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	<title>Jean-Fernand SETTI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Jean-Fernand SETTI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Requiem – Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-requiem-metz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 May 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est déjà fini pour la saison 2025-26 à Metz ! Ce dimanche 3 mai, dans la grande salle de l’Arsenal (puisque l’Opéra-Théâtre de Metz est fermé pour travaux de rénovation), on pouvait se délecter d’un dernier spectacle en feu d’artifice musical qui clôturait une année certes un peu courte, mais jouissive et tout à fait équilibrée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est déjà fini pour la saison 2025-26 à Metz ! Ce dimanche 3 mai, dans la grande salle de l’Arsenal (puisque l’Opéra-Théâtre de Metz est fermé pour travaux de rénovation), on pouvait se délecter d’un dernier spectacle en feu d’artifice musical qui clôturait une année certes un peu courte, mais jouissive et tout à fait équilibrée pour une saison hors-les-murs. Après les mémorables <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-metz/">Elektra</a></em> et <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-metz/">Norma</a></em>, pour ne mentionner que les spectacles donnés à l’Arsenal, voici donc un formidable <em>Requiem</em> de Verdi qui enterre avec panache une cuvée excellente. À chaque écoute de cette messe des morts belle comme un opéra qu’elle ne sera jamais, on se dit qu’il faudra tout de même un jour lire le classique des classiques italiens d’Alessandro Manzoni, <em>Les Fiancés</em>, et de s’intéresser davantage à la carrière politique d’un homme qui a su inspirer un tel hommage au grand Verdi. En attendant, la petite heure et demie passée à Metz a permis de se replonger dans l’écoute privilégiée riche en émotions d’une œuvre qui n’est jamais aussi puissante et cathartique que lorsqu’elle est correctement servie par un orchestre au sommet, un chef verdien dans l’âme, deux chœurs déterminés et des solistes capables de faire ressentir le grand deuil dans leurs moyens vocaux. En ce qui nous concerne, c’est la quantité de larmes versées qui seule compte. Voici donc une critique plus subjective que jamais, tributaire d’un « lacrymomètre » qui a fort bien fonctionné tout l’après-midi messin, que nous vous soumettons…</p>
<p>Dès l’introït, l’ambiance est installée : sous la baguette inspirée d’un <strong>Paolo Arrivabeni</strong> dont c’est peu dire qu’il est familier avec le répertoire verdien, l’orchestre fait délicatement enfler des mesures qui font se dresser le poil sur la peau. On se prend à fermer les yeux pour voir s’ouvrir les tombes des fresques de Signorelli à Orvieto, laissant émerger les squelettes qui se recouvrent immédiatement de chair. Les correspondances visuelles vont être très nombreuses dans la période qui suit. Et dès que les solistes ouvrent la bouche, ce sont les premières larmes qui roulent sur les joues, qu’on n’a pas du tout envie de sécher ni de freiner. Las, l’acoustique de la salle dessert les déferlantes sonores de l’orchestre combiné avec les deux chœurs sans retenue. On est à la limite de la saturation et de la bouillie sonore. On se demande s’il n’aurait pas été mieux de placer les chœurs plus en hauteur dans la salle vertigineuse plutôt que de les laisser directement derrière l’orchestre. Les larmes s’arrêtent instantanément, pour mieux revenir très vite, notamment par l’intervention d’un soliste manifestement en état de grâce absolue, à savoir le baryton-basse <strong>Jean-Fernand Setti</strong>, dont la projection est tout en puissance et en autorité. Le timbre est chaud, profondément sombre, doté d’un potentiel consolateur infini. Le contraste entre le physique imposant du chanteur et la délicatesse qui en émane est saisissant. Il semble porter à lui tout seul toute la déréliction de l’œuvre. Dire qu’il ne chante pas pendant le dernier quart d’heure : on ne se fait pas à l’idée que Verdi ait pu ainsi sacrifier la voix de baryton qu’il affectionnait tant pour le final de la messe, dévolu à la soprano. En l’occurrence, nous avons droit à une interprète de choix avec <strong>Beatriz Díaz</strong>. L’émotion est à fleur de peau, la voix pure et le nuancier de la ligne de chant riche et raffiné, mais certains sons filés et les aigus sont tendus. On retient toutefois la beauté de l’ensemble. Dans le même ordre d’idée, le ténor <strong>Aquiles Machado</strong> semble à la peine dans les aigus, mais son implication totale lui permet de bien s’intégrer dans le quatuor. L’autre grande triomphatrice de cette messe des morts merveilleusement incarnée est <strong>Emanuela Pascu</strong>, dont le mezzo profond, grave et noble fait merveille. Le legato, la brillance et la beauté de la ligne de chant subliment un timbre ambré et d’une brillance resplendissante. Les chœurs impressionnent par leur force éclatante et la puissance évidente de leur présence : les pianissimi comme les déferlantes sonores sont d’une remarquable cohésion. L’<strong>Orchestre national de Metz Grand Est</strong> est lui aussi en grande forme et visiblement à son aise, soutenu par un chef qui sait mettre tout le monde d’accord. Tous les pupitres sont à leur meilleur. Ne serait la sensation fugace d’avoir quelques effets de saturation dues à la nature de la salle, l’expérience quasi mystique et extatique aurait été à son comble. Les larmes ruissellent et l’on n’est pas fâché de voir quelques personnes sortir discrètement des mouchoirs de leur sac. Une bien belle fin de saison, saluée par le directeur de la maison, Paul-Émile Fourny, qui prend la parole pour faire ses adieux à une choriste qui prend sa retraite après 43 années, mais également pour nous annoncer que les travaux se déroulent normalement et sans retard. On attend avec impatience et confiance l’annonce de la prochaine saison.</p>
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		<title>VERDI, Otello &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-otello-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Apr 2026 05:44:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au théâtre du Capitole de Toulouse, pour Otello, la fièvre gagne. D’abord la fièvre que l’on sait particulière un soir de première ; et puis celle d’un pari osé : offrir en même temps à Michael Fabiano et Adriana Gonzalez leurs prises de rôles d’Otello et Desdemona. C’est en effet Toulouse qui a en premier &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au théâtre du Capitole de Toulouse, pour <em>Otello</em>, la fièvre gagne. D’abord la fièvre que l’on sait particulière un soir de première ; et puis celle d’un pari osé : offrir en même temps à <strong>Michael Fabiano</strong> et <strong>Adriana Gonzalez</strong> leurs prises de rôles d’Otello et Desdemona. C’est en effet Toulouse qui a en premier proposé ce rôle à la soprano franco-guatémaltèque, qu’elle a pu initier <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-otello-strasbourg-en-cours/">à Strasbourg.</a><br />
Mais surtout il y a cette fièvre ardente, maligne, qui prend possession d’Otello, et qui sera le fil conducteur de la tragédie. Cette fièvre qui gagne petit à petit, au fur et à mesure que le venin instillé par Iago fait son effet.<br />
Cet <em>Otello</em>, que <strong>Nicolas Joël</strong> avait proposé in loco en 2001 (fort bien repris ce soir par <strong>Emilie Delbée</strong>) n’a en rien perdu de sa beauté à la fois percutante et simple (des décors efficaces, des costumes d’époques impeccables), parfois lapidaire aussi comme ce dernier acte où la scène est étonnamment envahie par un lit king size. Cet Otello c’est d’abord un personnage entièrement reconstruit pour et sans doute aussi par Michael Fabiano. Avant d’évoquer le chanteur, parlons de l’incarnation du personnage qu’il propose. Elle est passionnante en ce qu’elle semble nous montrer un homme revisité, actualisé, comme mis à jour et capable, au-delà du temps, de nous interroger sur sa psyché. Il est inhabituellement complexe cet Otello et n’est à coup sûr pas fait de bois brut. Il n’est pas le soldat revenu de la guerre, en quête du repos du guerrier et qui tombe dans le piège de la jalousie à la première escarmouche. Ce beau jeune homme fringant, à la stature d’athlète sans en faire trop, c’est un trentenaire amoureux. Amoureux fou et fougueux. Ses baisers sont sensuels, son duo d’amour est enfiévré, déjà, (au dernier acte il embrassera plusieurs fois Desdemona endormie sur son lit, avant de la tuer) et il ne se laisse certainement pas embrigader par Iago sans y réfléchir à deux fois ; on le voit d’ailleurs souvent tourner en rond, se prenant la tête, plongé dans ses réflexions, en quête de compréhension avant de céder, bien sûr, à la fièvre qui s’empare de lui, et comment pourrait-il en être autrement ?<br />
Avec les premiers soupçons apparaissent les premiers symptômes de cette fièvre ; un tremblement de la main droite, léger tout d’abord puis bien vite envahissant. Et puis, au III, la fièvre qui monte et nécessite le fameux mouchoir pour éponger le front, la fièvre qui monte encore et qui conduit Iago à couvrir d’un manteau un Otello plus fébrile que jamais. Ensuite, plus rien n’arrêtera la machine infernale qui s’est emparée de l’esprit définitivement enfiévré de l’homme trompé, trompé non par sa femme mais par son plus proche affidé. Qu’elle est pertinente cette vision du personnage d’Otello, qui montre comment un mécanisme de féminicide peut se mettre irréversiblement en marche.<br />
Michael Fabiano pose, pour son premier <em>Otello</em>, de magnifiques jalons. Si certains pouvaient s’interroger sur la pertinence de cette prise de rôle, cette représentation aura fourni quelques éléments de réponse intéressants. Oui, Fabiano (qui a déjà chanté Cassio) a la voix pour Otello, c’est incontestable. Il en possède la force, la virilité, portées par un timbre clair du plus bel effet. Sans doute faudra-t-il encore se pencher sur les notes les plus aigües (certaines sont inatteignables ce soir) et mesurer leur puissance (dans le duo du I), mais lui qui a étrenné ce rôle qu’il portera cet été au Théâtre Colon de Buenos Aires, puis au Met la saison prochaine, peut être pleinement rassuré.<br />
Et que dire d’Adriana  Gonzalez ? Sa Desdemona est stupéfiante de technique. Dès le duo du premier acte elle multiplie les aigus filés et offre un dernier acte qui restera dans les mémoires. La Chanson du Saule trouve une vigueur et des nuances jusque-là inconnues, l<em>’Ave maria</em> vous fait trembler par tous les membres, son « Emilia addio » est foudroyant et la scène de mort (Otello ne l’étouffe pas sous un oreiller mais sous sa robe de mariée) nous emporte définitivement. Adriana Gonzalez possède à la fois le lyrique et le dramatique nécessaire à la parfaite incarnation de Desdemona.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_7902-1294x600.jpg" />© Mirco Magliocca</pre>
<p><strong>Nikoloz Lagvilava</strong> a bien failli emporter tous les suffrages au baisser de rideau. Il faut dire que son Iago nous entraîne au plus profond des entrailles du mal, et le pire c’est qu’on en redemande… Il a tout pour se faire détester, c’est le démon fait homme, la vermine sur terre (il passe d’ailleurs beaucoup de temps à genoux sur scène). Son <em>Credo</em> du II est un modèle de diablerie.<br />
Cassio est joliment incarné par <strong>Julien Dran</strong> dont le timbre clair contraste avec ceux, bien plus complexes, de ses partenaires. <strong>Irina Sherazadishviki</strong> campe une Emilia bien décidée à ne pas se laisser abuser par son époux. On connaît l’énergie qu’elle met dans ses interventions ; celle de la toute fin du IV est particulièrement efficace. <strong>Jean-Fernand Setti</strong> (Lodovico), <strong>Andrés Sulbarán</strong> (Roderigo) et <strong>Zaza Gagua</strong> (Montano) complètent parfaitement la distribution.<br />
Mention toute particulière une fois de plus aux chœurs d’hommes et plus encore de femmes qui ont fait preuve, pour un soir de première, d’une maîtrise enviable. Et enfin à un Orchestre national du Capitole en grande forme, grâce à la lecture passionnante de <strong>Carlo Montanaro</strong> qui a mené des tempi souvent retenus, mais toujours réfléchis et préservé en permanence l’équilibre entre la fosse et la scène.</p>
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		<item>
		<title>GLUCK, Iphigénie en Tauride – Paris (Opéra-Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-iphigenie-en-tauride-paris-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans l&#8217;Iphigénie en Tauride de Gluck à l’Opéra-Comique, Louis Langrée et Wajdi Mouawad joignent leurs forces dans une symbiose évidente pour proposer une lecture féroce et captivante, qui se situe d’emblée au cœur de la machine dramatique. Rarement la violence, la noblesse et le dépouillement de la tragédie française ont été aussi bien servis que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l&rsquo;<em>Iphigénie en Tauride</em> de Gluck à l’Opéra-Comique, <strong>Louis Langrée</strong> et <strong>Wajdi Mouawad</strong> joignent leurs forces dans une symbiose évidente pour proposer une lecture féroce et captivante, qui se situe d’emblée au cœur de la machine dramatique. Rarement la violence, la noblesse et le dépouillement de la tragédie française ont été aussi bien servis que par cette fosse incandescente et cette mise en scène regorgeant de tableaux marquants, tandis qu’en Iphigénie <strong>Tamara Bounazou</strong> brûle les planches de la salle Favart.</p>
<p>Assumant de s’adresser à tous les publics contemporains, la production de Wajdi Mouawad s’ouvre par un écart pédagogique nécessaire : pendant que l’orchestre joue la fiévreuse ouverture d’<em>Iphigénie en Aulide</em>, une présentation récapitule les étapes du mythe complexe de la fille d’Agamemnon, inséré qu’il est dans une malédiction familiale (celle des Atrides) et dans un intertexte épique (la guerre de Troie). La projection, efficacement synchronisée avec les changements d’atmosphère de l’ouverture, s’achève dans un déchaînement de terreur à l’orchestre avec une photographie de chars russes déferlant sur une route de Crimée – l’actuelle Tauride. Le parallèle esquissé se prolonge dans un deuxième détour, une saynète située dans un musée en Crimée occupée par les Russes. On y retrouve les protagonistes de l’opéra dans des situations équivalentes à celle du livret, chacun étant tenu par une fidélité à sa culture et au sang versé qui le dépasse, une fidélité qui enchaîne l’individu à la violence et appelle de nouveaux crimes. Dans ce musée, une toile dépeignant le sacrifice d’Iphigénie sous perfusion d’hémoglobine happe le regard. Puis ce quatrième mur se soulève, invitant à entrer dans le mythe représenté et les premières mesures d’<em>Iphigénie</em> <em>en Tauride</em> retentissent. Le parallèle avec la situation de la Crimée n’est pas forcé, il est à peine formulé et ne revient plus une fois l’opéra commencé. Surtout, cette saynète s’abstient de tout manichéisme au propos contemporain facile pour préférer un aperçu terrifiant de la permanence de violences héritées et d’effusions de sang présentées comme involontaires et inévitables. Chacun se fera son avis sur cet ajout, mais il est pleinement respectueux de l’œuvre et il met au jour une coïncidence troublante que nous n’avons aucune raison d’écarter de la réception contemporaine de ce livret.</p>
<p>Par la suite, l’action se déroule dans un décor unique mais aux configurations et atmosphères changeantes grâce aux lumières d’Éric Champoux, qui jouent sur plusieurs rangées de projecteurs pour permettre des effets de plans multiples (il faut ainsi attendre plusieurs scènes pour apercevoir le fond de ce décor). D’immenses parois noires aux reflets de jais et à l’aspect de papier froissé entourent une plaque de miroir mat creusé de sillons évoquant une table de sacrifice ou de dissection. Les costumes d’Emmanuelle Thomas prolongent cet univers nocturne en y ajoutant de discrètes touches barbares plus qu’orientales, rappelant que la Scythie est un pays d’altérité radicale pour les Grecs.</p>
<p>Wajdi Mouawad se distingue par un art admirable de l’efficacité et de la limpidité dans la création de tableaux vivants. Les chœurs sont toujours mis en mouvement avec cohérence et impact, le plateau étant tantôt équilibré tantôt éclaté pour servir les phases du drame. Rien ne semble superflu et, dans ce dépouillement, la force du symbole est redoublée. Ainsi de la peinture rouge qu’Iphigénie et ses prêtresses badigeonnent sur les victimes sacrificielles et sur le mur d’immolation dans la première scène : le tableau abstrait et affreux créé par ces trainées de peinture sèche peu à peu pendant l’opéra, le rouge s’assagissant en un brun terne, créant des formes mouvantes et inquiétantes, mais qui en séchant signifient clairement un tarissement du sang versé. C’est ce que l’on comprend au moment du sacrifice d’Oreste par Iphigénie : le rituel du premier tableau est remis en place à l’identique, mais Iphigénie retient son coup lorsqu’elle comprend qui est l’étranger, et aucun sang frais ne s’ajoute au sang séché – sans pour autant l’effacer. La subtilité très humble de la mise en scène de Wajdi Mouawad est à l’image de ce détail, intelligent, fort, discret, servant avec justesse le drame dans ce qu’il a de plus essentiel et de plus intemporel.</p>
<p>Louis Langrée propose une lecture remarquable de fougue et de volonté dramatique. Dans un mouvement lisse et en parfaite symbiose avec le plateau, il enflamme, déchaîne, déploie, ménage des silences d’une justesse évidente, soutient les dilemmes et en un mot anime un opéra où l’action se fait rare dans le livret mais dont la partition regorge de tension. L’orchestre <strong>Le Consort</strong> est en très grande forme et se montre capable des nuances les plus opposées et les plus expressives – on saluera notamment une très belle section de cuivres et un hautbois magicien. Le chœur <strong>Les éléments</strong> est abondamment sollicité par la partition comme par la mise en scène ; le chœur féminin surtout se révèle à la hauteur de son rôle primordial, voix d’une communauté et miroir pour les protagonistes. C&rsquo;est parce que la fosse foisonne d&rsquo;inventivité et de virulence, parce qu&rsquo;elle porte en outre un plateau de grande qualité, que l&rsquo;on en vient à oublier que le livret de l&rsquo;opéra reste, hormis dans les dernières minutes, très pauvre en actions.</p>
<p>La distribution est dominée par Tamara Bounazou, qui fait ici des débuts triomphaux et qui se distingue par l’intensité de son interprétation. La voix est solide, franchement émise, égale sur tous les registres y compris dans des graves sonores légèrement poitrinés ; elle affronte sans hésitation les sauts de registre d’une partition très exigeante tout en trouvant les ressources d’un legato velouté. Ce qui surtout fait d’elle une splendide Iphigénie est sa diction nette, précise sans être affectée, si bien que les surtitrages sont absolument superflus y compris dans les airs. Les récitatifs la trouvent pleine d’inventivité pour incarner son texte sans le déformer et l’on sent là tout le travail préalable que cet apparence de naturel a dû exiger. Son Iphigénie est féroce et déchirée, parfois cruelle, parfois bouleversante, jamais excessive. On trouve là une tragédienne splendide. Que sa carrière nous réserve (ainsi qu’à elle) d’aussi belles surprises que celle-ci.</p>
<p>Oreste est l’autre personnage principal du drame. <strong>Theo Hoffman</strong> doit relever le défi d’être l’unique chanteur non francophone, ce qui s’entend légèrement sans rien de gênant. Il brille par son engagement scénique total, même si cette intensité semble parfois coûter à la voix, qui par ailleurs manque un peu de projection : sa grande scène de folie pourrait ainsi trouver plus d’équilibre entre le théâtre et le chant. Cela ne l’empêche pas de recueillir une ovation aux saluts.</p>
<p><strong>Philippe Talbot</strong> a toujours pour lui la souplesse dorée de son ténor léger, qui est parfois englouti par l’orchestre. Il est surtout un acteur convaincant dans le duo émouvant qu’il forme avec Oreste, chacun étant lié à l’autre par un sentiment unique dans cet opéra sévère qui se préoccupe peu d’amitié ou d’amour.</p>
<p>Les qualités naturelles de la voix de basse de <strong>Jean-Ferdinand Setti</strong> suffisent à assurer la réussite de son Thoas. Il a en outre la stature imposante d’un personnage cruel et trop peu présent pour avoir plusieurs dimensions.</p>
<p><strong>Léontine Maridat-Zimmerlin</strong> prête ses rigueurs vocales et gestuelles à une Diane hiératique très bien pensée et caractérisée. On apprécie l’inflexibilité de ce timbre de mezzo plutôt profond. Les très bons <strong>Fanny Soyer</strong> et <strong>Lysandre Châlon</strong> complètent cette distribution réussie.</p>
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		<title>Les Parenthèses Musicales de Saint-Maurice 2025</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/les-parentheses-musicales-de-saint-maurice-2025/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Jul 2025 05:36:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les Parenthèses Musicales de Saint-Maurice, festival d’été ayant élu domicile sur le site abbatial de Saint-Maurice à Clohars-Carnoët, se forge un profil de plus en plus particulier depuis que le pianiste et chef d’orchestre Yoan Héreau en a pris la direction il y a six ans. L’édition 2025 est consacrée à Maurice Ravel, dont nous &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les Parenthèses Musicales de Saint-Maurice, festival d’été ayant élu domicile sur le site abbatial de Saint-Maurice à Clohars-Carnoët, se forge un profil de plus en plus particulier depuis que le pianiste et chef d’orchestre Yoan Héreau en a pris la direction il y a six ans. L’édition 2025 est consacrée à Maurice Ravel, dont nous célébrons cette année le 150<sup>e</sup> anniversaire.</p>
<p>Plusieurs facettes du compositeur seront présentées sous un jour nouveau. Ainsi, le Duo Jatekok proposera des versions pour deux pianos d’œuvres orchestrales, dont l’emblématique <i>Boléro</i>, la <i>Rhapsodie Espagnole</i>, mais aussi des extraits de <i>Carmen</i> de Georges Bizet. Les pianistes Naïri Badal et Adélaïde Panaget rejoindront ensuite le comédien Florient Azoulay pour <i>Les Contes de la mère l’Oye</i>. Celui-ci élucidera également quelques aspects méconnus de la vie de Ravel dans le cadre d’une conférence-lecture.</p>
<p>Si ce programme fait dialoguer la musique de Ravel avec, entre autres, des pages de son confrère espagnol Manuel de Falla, le concert <i>Viva España !</i> du guitariste Emmanuel Rossfelder soulignera davantage les influences ibériques dans l’univers musical du Français. On retrouvera le même esprit dans le spectacle <i>En Forme de Habanera</i>, présenté par les chanteurs Raquel Camarinha et René Ramos Premier sur l’Esplanade de l’Océan. Deux soirées au titre espiègle <i>Les Chansons de Maurice </i>mettront en valeur la production de mélodies de Ravel ainsi que l’amour que ce dernier portait à la poésie. Le public y entendra notamment le ténor Enguerrand de Hys et le baryton Igor Bouin. Le trio Karénine, quant à lui, mettra face à face Ravel avec son compatriote Camille Saint-Saëns.</p>
<p>Enfin, la marque de fabrique du festival est sans aucun doute la production annuelle d’un projet lyrique ambitieux. Cette année, l’équipe a jété son dévolu sur <i>L’Heure Espagnole</i>, dans un nouvel arrangement pour solistes et petit ensemble signé Jean-Frédéric Neuburger.</p>
<p>Un beau palmarès de spectacles qui vaudra le déplacement dans ce coin charmant de la Bretagne.</p>
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		<item>
		<title>BROOKS, Frankenstein Junior &#8211; Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/brooks-frankenstein-junior-metz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Mar 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avant de fermer pour deux ans et demi de travaux, l’Opéra-Théâtre de Metz achève sa saison* en apothéose avec la troisième reprise de inénarrable Frankenstein Junior crée en 2007 et repris en 2021&#160;par le directeur, Paul-Émile Fourny. Sa proposition n&#8217;a pas pris une ride. Elle joue de la référence au cinéma d&#8217;horreur d&#8217;avant-guerre comme au &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avant de fermer pour deux ans et demi de travaux, l’Opéra-Théâtre de Metz achève sa saison* en apothéose avec la troisième reprise de inénarrable <em>Frankenstein Junior</em> crée en 2007 et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/frankenstein-junior-metz-pisse-froid-sabstenir-cest-du-mel-brooks/">repris en 2021</a>&nbsp;par le directeur, <strong>Paul-Émile Fourny</strong>.</p>
<p>Sa proposition n&rsquo;a pas pris une ride. Elle joue de la référence au cinéma d&rsquo;horreur d&rsquo;avant-guerre comme au film éponyme de de Mel Brooks. Le livret lui est très fidèle, tout comme la scénographie qui mêle les décors réels d&rsquo;<strong>Emmanuelle Favre</strong> avec des projections en noir et blanc sur deux cyclos aux élégants effets de transparence. Ces vidéos ne sont pas sans évoquer les photos de Brassaï utilisées dans le ballet <em>Rendez-vous</em> de Prévert et Roland Petit. Ainsi est habilement contourné l&rsquo;écueil des lieux multiples où se déroule l&rsquo;action tout en instillant une atmosphère délicieusement rétro accentuée par les beaux costumes de <strong>Dominique Louis</strong>. Elle s&rsquo;amuse, elle aussi des codes des tenues traditionnelles roumaines comme du glamour des années 1930 et de l&rsquo;âge d&rsquo;or d&rsquo;Hollywood. Les trouvailles visuelles sont pléthore, comme les chevaux-danseurs ou le duo dansé entre le « monstre »&nbsp;et sa fausse ombre projetée. Elles jouent des codes du théâtre pour mieux réjouir l&rsquo;œil.</p>
<p>Ce dernier est à la fête donc, d&rsquo;autant plus que les chorégraphies de <strong>Graham Erhardt-Kotowich</strong> sont particulièrement réussies et menées avec maestria par l&rsquo;ensemble des artistes. Le ballet de l&rsquo;opéra-théâtre est au cœur de cette performance dont l&rsquo;apothéose est un épatant numéro de claquettes sur «&nbsp;Puttin on the Ritz&nbsp;», standard fox trot des années 1920.</p>
<p>Le rythme est au cœur de ce type de spectacle et ici encore le succès est total ; la soirée ne souffre d&rsquo;aucun temps morts, l&rsquo;énergie et la joie déployées sur le plateau sont communicatives, tandis qu&rsquo;en fosse <strong>Aurélien Azan Zielinski</strong> mène son big band tambour battant. La phalange est de grande qualité, juste, précise&nbsp;; les cuivres y sont à la fête.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GIS1374-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-186184"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Philippe Gisselbrecht</sup></figcaption></figure>


<p>Cette parodie fantasque de l&rsquo;œuvre de Mary Shelley enlevée, joyeuse, flirte avec le grivois – parfois même le potache, voire le graveleux –&nbsp;mais n&rsquo;était ce pas également le cas des opérettes des années 1930 ? <em>Phi-Phi</em> ne nous démentirait pas.</p>
<p>Une grande partie du cast était déjà dans l&rsquo;aventure en 2021 comme le démontre l&rsquo;exceptionnelle cohésion perceptible tout au long de la soirée. les chorégraphies sont d&rsquo;une précision millimétrique, les dialogues ciselés, les dictions impeccables, les répliques fusent&#8230;</p>
<p><strong>Vincent Heden</strong> est bluffant d&rsquo;aisance en Dr. Frederick Frankenstein, un rôle qu&rsquo;il a déjà endossé à plusieurs reprises. Il nous avait bouleversé cet hiver dans la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/machado-la-falaise-des-lendemains-rennes/"><em>Falaise des Lendemains</em></a> à l&rsquo;Opéra de Rennes. Son ténor séduisant, son jeu énergique, n&rsquo;ont d&rsquo;égale que sa veine comique, sans parler de ses compétences en danse ou en claquettes.</p>
<p>Il partage un formidable sens de la scène avec sa délicieuse assistante Inga incarnée par l&rsquo;époustouflante <strong>Lisa Lanteri</strong>, danseuse en formation – comme le démontre son grand écart –&nbsp;mais également chanteuse d&rsquo;excellent niveau qui yodle avec brio d&rsquo;un soprano fruité et mutin.</p>
<p><strong>Grégory Juppin</strong> est excellent en assistant quasimodesque à la voix de jeune Premier, tout comme l&rsquo;hilarante gouvernante campée par <strong>Valérie Zaccomer</strong>.</p>
<p><strong>Léonie Renaud</strong> minaude à plaisir en Elizabeth Benning, profitant d&rsquo;aigus faciles, percussifs, d&rsquo;un timbre brillant un peu moins à son aise – et moins juste –&nbsp;en voix de poitrine.</p>
<p><strong>Jean-Fernand Setti, Laurent Montel, Philippe Ermelier</strong> bouffonnent avec brio tout comme le <strong>chœur de l&rsquo;opéra-théâtre</strong> qui se coule avec enthousiasme dans les codes de la comédie musicale.</p>
<p>Le moins que l&rsquo;on puisse dire c&rsquo;est que le vent de Broadway souffle ce soir jusqu&rsquo;en Lorraine. Cerise sur le cupcake, à l&rsquo;issue de la représentation, Paul-Émile Fourny rend hommage à <strong>Clément Malczuk</strong> qui fait ses adieux de danseur avec ce<em> Frankenstein Jr</em> et a pu réaliser son « rêve de comédie musicale » avec le rôle de Ziggy où il excelle. Sa famille le rejoint et comme toujours lorsque la vraie vie s&rsquo;invite sur scène, l&rsquo;émotion se mêle au plaisir d&rsquo;une soirée marquante qui mériterait de tourner largement dans l&rsquo;hexagone.</p>
<pre>*L'ultime production 2024-25,<em> Aïda</em>, se tiendra hors les murs.</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/brooks-frankenstein-junior-metz/">BROOKS, Frankenstein Junior &#8211; Metz</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-rouen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Jan 2025 16:59:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A rebours de l’épure verticale, du noir et blanc, des jeux d’ombre et de lumière qui souvent prévalent, la nouvelle production de Dialogues des Carmélites à Rouen ose la couleur et la ligne courbe, éclaboussant de théâtre le chef-d’œuvre de Poulenc sans en trahir la lettre, accusant sa violence, lui insufflant dans le même temps &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A rebours de l’épure verticale, du noir et blanc, des jeux d’ombre et de lumière qui souvent prévalent, la nouvelle production de <em>Dialogues des Carmélites</em> à Rouen ose la couleur et la ligne courbe, éclaboussant de théâtre le chef-d’œuvre de Poulenc sans en trahir la lettre, accusant sa violence, lui insufflant dans le même temps un élan, une continuité, un suspense même, qui trouve sa résolution dans la scène finale d’une grande force visuelle, aussi aboutie et originale que les précédentes. Les différents décors sont autant de perspectives ouvertes sur l’ouvrage. La projection sur le rideau de textes chargés de replacer l’œuvre dans son contexte historique contrebalance la transposition dans un univers contemporain. Etait-il nécessaire d’abuser du procédé ? Libre à chacun d’interpréter les<em> Dialogues</em> à sa manière. C’est une des rares faiblesses d’une approche iconoclaste mais stimulante. <strong>Tiphaine Raffier</strong> signe là sa première mise en scène d’opéra. Souhaitons que ce ne soit pas la dernière.</p>
<p>Du haut de son pupitre, <strong>Ben Glassberg</strong> adopte un parti similaire. Que de flamme, que de fureur dans cette lecture orageuse, à la façon d’un <em>Dies Irae. </em>Que de théâtre aussi dans l’impulsion donnée à la partition, la manière d’en exacerber les tensions, d’en surligner les arêtes, quitte à en négliger la tendresse et l’ascèse – la pudeur des sentiments, la ferveur des prières, la douceur méditative des interludes. Débordant de la fosse dans les loges de part et d’autre de la scène, l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen se jette vents et percussions debout dans ce qui s’apparente à une course à l’abîme. Le chœur de la foule gronde ; celui des Carmélites s’élève dans une belle alchimie de timbres.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues4-1-1294x600.jpg" />© Caroline Doutre</pre>
<p>Cette nouvelle production se distingue aussi par l’emploi de chanteurs francophones, condition souvent nécessaire et en l’occurrence suffisante à l’intelligibilité du texte. Tous font leurs premiers pas dans leur rôle (sauf erreur de notre part). Tous enrichiront leur interprétation au contact répété de la partition, mais tous confortent l’extrême de la proposition musicale et scénique. Blanche est encore large pour <strong>Hélène Carpentier</strong>. Le parler apporte parfois aux mots un poids, une couleur que le chanter ne parvient pas toujours à exprimer, ce qui n’empêche pas la soprano amiénoise d’imposer sa Novice, fébrile, déterminée, insubordonnée et finalement touchante dans sa quête d’absolu. Si la Lidoine fougueuse d’<strong>Axelle Fanyo</strong>, aux accents moins maternels que sauvages, est affaire de goût, la Croissy de <strong>Lucile Richardot</strong> ne peut manquer de surprendre, elle que l’on associe à tort au répertoire baroque, oubliant qu’elle fut Geneviève dans <em>Pelléas</em> à plusieurs reprises et se rêve Cassandre dans <em>Les Troyens</em>. A ce rôle de première prieure trop souvent confié à des voix en bout de course, elle offre au-delà d’un timbre troublant, une chair et un tempérament. Son agonie est de celles qui glacent le sang, sans abuser d’effets expressionnistes, effrayante et pitoyable dans sa chemise d’hospitalisation. <strong>Emy Gazeilles</strong>, Constance d’une fraîcheur qui n’est pas légèreté, et <strong>Eugénie Joneau</strong>, Mère Marie torturée aux aigus fulgurants apportent leur juste contrepoint à ce carmel au bord de la crise de nerf.</p>
<p>Auparavant, <strong>Jean-Fernand Setti</strong> a écrasé de sa présence et de sa projection le Marquis de la Force, au détriment du Chevalier de <strong>Julien Henric.</strong> Le jeune ténor, nommé dans les Révélations des Victoires de la Musique Classique 2025, gagne peu à peu en confiance pour finalement faire valoir dans le duo avec Blanche une ligne souple tracée d’une voix saine aux aigus habilement négociés. Parmi les autres seconds rôles, tous irréprochables si courte soit leur intervention, un mot pour l’Aumonier de <strong>François Rougier</strong> d’une probité exemplaire, dont la miséricorde n’est pas la première des caractéristiques, à l’image finalement de cette production de <em>Dialogues des Carmélites</em> à laquelle ne fait défaut qu’un seul constituant, omniprésent pourtant d’un bout à l’autre de l’ouvrage : Dieu.</p>
<p>Prochaines représentations à Rouen, les 30 janvier, 1<sup>er</sup> et 4 février 2025. Reprise à Nancy en 2026.</p>
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		<title>AUBER, Le domino noir &#8211; Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/auber-le-domino-noir-paris-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Sep 2024 10:50:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il règne un air de fête pour cette rentrée de l’Opéra Comique ! Tout le personnel nous accueille portant une coiffe de pèlerine et le hall et les escaliers sont décorés par l’artiste Pître aux couleurs du spectacle. Voilà une bien joyeuse entrée en matière qui ne sera pas démentie par la suite. Ce n’est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il règne un air de fête pour cette rentrée de l’Opéra Comique ! Tout le personnel nous accueille portant une coiffe de pèlerine et le hall et les escaliers sont décorés par l’artiste Pître aux couleurs du spectacle. Voilà une bien joyeuse entrée en matière qui ne sera pas démentie par la suite.</p>
<p>Ce n’est pas une surprise, car l’Opéra Comique a parié sur une valeur sûre pour le premier spectacle de la saison : la reprise d’un pilier du répertoire de la salle (<em>Le domino noir</em> est la neuvième œuvre la plus représentée <em>in loco</em>) et d’un spectacle créé en 2018 qui avait enthousiasmé à l’époque. Peu de risque de déplaire donc, d’autant que les deux rôles principaux sont identiques, avec le retour du couple Gillet-Dubois. Et de fait on ne peut que plussoyer <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-domino-noir-paris-opera-comique-o-ma-belle-inconnue/">aux éloges que nous avions faits à alors</a>.</p>
<p>Nous ne reviendrons pas sur l’intrigue loufoque qui suit la folle nuit de Noël d’Angèle de Olivarès, jeune novice et nièce de la reine d’Espagne, qui, sous divers déguisements envoutera Horace de Massarena et échappera à son avenir tracé de religieuse. Pas de temps mort dans le livret d’Eugène Scribe, l’intrigue qui nous mène du bal au couvent en passant par le domicile du comte Juliano au rythme d’une musique pleine de verve et de mélodies entrainantes. Elle parfaitement servie ce soir par la direction crépitante de <strong>Louis Langrée</strong> à la tête de l’Orchestre de chambre de Paris, qui dès l’ouverture nous emporte dans un tourbillon.</p>
<p>La mise en scène signée <strong>Valérie Lesort</strong> et <strong>Christian Hecq</strong> est au diapason, toujours foisonnante et imaginative, et l’on aimerait voir ce soir le spectacle pour la première fois afin de retrouver l’effet de surprise des multiples clins d’œil et les gags (souvent très drôles) dont ils ont parsemé le spectacle. Il faut évidemment associer à cette réussite les costumes aux influences très animalières de <strong>Vanessa Sannino</strong>, les décors esthétiques et astucieux de <strong>Laurent Peduzzi</strong> (avec notamment l’horloge géante qui tient un rôle clé à l’acte 1) ou encore les chorégraphies aux influences bigarrées de <strong>Glysleïn Lefever</strong>.</p>
<p>On retrouve donc ce soir avec un plaisir intact le couple d’amoureux : <strong>Anne-Catherine Gillet</strong> (Angèle) mène le bal avec toujours autant d’entrain et de malice. Elle est de toutes les scènes, s’amuse à se contrefaire, physiquement et vocalement, mais garde toujours le charme légèrement suranné de son soprano léger, à la technique très sure, dont les années ne semblent pas vouloir entamer la fraicheur.</p>
<p>Horace va comme un gant à <strong>Cyrille Dubois</strong>. Il s’amuse visiblement en jeune homme un peu niais follement épris et totalement désorienté par les « apparitions » de sa belle inconnue : jeune fille au domino à l’acte 1, paysanne aragonaise à l’acte 2 et abbesse chenue à l’acte 3. Si le chant est toujours délicat avec une utilisation intelligente de la voix mixte, il nous semble que la voix a pris du poids, ce qui nous vaut de très beaux effets de contrepoints dans les ensembles à l’acte 2.</p>
<p>Certains personnages de caractère sont de retour également et ils restent parfaitement campés : <strong>Sylvia Bergé</strong> (sociétaire de la Comédie française) est parfaite en sœur Ursule maléfique, <strong>Marie Lenormand</strong> donne toute la truculence nécessaire au personnage de Jacinthe, la gouvernante du comte Juliano, et <strong>Laurent Montel</strong> cabotine avec talent en Lord Elfort.</p>
<p>Les « nouveaux » n’ont rien à leur envier, quand bien même leurs occasions de briller sont, pour certains, plus réduites.</p>
<p>On retient en particulier <strong>Jean-Fernand Setti</strong> en Gil Perez, dont la belle voix de basse est au diapason de sa silhouette impressionnante et donne un relief particulier à son air au deuxième acte. Le comte Juliano peut compter sur le ténor sonore (voire un peu trop parfois dans la bonbonnière de la salle Favart !) et joliment timbré de <strong>Léo Vermot-Desroches</strong>, tandis que <strong>Victoire Bunel</strong> tire sans mal son épingle du jeu en Brigitte, compagne d’Angèle.</p>
<p>On applaudira enfin la diction exemplaire de tous les protagonistes (y compris le chœur Les éléments) qui permet de savourer les textes joués ou chantés sans jamais avoir recours aux surtitres.</p>
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		<title>MASSENET, Thaïs &#8211; Toulon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-thais-toulon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Jan 2024 06:37:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Commençons par sourire : « …Membre obéissant d’un vrai monastère, Athanaël n’aurait point faibli (…) l’aventure de Thaïs et du moine Athanaël est parfaitement inconvenante à l’opéra, dans un accompagnement de paroles et de pensées lubriques, parmi des danses indécentes et des festins orgiaques (…) Massenet aurait dû laisser tranquilles la tentation, la perdition, le pêché, le remords, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Commençons par sourire : « …Membre obéissant d’un vrai monastère, Athanaël n’aurait point faibli (…) l’aventure de Thaïs et du moine Athanaël est parfaitement inconvenante à l’opéra, dans un accompagnement de paroles et de pensées lubriques, parmi des danses indécentes et des festins orgiaques (…) Massenet aurait dû laisser tranquilles la tentation, la perdition, le pêché, le remords, la grâce, le salut… il aurait dû ne s’occuper ni des prêtres, ni des moines ». Ainsi s’exprimait l’abbé Bethléem, censeur de l’opéra, il y aura bientôt un siècle. Tout à fait dissemblable de celui de <em>Werther</em>, sinon par la maîtrise dramatique et le génie musical, le sujet de <em>Thaïs</em> a pu paraître scabreux aux soutanes d’alors (1).</p>
<p>Anatole France a emprunté son héroïne à Plutarque (Livre LII) : Thaïs fut une hétaïre célèbre, maîtresse d’Alexandre le Grand et de Ptolémée Ier. L’ardeur amoureuse de l’écrivain pour madame Caillavet, doublée d’une inquiétude intellectuelle voltairienne, avaient valu le feuilleton. Louis Gallet et Massenet, focalisant l’attention sur la personnalité de Thaïs, couronneront le « petit roman » pour en devenir la meilleure illustration. Athanaël s’est retiré au désert, entouré de ses disciples. Il est parti convertir Alexandrie la décadente, dont il fustige les turpitudes. Il décide de « sauver » la courtisane Thaïs, mais va se perdre lui-même. De l’amour charnel et de la foi, le dénouement permute les mobiles de la courtisane et de l’ermite. Si Athanaël est parvenu à convertir Thaïs, il prend conscience que son amour est mû par le désir : alors que l’hétaïre meurt en sainte, le cénobite renie sa foi et désespère de son propre salut.</p>
<p>Massenet, passionné par son sujet, avait été distrait de la composition par Méhul, dont il inaugurait, à Givet, la statue qu’offrait l’Académie des Beaux-Arts (2), en s’inscrivant dans sa lointaine descendance. La célèbre courtisane connut 689 représentations à Garnier jusqu’en 1956, pour n’y plus réapparaître que de façon épisodique, les scènes internationales et régionales se montrant moins oublieuses (3). La version de concert proposée ce soir nous évite les lectures transposées, parfois déplorables, comme les reconstitutions empesées (4). Mais, a contrario, la privation de tous les éléments visuels participant à la vérité dramatique (les visions et songes …) constitue un handicap à sa compréhension, d’autant que les costumes, inchangés, ne permettent pas de distinguer Mirtale d’Albine (5).</p>
<p>Les prises de rôle se traduisent fréquemment par un engagement exemplaire des artistes. Ce soir, en dehors des personnages d’Athanaël et de Sabine, tous les chanteurs abordent l’ouvrage pour la première fois, avec la générosité attendue. Thaïs est évidemment au centre de l’œuvre. Avec Athanaël, ce sont les rôles principaux, les plus lourds et les plus riches. Le personnage a de quoi fasciner. On se souvient de sa Manon à l’Opéra-Bastille, la jeune et brillante <strong>Amina Edris</strong> (6) construit une belle carrière où Massenet occupe une place de choix puisqu’elle a ajouté Ariane, et maintenant Thaïs, au nombre ses incarnations.</p>
<p>Entre l’émission corsée, gourmande et colorée du début et celle, fraîche, pure, fervente, extatique de la fin, la progression psychologique est peinte avec des moyens hors du commun. On ne sait qu’admirer le plus, de cette incarnation habitée, et de ses incroyables qualités techniques, nuances et longueur de voix, aisance d’aigus filés jusqu’au contre-ré, pianissimo, conduite et soutien de la ligne, puissance et légèreté… Dès son « C’est Thaïs, l’idole fragile », lorsqu’elle apparaît, de rouge vêtue, le chant caressant, sensuel voire capiteux, en dit tout autant que ses paroles sur sa nature, toujours élégante. « Qui te fait si sévère ? », le récitatif le plus souple, mêlé d’arioso, au balancement séduisant, est juste.  Sa lassitude, ses interrogations du monologue du miroir, qui ouvre le II, ont une force d’émotion peu commune, servie par un orchestre superlatif, languide. Son dialogue avec Athanaël, où chacun invoque sa divinité, « Ah ! pitié, ne me fais pas de mal » est un moment fort. On pourrait énumérer chacune de ses interventions jusqu’à sa disparition exaltée et douce. Une très grande voix, à suivre.</p>
<p><strong>Josef Wagner</strong>, le baryton autrichien, s’est progressivement centré sur le répertoire germanique (Wagner et Strauss). A Vienne, il a déjà chanté Athanaël, ce rôle éprouvant par ses exigences et sa lourdeur. Pour autant, on demeure en-deçà des attentes : où est le farouche illuminé, passionné, violent, orgueilleux dominateur ou nostalgique ?  Le caractère excessif de l’ermite enflammé est estompé. Si la qualité de la diction est au rendez-vous, la puissance, la projection, les couleurs nous laissent sur notre faim. De sa première intervention, on retient l’orchestre et ses intermèdes. « Voilà donc la terrible cité », seul véritable « air » de l’ouvrage, où l’ermite exprime sa nostalgie comme son dégoût, paraît superficiel ou artificiel, limité, trop sage. Si les songes, les visions font naturellement partie de son univers, on peine à y croire. Cependant la belle déclamation, puis la colère jalouse du second tableau du II (avant l’épisode de la statuette d’Eros) est bien conduite, comme son ultime vision (« Thaïs va mourir »), hallucinée. Un Athanaël consciencieux…</p>
<p>Le rôle de Nicias, bien que réduit, apporte la note masculine joyeuse, hédoniste, insouciante (« Certes je la connais… »). <strong>Matthew Cairns, </strong>jeune ténor canadien, à l’émission claire, toujours intelligible, lui donne une vérité crédible. Jouisseur, joueur, le parfait hédoniste, l’ami fidèle et l’amant généreux sont illustrés avec naturel et opulence. Son bref duo avec Thaïs « Nous nous sommes aimés une longue semaine » est remarquablement conduit. Non moins intéressants, bien que secondaires, les personnages de Palémon et Albine. On connaît l’ampleur des moyens de <strong>Jean-Fernand Setti</strong>, comme son amour du répertoire français. Il nous vaut un Palémon de première grandeur : voix aussi impressionnante que sa stature, sonore, bien timbrée. Malgré les limites qu’impose la partition, notre basse campe une figure, juste et touchante, qui sera particulièrement ovationnée lors des saluts. Myrtale et Crobyle, souvent associées, sont savoureuses, railleuses, pétillantes, et on se régale de chacune de leurs interventions, vocalisées ou intelligibles. L’animation, la joie sont au rendez-vous. « Celle qui vient est plus belle… » où elles dressent le portrait de Thaïs nous réjouit. On souhaite la plus belle des carrières à <strong>Faustine de Monès</strong>, soprano dont les couleurs, la qualité des aigus, la conduite de la ligne et la technique forcent l’admiration. Sa Crobyle est aussi séduisante que la Myrtale d’<strong>Anne-Sophie Vincent</strong> (déjà à Tours il y a deux ans, et on se souvient de sa Dorothée de <em>L’amour des trois oranges</em>, à Nancy). Albine, quant à elle, n’intervient que dans les deux derniers actes, avec sérénité et ferveur. La voix est solide, sonore, colorée, expressive et égale, avec de beaux graves.  Seul petit regret, le fait de chanter les deux rôles dans la même tenue en altère la distinction par le public.  Pas de Charmeuse, hélas, la belle page vocalisée que Massenet lui réservait est coupée, comme il arrive trop souvent.</p>
<p>Riche de plus d’une trentaine de chanteurs, fréquemment divisé entre hommes et femmes, très bien préparé par <strong>Christophe Bernollin</strong>, le choeur se montre exemplaire. Des unissons parfaits aux polyphonies complexes, avec des solistes qui jamais ne déméritent, il n’appelle que des éloges. Acteur beaucoup plus que simple illustrateur, l’orchestre, en grande formation, nous vaut une performance digne de l’enregistrement. Dès les premières mesures, les modelés sont admirables, les cordes chantent, c’est plein, rond, coloré. Les nombreux soli (violoncelle, clarinette, hautbois, violon etc.) sont exemplaires. Evidemment, attendue, la Méditation, est un moment essentiel et bienvenu. Mais les nombreux intermèdes, les préludes, le ballet, où l’orchestre est seul, nous rappellent encore davantage les éminentes qualités d’un Massenet, qui tire de la formation la plus riche palette expressive. L’écriture, luxuriante et raffinée, savamment colorée, chaude, aux tons pastel, ponctuellement orientalisée, est magistrale, du chambrisme aux effets paroxystiques. Parenthèse instrumentale correspondant au cheminement spirituel de Thaïs, la <em>Méditation</em>, qui fit les bonheurs des générations passées, n’a rien perdu de son pouvoir. Le violon solo de <strong>Laurence Monti</strong> lui restitue son ample souffle mélodique, sans mièvrerie ni fadeur. Les citations au III sont autant de bonheurs.  La fin du deuxième acte, avec l’incendie et la révolte de la foule, est quasi cinématographique. <strong>Victorien Vanoosten</strong>, signe ici sa première réalisation lyrique à l’opéra de Toulon dont il prend la direction musicale, et l’on peut affirmer que c’est là une collaboration prometteuse. D’un geste sûr, ample, démonstratif, efficace, précis, souple, ductile comme incisif, il construit ses progressions, toujours attentif au chant, tout en communicant aux solistes, au choeur et à l’orchestre la dynamique attendue. Séduction, volupté et religiosité sulpicienne, loin de s’opposer, se conjuguent souvent, ambiguës. La superbe scène finale nous arracherait des larmes.</p>
<p>Bien qu’en version de concert, plus qu’un somptueux divertissement, cette <em>Thaïs</em> toulonnaise fut une révélation pour un auditoire qui ne ménagea pas ses ovations aux interprètes.</p>
<pre>(1) Le curieux ne manquera pas de découvrir l’excellent article d’Anne Renoult, publié sur le blog Gallica<strong> : </strong><a href="https://gallica.bnf.fr/blog/05042022/thais-une-idole-de-lopera?mode=desktop">https://gallica.bnf.fr/blog/05042022/thais-une-idole-de-lopera?mode=desktop </a>
(2) remplaçant un buste en marbre de 1842), la statue fut fondue en 1918, puis reproduite, de nouveau fondue, durant la seconde guerre mondiale, et remplacée enfin par l’actuelle statue de pierre. 
(3)  Toulon ne l’avait pas entendue depuis 2010 (avec Ermolena Jaho, Ludovic Tézier, mise en sc. J.L. Pichon, dir. musicale Giuliano Carella). 
(4) encore plus que les évangiles, les Cénobites vénéraient les graphes (La Comtesse). 
(5) Quelques ajouts de didascalies aux textes surtitrés auraient suffi aux auditeurs découvrant l'ouvrage.
(6) A la ville, épouse de Pene Pati. Ce dernier campait un remarquable Nicias au TCE en avril 22. Qui parviendra à les réunir dans une même production ?</pre>
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		<title>BIZET, Les Pêcheurs de perles &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 Sep 2023 07:43:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les voyages ne formaient pas la jeunesse lorsque Georges Bizet, âgé de 24 ans, composa – en moins de trois mois ! – Les Pêcheurs de perles. C’est au théâtre que l’on explorait des contrées lointaines dont le nom était promesse d’évasion. Là, les décors, les costumes participaient au dépaysement, stimulé par une musique à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les voyages ne formaient pas la jeunesse lorsque Georges Bizet, âgé de 24 ans, composa – en moins de trois mois ! – <em>Les Pêcheurs de perles</em>. C’est au théâtre que l’on explorait des contrées lointaines dont le nom était promesse d’évasion. Là, les décors, les costumes participaient au dépaysement, stimulé par une musique à l’exotisme fantasmé – il y a loin de la partition des <em>Pêcheurs de perles</em> au folklore sri-lankais.</p>
<p>Une nouvelle production toulousaine de l’opéra de Bizet, à l’affiche jusqu’au 8 octobre, rappelle cet état d’esprit originel, à rebours des entreprises de déconstruction devenues la règle aujourd’hui sur de nombreuses scènes. Dans un écrin de toiles peintes auquel un échafaudage de bambous apporte un semblant de relief, chatoient les couleurs saturées des saris brodés d’or. Leïla ondule en tunique indigo, Zurga fulmine en sarong jaune canari et Nourabad a emprunté sa trousse de maquillage au génie de la lampe d’Aladin. Danseur, chorégraphe, directeur du Centre chorégraphique national de Tours, <strong>Thomas Lebrun</strong> s’essaie à la mise en scène d’opéra sans jouer les forts-à-bras. Cette humilité est gage de respect d’une œuvre qu’il habille d’images, souvent kitch, parfois du plus bel effet – l’apparition de Leïla, telle Venus surgie des flots. Plus que l’homme de théâtre, le chorégraphe transparaît dans le recours fréquent aux ballets, classique et folklorique, pour animer le plateau. D’efficace, le procédé peut à la longue paraître lassant. Les enjeux dramatiques du livret, si minces soient-ils, se dissipent dans les vapeurs artificielles du mouvement.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/pecheurs2-1.jpg?&amp;cacheBreak=1696059705535">© Mirco Magliocca</pre>
<p>Mais <strong>Victorien Vanoosten</strong> installe dans la fosse une tension que seule relâche entre le premier et le deuxième acte l’insertion des cinq mouvements orchestrés de <em>Jeux d’enfants</em>, une Petite Suite composée par Bizet en 1871, huit ans après <em>Les Pêcheurs de perles</em>. La suppression de «&nbsp;Amitié sainte&nbsp;» dans le duo entre Nadir et Zurga au profit de la reprise du thème de la déesse, la substitution du duo par le trio à la fin de l’opéra sont d’inutiles infidélités à la partition, que l’on croyait abandonnées depuis le rétablissement de la version originale. A ces quelques réserves près, le bonheur est dans la fosse lorsque le chef enfle doucement dès le prélude les voiles orchestrales d’un esquif au long cours, sans trop accentuer les secousses <em>fortissimo</em> dont le jeune Bizet tend à abuser. Les artistes du chœur ajustent leur nuancier aux teintes vives de leurs tenues.</p>
<p>Dans une ville réputée pour son amour des voix, le bonheur est aussi sur scène, favorisé par une clarté de diction commune aux quatre solistes. Ce qui devrait être postulat de base s’avère trop souvent variable d’ajustement pour ne pas s’en réjouir. A-t-on connu Nourabad plus terrible que <strong>Jean-Fernand Setti</strong>, basse française dont la présence est à la mesure de la stature ? Et Nadir plus habile que <strong>Mathias Vidal</strong>, usant de ses fragilités pour déjouer les difficultés du rôle, et du <em>falsettone</em> pour atteindre la suavité attendue dans une romance rêveuse, à laquelle manque le contre-ut – apocryphe il est vrai. Sur la corde raide parfois, le ténor compense par l’énergie le défaut de lyrisme, apparent lorsque le style se fait plus italien. <strong>Anne-Catherine Gillet</strong> dépose comme une offrande sur l’autel de Leïla la pureté d’émission, la souplesse de la ligne, sinueuse dans l’invocation à Brahma, tendue dans «&nbsp;Me voilà seule&nbsp;», et son vibrato serré, ce léger grelot qui donne à la prêtresse hindoue un charme d’antan. L’évolution du personnage est assumée, des vocalises initiales d’inspiration belcantiste aux assauts dramatiques du duo avec Zurga. Et il faut un sacré tempérament pour ne pas capituler face à aux coups portés par <strong>Alexandre Duhamel</strong>. Le baryton a de la puissance à revendre, trop serait-on tenté d’écrire si le granit ne dissimulait d’opportunes failles, ces moments où l’armure tombe pour dévoiler sous la cuirasse de bronze un cœur battant. De Golaud – un de ses rôles fétiches – à Zurga, la filiation n’est pas évidente. Mais l’on entend tout ce que son chef des pêcheurs doit à la prosodie debussyste. Derrière l’éclat farouche d’une voix de plus en plus large, se manifeste l’attention portée au tracé de la phrase et à la valeur du mot. Cette force expressive fait de « L’orage s’est calmé », son air du troisième acte, le point d’acmé de la représentation, un de ces instants magiques où musique et théâtre communient dans la même ferveur. C’est alors que l’opéra est grand.</p>
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		<title>GOUNOD, Roméo et Juliette – Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-rouen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jun 2023 07:14:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans la production de Roméo et Juliette d’Eric Ruf, vue à l’Opéra Comique et adaptée de celle de la Comédie française, un Pati succède à un autre. A Paris, Pene remplaçait au pied levé et triomphait. A Rouen, son frère cadet Amitai fait ses débuts. Dans la famille, lyrisme, phrasé et diction coulent de source, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la production de <em>Roméo et Juliette</em> d’<strong>Eric Ruf</strong>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/romeo-et-juliette-paris-opera-comique-pene-pati-embrase-lopera-comique/">vue à l’Opéra Comique</a> et adaptée de celle de la Comédie française, un Pati succède à un autre. A Paris, Pene remplaçait au pied levé et triomphait. A Rouen, son frère cadet Amitai fait ses débuts. Dans la famille, lyrisme, phrasé et diction coulent de source, l’aisance à l’aigu et la générosité de même. Le timbre un rien plus nasal d’<strong>Amitai Pati</strong> contribue au portrait d’un Roméo attendrissant. Si la projection et le volume sont limités, la prise du rôle de ténor est tout à fait convaincante. <strong>Olga Kulchynska</strong> remporte la palme de la soirée en Juliette. Elle se rit des embuches du rôle et délivre un air poignant tout en crescendo au quatrième acte. Le reste de la distribution participe à la fête vocale rouennaise. <strong>Sarah Laulan</strong> compose une Gertrude joyeuse et tendre. <strong>Jérôme Varnier</strong> habite Frère Laurent de son timbre profond. Philippe-Nicolas Martin parade tant scéniquement que vocalement en Mercutio et <strong>Jean-Fernand Setti</strong> incarne tout à fait la bonhommie et l’autorité du Comte Capulet. Distribuer Stéphano au sopraniste&nbsp;<strong>Bruno de Sà</strong> s’avère un choix judicieux : le virtuose brésilien dispose du volume et de la technique pour faire de sa scène un moment de respiration comique et de jubilation vocale. Tybalt lui tient la dragée haute. <strong>Julien Henric</strong> confère à l&rsquo;arrogant Capulet toute la morgue et le volume nécessaires dans une incarnation aussi réussie que détestable. Seul <strong>Halidou Nombre</strong> passe, ce soir-là, à coté de la courte scène du Duc de Vérone. Enfin, comme à Paris, les <strong>Chœurs Accentus /Opéra de Rouen Normandie</strong> s’avèrent aussi à l’aise scéniquement qu’homogènes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="705" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORN_S2223_Romeo_et_Juliette_generalepiano_c_MarionKerno-20-1024x705.jpg" alt="" class="wp-image-133668" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Marion Kerno / Agence Albatros</sup></figcaption></figure>


<p>En fosse, <strong>Pierre Dumoussaud</strong>, régulièrement invité sur ces bords de Seine, signe une nouvelle fois une direction d’orchestre magistrale. Si les scènes de groupe sont prises tambour battant, cela ne nuit en rien à la liaison avec le plateau ou aux couleurs de l’orchestre tout en dynamisant l’action. Les pages plus lyriques et les duos trouvent la quiétude et le soupçon de rubato pour pimenter les ébats.</p>
<p>La production est désormais connue. Elle aura bonifié en passant de la Comédie française – où Shakespeare est pénalisé par la mauvaise traduction hugolienne – aux institutions lyriques. Eric Ruf dit apprécier qu’à l’Opéra, la masse et le groupe fassent passer ce que le théâtre ne peut faire que par les mots et l’intention. De fait, son décor aride d’Italie du Sud offre un certain nombre de ressorts scéniques qu’une bonne direction d’acteur vient surpiquer. Même si le choix de la temporalité (pourquoi l’Entre-deux-guerres pour évoquer les vendetta mafieuses ?) laisse perplexe, il permet à <strong>Christian Lacroix</strong> et aux équipes techniques de faire étalage de leurs talents artisans.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-rouen/">GOUNOD, Roméo et Juliette – Rouen</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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