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	<title>Yije SHI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Yije SHI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BELLINI, I puritani — Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/i-puritani-marseille-et-rugir-de-plaisir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Nov 2019 12:01:03 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand l’opéra <em>I Puritani </em>est porté à la scène, le spectacle accapare assez l’attention pour faire oublier les faiblesses du livret. Il n’en va pas de même lors d’une version de concert, comme celle donnée en ce moment à Marseille. Sans les adjuvants des décors, des costumes et des éclairages, le texte est à nu et révèle les incongruités dramatiques d’une œuvre conçue pour « faire de l’effet » et dont le titre paraît bien saugrenu. En effet l’œuvre ne raconte pas, comme on pourrait s’y attendre, un épisode de la lutte entre les partisans et les adversaires d’un monarque absolutiste et catholique, déjà vaincu et exécuté au lever du rideau, mais une conséquence indirecte de cette défaite. La veuve du souverain a été capturée et risque de mourir comme son époux. Chevaleresque, un fidèle de la couronne décide de la sauver, dût-il déserter la cérémonie de son mariage, et s’enfuit avec elle. La fiancée en perd la raison. Lorsque, son sauvetage accompli, le gentilhomme revient auprès d’elle, elle retrouve ses esprits mais lui est considéré comme un traitre et promis à la mort. <em>In extremis</em> l’amnistie décrétée par Cromwell apporte la délivrance et ouvre l’avenir.</p>
<p>La faiblesse du texte, imputable peut-être à la source, le drame cosigné par Ancelot et Boniface dit Saintine, tient probablement aussi à l’inexpérience du librettiste débutant. Comment croire que la jeune fille dont les noces sont imminentes ignore qui elle va épouser ? Comment croire à ce mariage avec un adversaire de la cause défendue par le père qui n’aurait d’autre motif que l’inclination de la jeune fille ? Comment s’intéresser du reste à ce père si peu présent qu’il disparaît derrière un oncle bienveillant ? Et celui-ci, assez âgé pour s’être retiré des affaires militaires, ne craint-il pas le ridicule en se lançant dans une proclamation belliqueuse grandiloquente qui vise un seul ennemi ? Quant à la rechute d’Elvira, qui venait de retrouver sa lucidité, ne tire-t-elle pas à l’excès sur la corde sensible ?</p>
<p>Seulement, si le concert met en lumière ces « défauts » il permet aussi, sans la distraction du spectacle, de se concentrer sur la musique. A cet égard la matinée de ce dimanche était une réussite majeure, car la direction et l’exécution ont rendu justice à l’orchestration si soignée par Bellini. Dès le prélude, la justesse du dosage sonore révèle la forteresse encore endormie qui s’éveille progressivement, dans un demi-jour à la clarté croissante où flotte encore pour un instant une mélancolie indécise, faite d’échos de cors qui se répondent et vont s’accentuer jusqu’à la fermeté inhérente à un établissement militaire. Viennent ensuite les élans gracieux des cordes qui annoncent les réjouissances à venir. Puis le jour est levé : tous en alerte, la guerre n’est pas finie, mais il convient de louer le Seigneur – harmonies religieuses – et puis de se préparer à la fête puisqu’Elvira se marie – rythmes dansants. Seul Riccardo ne participe pas à la liesse : il aime Elvira, elle lui était promise, et elle va en épouser un autre. Et au lieu de fulminer contre le père infidèle à sa parole il chante sa douleur. Ces changements de climat, la musique les exprime avec une fluidité, une économie de moyens et une invention mélodique constante que le concert permet de savourer sans en perdre rien, grâce à la lecture globale, à la fois analytique et synthétique de <strong>Giuliano Carella</strong>, qui épouse toutes les modulations de la partition sans obérer la dynamique, en amoureux de Bellini et en grand chef d’opéra qu’il est. Après la magnifique version de <em>La reine de Saba</em> les musiciens de l’orchestre donnent une nouvelle preuve de leurs qualités, comme les choristes confirment les leurs.</p>
<p>Au diapason, l’ensemble des chanteurs réunis. On sait que les rôles principaux furent écrits pour des gosiers virtuoses, ce qui impose d’en trouver et de les réunir. Mais les chanteurs étant des êtres humains encore faut-il qu’ils soient au mieux de leur forme. C’était incontestablement le cas pour cette matinée, et ils ont ainsi pu combler les amoureux d’exploits en termes d’acrobaties vocales. Mais parce que ces interprètes sont aussi de vrais musiciens, ils ne se sont pas bornés à des parades sonores, ils ont interprété les rôles et créé ainsi l’émotion. Cette remarque vaut même pour les seconds rôles, celui du confident de Riccardo, dévolu à <strong>Christophe Berry</strong>, d’une éloquente fermeté, ou du père si peu présent, le trop rare <strong>Eric Martin-Bonnet</strong>, ou de l’Enrichetta frémissante de <strong>Julie</strong> <strong>Pasturaud</strong>.</p>
<p><strong>Jean-François Lapointe </strong>donne à l’amoureux déçu un relief rare ; si la souplesse et l’étendue de la voix lui permettent de belles montées dans l’aigu, elle sonne moins après l’entracte et la fluidité des vocalises n’est pas parfaite, mais il exprime bien la détresse qui fait de ce guerrier un véritable soupirant. Son timbre s’accorde avec celui de <strong>Nicolas Courjal, </strong>dont la projection et l’impact vocal nourrissent généreusement le personnage de l’oncle bienveillant, pour un duo électrisant. Le héros chevaleresque qui fait passer sa générosité avant son intérêt et dont l’âme est aussi tendre que ferme, c’est <strong>Yijie Shi</strong>. Le ténor chinois n’est pas un inconnu à Marseille, où l’on a pu déjà apprécier l’étendue et la solidité de sa voix. Sa formation initiale au chant rossinien l’a amené à maîtriser les agilités et les sauts d’octave ; il émerveille par l’homogénéité, la fermeté, le contrôle si précis de son émission, qui se collette aux contrenotes qui font du rôle un épouvantail en leur conservant leur rôle expressif dans le flux musical et se distingue par une diction d’une clarté exemplaire. Son interprétation est d&rsquo;une pudeur contenue mais il fait vibrer le personnage de toutes ses émotions. C’est du grand art.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/p1180590_photo_christian_dresse_2019.jpg?itok=3f4QOjMV" title="Jessica Pratt © christian dresse" width="312" /><br />
	Jessica Pratt © christian dresse</p>
<p>Elvira n’est pas en reste. D’une voix où les duretés perçues un soir à Pesaro ont disparu, <strong>Jessica Pratt </strong>enchante le public par l’agilité brillante qu’il connait bien, et séduit par l’implication qu’elle met à faire percevoir les moindres nuances des états d’âme de son personnage, grâce à une mobilité permanente des expressions de son visage, où les émotions passent à découvert. Ce jeu frémissant s’accorde à la voix, et parvient à éloigner la virtuosité pyrotechnique d’un arbitraire conventionnel et décoratif. Aux saluts elle remporte la palme des rugissements – car le plaisir de l’auditoire s’est exprimé ainsi – coiffant de peu son Arturo et son oncle bienveillant. S’il n’a pas été aussi tonitruant pour les autres interprètes, il n’y a aucun doute à avoir : le plaisir était au rendez-vous !</p>
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		<title>DONIZETTI, Lucia di Lammermoor — Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-di-lammermoor-madrid-madness-in-madrid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Jun 2018 07:56:52 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Heureusement que dans la vie du mélomane, il y a encore des soirées comme celle que vient d’offrir le Teatro Real. Tout s’y conjugue pour suspendre le temps, effacer les tracas quotidiens et élever l’âme d’une façon presque irrésistible vers des régions d’où elle aura bien du mal à partir. Cela commence avec un opéra &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Heureusement que dans la vie du mélomane, il y a encore des soirées comme celle que vient d’offrir le Teatro Real. Tout s’y conjugue pour suspendre le temps, effacer les tracas quotidiens et élever l’âme d’une façon presque irrésistible vers des régions d’où elle aura bien du mal à partir. Cela commence avec un opéra que l’on croit connaître, mais dont chaque nouvelle audition révèle des trésors cachés. <em>Lucia </em>est un chef-d’œuvre, et pas seulement parce qu’elle met génialement en valeur l’interprète du rôle-titre ; Donizetti y a trouvé l’exact point d’équilibre entre virtuosité et dramatisme, entre longueur et brièveté, entre émotion de la voix soliste réduite à sa plus simple expression et fresques chorales (dont le « sestetto » reste un exemple à peu près inégalé, comme suspendu entre ciel et terre). Confiée à des mains soigneuses, l’œuvre peut soulever une salle, et l’alchimie opère à plein ici. La mise en scène de <strong>David Alden </strong>transpose juste ce qu’il faut pour ne pas retomber dans l’opéra de grand-papa, et se contente de quelques « clés » pour éclairer l’intrigue d’un nouveau jour : l’omniprésence des ancêtres symbolisés par d’austères photos, l’immaturité de Lucia, la défloraison par Enrico, qui pourra choquer mais qui prend tout son sens au moment où elle est placée. Dans des éclairages grisonnants et magnifiquement dosés, le metteur en scène laisse le mélodrame faire son effet, dirige sobrement ses acteurs, et fait confiance à la partition pour produire ce frisson si typique du bel canto, qui s’est fait un peu rare dans notre époque de défiance vis-à-vis de l’émotion.</p>
<p class="rtecenter"><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="366" src="/sites/default/files/styles/large/public/lucialammermoor_7329.jpg?itok=oIVbPDWy" width="468" /></p>
<p>Evidemment, il fallait pour réussir une équipe de chanteurs surdimensionnés. Même si le compte n’y est pas totalement, le cast madrilène compte quelques solides pointures. Point de stars, mais de jeunes chanteurs totalement impliqués, avec des moyens qui sont déjà ceux d’une génération dorée. Commençons par le seul qui inspire quelques réserves : <strong>Simone Piazzola</strong> offre un Enrico veule et ambitieux à souhait, son incarnation fait froid dans le dos. Le timbre est noble et chatoyant, la justesse irréprochable, mais le chanteur est visiblement nerveux, et parfois mis en difficulté au niveau rythmique. Sa puissance est parfois problématique, surtout qu’il est confronté à des partenaires qui semblent n’avoir aucun problème à faire pleuvoir les décibels. <strong>Marko Mimica</strong> est un Raimondo qui évoque irrésistiblement Samuel Ramey, avec ce bronze dans la voix qui peut tour à tour tonner et s’attendrir jusqu’à l’extase. L’Arturo de <strong>Yije Shi</strong>, incroyablement fagotté dans son costume à paillettes, est d’une telle grâce, d’une virtuosité si aérienne, d’une telle facilité d’aigu qu’il ferait de l’ombre au premier ténor, si celui-ci n’était incarné par un <strong>Ismael Jordi</strong> au sommet de son art. Dès les premières notes du duo avec Lucia, toute la puissance nécessaire est déployée, alors que tant de ses confrères abordent le rôle sur la pointe des pieds. Lui se jette dans la fournaise avec une ardeur touchante. Son engagement se fait toutefois avec une pleine conscience de ce qu’est la grammaire donizettienne, qui interdit de pousser le son, de brailler ou d’épaissir le trait. Tout est donc dessiné avec finesse, et l’usage pertinent du falsetto achève de composer un portrait parfaitement convaincant. Autant Edgardo aborde son rôle toutes voiles dehors, autant la Lucia de <strong>Venera Gimadieva</strong> semble au début marcher sur des œufs. Son « regnava nel silenzio » est chanté sotto voce, avec une délicatesse qui force le public au silence complet. Choix vocal de prudence, ou injonction du metteur en scène qui veut insister sur l’immaturité affective du personnage, qui nous est présentée comme une femme-enfant ? Impossible de trancher, mais les scènes suivantes la voient déployer ses moyens avec de plus en plus d’assurance, jusqu’à une scène de la folie où elle ose tout, alternant le cri et la note, dialoguant avec un harmonica de verre aussi diaphane qu’elle-même, toujours maîtresse de sa ligne, de sa justesse, de ses moyens. C’est une Lucia d’avant Callas, qui assume pleinement le côté « rossignol » du rôle et ne sacrifie jamais la pure beauté du son, mais pour peu que l’on accepte cette optique, une des grandes titulaires du rôle chante ce soir, sous les vivats d’un public ébahi.</p>
<p>Si <em>Lucia </em>est un opéra de solistes, le chœur y a une place essentielle. Il faut voir les chanteurs du Teatro Real envahir la scène en dansant chaque fois que l’occasion leur est donnée, déclamer fièrement leurs parties dans les scènes de fête, suspendre le temps autour du sextuor, contempler la folie de l’héroïne avec consternation. Les Parisiens connaissent bien <strong>Daniel Oren</strong>. Si certains ont pu trouver sa baguette insuffisamment poétique dans le répertoire français, il faut reconnaître que sa battue est redoutablement efficace ici, et qu’il sait ménager des moments de pure contemplation, forçant sa puissante phalange à des silences qui sont autant d’extases éperdues. Pour tous ceux qui auront le courage d’affronter la fournaise qu’est Madrid au début de l’été, il y a des représentations jusqu’au 13 juillet.</p>
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