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	<title>Alexander SCHMALCZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Alexander SCHMALCZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>SCHUBERT, Die schöne Müllerin &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-die-schone-mullerin-par-matthias-goerne-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Oct 2023 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il ne cesse de danser d’un pied sur l’autre, il recule vers le bout du piano, revient pour chercher du regard quelque chose dans les cordes, puis ses yeux se perdent vers les secondes galeries, il se casse vers le sol sans doute pour y trouver ses notes graves. Son pantalon tirebouchonne, sa veste a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il ne cesse de danser d’un pied sur l’autre, il recule vers le bout du piano, revient pour chercher du regard quelque chose dans les cordes, puis ses yeux se perdent vers les secondes galeries, il se casse vers le sol sans doute pour y trouver ses notes graves. Son pantalon tirebouchonne, sa veste a pris un mauvais pli dans la valise. Il est lourdaud et touchant, agité comme un enfant perdu dans ses pensées, on accroche parfois ses yeux, mais non, même si la salle est à demi éclairée, pour qu’on puisse lire les textes des lieder, il ne nous voit pas, il ne regarde qu’en lui, confronté à nouveau à cette B<em>elle Meunière</em>, chantée tant de fois, et qu’il essaie d’attraper. Confronté à lui-même, à sa vie.</p>
<p>Quelques jours après notre dithyrambe <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/schubert-die-schone-mullerin-par-samuel-hasselhorn/">sur celle, au disque, de Samuel Hasselhorn</a>, quelle chose étrange d’entendre la <em>Schöne Müllerin</em> de <strong>Matthias Goerne</strong>. Chez l’un la jeune et virile aisance d’un jeune homme à qui rien n’est impossible, fringant comme un pur-sang, chez l’autre la rumination du souvenir, la vie qui est passée, l’expérience et la mélancolie, le poids des années, le poids du corps.</p>
<p>On sort d’un récital du Matthias Goerne d’aujourd’hui dans un état d’émotion et de fragilité à nul autre pareil – et notre impression n’avait pas été différente après son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/winterreise-par-goerne-et-pires-gstaad/">Voyage d’hiver entendu il y a quelques semaines à Gstaad</a> : il y a cette voix, jadis inébranlable, et qui flotte aujourd’hui dans une incertitude qui ajoute du pathétique au pathétique, mais il y a aussi le poids d’une vie, la sienne et évidemment la nôtre aussi, celle de ces auditeurs, plongés dans un silence de sépulcre, attentif, à l’écoute du moindre souffle, et qu’habite on ne sait quelle inquiétude, et d’ailleurs on sait bien laquelle. On se dirigera vers la sortie, abasourdi et muet, pour reprendre son souffle, retrouver l’air d’une soirée un peu fraiche, s’alléger. <br>Mais avec le sentiment qu’on se souviendra de ce moment-là, quand on aura tout oublié de concerts absolument impeccables.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="512" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/©-Marco-Borrelli-1024x512.jpg" alt="" class="wp-image-143494"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Alexander Schmalcz et Matthias Goerne © Marco Borrelli</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Vingt ans après</strong></h4>
<p>Prenons l’exemple de <em>Trockne Blumen</em>, antépénultième et sublime lied, où le meunier qui ne songe plus qu’à la mort évoque la tombe où il va gésir bientôt. C’est une expérience troublante au sortir du concert, encore habité de ce qu’on a entendu, que d’écouter l’enregistrement magnifique que Goerne en fit en 2001 avec Eric Schneider, dans toute la santé et la maîtrise de sa trentaine. <br>Ce qu’il y fait aujourd’hui n’est pas très différent, mais c’est que lui n’est plus le même. Les passages en voix mixte, qui étaient si faciles, sont maintenant un peu chahutés, tout velours a disparu. Et pourtant quelle émotion dans la version déchirée de 2023, et de l’entendre, lui, avec sa stature, si émouvant de faiblesse dans la deuxième strophe («&nbsp;Wie seht ihr alle&nbsp;») ; et que dire de ce silence, qui semble sans fin (même si ce ne sont que trois ou quatre secondes) avant la quatrième, «&nbsp;Ach, Tränen machen&nbsp;», qui vous laisse justement au bord des larmes, tant il se livre là, dénudé ; et de cette fragilité, de cette tristesse irrémédiable dans «&nbsp;Und Blümlein liegen, / In meinem Grab, / Die Blumlein alle, / Die sie mir gab&nbsp;». <br>Après cela, tout va se faire ténu et se ralentir, jusqu’à l’éclat soudain des deux derniers vers, «&nbsp;Der Mai ist kommen, Der Winter ist aus&nbsp;»… Sur ces deux lignes, avec leur nuance d’espoir, on pourrait attendre un sourire, mais non, il les donne à pleine force, grave, blessé, avec même une note un peu fausse, et d’autant plus touchante (de sa part), sur la reprise…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/mat-1024x682.png" alt="" class="wp-image-143501"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Matthias Goerne © Caroline de Bon</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Comme dans un miroir embué</strong></h4>
<p>Ce qu’on vient d’écrire là, on pourrait le dire de toute cette <em>schöne Müllerin</em>, rugueuse, éperdue, désemparée. Souvent on ressent l’impression que Goerne se débrouille avec plusieurs voix qu’il raboute tant bien que mal, à la recherche d’une souplesse enfuie. Mais, à l’opposé, dans certains lieder enflammés, ceux où le meunier s’insurge, on l’entend regrouper ses graves les plus solides (le début de <em>Halt !</em>) et recouvrer toute son ampleur, qui est immense. Ainsi dans le tempétueux <em>Ungeduld</em> (Impatience) avec ses fiers «&nbsp;Dein ist mein Herz&nbsp;» récurrents, l’un violent, l’autre tendre, le troisième puissant, servis par une diction sans faille, et alors quelle impression d’altière grandeur.</p>
<p>Mais à d’autres moments s’insinue le sentiment de voir le reflet de ce qu’il fut dans un miroir embué. Qu’il se souvient de la moindre inflexion pour en donner une image floutée, allégeant ici une phrase comme il l’a toujours fait, en bousculant une autre. Émouvant de le voir errer devant le piano comme pour aller à la recherche de la douceur qu’il mettait dans <em>Der Neugierige</em> et qu’il retrouve furtivement avant qu’elle ne s’échappe.<br>Longuement mûrie, portée durant combien de concerts, sa lecture du cycle, évidemment, ne laisse de côté aucune intention, mais il reste d’une constante retenue, comme s’il craignait d’en faire trop. Tout en pudeur, il n’ajoute aucun pathos, ne surjoue jamais. Le mot «&nbsp;Schmerz&nbsp;» (douleur) dans <em>Pause</em> n’a pas besoin d’être souligné et d’ailleurs le dernier vers « Soll es das Vorspiel neuer Lieder sein », où la voix paraîtra se briser, semblera toucher à l’extrême de l’intime et du dénuement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="1024" height="1001" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Deutschland-Berlin-19122022-Barito-3.jpg" alt="" class="wp-image-143508"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Matthias Goerne © DR</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>L’effacement</strong></h4>
<p>Étonnante timidité de la part d’un tel chanteur-acteur (qu’on se souvienne de son Wozzeck ou de son effrayant Barbe-Bleue). Il semble cultiver l’understatement, l’effacement, la modestie. Ainsi esquive-t-il l’ironie cruelle des derniers mots de la meunière dans <em>Tränenregen</em> (elle prend les larmes du meunier pour les premières gouttes d’une averse et rentre se mettre à l’abri), lied tout en lignes sinueuses et en montées escarpées, qui l’obligent, comme souvent, à quitter son registre grave et son médium solides pour des aventures en voix de tête d’une maladresse touchante.</p>
<p>Mais quelles réserves de puissance. La fierté orgueilleuse de <em>Mein</em>, ses graves tonitruants, ses notes piquées acrobatiques (et tant pis pour les «&nbsp;Mein&nbsp;» un peu crus), la déferlante sonore quand survient l’intrus, le chasseur, celui qui séduira la frivole meunière… Le débit se précipite, les consonnes pétaradent et cliquettent, la violence explose et la voix tonitrue (jusqu’à une note «&nbsp;craquée&nbsp;» dans <em>Der Jäger</em> sous l’effet de la colère), et la fureur montera encore d’un cran dans <em>Eifersucht und Stolz</em> (Jalousie et orgueil), dans ce registre puissant, farouche, presque surhumain, où il est impressionnant ! Avec cette manière de pétrir le texte, de le mâcher, le dévorer, effrayant comme un personnage sorti de la forêt allemande ou de quelque <em>Freischütz</em> !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="772" height="516" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/©Marie-Staggat-1.jpg" alt="" class="wp-image-143643"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Marie Staggat</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Disparaître</strong></h4>
<p>Et puis quelle bonté dans <em>Morgengruss</em>, quelle tendresse un peu pataude, et comme on l’aime… Sans doute souhaiterait-on qu’<strong>Alexander Schmalcz</strong> soit un peu plus imaginatif, mais il est un partenaire sûr et solide, demeurant en retrait, son jeu très au fond des touches brosse derrière la voix une tapisserie aux couleurs sombres, un peu embrumées. <br>C’est dans les trois derniers lieder, les plus denses, qu’on entendra le mieux la beauté de sa sonorité, sa retenue et sa discrète plénitude. Sur <em>Trockne Blumen</em>, évoqué plus haut. Puis sur le tendre <em>Der Müller und der Bach</em>, où il choisira de s’effacer, à l’écoute des pianissimos de Goerne.</p>
<p>Lied déchirant : la voix du meunier, touchante de fragilité, erre parmi des notes trop hautes pour elle. Ce n’est plus de beau chant qu’il s’agit là, c’est autre chose, de beau, tout simplement. Et quelle transparence dans la consolation du ruisseau, jusqu’à ce «&nbsp;Morgen&nbsp;» inaccessible… La réponse du meunier sonnera (si peu !) comme un adieu. Instant où Matthias Goerne semble aller jusqu’au bout de la douleur.</p>
<p>Évident alors, le sentiment d’arriver là au cœur de l’art du lied. Non seulement il y a cette science du chant qui fait que la note la plus infime passe jusqu’au bout de cette salle trop grande (habitée par le silence d’un public suspendu à la moindre intention), mais il y a cet effacement de tout effet, cet oubli de soi devant le mystère de l’inspiration de Schubert.</p>
<p>L’ultime berceuse, <em>Des Baches Wiegenleid</em>, mènera Goerne aux limites de l’épuisement. Vocal et émotionnel. Errance éperdue. Courage de se montrer à nu. Piano lancinant et funèbre. Au milieu de ce dénuement, de toutes ces notes qui semblent hors d’atteinte, parfois la tentative d’un sursaut (sur «&nbsp;Hinweg&nbsp;»), puis la marche reprend, jusqu’à l’ultime «&nbsp;Gute Nacht&nbsp;» et à l’apparition, inespérée, d’un rayon de lune traversant le brouillard, et dans la nuit, enfin, sur le dernier vers, impalpable, «&nbsp;Und der Himmel sa droben, wie ist es so weit ! &#8211; Et le ciel là-haut, comme il est vaste !&nbsp;», de la lumière.</p>
<p>Sublime.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="512" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Matthias-Goerne-Alexander-Schmalcz-1024x512.jpeg" alt="" class="wp-image-143509"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Alexander Schmalcz et Matthias Goerne © DR</sup></figcaption></figure>
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		<title>SCHUBERT, Die Schöne Müllerin — Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-schone-mullerin-toulouse-ardente-flamme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Jun 2021 03:14:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il devait venir en janvier à Toulouse pour Winterreise, le voilà en juin pour l’autre grand cycle schubertien. Matthias Goerne fait aussi d’une pierre deux coups puisque les répétitions pour Elektra, dernière nouvelle production de l’année au Théâtre du Capitole, commencent tout juste ; alors disons au passage qu’il nous tarde de connaître l’Oreste qu’il &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il devait venir en janvier à Toulouse pour <em>Winterreise</em>, le voilà en juin pour l’autre grand cycle schubertien.<strong> Matthias Goerne</strong> fait aussi d’une pierre deux coups puisque les répétitions pour <em>Elektra</em>, dernière nouvelle production de l’année au Théâtre du Capitole, commencent tout juste ; alors disons au passage qu’il nous tarde de connaître l’Oreste qu’il sera au côté de Ricarda Merbeth et Violetta Urmana, dans la vision de Michel Fau, qui clôturera la saison occitane. <em>Forumopera</em> aura l’occasion d’en reparler.</p>
<p>Ce soir, l’hiver est derrière nous, les mauvais jours sont passés, n’est-ce pas ? Alors l’heure est à chanter l’amour, celui du meunier pour la belle meunière. L’amour, tel que Matthias Goerne nous le livre, c’est une flamme ardente, forte, et qui semble indestructible. C’est un meunier amoureux, jaloux, rude et gaillard.<br />
	L’attaque du cycle (<em>Das Wandern</em>) nous prend à la gorge et la question nous vient : cette énergie, ce souffle, cette chaleur, cet empressement, va-t-il les tenir sur la distance ? Eh oui, et ce n’est pas le moindre des mérites de cette prestation ; tout au long du cycle et d’un bout à l’autre, Goerne campe ce meunier un peu rustre, un peu balourd même, mais toujours aussi amoureux, toujours aussi enflammé. Goerne fait de notre héros un amoureux non pas transi, mais viril, imposant, colérique et capable d’effacer des montagnes pour gagner le cœur de sa bien-aimée. Il déploie alors les accents les plus puissants, les plus brusques aussi pour définir sans nuance les élans amoureux du meunier. Goerne délivre une énergie impressionnante pour donner vie à des vers, dont la mièvrerie le dispute ici et là au romantisme bon teint et quelque peu suranné. Incroyable ardeur déployée à enchaîner sans aucune pause les Lieder 12 (<em>Pause</em>), 13 (Mit<em> dem grünen Lautenbande</em>), 14 (<em>Der Jäger</em>) et 15 (<em>Eifersucht und Stolz</em>) qui nous entraînent du chagrin à la jalousie en passant par la déploration et la colère, dans une séquence à couper le souffle et dont on ressort comme groggy ; la voix est alors sombre à souhait et le souffle bruyant.</p>
<p>Mais la force et la magie de l’interprétation de Matthias Goerne réside aussi dans sa capacité à varier les plaisirs et à magnifier les mille et une nuances dont Schubert a parsemé la partition. Car l’amoureux fou sait faire preuve d’une infinie délicatesse (<em>Der Neugierige</em> ou <em>Des Müllers Blumen</em>) avec une si raffinée conduite de la ligne de chant. Avions-nous cru en début de cycle que cet amoureux nous lasserait vite par ses ardeurs rustres et infantiles, que nous le découvrons au fur et à mesure que la quête de l’amour se joue, d’une formidable capacité à colorer de mille teintes la figure de l’émotion (<em>Der Müller und der Bach</em>) sans parler de l’ultime berceuse du ruisseau (<em>Des Baches Wiegenlied</em> ) dont on voudrait qu’elle ne s’achève jamais et pour laquelle Goerne lance ses dernières forces, cette fois tout en précision et en infinie délicatesse. Les ressorts les plus fins, les plus délicats de la voix, parachèvent un cycle anthologique.</p>
<p>Vision non édulcorée d’un cycle de Lieder à dire vrai davantage servi par la musique que par le texte. Il serait très injuste de ne pas citer <strong>Alexander Schmalcz</strong>, accompagnateur attentif et sûr. Sans aucune pause durant les soixante-dix minutes du concert, il aura été à l’écoute du baryton et l’aura suivi sans défaut.</p>
<p> </p>
<p> </p>
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