <em>Issé</em> a été redonné sous sa direction, dans son intégralité, en version scénique, au Château de Lunéville, où Emilie du Châtelet le joua dans son rôle titre. Nous le prions d&rsquo;accepter nos excuses pour cette omission].</p>
<p>Destouches demeure célèbre comme survivancier de Delalande, dont il acheva le ballet <em>Les Eléments</em> (1721). A l’âge de 15 ans, il avait accompagné au Siam le père Tachard  &#8211; géographe et mathématicien, sorte d’ambassadeur, mais dix-huit mois après son retour (en  juillet 1688), il renonce à l’Eglise pour l’armée, chez les Mousquetaires noirs. Il participe ainsi au siège de Namur en 1692. En 1696, il se consacre exclusivement à la musique et prend des leçons auprès de Campra. <em>Issé</em> est chantée à Fontainebleau devant le roi en 1697, pour le mariage du dauphin, en version de concert, comme ce soir. C’est le début d’une riche carrière lyrique. Entre 1703 et 1711, il reprend sa « pastorale héroïque » qu’il fait passer de 3 à 5 actes, enrichissant son écriture.</p>
<p>Le berger Philémon (Apollon) et Issé s’aiment, au grand dam de Hylas, l’amoureux toujours éconduit.  Issé s’inquiète lorsqu’un oracle lui révèle que le dieu des arts l’adore. A la fin, Apollon-Philémon décline sa véritable identité avant qu’un divertissement final célèbre l’amour des amants. Se combine à cette intrigue une action secondaire sur le ton léger : Doris (sœur d’Issé) et Pan (compagnon d’Apollon), après s’être aimés, reprennent joyeusement  leur liberté. Les badinages légers et coquins, savoureux, de Pan et Doris (« il faut traiter l’amour de jeu », « cèdons à nos tendres désirs »), en contrepoint des amours faussement contrariées d’Issé et de son berger d’emprunt, loin d’alourdir le propos, permettent à l’ouvrage de jouer sur les deux tableaux, entre sourire et tendresse.</p>
<p>A l’écoute de ce bijou, on est stupéfait par la prouesse que réalise un jeune compositeur pour son premier ouvrage lyrique. A la différence de nombre d’œuvres dramatiques contemporaines ou postérieures, malgré sa durée, pas un instant l’attention n’est distraite tant le propos se renouvelle, avec une qualité d’écriture peu commune. Les nombreux récitatifs, jamais bavards, d’une prosodie soignée, s’enchaînent naturellement aux airs ou duos. Les divertissements sont intégrés à l’action, comme les jeux instrumentaux, délicieux.  Si la forme (prologue et cinq actes) et l’écriture (à cinq parties) empruntent à la tradition lullyste, un vent de fraîcheur a soufflé sur l’art lyrique. La pastorale héroïque se distingue par son audace, par l’usage des instruments comme par sa souplesse expressive. La version définitive s’est enrichie de divertissements. Les chœurs sont réécrits, l’orchestre s’enrichit. Le langage aussi : l’écriture homophone disparaît au bénéfice d’élégants contrepoints.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/isse_4_festival_radio_france_mtp_oc_2018cluc_jennepin.jpg?itok=s0MtmLeN" title="Chantal Santon (Doris) et Eugénie Lefèbvre (Issé) © Luc Jennepin" width="468" /><br />
	Chantal Santon (Doris) et Eugénie Lefèbvre (Issé) © Luc Jennepin</p>
<p>Deux femmes, trois hommes – puisque le malheureux Hylas restera seul – se partagent les principaux airs et duos. <strong>Eugénie Lefèbvre</strong> chante Issé. La voix, comme le jeu, sont en parfait accord avec le personnage : la jeunesse et la fraîcheur se conjuguent à l’expression d’une passion sincère. Airs, récitatifs et duos sont remarquablement conduits. L’acte IV (avec un extraordinaire et long sommeil) est le sommet. L’air « funeste amour », où deux flûtes se joignent aux cordes et au continuo est splendide. La maturité de la Doris de <strong>Chantal Santon</strong> est indéniable. Auparavant, sa première intervention, comme première Hespéride  « Nous jouissons ici – De ce séjour » n’aura pas tout à fait convaincu, avec un medium et des graves manquant de corps. Mais au fil des interventions, la maîtrise s’accroît pour culminer à l’air qui ouvre le cinquième acte « Chantez oiseaux », où la flûte sopranino et le piccolo gazouillent avec grâce. « Quand on a souffert une fois l’amoureux esclavage» que chante celui qui se fait passer pour un berger, donne le ton. <strong>Martial Pauliat</strong>, Apollon, est un remarquable ténor à la française, dont on imagine que Jélyotte avait la voix : claire, haut placée, franche et sonore.  Jupiter, puis Pan sont chantés par <strong>Matthieu Lécroart</strong>. L&rsquo;émission est sonore, bien timbrée, avec toute l’autorité du premier et la truculence du second. Modèle de diction, c’est un plaisir que chacune de ses interventions. Le malheureux Hylas, est mieux servi par <strong>Etienne Bazola</strong> que son Hercule, peu convaincant au prologue. Les accents de sa passion sont justes, touchants, confiés à une voix dont les graves sont – heureusement – fort peu sollicités. Son air « sombres déserts », qui ouvre l’acte III est chargé d’émotion. Aucun des seconds rôles ne démérite. Tous appartiennent au chœur de solistes. Malgré son effectif réduit, ce dernier est sonore, flexible, réactif dans ses nombreuses interventions, de l’ « Accourons, accourons » du prologue à la scène de l’oracle.</p>
<p>L’orchestre nous réjouit, de l’ouverture du Prélude à l’apothéose et aux danses finales. Le jeu des cinq (poly)instrumentistes à vent est admirable, particulièrement celui de Xavier Miquel au hautbois. Les cordes sont réactives, avec de jolies couleurs. Le continuo, appliqué, manque encore un peu de cette souplesse qu’il acquerra certainement au fil des productions. Pour un jeune ensemble dont c’est encore l’enfance (8 ans), le résultat est pleinement convaincant.</p>
<p>Après cette première, l’ouvrage sera redonné quatre fois, pour aboutir à Versailles, avant d’être enregistré (sous le label Ambronay). Applaudissez Issé ! Elle le mérite pleinement.</p>
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