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	<title>Natalia SKRYCKA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sun, 23 Aug 2026 10:30:06 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Natalia SKRYCKA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est la quatrième année qu’on présente Parsifal dans la version du metteur en scène <b>Jay Scheib</b>, dont la plus grande originalité était certainement de proposer aux spectateurs, enfin à certains d’entre eux car il n’y avait pas assez d’équipements pour tout le monde, des lunettes de réalité augmentée, permettant d’ajouter en surimpression de ce qui est présenté sur la scène tout une série d’images plus délirantes les unes que les autres, comme venues d’un univers parallèle afin de stimuler l’imagination du spectateur, et surtout pour le distraire d’une écoute attentive et créer l’événement.</p>
<p>L’événement dans <em>Parsifal,</em> c’est <em>Parsifal</em> ! L’œuvre est assez forte pour se suffire à elle-même. Il y a évidemment bien des façons de la présenter, d’expliquer le livret, de donner à la légende médiévale plus ou moins d’actualité, d’y inclure les préoccupations légitimes de notre époque sans qu’il soit besoin d’en faire un spectacle de jeu vidéo, indépendamment de la prouesse technique que cela représente sans doute, je n’ai pas les compétences pour en juger. Eh bien, pour sa quatrième année, qui est aussi la dernière car on annonce un nouveau <em>Parsifal</em> pour la saison prochaine, (mis en scène par <strong>Ersan Mondtag</strong>, dirigé par <strong>Christian Thielemann</strong> avec <strong>Piotr Beczala</strong> dans le rôle-titre, <strong>Michèle Lozier</strong> en Kundry et <strong>Mika Kares</strong> en Gurnemanz) la production a renoncé à ces surimpressions d’images : plus de lunettes encombrantes, plus d’images parasites, voilà le spectacle rendu à sa seule dimension scénique, qui comprend tout de même pas mal d’images vidéo, et c’est très bien ainsi. Le monde du spectacle est sans doute en train de comprendre qu’il a lui aussi sa part à fournir dans l’effort global d’austérité qui nous attend, et que le recours à toutes sortes de techniques fort coûteuses en énergie n’est pas bien compatible avec la défense des enjeux climatiques et la dénonciation de la fin du monde !</p>
<p>Forum Opéra a déjà rendu compte à trois reprises de ce spectacle, par trois collaborateurs différents, respectivement en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth/">2023</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">2024</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/">2025</a>. Nous n’allons donc pas reprendre ici en détails tout ce qui est montré sur scène (ou était projeté dans les lunettes des chanceux qui en avaient reçu), mais tâcher de dégager ce qui dans ce spectacle fait sens, éclaire l’œuvre de Wagner, et bien entendu de la performance musicale – parfois, on a aussi le droit de fermer les yeux à l’opéra.</p>
<p>Mettre une œuvre en scène, c’est avant tout lui donner un sens à travers une conception personnelle ; la projection d’images n’est certainement pas une fin en soi, juste un moyen parmi d’autres d’aller vers ce sens. Et le sens, dans <em>Parsifal,</em> peut s’articuler autour de trois dimensions : la rédemption, dans toute sa symbolique chrétienne, le renoncement au désir, et là c’est le bouddhisme qui est convoqué, et enfin la compassion qui seule permet de surmonter la souffrance, comme l’affirme Schopenhauer. Chacun des trois actes développe ces trois dimensions, de sorte que la lecture du propos du compositeur est assez claire et qu’il y a peu de possibilité de s’égarer.</p>
<p>A Bayreuth, qui cultive ses singularités comme autant de signe de noblesse, on n’applaudit pas l’entrée du chef, pour la bonne raison qu’on ne le voit pas : la fosse est entièrement cachée du public. Le son de l’orchestre arrive donc comme par magie, enveloppant, très rond, sans relief exagéré.</p>
<p>On n’a pas non plus de sur-titres ; personne n’est supposé venir ici pour découvrir une œuvre, tout est censé connu – et l’est dans une très large mesure – le but est plutôt de maintenir une tradition, on fête le 150è anniversaire cette année, de célébrer un culte autour de l’œuvre du Maître, au sein d’une communauté déjà acquise à la cause et convaincue d’avance, qui ne craint pas l’entre-soi. Mentionnons encore la présence d’un souffleur – on ne voit cela plus nulle part ailleurs – que les solistes viendront remercier au moment des saluts, preuve qu’ils en ont eu besoin (mais nous, on n’a rien remarqué… !)</p>
<p>&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Pa_110726_578_cBayreutherFestspiele_press-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-219298"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> Parsifal 2026 © Bayreuther Festspiele</sup></figcaption></figure>


<p>La communauté du Graal semble en grande détresse, Amfortas saigne abondamment d’une plaie ouverte au flanc droit, âmes sensibles s’abstenir, le premier acte est inondé d’images de chirurgie qui pousseront plusieurs spectateurs à quitter la salle ; l’un d’entre eux ayant complètement perdu connaissance doit même être évacué en urgence. Les arrivées successives de Kundry, qui entre déjà fatiguée et de Parsifal qui n’a pas de passé et sur qui tous les espoirs reposent, vont-elles amener la rédemption attendue ? Rien n’est moins sûr. Car le propos de Jay Schei, qui voit dans le livret un parallèle fort pertinent avec notre époque, est plutôt sombre. Parsifal, qui se présente dépenaillé, héros incertain, a largement passé l’âge d’un jeune premier et semble peu crédible en incarnation du salut commun ou d’un avenir radieux !</p>
<p>Le premier acte multiplie les références à la religion catholique, que ce soit la présence d’une auréole géante, la présentation de reliques, la blessure béante d’Amfortas et son sang versé pour le salut du monde, le baiser de paix que se donnent les chevaliers entre-eux, leur costumes blanc et jaune, couleurs du Vatican (ou couleurs pascales, c’est comme on voudra…), le caractère incantatoire des interventions du chœur, tout semble y contribuer.</p>
<p>Au deuxième acte, dans l’antre de Klingsor, c’est une représentation de l’enfer qui est proposée, un enfer lubrique, passablement décati, dont l’aspect ridicule est incarné par Klingsor lui-même, dont le costume rose souligne comme un cliché l’ambigüité sexuelle, les filles-fleurs ayant quant à elles emprunté leur répertoire esthétique à la télé-réalité la plus trash. Le croirez-vous ou non, Parsifal a bien du mal à leur résister, ainsi d’ailleurs qu’à Kundry dont les séductions s’articulent sur un autre registre. Scéniquement, tout cela tire fort en longueur, le dialogue entre Parsifal et Kundry semble interminable, c’est probablement l’acte le moins convaincant des trois. Le retour de Klingsor, son combat perdu et finalement l’effondrement total de son monde sont en revanche menés en quelques secondes seulement,</p>
<p>Le troisième acte nous conduit dans les entrailles de la terre, sans doute une mine de terres rares où finit de rouiller une excavatrice à godets, dans une ambiance post-nucléaire que tout espoir semble avoir abandonné. Amfortas saigne toujours. D’autres signes chrétiens sont encore convoqués, le lavement des pieds, les cloches, le baptême par l’eau, présente d’ailleurs dans les trois actes, jusqu’à ce que Parsifal laisse tomber le Graal (figuré par un bloc de cristal de Cobalt) qui se casse en mille morceaux. Kundry repart comme elle est venue, laissant la communauté des chevaliers du Graal à sa très incertaine destinée.</p>
<p>Esthétiquement, les décors et les costumes n’ambitionnent aucune beauté mais cherchent à contribuer au sens, et représentent très bien, en effet, un monde en pleine déliquescence, la perte des valeurs, les espoirs enfuis et l’angoisse du présent qui envahit tout. Les références au bouddhisme ne sont pas visibles (à moins que les costumes du troisième acte, sortes de tenues de camouflage, s&rsquo;apparentent à des kimonos ?), et la dimension de compassion semble dépassée par l&rsquo;ampleur du désastre qui nous est montré.</p>
<p>Si la mise en scène ne convainc pas entièrement, la qualité de la distribution est considérable. Des quatre rôles principaux, c’est sans doute Gurnemanz qui est le plus exceptionnel. Par son timbre, par sa présence, <strong>Georg</strong> <strong>Zeppenfeld</strong> impressionne et en impose naturellement, sans avoir à fournir d’effort apparent. La voix est dotée d’un timbre d’une richesse exceptionnelle, la ligne vocale est parfaitement maîtrisée, aussi longue soit-elle, il domine l’orchestre sans avoir à forcer l’émission et donne une magistrale leçon de chant wagnérien : du volume et de l&rsquo;intensité, mais sans forcer la voix. L’Amfortas de <strong>Michaël</strong> <strong>Volle</strong> est très impressionnant également, avec un vibrato un peu plus large, un volume qui en impose et une incarnation du rôle très investie. <strong>Andreas</strong> <strong>Schager</strong> dans le rôle-titre n’est guère en reste, mais montre quelques signes de fatigue dans le troisième acte, vibrato devenu soudain plus large, intonation un peu moins précise, ce qu’on lui pardonne aisément étant donnée l’ampleur et les difficultés du rôle. <strong>Miina</strong> <strong>Liisa</strong> <strong>Värelä</strong> est très bien distribuée en Kundry, dont elle parvient à rendre à la fois le côté intemporel et fatigué de tout, mais aussi la force débordante et les pouvoirs immenses, dont il n’est pas sûr qu’elle mesure elle-même tout l’impact. Elle donne au rôle un côté sorcière à la fois victime et bourreau, insaisissable, une analyse très riche du personnage (nous fera-t-elle oublier Jessye Norman pour autant ?). Titurel (<strong>Vitalij</strong> <strong>Kowaljow</strong>) présente tout le registre grave requis par le rôle, et <strong>Jordan</strong> <strong>Shanahan</strong> est un Klingsor un peu histrionesque, très démonstratif, à la hauteur du reste de la distribution mais dans un rôle un peu moins important. Mentionnons encore les deux chevaliers du Graal, le ténor allemand <strong>Daniel</strong> <strong>Jenz</strong> et la basse belge <strong>Tijl</strong> <strong>Faveyts</strong>, seules figures de jeunesse au sein du monde des chevaliers. Les filles-fleurs forment un ensemble homogène scéniquement un peu outrancier mais vocalement très en place. Les chœurs sont très impressionnants dans chacune de leurs interventions, amplifiées par la qualité acoustique de la salle et leur effectif nombreux avec prédominance des voix masculines, les femmes étant reléguées en coulisse à certains moments.</p>
<p>La direction de <b>Pablo Heras-Casado</b> est assez vive, respecte beaucoup les chanteurs en leur donnant tout l’espace mais aussi le soutien requis pour développer la voix, et n’hésite pas à faire résonner les fanfares wagnériennes dans le temple pour lequel elles ont été écrites. Les pupitres des vents sont particulièrement bien mis en valeur, les cordes un petit peu moins sensuelles semble-t-il. L’image sonore qui monte de la fosse est très homogène et efficace, mais globale, moins détaillée que si elle émanait d’un orchestre visible. Très satisfait sur le plan musical, un peu moins par la représentation scénique, le spectateur a néanmoins le sentiment d&rsquo;avoir participé à un véritable événement – c&rsquo;est l&rsquo;ampleur de la pièce qui veut ça – qui ne laisse personne indifférent.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-4/">WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bayreuth-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Aug 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>2026 est une Jubiläumsjahr à Bayreuth (une année jubilaire), celle des 150 ans d’existence du Festival. Une édition célébrée à l’avance comme si on savait ce qu’elle allait révéler, avec un marketing parfaitement orchestré, une communication léchée – des progrès manifestes ont été réalisés ces dernières années dans ce domaine – des informations distillées au &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">2026 est une <em>Jubiläumsjahr</em> à Bayreuth (une année jubilaire), celle des 150 ans d’existence du Festival. Une édition célébrée à l’avance comme si on savait ce qu’elle allait révéler, avec un marketing parfaitement orchestré, une communication léchée – des progrès manifestes ont été réalisés ces dernières années dans ce domaine – des informations distillées au compte-gouttes dès la clôture de l’édition 2025. Mais tout de même quelques grains de sable dans un engrenage présenté comme parfaitement huilé : la programmation pharaonique initialement prévue (les 10 opéras majeurs et <em>Rienzi </em>en sus) rapidement revue à la baisse (<em>Lohengrin</em>, <em>Tannhäuser</em> et <em>Tristan</em> <em>und</em> <em>Isolde</em> qui passent à la trappe), une santé financière de moribond, et, pour que la coupe soit pleine, une ultime polémique relative à une conférence annulée et puis finalement reprogrammée <em>in extremis </em>en ouverture des festivités sur fond de querelle relative à l’antisémitisme systémique dans l’histoire du Festival.<br />
Mais tout cela n’a pas découragé les inconditionnels wagnériens et, cette année, plus aucune place n’était en vente depuis mars 2026, ce qui, mis en perspective avec la situation de la billetterie des toutes dernières années, rend cette édition véritablement exceptionnelle.</p>
<p>Trois cycles du <em>Ring des Nibelungen</em> sont programmés cette année, nous assistons au second qui correspond assez exactement aux dates anniversaires célébrées : le 6 août 1876 eut lieu en effet la première des quatre répétitions générales (en présence de Louis II). Un second cycle eut lieu entre le 20 et le 23 août et le troisième se termina le 30 août. Succès musical mitigé, fiasco financier complet. Il fallut attendre 20 années pour que Cosima, elle-même à la mise en scène, reprogramme un <em>Ring</em>, ce qu’elle fera chaque année jusqu’en 1908 avant de passer la main à son fils Siegfried. A eux deux, ils mirent en scène 41 cycles. Leur succédèrent Hans Tietjen, Wieland Wagner, Wolfgang Wagner, Patrice Chéreau, Peter Hall, Harry Kupfer, Alfred Kirchner, Jürgen Flimm, Tankred Dorst, Frank Castorf et Valentin Schwarz, pour un total de 238 cycles (décompte donc avant cette édition jubilaire).<br />
Ce sont les seize productions de la Tétralogie qui constituent le terreau qui va nourrir ce Ring 10010110 (soit 150 en code binaire, base 2), intitulé « Vom Mythos zum Code » (« Du mythe au code »). Les germanophones parlent de « KI-Ring », une Ring dû à l’IA (<em>Künstliche Intelligenz</em> en allemand) : pas de metteur en scène à la manœuvre puisqu’on a demandé à l’IA de synthétiser les seize productions d’hier, et d’en extraire les moments qui vont illustrer celle d’aujourd’hui. Chargé de « guider » ce travail de sélection et d’adaptation, <strong>Marcus Lobbes</strong>, lui-même metteur en scène et directeur de l’académie de théâtre et du numérique à Dortmund.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rh_TOT_150726_111_cEnricoNawrath_press-1294x600.jpg" />
© Enrico Nawrath</pre>
<p>Cette synthèse est présentée pour ce Prélude comme une interminable succession d’images projetées sur une toile transparente presque invisible qui sépare la scène du public. Images souvent déformées, kaléidoscopiques, qui se succèdent à un rythme effréné pour ne pas dire infernal, et qui ne permettent que trop rarement de reconnaître quelle mise en scène est citée. La première image est poignante : c’est une photographie des trois Rheintöchter de la toute première mise en scène de Richard Wagner en 1876. Malheureusement les autres images vont se succéder si rapidement qu’on aura toutes les peines du monde à reconnaître à coup sûr ici Chéreau, là Schwarz ou encore Carstorf.<br />
Quelques repères apparaîtront bien ici et là : l’or du Rhin, le dragon, le crapaud, le pont vers le Walhalla, tout le reste est incompréhensible et, pour tout dire suscite le découragement : à quoi bon se torturer l’esprit à vouloir comprendre ce qui, au final, ne fait que nous détourner de la musique ?<br />
Plus fondamentalement, on s’interrogera sur une mise en scène qui n’en est pas une en réalité. Celle-ci montre certes mais n’explique rien, cite mais ne crée pas. C’est en fait une non-mise en scène (voire une anti-mise en scène) qui occupe vainement tout le terrain : non seulement les images sont omniprésentes, mais elles phagocytent même les personnages qui se retrouvent parfois invisibilisés par des projections qui les font littéralement disparaître. Que leur reste-t-il alors, à ces personnages : qu’ont-ils encore à nous dire ? Rien, strictement rien – ils font de la figuration : statiques la plupart du temps (la conduite d’acteur est réduite à néant), ils chantent leur rôle, engoncés dans des costumes tous absolument identiques (seul le Loge de Klaus-Florian Vogt est doté d’une paire d’ailes d’ange, s’agirait-il d’un clin d’œil à son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lohengrin-berlin-deutsche-oper-cygne-de-rejouissances/">légendaire Lohengrin</a> dans la mise en scène de Kasper Holten ?). <strong>Pia Maria Mackert</strong> a conçu pour les quatorze protagonistes la même combinaison semblant faite de plumes d’oiseaux (?), aux mille nuances de gris. C’est joli mais on n’en demande pas tant !<br />
Et surtout : que reste-t-il alors du concept de Gesamtkunstwerk si cher à Wagner ? Où sont la peinture, l’architecture ? Qu’en est-il de la mise en scène qui doit aider à dire le texte ? Heureusement, il reste le texte justement et la musique.<br />
La réception du cycle I a été très tumultueuse lorsque l’équipe en charge de la mise en œuvre de l’IA s’est montrée aux quatre baissers de rideau ; des scènes malheureusement courantes à Bayreuth pour les premières de nouvelles productions.<br />
Et pour ce premier épisode du cycle II (où la même équipe technique ne s’est pas présentée aux saluts), la première réaction du public a été de huer farouchement la représentation ; de longues secondes durant, les sifflets et les quolibets ont fusé, jusqu’à ce que les premiers chanteurs apparaissent. Ce sont alors d’immenses clameurs qui les ont remplacés, pour saluer comme il le convenait un plateau vocal comme on en réunit peu aujourd’hui.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rh_TOT_150726_083_cEnricoNawrath_press-1294x600.jpg" /></p>
<pre style="text-align: center;">© Enrico Nawrath</pre>
<p>C’était le premier Wotan de <strong>Michael Volle</strong> à Bayreuth : étonnant quand on sait que le natif de Freudenstadt est aujourd’hui une référence dans le rôle. Le léger vibrato des premières mesures est vite dissipé et rapidement s’imposent l’ampleur, la largeur et la profondeur de la voix : on attendra la quatrième dimension (la chaleur) pour <em>Die Walküre</em> !<br />
<strong>Klaus-Florian Vogt</strong> a gagné la bruyante faveur du public. Il est un Loge plus malin que malicieux, plus habile que tordu. La fraîcheur intacte de sa voix contraste avec les mauvaises énergies qui l’entourent et cela fait du bien.<br />
Magnifique prise de rôle de Fricka par <strong>Anna Kissjudit</strong>. Celle qui fut révélée en une Erda bouleversante (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau/">Berlin 2022, Thielemann/Tcherniakov</a>) monte en puissance avec ce rôle majeur. Elle lui confère une dignité, une force et une autorité portées par un chant toujours juste : le velours de la voix est là malgré les imprécations, les graves sont solides, habités, maitrisés ; en un mot, elle confère à Fricka ce rôle de maîtresse-femme qui se révélera certainement encore davantage dans l’épisode suivant.<br />
Nous avions découvert l’Alberich de <strong>Jochen Schmeckenbecher</strong> à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-budapest/">Budapest</a>. Il confirme ici combien il sait incarner la perversité d’un des personnages les plus sombres de la tétralogie. Il aurait certes pu pousser davantage encore la représentation du vice mais il campe un Nibelung déjà totalement perverti.<br />
Les deux géants Fafner (<strong>Peter Rose</strong>) et Fasolt (<strong>Mika</strong> <strong>Kares</strong>) font la paire. Ils possèdent tous deux les graves qui caractérisent la noirceur des complices.<br />
Froh (<strong>Siyabonga</strong> <strong>Maqungo</strong>) et Donner (<strong>Alexander</strong> <strong>Graasauer</strong>) tiennent impeccablement leurs parties en fin de quatrième tableau.<br />
<strong>Evelin</strong> <strong>Novak</strong> possède le soprano gracile et innocent qui sied à Freia ; <strong>Christa</strong> <strong>Mayer</strong> ne parvient pas à conférer à Erda la hauteur qui convient à celle qui vient donner leçon au dieu des dieux.<br />
Mention toute particulière aux trois Filles du Rhin. <strong>Katharina</strong> <strong>Konradi</strong> (Woglinde), <strong>Natalia</strong> <strong>Skrycka</strong> (Wellgunde) et surtout <strong>Marie</strong>&#8211;<strong>Henriette</strong> <strong>Reinhold</strong> (Flosshilde) font des merveilles dans la conversation à trois. Les voix s’enchevêtrent délicieusement, les soli sont empreints d’engagement et les timbres font des merveilles.<br />
Quant à <strong>Christian</strong> <strong>Thielemann</strong> il possède déjà le statut de demi-dieu à Bayreuth ! C’est lui qui reçoit les saluts les plus enthousiastes et les plus bruyants. C’est qu’il rend une copie digne des lieux, avec ce qu’il faut de majesté, de tenue et de retenue. Tempi plutôt allants et toujours ce soin particulier à ses chanteurs. On se demande quel art il met en œuvre  pour fédérer à ce point ses troupes. La tension est là mais jamais excessive, les instruments chantent littéralement comme s’ils étaient des personnages à part entière.<br />
Du grand art.</p>
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		<title>WAGNER, Der Ring des Nibelungen &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wagner-der-ring-des-nibelungen-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jan 2026 07:24:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’enregistrement que propose le label Unitel est la captation du deuxième des trois cycles de la Tétralogie proposés par le Staatsoper Berlin à l’automne 2022. Celle-ci fut reprise au printemps 2024, puis à l’automne 2025. Il s’agissait de la nouvelle production signée Dmitri Tcherniakov, sous la baguette de Christian Thielemann à la tête de la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’enregistrement que propose le label Unitel est la captation du deuxième des trois cycles de la Tétralogie proposés par le Staatsoper Berlin à l’automne 2022. Celle-ci fut reprise au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-berlin-staatsoper/">printemps 2024</a>, puis à l’automne 2025.<br />
Il s’agissait de la nouvelle production signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong>, sous la baguette de <strong>Christian Thielemann</strong> à la tête de la Staatskapelle Berlin. Cette captation avait fait l’objet d’une diffusion sur arte.tv, disponible plusieurs semaines en 2023.<br />
C’est précisément ce deuxième cycle que nous avions chroniqué les 30 octobre (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau/">Das Rheingold</a>), 31 octobre (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-berlin-staatsoper-emotions-questions-et-regrets/">Die Walküre</a>), 5 novembre (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/siegfried-berlin-staatsoper-plateau-vocal-hors-norme/">Siegfried</a>) et 8 novembre 2022 ( <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gotterdammerung-berlin-staatsoper-un-plaisir-a-prolonger/">Die Götterdämmerung</a>).<br />
L’initiative de cette nouvelle production revient, il convient de ne pas l’oublier, à <strong>Daniel Barenboïm</strong>, qui souhaitait à cette occasion célébrer un double anniversaire : les 80 années de son existence et ses 30 années passées au poste de GMD, Generalmusikdirektor de la Staatskapelle Berlin. On sait que malheureusement la maladie contraindra Barenboïm à la fois à renoncer à diriger cette production, mais aussi à céder la place de GMD à Christian Thielemann, que chacun du reste pressentait comme successeur. «  Nous nous connaissons depuis des années et je sais qu’avec lui le <em>Ring</em> est entre de bonnes mains », dira-t-il.<br />
De fait, la presse allemande et internationale (dont Forum Opéra) a encensé cet Anneau dont il fut dit qu’il a posé, au moins en ce qui concerne la direction musicale, de nouveaux jalons dans l’interprétation du cycle. Il faut dire que la distribution XXL (Volle, Kampe, Schager, Mahnke, Doron, Rügamer, Urmana, Watson, Villazón, Kissjudit, Vasar, Kränzle, Kares) laissait présager les plus hauts sommets vocaux – les attentes, autant le dire tout de suite, ne furent pas déçues.<br />
<strong>Michael Volle</strong> en Wotan/Wanderer scelle avec ce cycle berlinois une prestation de très haute tenue. Présent sur les quatre (!) épisodes (on le comprendra plus bas), il possède, outre la puissance, un moelleux dans le grave qui ne semble toujours pas prendre de rides, même <a href="https://www.forumopera.com/michael-volle-il-ny-a-quun-seul-bayreuth/">si cette question le taraude</a>. Son premier arioso de <em>Rheingold</em> donne le la, ses actes II et III de <em>Walküre</em> et particulièrement le duo avec Brünhilde feront référence (« Leb wohl, du kühnes, herrliches Kind » ). Et quelle articulation ! La Brünnhilde d’<strong>Anja</strong> <strong>Kampe</strong> est elle aussi superlative ; son omniprésence dans <em>Götterdämmerung</em> ne semble pas l’atteindre et elle finit son monologue d’adieu en majesté. Et que dire du Siegfried d’<strong>Andreas</strong> <strong>Schager</strong>, qui ne connaît aucune limite, aucune faiblesse. Malgré tout ce que lui impose la mise en scène (fracasser des tables à coup de masse, porter ses partenaires, prendre une douche sur scène, etc. !), le Heldentenor ne vacille jamais et emplit la salle du Staatsoper de sa surpuissance. Autre héros du cycle, <strong>Mika Kares</strong> qui chante Fasolt puis Hunding et enfin Hagen. Terrible méchant qui possède la profondeur et la noirceur de la basse et qui font de lui le diable qu’on adore détester. Son tonitruant « Hoiho » dans Götterdämmerung nous donne encore le frisson.<br />
Dans <em>Walküre</em>, le couple Sieglinde (<strong>Vida Miknevičiūtė</strong>) – Siegmund (<strong>Robert</strong> <strong>Watson</strong>) fait merveille en jeunes amoureux somme toute maudits. Leur duo d’amour est d’une immense tendresse. <strong>Johannes Martin Kränzle</strong> est un habitué du rôle d’Alberich. On ne sait s’il faut louer l’acteur d’abord ou le chanteur. Il se plie avec grande humilité à tout ce qu’exige de lui la conduite d’acteurs et ce n’est pas mince. <strong>Stephan Rügamer</strong> est un Mime qui se révèle diabolique dans <em>Siegfried</em>, après un <em>Rheingold</em> déjà réussi. <strong>Peter Rose</strong> est Fafner à la voix peut-être pas caverneuse mais qui donne au personnage (qui est tout sauf un dragon) toute crédibilité dans la noirceur. <strong>Lauri Vasar</strong> se révèle davantage en Gunter que dans le modeste rôle de Donner, <strong>Siyabonga Maqungo</strong> étant un Froh tout aussi juste. <strong>Rolando Villazón </strong>est-il aussi juste en Loge ?  Ses pitreries et ses manières semblent un peu excessives, et la diction (même si Villazón parle un allemand courant) laisse un peu à désirer. <strong>Anett Fritsch</strong> est une Freia bien fragile (elle sera Ortlinde dans la première journée), soutenue par la Fricka de <strong>Claudia Mahnke</strong> qui donne toute sa mesure dans <em>Walküre</em>. A l’inverse, c’est dans <em>Rheingold</em> que <strong>Anna Kissjudit</strong> brille de mille feux (plus que dans <em>Siegfried</em> où le rôle est moins prégnant). L’alto est magnifique de douceur et de force tout à la fois, le timbre d’une chaleur enivrante. A noter que Kissjudit va « monter en grade » à l’été 2026 puisqu’elle sera la Fricka du <em>Ring</em> anniversaire.<br />
Les Walkyries (<strong>Clara Nadeshdin</strong>, <strong>Christiane</strong> <strong>Kohl</strong>, <strong>Michal</strong> <strong>Doron</strong>, <strong>Alexandra</strong> <strong>Ionis</strong>, <strong>Anett</strong> <strong>Fritsch</strong>, <strong>Natalia</strong> <strong>Skrycka</strong>, <strong>Anna</strong> <strong>Lapkovskaja</strong>, <strong>Kristina</strong> <strong>Stanek</strong>) feront une dôle de chevauchée (dans un amphithéâtre plutôt qu’à cheval !). A noter que pour <em>Götterdämmerung</em> c’est <strong>Violeta Urmana</strong> en Waltraute qui affrontera sa sœur. Les filles du Rhin (<strong>Evelin Novak</strong>, <strong>Natalia Skrycka</strong>, <strong>Anna Lapkovskaya</strong>) possèdent à la fois la légèreté et la souplesse pour venir à bout de leurs interventions initiales et conclusives. Même satisfecit pour les trois nornes (<strong>Noa</strong> <strong>Beinart</strong>, <strong>Kristina</strong> <strong>Stanek</strong>, <strong>Anna</strong> <strong>Samuil</strong>) : rôles brefs et parfaitement tenus. <strong>Victoria Randem</strong> est un oiseau bien agile de la voix, et <strong>Mandy Fredrich</strong> une Gutrune idéale.<br />
<strong>Christian Thielemann</strong> gagne à tous les coups à l’applaudimètre. La Staatskapelle Berlin brille comme jamais ; tous les intermèdes orchestraux sont des pièces de choix en soi (à commencer par la Rheinfahrt entre le Prologue et le I de <em>Götterdämmeung</em> et la marche funèbre) et même s’il est difficile de ne pas citer chaque pupitre, on ne peut pas ne pas rendre un hommage tout à fait admiratif aux cuivres, absolument irréprochables d’un bout à l’autre et qui ont donné une assise orchestrale parfaite pour permettre aux autres musiciens (et en premier lieu les cordes) de faire chanter l’orchestre.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_B_102-scaled-1-1294x600.jpg" />© Monika Rittershaus</pre>
<p>On le voit, pratiquement aucune réserve sur le plateau vocal ni en fosse ; on ne pourra pas en dire autant de la mise en scène signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong>.<br />
Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, la deuxième vision de sa mise en scène ne résout pas tous les problèmes dont nous avions déjà rendu compte. Tout n’est pas clair dans sa proposition même si l’idée de base (une expérimentation des comportements humains, dont Wotan serait l’instigateur) semble assez claire. Moins évidents apparaissent les positionnements de Siegfried et Brünnhilde qui feront tout au III de <em>Siegfried</em> pour éviter l’amour dans leur duo.<br />
Voyons quelques détails des spécificités du travail de Tcherniakov.<br />
Tout commence avant le lever de rideau de <em>Rheingold</em> ; une vidéo projette une image montrant comment un produit est inoculé dans le cerveau (on supposera qu’il s’agit de celui d’Alberich). On comprend que nous ne sommes pas au bord du Rhin, mais dans un centre d’expérimentation à l’acronyme (E.S.C.H.E.) signifiant le « frêne » , arbre que l’on retrouvera à la fin du dernier tableau. Les trois filles du Rhin sont des infirmières qui prennent des notes sur le comportement d’Alberich, enfermé dans une chambre où il est branché de partout. Point d’or (si ce n’est l’anneau qui apparaîtra plus tard), c’est incontestablement le parti pris cette mise en scène ; quand Alberich s’enfuit à la fin du premier tableau, il part avec sous le bras tout le matériel d’expérimentation dont il aura au préalable furieusement arraché tous les câbles, laissant les observateurs sans réaction.<br />
Au second tableau de <em>Rheingold</em>, les plans du château (pas encore baptisé Walhalla) sont vidéoprojetés et nous nous retrouvons dans les bureaux de Wotan qui se transforment vite en salle de négociations lorsqu’il s’agit de rendre à Fafner et Fasolt leur dû. Ceux-ci apparaissent en vulgaires mafieux (enlevant Freia en l’emportant comme un vulgaire sac à patates) ce qui se confirmera au quatrième tableau, quand Fafner abattra son frère d’un coup de revolver dans le dos. Loge semble un entremetteur un peu farfelu, Froh, Donner et Freia totalement dépassés par les enjeux du deal. Quant à Wotan, c’est le parrain, affublé du reste de la bague (l’«anneau » en réalité).  Un ascenseur permet de descendre au Nibelheim. Les Nibelungen sont des esclaves maltraités par Alberich qui s’en prend brutalement à Mime lorsque celui-ci veut embarquer le Tarnhelm ; chacun porte un uniforme identique avec son nom. Alberich ne se transforme en dragon puis en crapaud que dans sa tête, de même qu’il imagine les Nibelungen apportant l’or en rançon, un or que l’on ne verra jamais, si ce n’est sous la forme donc de la bague-anneau. La dernière scène de <em>L’Or du Rhin</em> restera sans doute la moins réussie du cycle, d’un kitsch risible pour ne pas dire ridicule.</p>
<p>Dans <em>Walküre</em>, là encore une vidéoprojection précède le lever de rideau. Elle nous apprend qu’un criminel « dangereux et instable » vient de s’échapper. Des images de vidéosurveillance vont très vite nous permettre de reconnaître dans le fuyard Siegmund qui se présente dans la maison de Sieglinde et Hunding. Celle-ci est située dans le centre d’expérimentation que nous avions découvert dans le Prologue. En réalité il est situé derrière le bureau de Wotan qui, grâce à une vitre opaque, voit l’intérieur de l’appartement sans être vu. Hunding est un policier à la recherche du dangereux criminel. Sa journée finie, celui qui nous est présenté comme un butor boit sans modération de la Vodka Parlament, on le voit manger, pisser et maltraiter sa femme qu’il oblige à passer les menottes à Siegmund pendant qu’il va dormir, l’épée Nothung fichée au-dessus de la porte d’entrée !<br />
Au II, on voit Sieglinde et Sigmund s’enfuir pendant que Hunding dort encore. Arrivent alors dans cet appartement Wotan et Brünnhilde qui sabrent le champagne, avant que Wotan retrouve sa femme dans son bureau pour lui faire signer un contrat l’engageant à ne pas défendre Sigmund.<br />
Dans la 3<sup>e</sup> scène on retrouve le couple de fuyard dans les sous-sols (le Nibelheim). Le combat entre Hunding et Sigmund ne nous est pas montré, on le vit au travers des réactions de Sieglinde. Finalement Sigmund ne sera pas tué mais attrapé par les mêmes policiers auxquels on l’avait vu échapper dans la vidéo précédant le lever de rideau.<br />
Le troisième acte se déroule dans l’amphithéâtre du centre de recherche ; on va évaluer le degré de violence de plusieurs criminels, dont le pedigree est vidéoprojeté. On comprendra vite que ce sont des combattants que les Walkyries doivent conduire au Walhalla. Dans l’amphi les huit Walkyries, hilares,  écoutent de la musique, prennent des photos, attendent Brünnhilde. Le cercle de feu où Brünnhilde sera enfermée est piètrement représenté par un cercle de chaises, sur lesquelles Brünnhilde dessinera des flammes au marqueur fluo. Très belle image conclusive en revanche avec les adieux du père et de la fille. Le décor de l’amphithéâtre recule en fond de scène et dans le noir, laissant Brünnhilde, seule sur l’avant scène, comme livrée à elle-même.<br />
<em>Siegfried</em> commence encore par une vidéoprojection. On y voit Siegried enfant malheureux au milieu de ses jouets, ne sachant que faire avec. Siegfried et Mime sont toujours dans le même appartement, surveillés de loin par Wotan et, cette fois-ci, les trois nornes. Point d’enclume on le devine mais du matériel de cuisine. Dans l’appartement les jouets de Siegfried vont être brisés au moment où le héros va forger Nothung. On comprendra que le feu mis aux jouets marque la fin de l’enfance et le début des années de formation d’un gamin hyperactif, sale et mal éduqué. Le Voyageur a bien vieilli depuis le Prologue et la première journée. Il s’appuie sur une canne. Son œil droit est totalement fermé.<br />
Au deuxième acte, la grotte est une salle d’expérimentation. Les six phases de l’expérimentation (c’est Siegfried qui en est l’objet) se déroulent. La phase 5 est la « confrontation au conflit, la réaction au danger » : c’est le combat entre Siegfried et Fafner. Celui-ci est amené par deux infirmiers geôliers. Il est muselé comme un dangereux criminel. L’affrontement entre Siegfried et son grand-père se tiendra dans la salle de négociations. C’est finalement Wotan qui brise lui-même et comme malgré lui sa propre lance. <em>Götterdämmerung</em> débute toujours dans le même appartement ; les 3 nornes sont maintenant de très vieilles femmes et les fils du destin qui se brisent correspondent à la porcelaine qui se casse sous leurs mains tremblantes alors qu’elles prennent le thé. Tout le monde a vieilli, sauf Brünnhilde et Siegfried qui ne prennent pas une ride ; Alberich est maintenant un vieillard presque nu et qui tricote des chaussettes pour son fils Hagen. A noter que quand Siegfried se rend chez Brünnhilde, il ne porte pas le Tarnhelm et ne prend pas l’aspect de Gunther. Au III, Siegfreid sera tué pendant son match de basket, par la hampe d’un drapeau de supporter. Brünnhilde pleure son amant, de même que les principaux personnages qui viennent se recueillir auprès de Siegfried (dont Erda et Wotan) et s’en va, seule avec sa valise, pendant que le centre d’expérimentation (le Walhalla) se dissout.</p>
<p>On le voit, et nous n’avons donné là que quelques exemples marquants ; les idées foisonnent, Tcherniakov est soucieux du moindre détail,<a href="https://www.forumopera.com/andreas-schager-une-representation-reussie-cest-quand-on-se-dit-au-baisser-de-rideau-allez-on/"> ce que confirmera Schager</a>. Mais n’y en a-t-il pas trop et sont-ils surtout toujours cohérents ?<br />
Telle est la question qui, au final, demeure.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wagner-der-ring-des-nibelungen-berlin-staatsoper/">WAGNER, Der Ring des Nibelungen &#8211; Berlin (Staatsoper)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dernière journée, voici venu le crépuscule des dieux et de la soif de puissance. Le public retrouve l’appartement qu’on croyait destiné à Siegmund et Sieglinde (avec les rideaux bleu blanc rouge) mais finalement dévolu à Brünnhilde et Siegfried. Dans la proposition de Valentin Schwarz, les désaccords opposent les amants : il y a de l’eau &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dernière journée, voici venu le crépuscule des dieux et de la soif de puissance.<br />
Le public retrouve l’appartement qu’on croyait destiné à Siegmund et Sieglinde (avec les rideaux bleu blanc rouge) mais finalement dévolu à Brünnhilde et Siegfried. Dans la proposition de <strong>Valentin Schwarz,</strong> les désaccords opposent les amants : il y a de l’eau dans le gaz. Siegfried veut partir vers d’autres aventures, qu’on sait non héroïques, car il porte un costume banal. Il abandonne donc femme et enfant – cette petite blonde issue de leur union, une des incarnations de l’or du Rhin, qu’on se dispute depuis le début de la tétralogie. La proposition de V. Schwarz poursuit ici son œuvre de rapetissement du chef-d’œuvre, sans davantage parvenir dans cette dernière journée à apporter du sang neuf à l’exégèse wagnérienne (si on excepte une belle conclusion).<br />
Auparavant, au prologue, trois Nornes déguisées en boule stroboscopique disco ne nous ont guère intéressés. Leurs voix magnifiques ne sont pas en cause, ni l’importance de leurs récits révélant passé, présent et avenir (le crime de Wotan avant <em>Rheingold,</em> les traités, les exploits de Siegfried, le Walhalla prêt à brûler, et même déjà en feu, « Zu End’ ewiges Wissen », (L’éternelle Science touche à sa fin). La direction de <strong>Simone Young</strong> aux tempi toujours étirés dans certaines scènes, aux motifs épelés, donne l’impression que le Prologue se prolonge au-delà du nécessaire (l&rsquo;acte I dépasse largement les deux heures). L’orchestre peine en effet à nous envoûter, avec une texture souvent trouée. Des arrière plans parfois poétiques surgissent ; mais le discours musical déploie quelquefois des plans sonores peu architecturés (depuis <em>Rheingold)</em> qui laisse penser que la cheffe australienne soigne certes les détails mais ne propose peut-être pas une vision. Wagner voulait certes faire disparaître l’orchestre, le vouer à une fonction illustratrice, mais on est en droit de ne pas le prendre trop au sérieux, puisque l’écriture musicale déploie uniment ses sombres prestiges. Alors que retentit la page symphonique du « Voyage de Siegfried sur le Rhin » (beau travail des cordes, des bois puis des cuivres avec la « Fanfare de l’or »), le décor du château des Gibichungen glisse du fond du plateau jusqu’au milieu de scène pendant que l’appartement bourgeois disparaît dans les cintres. C’est le début de l’acte premier. Gunther <strong>(Michael Kupfer-Radecky,</strong> parfait en faible, pantin cocaïné et peroxydé) et son demi-frère Hagen <strong>(Mika Kares</strong> dans le costume du jumeau de Siegfried de la précédente journée), duo des plus divertissants, traînent leur ennui dans une villa où domine une immense photo d’Alberich avec eux enfants, posant devant le cadavre d’un zèbre (qu’ils ont abattu à la chasse) – et dont la peau désormais orne le sol. A la fascination de la mort des fils Nibelungen répond la vulgarité de Gutrune (décolleté proéminent, ensemble vert anis très voyant, perruque de peep show, pauvre <strong>Gabriela Scherer,</strong> rôle caractérisé dans la fosse par les bois aigus) signale sans doute l’impossibilité de l’aimer sans breuvage magique (qui va se trouver être le sang de l’un d’entre eux). Ce sont des gosses de riches, oisifs et tarés, complètement manipulés par Hagen, leur proposant des fiançailles. Après le toast éclatant de <strong>Klaus Florian Vogt</strong> à Brünnhilde, ce dernier se lie par pacte avec un Gunther inconséquent et comique. Lors de sa veille, le soliloque sinistre de Hagen <strong>(Mika Kares</strong> monstrueusement talentueux) trouvera des accents d’une force rare dans son « Wachtgesang », aussi inquiétant que pathétique (« Hier sitz‘ ich zur Wacht »). Il dynamite le théâtre de boulevard de V. Schwarz.<br />
Dans la dernière scène, après le face à face avec Waltraute (valeureuse <strong>Christa Mayer),</strong> la Brünnhilde de <strong>Catherine Foster</strong> (une des toutes premières Brünnhilde de notre époque) montre quelques signes de fatigue avec un vibrato peu agréable, une rondeur de timbre parfois gâchée par un registre aigu un peu acide, mais qui ne cède rien ni en projection ni en puissance expressive, alors que Siegfried la trahit et que Gunther la viole. La mise en scène a viré à nouveau au reality show. On enlèvera la pauvre Walkyrie avec sa fille, trésor du Rhin.<br />
Avec ses chœurs, l’acte deux mis en scène sur un plateau unique, nu, encadré de panneaux lumineux, offre ses scènes de foule bienvenues. Mais auparavant, Hagen, un personnage noble, torturé de jalousie et amoureux de Brünnhilde, jumeau malheureux de Siegfried dans cette production, s’entraîne sur un punching-ball quand Alberich survient et le rappelle à ses noirs desseins (puissant <strong>Olafur Sigurdarson).</strong> Après l’appel magnifique du cor dans la fosse, Siegfried s’explique auprès de la Gutrune de <strong>Gabriela Scherer,</strong> au chant bien orné dénotant la superficialité du personnage.<br />
Le chœur des vassaux répondra à l’appel extraordinaire du Hagen (avec ses « Hoïho » d’une tonalité très sombre, d’une puissance délectables). Le tableau est sobre, la pénombre servant le dramatisme de la scène. Deuxième et belle intervention du chœur des vassaux pour sommer Siegfried de jurer sur son honneur que Hagen a menti. Les imprécations de Brünnhilde, qui suivront, coupent le souffle. Elle a pris lentement conscience de l’oubli et de la trahison de son héros. Après des accents d’une impressionnante véhémence, la Walkyrie devenue femme révèle le défaut d’invincibilité de Siegfried et embrasse Hagen, dont le plan de vengeance et de mort est en train de réussir. Là sera la grandeur du misérable, alors que la noce de Gutrune et Siegfried offre des scènes de fête déjantée (vues cent fois ailleurs).<br />
De vieilles ondines aguicheuses au début de l’acte trois s’élancent après la sonnerie des cors de toute beauté. Mais les appels des Filles du Rhin restent lettre morte alors que Siegfried est en pleine partie de pêche. Le piège de Hagen (avec son breuvage rendant la mémoire) donnera l’occasion à <strong>Klaus Florian Vogt,</strong> un des plus merveilleux interprètes du rôle décidément, de nous offrir un récit fabuleux du passé de Siegfried, plein d’une allégresse puis d’un lyrisme qui suspendent le temps.<br />
La <em>Trauermarsch</em> est d’une très belle pâte, dont on savoure les coups fatals aux cordes graves et aux timbales, la solennité des trompettes et des cors. Quels pupitres ! Quel crescendo ! Nous voilà emportés sur les cimes de l’épopée. Un morceau de bravoure que réussit la cheffe australienne. La tragédie peut toucher à sa fin. Le Finale grandiose de l’immolation de Brünnhilde (« Starke Schreite ») témoignera encore des moyens colossaux de <strong>Catherine Foster</strong> (jusqu’aux hautes notes de sa tessiture) mais ne communiquera que peu d’émotions. Mise en scène dans un cul de basse fosse censé abriter le Rhin (un lieu ici réservé aux marginaux et aux maudits pourchassés depuis le début de l’acte), surmonté de barrières de chantier, Brünnhilde s’aspergera d’essence. Un geste qui ne signale guère l’humanité du personnage.<br />
Un mur parsemé de néons (le Walhalla) monte aux cintres en fond de plateau (Wotan s’est pendu) alors que la fosse flambe en un tutti éblouissant.<br />
L’enfant de Brünnhilde et Siegfried prend le chapeau texan de sa mère devant leurs cadavres. Incarne-t- elle l’espoir d’une victoire de l’amour sur le désir de puissance (sexuelle et matérialiste chez <strong>V. Schwarz</strong>) ? Pas vraiment, car elle ne sort pas de la fosse. Alors que la musique chante la paix retrouvée, la vidéo finale rime par antithèse avec celle du Prologue de <em>Rheingold.</em> Au terme de plus de quinze heures de musique les bébés s’enlacent tendrement dans l’utérus maternel. Grâce au sacrifice de Brünnhilde, les descendants d’Alberich et Wotan, de Hagen et Siegfried ne seront plus frères ennemis. Ce finale ouvre alors une échappée lumineuse : l’amour se conjugue au futur.</p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Mar 2024 02:37:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Revoir ce Götterdämmerung berlinois relève du délice de fin gourmet ; de celui qui savoure un plat de choix bien connu, pas à pas, notant ici un détail gustatif, remarquant là tel ingrédient qui aimante ses papilles et qu’il n’avait pas noté la fois précédente. Une fois la dégustation achevée, réalisée l’analyse précise de toutes &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Revoir ce <em>Götterdämmerung</em> berlinois relève du délice de fin gourmet ; de celui qui savoure un plat de choix bien connu, pas à pas, notant ici un détail gustatif, remarquant là tel ingrédient qui aimante ses papilles et qu’il n’avait pas noté la fois précédente. Une fois la dégustation achevée, réalisée l’analyse précise de toutes les saveurs qui ont enflammé le palais, alors ne pas sous-estimer l’arrière-goût, fondamental, celui qui demeurera, celui qui donnera la note finale et qui fera peut-être aussi qu’on idéalisera ce que l’on a tant goûté, au risque, dans cette idéalisation, d’oublier les menus défauts – il y en a forcément, dans la confection ou la mise en assiette.<br />
Ainsi il faudra se garder d’idéaliser cette production de <strong>Dmitri Tcherniakov</strong>&nbsp;; il y a quelques points faibles sur l’ensemble de sa Tétralogie – et que l’on retrouve dans cette troisième journée, nous les avions largement évoquées <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gotterdammerung-berlin-staatsoper-un-plaisir-a-prolonger/">en son temps</a>, mais l’intelligence, la puissance de la proposition, nous invitent à imaginer qu’elle pourrait devenir une des grandes références, peut-être même un classique dans le genre. A-t-on jamais été, quinze heures durant, si pointilleux dans la conduite d’acteurs, dans la précision millimétrée de chaque détail, dans la symbolisation aussi, la distance prise avec la lettre du texte pour en conserver la quintessence, l’esprit&nbsp;?<br />
On notera quelques changements notables dans ce Ring Tcherniakov version 2024, si on le compare à l’original, la nouvelle production du Staatsoper Berlin datant de l’automne 2022. Si <strong>Anja Kampe</strong> et <strong>Andreas Schager</strong> demeurent l’incontournable couple Brünnhilde-Siegfried et <strong>Johannes Martin Kränzle</strong> Alberich, le Wotan superlatif de Michael Volle a laissé la place à Tomasz Konieczny (absent bien entendu de ce <em>Crépuscule</em>) dont on nous a dit le plus grand bien. Et surtout, Christian Thielemann a laissé la baguette à <strong>Philippe Jordan</strong>. Ce qui est nouveau également, c’est qu’il y ait eu des places en vente jusqu’au dernier moment sur le site du Staatsoper alors que les trois cycles de la saison 2022-23 avaient été pris d’assaut. Peut-être est-ce dû au fait que cette année, entre le Staatsoper et le Deutsche Oper, les Berlinois auront eu le choix entre pas moins de cinq cycles complets de la tétralogie (Forumopera sera du reste présent pour le deuxième des trois cycles du Ring du Deutsche Oper mis en scène par Stefan Herheim en mai prochain).<br />
Philippe Jordan était très attendu dans la fosse, parce qu’il reprenait le flambeau incandescent que lui avait laissé Christian Thielemann. Nous avions encore précisément à l’oreille le rendu fastueux de la Staatskapelle aux ordres de celui qui est devenu entre-temps le nouveau patron de l’orchestre. Philippe Jordan se glisse donc aux commandes d’un bolide incomparable, orchestre de luxe, capable de monter dans les tours (la marche funèbre toute de puissance et de précision) mais aussi de se retenir et de se caler sur les hauts et les bas de la scène. Nous avons apprécié les tempi toujours justes, la gestion des points d’arrêt qui donne la sensation dans ces passages souvent <em>piano</em> ou <em>pianissimo</em> que la musique va comme se suspendre, que le flot ininterrompu va s’interrompre, maintenant l’auditeur en haleine. Fidèle à la tradition, Jordan vient saluer sur scène, entouré de tous ses musiciens et récolter un triomphe lui aussi très sonore.<br />
Le plateau vocal soutient la comparaison avec celui de 2022. Le nouveau Hagen, <strong>Stephen Milling</strong>, concentre dans la voix et le jeu toute la noirceur diabolique du personnage. Son demi-frère Gunther est tenu par <strong>Roman</strong> <strong>Trekel</strong>&nbsp;; il arrive, malgré de moindres moyens, à soutenir brillamment son duo avec Siegfried au premier tableau du I. Leur père Alberich est toujours <strong>Johannes Martin Kränzle</strong>, avec un rôle ici bien entendu moindre que dans <em>Rheingold</em>. L’ovation qu’il reçoit vaut certainement pour l’ensemble de sa prestation du Ring, déjà très appréciée il y a deux ans. <strong>Mandy Friedrich</strong> est une Gutrune un peu en retrait dans la voix, plus que dans le jeu qu’elle soutient avec beaucoup d’enthousiasme. <strong>Violeta Urmana</strong> confirme ce qu’elle&nbsp; nous avait déjà proposé en reprenant avec autant de réussite le difficile rôle de Waltraute. Quinze minutes sur scène, quinze minutes où toute une palette de sentiments doit passer dans le chant. Maîtrise totale de cette partie redoutable entre beaucoup.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/goetterdaemmerung_B_269-1294x600.jpg" alt="" width="606" height="281">Brünnhilde (Anja Kampe),&nbsp; Waltraute (Violeta Urmana) © Monika Rittershaus</pre>
<p>Les trois Nornes&nbsp;; pour rappel, ce sont aujourd’hui des grand-mères plus proches du quatrième âge que du troisième, elles fouillent l’appartement de Siegfried et Brünnhilde, se servent un thé et quand les tasses se renversent, c’est le signe que le fil du destin est définitivement coupé. Il faut les citer toutes les trois (dans l’ordre <strong>Marina Prudenskaya</strong> au timbre de velours, mais aussi <strong>Kristina Stanek</strong> et <strong>Annaz</strong> <strong>Samuil</strong>) parce qu’elles offrent une touche d&rsquo;humour et un moment dans l&rsquo;ensemble ravissant. Sans oublier les trois filles du Rhin, ici des infirmières chargées du Stress-Test de Siegfried, <strong>Evelin Novak</strong>, <strong>Natalia Strycka</strong> et <strong>Ekaterina Chayka-Rubinstein</strong>, aux timbres limpides et revigorants.<br />
Le chœur d’homme, auquel se mêlaient des femmes en figurantes pour les besoins de la mise en scène, a su se montrer viril et discipliné à souhait.<br />
A voir la prestation d’ensemble d’<strong>Andreas Schager</strong> (Siegfried), on se dit que celui-ci ne finira jamais de surprendre et surtout d’impressionner. Cet homme-là (mais n’est-ce pas un surhomme en fait ?) peut tout faire, au bon ou mauvais vouloir du metteur en scène : dormir, se déshabiller, se doucher (si, si !), se rhabiller de pied en cap, danser, manger, boire, cracher son chewing-gum, porter ses femmes (Brünnhilde puis Gutrune) à bout de bras, ou encore jouer au basket (la partie de basket tient lieu de chasse au III), le tout sans s’arrêter de chanter bien entendu. La voix ne prend pas une ride, ne semble connaître aucune limite, aucune fatigue, elle se joue de la puissance et de l’endurance exigée par un rôle que seul celui de Tristan peut-être surpasse en exigence. La projection par instant est phénoménale. Il ne reste à Schager qu’une seule chose à faire ; ne pas trop chanter, préserver cet instrument d’exception, ce <em>Heldentenor</em> qui semble aujourd’hui infatigable et nous en faire profiter encore longtemps.<br />
On voudrait donner le même conseil à <strong>Anja Kampe</strong> (Brünnhilde), la bien-aimée des Berlinois, ovationnée debout par un public amoureux d’elle depuis longtemps. On voudrait dire à Anja Kampe de veiller à ne pas dépasser les limites du possible, à ne pas faire une confiance aveugle en la technique (la sienne est exceptionnelle) pour contourner les innombrables chausse-trappes de la partie. Parce qu’il y a eu, en effet, des moments, comme la confrontation au II entre Brünnhilde et Siegfried déguisé, celle avec Hagen, Gutrune, Gunther et Siegfried, ces moments donc où les graves ne chantaient plus, où la funambule sans filet a vacillé, sans jamais il est vrai perdre l’équilibre.<br />
Mais il y a eu aussi tout le reste et surtout la capacité de Kampe à rendre l’humanité de la déesse déchue, devenue femme de sang et de cœur. Il y a eu ce regard, cette incompréhension, cette tristesse, cette compassion et puis finalement l’affliction, la résignation et enfin le deuil que Kampe rend, on se demande encore comment, avec des accents d’authenticité dont elle seule a le secret.</p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung — Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gotterdammerung-berlin-staatsoper-un-plaisir-a-prolonger/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avec ce Crépuscule des Dieux s’achève une Tétralogie berlinoise qui restera comme immensément aboutie sur le plan vocal, ce qui est bien entendu l’essentiel. Nous resteront en mémoire des moments incomparables : le monologue d&#8217;Erda (Anna Kissjudit, une révélation de ce cycle) dans Rheingold, la colère de Fricka (Claudia Mahnke) au II de Walküre, tout l’acte trois &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec ce <em>Crépuscule des Dieux</em> s’achève une Tétralogie berlinoise qui restera comme immensément aboutie sur le plan vocal, ce qui est bien entendu l’essentiel. Nous resteront en mémoire des moments incomparables : le monologue d&rsquo;Erda (Anna Kissjudit, une révélation de ce cycle) dans <em><a href="https://www.forumopera.com/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau">Rheingold</a></em>, la colère de Fricka (Claudia Mahnke) au II de <em><a href="https://www.forumopera.com/die-walkure-berlin-staatsoper-emotions-questions-et-regrets">Walküre</a></em>, tout l’acte trois de <em>Walküre</em> avec un Michael Volle en Wotan au sommet de son art, la performance athlétique et vocale de Andreas Schager tout au long de <em><a href="https://www.forumopera.com/siegfried-berlin-staatsoper-plateau-vocal-hors-norme">Siegfried</a></em> et la dernière scène de ce <em>Götterdämmerung</em> où Anja Kampe est allée au bout, et peut-être même au-delà, de ce que l’on pouvait demander à sa Brünnhilde.</p>
<p>Voilà pour les moments inoubliables, ceux qui demeureront quoi qu’il en soit. Mais cela ne suffirait pas à marquer d’une pierre blanche les quinze heures de musique de ce Ring 2022 ; il fallait aussi disposer d’un plateau homogène, ce à quoi Daniel Barenboim, à l’initiative du cast (et malheureusement empêché pour cause de maladie) aura veillé avec grande attention. Cela est le cas également pour ce <em>Crépuscule</em>, nous y reviendrons. La Staatskapelle Berlin, dirigée par <strong>Christian Thielemann</strong>, dont le nom bruisse fortement pour la succession de Barenboïm, aura aussi grandement contribué à la réussite d’ensemble ; pour <em>Götterdämmerung</em>, les interludes orchestraux sont l’occasion de déployer l’éventail complet des sonorités tantôt envoûtantes (liaison entre le prologue et le I), tantôt flamboyantes (marche funèbre au III) : au baisser de rideau, les saluts avec l’orchestre au grand complet sur scène autour du chef sont pour le public l’occasion d’exprimer très bruyamment son adhésion complète à la vision de Thielemann. Une vision très orthodoxe il est vrai, fidèle à la partition, avec des tempi toujours justes et la recherche constante d’un accord fosse-plateau.</p>
<p>Dmitri Tcherniakov n’est pas venu saluer, alors qu’il l’avait fait pour le cycle I. S’il l’avait fait, gageons que, comme en octobre, il aurait entendu des huées se mêler aux applaudissements ; à plusieurs reprises, lors des quatre représentations, certains spectateurs ont ici aussi manifesté bruyamment leur désapprobation (ou leur incompréhension) face à une proposition scénique de fait clivante.</p>
<p>En tout cas non, le <em>Crépuscule</em> n’aura pas solutionné toutes les énigmes, ni livré toutes ses réponses aux questions soulevées, dont les deux dernières : pourquoi Siegfried ne boit-il pas le philtre d’oubli ni celui censé lui rendre la mémoire ? Mais il aura maintenu le fil de l’histoire, au prix de certaines contorsions dans la conduite du synopsis. Ici, tout se termine par la destruction de l’entreprise E.S.C.H.E, après ce qui apparaît comme un dénouement aussi inattendu que dramatique : dans un gymnase où l’équipe de basket de l’entreprise s’entraîne, Hagen transperce le dos de Siegfried avec la hampe d’un drapeau. A la différence de <em>Siegfried</em>, où Tcherniakov prive bien malencontreusement de toute poésie le duo Siegfried-Brünnhilde, il livre là une vision de l’agonie du héros et de la déploration de Brünnhilde particulièrement touchante.</p>
<p><img decoding="async" alt="" height="293" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43800_b9afe3c951ca7825f65d83fd0cb3459a_goetterdaemmerung_b_320.jpg?itok=X3tpvCfu" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>Hagen, Gunther et Gutrune ont repris l’entreprise au triumvirat de dames qui avaient elles-mêmes succédé à Wotan à la tête de E.S.C.H.E. dans <em>Siegfried</em>. Toutes trois réapparaissent au début du prologue sous la forme des…Nornes. Mais celles-ci sont aujourd’hui de vieilles dames voûtées, voire grabataires : pas étonnant que les fils du destin leur échappent (les tasses dans lesquelles elles s’étaient servi un thé se brisent en mille morceaux) ! Belle performance du trio <strong>Noa Beinart</strong>, <strong>Kristina Stanek</strong> et <strong>Anna Samuil</strong> où nous remarquons particulièrement le grave de la Première Norne, Noa Beinart.</p>
<p>Le Hagen de <strong>Mika Kares</strong> (déjà entendu en Fasolt puis Hunding) est plus vrai que nature. Il porte sur son visage et dans la voix toute la noirceur de son personnage, sans doute le plus maléfique de l’ensemble. Sa gourmandise à rendre Hagen détestable n’a d’égale que les immenses moyens vocaux qu’il met en œuvre pour y parvenir et le public ne s’y trompe pas, qui lui réserve un triomphe amplement mérité.</p>
<p>Gunter (<strong>Lauri Vasar</strong> qui était Donner dans <em>Rheingold</em>) et Gutrune (<strong>Mandy Fredrich</strong>) sont un peu en-deçà vocalement et ils peinent tous deux à rivaliser, en terme de puissance, avec Hagen ou Brünnhilde. Leur jeu d’acteur est toutefois convaincant. Brève et toujours solide apparition de l’Alberich de <strong>Johann Martin Kränzle</strong> qui aura bien perdu de sa superbe depuis <em>Rheingold</em> ; nous le voyons à moitié nu, occupé pendant son dialogue avec son fils Hagen à… tricoter une écharpe !</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="312" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43780_b2110f8b55c2ab9386015dd70787deac_goetterdaemmerung_b_127.jpg?itok=yo0epsmA" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>La Waltraute de <strong>Violetta Urmana</strong> est parfaite : toute l’impuissance désespérée de la Walkyrie, qui finit par comprendre qu’elle ne pourra convaincre sa sœur de renoncer à l’anneau, est rendue de manière poignante, par des graves sourds et tellement animés.</p>
<p><strong>Andreas Schager</strong> est fidèle à lui-même ; nous pourrions reprendre tout ce que nous écrivions sur lui pour <em>Siegfried</em>, même si cette fois-ci, le personnage qu’il incarne a muri et sa psychologie est devenue moins univoque.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="308" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43785_b49ae9d99462b6d5e50a6c682d1ae361_goetterdaemmerung_b_246.jpg?itok=VE56tcCd" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p><strong>Anja Kampe</strong> enfin en Brünnhilde s’empare de son rôle avec une économie magistrale ; elle gère parfaitement le prologue et monte en puissance jusqu’au III où elle délivre un monologue subjuguant qui la pousse dans ses ultimes retranchements. La projection est farouche ; nous tenons là une des plus belles titulaires actuelles du rôle.</p>
<p>Au final, ce Ring aura été fascinant. Réussir à le donner en neuf jours a aussi beaucoup aidé à entretenir la magie de l’ensemble. Son budget démesuré et sa machinerie complexe et impressionnante font qu’il sera difficile de le reprendre dans d’autres maisons. A coup sûr il le sera à Berlin, avec peut-être quelques aménagements de mise en scène, notamment pour <em>Siegfried</em>, histoire de prolonger le plaisir.</p>
<p> </p>
<p><em>Un plaisir à prolonger d&rsquo;ores et déjà sur <a href="https://www.arte.tv/fr/articles/saison-arte-opera-2022-2023" rel="nofollow">arte tv</a> et jusqu&rsquo;à mars 2023.</em></p>
<p><em>Le cycle IV  sera donné à Berlin les 4, 5, 8 et 10 avril 2023, dans la même distribution.</em></p>
<p> </p>
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		<title>WAGNER, Die Walküre — Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-berlin-staatsoper-emotions-questions-et-regrets/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Oct 2022 10:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Beaucoup d’émotions au sortir de la première journée du Ring des Nibelungen version berlinoise de Tcherniakov/Thielemann. Des émotions, mais aussi des questions et quelques regrets. Mais commençons par le meilleur et, du coup, par la fin. Lorsque le couple Wotan-Brünnhilde vient saluer, quelques secondes après le baisser de rideau, l’émotion ne submerge pas seulement une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Beaucoup d’émotions au sortir de la première journée du <em>Ring des Nibelungen</em> version berlinoise de <strong>Tcherniakov</strong>/<strong>Thielemann</strong>. Des émotions, mais aussi des questions et quelques regrets.<br />
	Mais commençons par le meilleur et, du coup, par la fin. Lorsque le couple Wotan-Brünnhilde vient saluer, quelques secondes après le baisser de rideau, l’émotion ne submerge pas seulement une salle qui s’est levée comme un seul homme, mais aussi les deux protagonistes, <strong>Michael Volle</strong> et <strong>Anja Kampe</strong> qui tombent dans les bras l’un de l’autre de longues secondes durant et se présentent à nous, exténués de leur effort et comme tétanisés par le flot de <em>bravi</em> qui leur parvient.</p>
<p>Il faut dire qu’à ce moment, nous sortons d’un troisième acte musicalement d’anthologie, avec d’abord et avant tout un Volle marchant sur l’eau, qui attire sur lui tous les regards et captive comme un aimant. La métamorphose entre le père colérique à son arrivée au milieu de ses Walkyries, renversant tout sur son passage et, une heure et quart plus tard, le père adorateur de sa fille qui quitte celle-ci après un ultime et interminable baiser, est confondante.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="303" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43753_f6c0eaed81bba67abd9c516e18b8922c_walkuere_b_110.jpg?itok=Hua6oyeQ" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>Comment, au terme d’une telle prestation (le rôle de Wotan dans <em>Walkyrie</em> est redoutable de longueur et de difficultés) arriver encore à insuffler autant de nuances, à dire les mots avec une telle précision, à préserver la beauté, la chaleur, l’ampleur de la voix, sans l’ombre d’un fléchissement ? Cette question est partie pour nous hanter longtemps.</p>
<p>Dès le début du II, le Wotan de ce soir n’avait rien à voir avec celui d’<a href="https://www.forumopera.com/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau">hier</a>. Tout était déjà en place et son monologue (« Was keinem in Worten ich künde »), qui, pour certains, passe pour une des rares faiblesses de la partition, par sa longueur notamment, est déjà tellement habité qu’il nous oblige à suivre pas à pas l’histoire, sa propre histoire, qui nous est dite. Y a-t-il aujourd’hui meilleur titulaire du Wotan (<em>Die Walkyre</em>) ?</p>
<p>La même question se pose pour la Brünnhilde de Anja Kampe. Là encore son duo du III avec Wotan atteint les sommets et les pleurs qui sont les siens au moment où, acceptant de plein gré la terrible sentence du père, elle va pour le quitter sans pouvoir y parvenir seule, semblent si authentiques qu’ils nous transpercent nous aussi. Mais il y a surtout le chant, la conduite impeccable de la voix, sans aucun relâchement, sans l’ombre d’une faiblesse notamment dans le premier duo avec Wotan au II. Et puis son entrée fracassante au I, l’une des plus difficiles du répertoire, dont elle se joue avec une apparente aisance. Ces deux-là ont formé, l’espace d’une soirée, un couple dont on se souviendra.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="306" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43751_c471b75779a07fcf98eb940569f60a7e_walkuere_b_029.jpg?itok=Wz3yl9IS" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>Il serait injuste de ne pas associer deux autres protagonistes dans ces éloges superlatifs. D’abord la Sieglinde de <strong>Vida Miknevičiûtè</strong>. Et louer son jeu d’actrice, troublant de sincérité. Et puis la voix que nous découvrons ce soir ; elle sait allier la douceur quasi mélodieuse dans son étreinte avec Siegmund et la force brutale quand elle se rend compte qu’elle ne pourra suivre son frère/amant. Tout cela avec un naturel ! Enfin la Fricka de <strong>Claudia Mahnke</strong>, déjà remarquée dans <em>Rheingold</em>, assoit son autorité sur Wotan grâce au tranchant de la voix. Rôle court, dense et déterminant pour la crédibilité de la scène.</p>
<p>Voilà donc pour les émotions, qui seront certainement, une fois le tamis du temps passé sur les aspérités, ce qui nous restera de ce spectacle. Et c’est en soi tellement précieux. Mais il y  a aussi quelques ombres au tableau, questions et regrets.</p>
<p>La mise en scène de Tcherniakov tient-elle toujours la route, au terme de ce deuxième opus du cycle ? Poser la question c’est y répondre un peu. Les sifflets entendus à la fin du II disent les incohérences qui affleurent, et interrogent les libertés prises (inutilement ?) avec la trame originelle. Ainsi, pourquoi Hunding (l&rsquo;excellent <strong>Mika Kares</strong> qui était Fasolt dans <em>Rheingold</em>) ne tue-t-il pas Siegmund (celui-ci, un dangereux évadé, est finalement tabassé et exfiltré par les forces de l’ordre) ? Et pourquoi, toujours à la fin du II, Wotan laisse-t-il repartir Hunding sans le tuer ?</p>
<p>Des incohérences apparaissent aussi : l’épée, censément fichée dans le frêne, apparaît bizarrement plantée dans le mur mitoyen de l’appartement de Hunding et Sieglinde. Voir Siegmund s’en emparer, alors qu’il aurait plutôt, en tant que criminel en fuite, besoin d’être armé lourdement pour fuir la police (Hunding est un policier lui-même armé jusqu’aux dents), prête à sourire et interroge la cohérence du propos.</p>
<p>Autre exemple : la représentation du rocher entouré du feu qui protègera le sommeil de Brünnhilde est proche du ridicule. Nous sommes dans un amphithéâtre : Wotan et sa fille mettent en cercle des chaises et, pour simuler les flammes, Brünnhilde s’empare d’un gros feutre orange et dessine des flammèches sur toutes les chaises ; tout cela est bien pauvre.</p>
<p>En revanche, Tcherniakov maintient son idée exposée au prologue et, du coup, l’unité de lieu. L’action se passe entièrement dans l’entreprise E.S.C.H.E., entre le bureau de Wotan et le logement attenant, occupé par Hunding et Sieglinde. Quand Sieglinde et Siegmund veulent s’enfuir pour échapper à Hunding, ils vont se perdre dans les labyrinthes du sous-sol, là-même où sont entreposées les cages à lapin. Et toujours de bonnes idées dans la conduite de l’action comme ce contrat que Fricka oblige Wotan à signer comme engagement à ne plus rien faire pour sauver Siegmund du danger.</p>
<p>Au nombre des regrets il faudra citer le premier acte manqué du Siegmund de <strong>Robert Watson</strong>. Il n’aura tenu le rôle dans de bonnes conditions qu’une dizaine de minutes, puis ce fut un long chemin de croix pour parvenir à la fin du I. Voix prise en défaut (malgré un « Wälse ! » tenu plusieurs secondes), prononciation du coup hasardeuse. Heureusement, l’entracte de quarante minutes et la difficulté moindre du rôle au II lui auront permis de terminer très correctement la soirée.</p>
<p>Et puis redisons nos réserves sur l’orchestre de la Staatskapelle. Comme la veille, ce n’est pas la vision, magistrale, de <strong>Christian Thielemann</strong> qui est en cause, mais son exécution. Trop de notes approximatives, trop de décalages, qui donnent un sentiment d’inachevé.</p>
<p>Mais qui ne nous feront pas oublier l’inoubliable de la soirée.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold — Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Oct 2022 08:40:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour les 80 ans de Daniel Barenboïm, le Staatsoper Berlin voulait offrir à celui qui est son directeur musical depuis 1992 une nouvelle production d’un Ring complet, joué quatre fois dans la saison 2022-23. Las, la maladie en aura décidé autrement, et quelques semaines avant la première c’est Thomas Guggeis, pour le cycle II, et &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau/"> <span class="screen-reader-text">WAGNER, Das Rheingold — Berlin (Staatsoper)</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour les 80 ans de Daniel Barenboïm, le Staatsoper Berlin voulait offrir à celui qui est son directeur musical depuis 1992 une nouvelle production d’un <em>Ring</em> complet, joué quatre fois dans la saison 2022-23. Las, <a href="https://www.forumopera.com/breve/berlin-staatsoper-barenboim-renonce-au-ring">la maladie en aura décidé autrement</a>, et quelques semaines avant la première c’est Thomas Guggeis, pour le cycle II, et <strong>Christian Thielemann</strong> pour les cycles I, III et IV, qui auront pris le relais. Nous assistons au cycle III, programmé sur neuf jours, entre le 29 octobre et le 6 novembre 2022.</p>
<p>Cet événement était attendu pour au moins deux raisons ; il s’agit, cette année, de la seconde nouvelle production d’envergure d’une Tétralogie, après le nouveau <em>Ring</em> de Bayreuth l’été dernier, controversé et <a href="https://www.forumopera.com/das-rheingold-bayreuth-une-petite-comedie">chroniqué dans nos colonnes</a>. Et puis surtout chacun attendait ce que <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> allait nous dire du roman fleuve wagnérien ; roman fleuve, épopée ou saga, il est encore trop tôt pour le dire au terme du prologue.</p>
<p>Ce que l’on peut avancer en revanche, c’est que la vision de Tcherniakov est, à l’issue de ce <em>Rheingold</em>, très prometteuse et que les trois journées du Bühnenfestspiel nous diront s’il réussit à tenir la distance d’une proposition entièrement actualisée, qui bannit totalement dieux, déesses, demi-dieux et géants, tous humanisés (alors que <em>Rheingold</em> est le seul opus des quatre où aucun humain n’apparaît !). Sa proposition va même jusqu’à bannir l’or qu’il réduit à sa quintessence, l’anneau (le Ring du Nibelung, d’Alberich donc). Pour Tcherniakov, clairement, l&rsquo;or se résume à l&rsquo;anneau.</p>
<p>Vision qui nous apparaît magistrale, osée également puisque prenant le risque d’une mise à distance totale avec le livret original, sans jamais toutefois entrer en contradiction avec lui. C’est en ce sens qu’il est légitime de se demander si cette performance pourra être répétée jusqu’au <em>Crépuscule des Dieux</em>.</p>
<p>Nous sommes au sein d’une grande entreprise présidée par Wotan, nommée E.S.C.H.E. Si on lit ces lettres comme un acronyme, on comprend « Esche », qui est le frêne en langue allemande. Le frêne, rappelons-le, est l’arbre fondateur dans la Tétralogie, celui qui se dresse dans la maison de Hunding et Sieglinde, où Wotan a fiché son épée que seul Siegmund pourra extraire. E.S.C.H.E est un centre de recherche où des expérimentations sont menées sur des humains.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="302" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43697_a2b7ca49a491cac56d26c1211cfe4ced_das_rheingold_b_242.jpg?itok=SKqcpsyh" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>C’est, au premier tableau, Alberich qui est cobayé par les trois filles du Rhin, jusqu’à ce qu’il se rebelle contre leurs sordides expérimentations, se délivre de son harnachement et s’enfuit avec du matériel électrique que l’on pourrait, à tort, imaginer comme représentant l’or du Rhin, à tort comme dit plus haut. Tcherniakov joue fort bien de ses talents de metteur en scène pour rendre crédibles toutes les scènes où l’or est invisible, alors qu’il devrait apparaître.</p>
<p>Ainsi au quatrième tableau, qui se situe dans le bureau de Wotan, Alberich prisonnier voit, seul dans son délire, ses esclaves apporter l’or en rançon de sa libération. Wotan et Loge ne prennent pas gare à ses fantasmes et n’attendent qu’une chose, qu’Alberich se dessaisisse de son anneau. Plus tard, pour libérer Freia, la quantité d’or nécessaire à la couvrir entièrement, sera résumée dans un des multiples feuillets d’un contrat de négociations qui se jouent entre Loge et Fafner.</p>
<p>Entre temps, nous serons descendus, par un habile jeu de machinerie, dans les entrailles du Nibelheim, ici un institut de recherche sur le comportement. Les esclaves d&rsquo;Alberich, qu&rsquo;il maltraite comme un sombre Kapo, procèdent à des expérimentations sur des lapins vivants dans des cages alignées à l&rsquo;étage.</p>
<p>L’idée, on le voit, se tient. Mais toutes les idées – et elles sont nombreuses – qui enrichissent incontestablement la production, ne se valent pas. Ainsi, la vidéo initiale, censée peut-être représenter la formation des synapses dans le cerveau de l’homme et nous amener à comprendre que nous sommes dans un laboratoire de recherche sur le comportement humain, semble superfétatoire et nous prive du plaisir de nous consacrer entièrement à l’écoute du prélude. A l’autre extrémité, la scène finale, l’entrée au Walhalla, est dévoyée en inauguration avec discours et animations dignes d’une fête patronnesse, dommage.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="285" src="/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43719_b612655fa104bd32c4e4a465fb7fe5cf_das_rheingold_b_325.jpg?itok=9qQ4rO_1" title="© Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>Christian Thielemann est donc à la manœuvre ; il fera se lever la salle (absolument comble ce soir malgré des prix inhabituellement élevés pour la place berlinoise) au moment des saluts de baisser de rideau. Thielemann est décidément le chouchou du public Unter den Linden. Sa vision de la partition est comme toujours d’une très grande rigueur. Son écoute des chanteurs est remarquable en ce qu’il sait moduler l’intensité sonore pour que la scène soit toujours parfaitement audible. On ne le rendra pas responsable des quelques accrocs dus plutôt à des instrumentistes isolés (comme ce cor défaillant au prélude).</p>
<p>Le plateau vocal est de très haut niveau et il est difficile de hiérarchiser. Malgré la voix un peu acide de la Flosshilde de <strong>Anna Laprovskaja</strong>, les trois Filles du Rhin (la Woglinde de <strong>Evelin Novak</strong> et la Wellgunde de <strong>Natalia Strycka</strong>) sont des techniciennes convaincantes, chargées de mener leurs expérimentations auprès de Alberich. <strong>Lauri Vasar</strong> (Donner) et <strong>Siyabonga Maqungo</strong> (Froh) peinent à entrer pleinement dans les caractères de leurs personnages.</p>
<p>Le Fafner de <strong>Peter Rose</strong> est diabolique à souhait et sans merci face à son frère qu’il exécute d’un coup de pistolet dans le dos. Ce frère, Fasolt, c’est <strong>Mika Kares</strong>, chaleureusement applaudi pour la puissance de son engagement. On le retrouvera avec plaisir en Hunding (<em>Walküre</em>) puis Hagen (<em>Götterdämmerung</em>). Le Mime de <strong>Stephan Rügamer</strong> est lui aussi très prometteur et il nous tarde de l’entendre davantage dans <em>Siegfried</em>.</p>
<p><strong>Johannes Martin Kränzle</strong> est un formidable Alberich, qui sait dépeindre, par le jeu et les couleurs de la voix toutes les facettes diaboliques de son personnages. Son beau succès est amplement mérité. <strong>Rolando Villazón</strong> est un Loge inattendu. Quelques sifflets immérités ponctuent une prestation non exempte de défauts (dans la conduite du chant et la prononciation parfois) certes, mais qui vaut par un engagement de tous les instants et un jeu sur scène très convaincant. Freia, tenue par <strong>Anett Frisch</strong>, apparaît trop sur la réserve (son rôle est ingrat il faut le dire sans réellement de moments pour s’exprimer pleinement). La Fricka  de  <strong>Claudia Mahnke</strong> méritait bien mieux que les saluts polis qu’elle récolta du public ; comme si celui-ci avait oublié son autorité, sa fougue et la plénitude de sa voix au deuxième tableau. Reste Erda, magnifiée par <strong>Anna Kissjudit</strong>, qui nous gratifie d’un – trop court – moment quasi extatique : son « Weiche, Wotan, Weiche » a fait frémir la salle qui, malgré un rôle aussi court, a réservé à cette jeune (elle est née en 1996) mezzo bulgare, un triomphe amplement mérité. Nous avons hâte de réentendre cette voix au velours envoutant et à l’autorité stupéfiante. <strong>Michael Volle</strong> enfin est un Wotan perdant d’avance ; son autorité est très vite remise en question ; il se laisse manipuler, influencer et à lui seul nous dit que le crépuscule des dieux, c’est pour demain. Voix pleine et vigoureuse, avec quelques moments où la vaillance semble faire défaut.</p>
<p>Dans ce cycle, les deux premiers opus sont joués à la suite. La Walkyrie est donc à suivre très vite.</p>
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		<title>BRASS, Sommertag — Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sommertag-berlin-staatsoper-le-temps-ressasse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Feb 2018 00:11:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nouvelle coqueluche du théâtre international, nouvel Ibsen matiné de Beckett, Jon Fosse ne pouvait manquer de susciter les mises en musique. Comme Debussy face à Maeterlinck, les compositeurs d’aujourd’hui apprécient sans doute le dépouillement de son style, qui construit des situations de crise émotionnelle à partir de silence et de phrases simples et répétitives, en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nouvelle coqueluche du théâtre international, nouvel Ibsen matiné de Beckett, Jon Fosse ne pouvait manquer de susciter les mises en musique. Comme Debussy face à Maeterlinck, les compositeurs d’aujourd’hui apprécient sans doute le dépouillement de son style, qui construit des situations de crise émotionnelle à partir de silence et de phrases simples et répétitives, en trouvant le drame au cœur du quotidien. Plusieurs opéras sont donc nés, inspirés des romans ou pièces de Jon Fosse, qui a trouvé un admirateur en la personne de <a href="https://www.forumopera.com/breve/haas-et-fosse-nouveaux-mozart-et-da-ponte">Georg Friedrich Haas</a>, déjà auteur de <em>Melancholia</em>, commande de l’Opéra de Paris créée en 2008, et de <em>Morgen und Abend</em> (Londres, 2015), sans oublier le récent <em>Nora</em> de la compositrice chinoise Du Wei (Tianin, 2017), la première adaptation lyrique remontant à il y a maintenant près de vingt ans, avec <em>Nokon kjem til å komme </em>de Knut Vaage (Oslo, 2000)</p>
<p>Voilà près de vingt ans aussi que l’on joue en France le théâtre de Jon Fosse : c’est en 1999 que Claude Régy monta pour la première fois une de ses pièces. C’est aussi en 1999 que le dramaturge norvégien écrivit <em>Ein sommars dag</em>, traduite en 2000 sous le titre <em>Un jour en été</em>, et montée en 2002 par Jacques Lassalle. C’est cette pièce de jeunesse, puisque la carrière théâtrale du dramaturge norvégien n’avait démarré qu’en 1994, qu’a choisi d’adapter le compositeur allemand Nikolaus Brass (né en 1949). Et pour un premier essai dans le genre lyrique scénique, le choix n’est pas mauvais : nombre de personnages limité, décor unique, et orchestre restreint (six instrumentistes dirigés par <strong>Max Renne</strong>). La musique de Brass n’est pas agressive, elle offre aux voix de belles occasions de se déployer, elle autorise les timbres à se superposer, notamment à travers des sortes de vocalises ou d’onomatopées expressives. Manque peut-être à cette partition un dramatisme plus affirmé, notamment dans la première partie, et d’aucuns pourront lui reprocher de ne pas évoquer cette nature dont il est tant question, ce fjord et cet élément liquide face à l’attrait desquels l’amour de la Femme sera impuissant à retenir Asle son conjoint, disparu sur son bateau depuis des années.</p>
<p>Dans ce drame où le souvenir joue un rôle écrasant, où le personnage central vit hanté par le passé, la mise en musique de Brass et la mise en scène d’<strong>Eva Maria Weiss </strong>n’aident guère le spectateur à se retrouver plus facilement. La pièce se déroule sur deux époques – l’été de la disparition, l’automne du souvenir –, mais le compositeur en a préféré trois (au moins), symbolisées par la Femme non plus à deux âges de sa vie, mais à trois. En effet, si l’Amie qui lui rend visite n’est visible dans l’opéra qu’à un seul âge, la Femme est répartie entre trois interprètes, constamment présentes en scène. Asle, lui, est à la fois chanté par un ténor, mimé par un danseur, et possède une sorte de double vocal baryton (sans oublier l’accordéoniste et le percussionniste, qui portent aussi un costume similaire à lui). Autrement dit, le feuilletage des époques est délibérément brouillé, mais l’on finit par s’y retrouver quand même, et l’obsession de la Femme est traduite de façon assez présente.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/sommertag_op_martinkoos-18.jpg?itok=ohhdviG2" width="468" /><br />
	© Martin Koos</p>
<p>Vocalement, les rôles ne semblent pas écrasant, même si le plus exigeant est sans doute celui de la Femme jeune, destiné à un soprano colorature (belle prestation de <strong>Sarah Aristidou</strong>, membre de l’Opéra Studio du Staatsoper), appelé à des envols réguliers dans le suraigu pour révéler son anxiété alors qu’elle vit la disparition de son homme. La Femme âgée (<strong>Anne Schuldt</strong>) bénéficie de quelques monologues en forme de déploration. Finalement, celle qui a le moins à chanter est la Femme (<strong>Olivia Stahn</strong>), d’un bout à l’autre occupée à emballer des meubles en vue d’un déménagement qu’elle finira par accepter <em>in extremis</em>. La mezzo <strong>Natalia Skrycka</strong>, l’Amie, écope d’un rôle avant tout parlé, avec seulement un court passage chanté en duo avec la Femme. Du côté des messieurs, <strong>Matthew Peña</strong> n’a que peu de temps pour faire exister Asle par sa voix (il revient ensuite en fantôme muet), et <strong>Bartosz Araskiewicz</strong> doit se contenter durant l’essentiel du spectacle (sauf lorsqu’il interprète le rôle brévissime du mari de l’Amie) d’émettre des sons à l’arrière-plan, en contrepoint de ce qui se chante sur la scène. Si tant est qu’on puisse parler d’une scène, puisque cet ouvrage est donné dans le cadre intimiste du « Neue Werkstatt », dans une salle non destinée au théâtre, où des banquettes ont été disposées contre trois des murs ; cet espace pouvant accueillir peut-être une bonne centaine de spectateurs se prête idéalement aux « petites formes ». </p>
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