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	<title>Solenn&#039; LAVANANT LINKE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Solenn&#039; LAVANANT LINKE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WEILL, Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny &#8211; Bâle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weill-aufstieg-und-fall-der-stadt-mahagonny-bale-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Sep 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mahagonny, c’est d’abord un opéra sur l’opéra : une question adressée au genre lyrique et à son écosystème. Dans ses Notes sur l’opéra, qui accompagnent le livret, Brecht constate avec malice : « Comme l’opéra est cher à son public précisément du fait de son caractère arriéré, il faudrait que l’on soit attentif à l’afflux de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;"><em>Mahagonny</em>, c’est d’abord un opéra sur l’opéra : une question adressée au genre lyrique et à son écosystème. Dans ses <em>Notes sur l’opéra</em>, qui accompagnent le livret, Brecht constate avec malice : « Comme l’opéra est cher à son public précisément du fait de son caractère arriéré, il faudrait que l’on soit attentif à l’afflux de couches nouvelles aux appétits nouveaux, et aussi l’est-on : on veut <em>démocratiser</em>, naturellement sans que soit changé le caractère de la démocratie, lequel consiste à ce que soient donnés au “peuple” de nouveaux droits, mais non la possibilité de les exercer. […] Des innovations sont donc réclamées ou défendues – par les esprits les plus avancés – qui doivent mener à la rénovation de l’opéra –, une discussion de fond de l’opéra (de sa fonction !) n’est pas réclamée et ne serait sans doute pas défendue ». Pour, en quelque sorte, neutraliser cette perpétuelle reproduction du même fardée de bons sentiments, Brecht entend prendre le problème de l’intérieur : « Même si l’on voulait mettre en discussion l’opéra en tant que tel (sa fonction !), il faudrait faire un opéra ». Envoyons donc la musique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour poser à l’opéra (à sa fonction, on suppose) les mêmes questions que celles que l’auteur adresse au théâtre de son temps, Brecht dresse un ensemble d’oppositions entre la « forme dramatique du théâtre » et la « forme épique du théâtre ». Pour rénover véritablement l’opéra, il devrait, à en croire l’auteur, être amené au niveau du théâtre épique. Là où le théâtre dramatique se caractérise essentiellement par la <em>passivité</em> qu’il implique, le théâtre épique serait le lieu de l’<em>activité</em>. La forme dramatique (celle que l’on trouve sous une épaisse couche de poussière donc) « implique le spectateur dans une action et ; épuise son activité ; lui procure des émotions ; le spectateur est plongé dans une action ; l’homme est supposé connu ; l’homme est immuable ; ce que l’homme devrait faire ; ses instincts ; la pensée détermine l’être ». En miroir (après dépoussiérage), la forme épique « fait [du spectateur] un observateur, mais ; éveille son activité ; l’oblige à des décisions et lui procure des connaissances ; [le spectateur] est confronté [à une action] ; l’homme est l’objet de la recherche ; l’homme qui se transforme et transforme ; ce que l’homme est obligé de faire ; ses motivations ; l’être social détermine la pensée ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_mahagonny_khpringo_hoehn-37_0-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-220298"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Ingo Höhn</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Le moins que l’on puisse écrire, c’est que la mise en scène de <strong>Benedikt von Peter</strong> prend ces ambitions réformatrices, sinon au pied de la lettre, très au sérieux. Exit les fonctions du bâtiment théâtre. Il n’y a plus de séparation scène-salle et donc plus de séparation acteurs-public. L’action se déroule de manière mouvante. Le public est invité à se déguiser et à se fondre dans l’action qui, après avoir commencé dans le hall, se poursuit à l’extérieur, dans la salle, sur scène…, chacun étant libre de se déplacer et (paraît-il) d’intervenir. Il reste possible d’assister à l’ensemble du spectacle grâce à des projections de vidéo en direct (très réussies) et à une sonorisation (plus ou moins heureuse et, en l’occurrence, plutôt malheureuse).</p>
<p style="font-weight: 400;">On commence dans le hall donc : c’est la fondation de la ville de Mahagonny. L’orchestre est sur scène, très loin, on le devine plus qu’on ne l’entend. Il faudra attendre de migrer dans la salle et, pour les plus aventureux, sur des matelas disposés sur scène après le non-passage du typhon, pour apprécier à sa juste valeur la direction de <strong>Stefan Klingele</strong>. Face à une partition qui appelle des choix d’interprétation tranchés, le chef reste partisan d’un vrai son d’orchestre symphonique. L’approche est lisible (on n’écrirait pas analytique) et le son cohérent, avec une belle rondeur de cuivres et des cordes comme veloutées. Le chœur est présent et offre une prestation d’excellente tenue, malgré des conditions pour le moins atypiques (dans la salle, des écrans permettent de voir le chef plus ou moins partout. Ailleurs – outre quelques écrans fixes – on assiste aussi au ballet d’une télévision sur pied qui permet au chœur mais surtout aux solistes de limiter – mais donc pas d’éviter – les décalages).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_mahagonny_ohpringo_hoehn-63_1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-220300"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Ingo Höhn</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">D’emblée, on sait que la fondation de la ville magique portera son lot de frustrations. Pour le spectateur d’opéra (d’opéra poussiéreux du moins), la frustration est vocale. Le dispositif « scénique » (l’adjectif est évidemment inadéquat) implique une sonorisation, sonorisation doublée d’une amplification qu’on devine nécessaire, même si <em>a priori</em> les chanteurs n’en ont pas besoin. Le son reste amplifié dans la salle alors que, là, on n’imagine plus ce qui justifie ce choix. Il en résulte des aigus tendus et nasillards chez les ténors, des effets grossiers chez les voix masculines inférieures et le sentiment de n’avoir pas perçu tout ce que les voix féminines avaient réellement à offrir. Cela étant, le plateau (là encore, le terme est inadapté) recelait de belles voix : outre les qualités d’un jeu très à propos, la veuve Begbick de <strong>Jasmin Jorias</strong> offre une voix ample aux aigus cuivrés. Ses graves – poitrinés à l’occasion, jubilatoires parfois – sont servis par une projection impeccable. <strong>Solenn’ Lavanant Linke </strong>a le groove et la fragilité de la Jenny Hill qu’elle incarne. Le timbre est clair, voire ciselé, avec un vibrato présent mais maitrisé. On devine de très belles ouvertures de <em>pianissimi</em> que la sonorisation passe toutefois dans sa moulinette infernale.</p>
<p style="font-weight: 400;">Par chance, on était près du Fatty de <strong>Ronan Caillet</strong> à l’occasion de son premier air. Le timbre clair et la voix bien accrochée sont mis au service d’un phrasé engagé et d’une belle articulation. L’orchestre est par contre inaudible : on ne peut pas avoir le beurre, etc. <strong>Rolf Romei </strong>(Jim Mahoney) pâtit particulièrement du dispositif : son premier air est en décalage complet avec l’orchestre et l’amplification produit des sons médiums-haut et aigus nasillards et un médium qui paraît détimbré. Pourtant, dans la salle, plus proche du chanteur, on perçoit un timbre riche et coloré, un son parfaitement timbré sans nasalisation et un bel éventail de nuances, avec l’expression d’une vraie intimité. Le Joe de <strong>Marius Aron </strong>offre des graves intéressants, larges et sans noirceurs, tandis que le Bill d’<strong>Elliott Carlton Hines</strong> déploie un son plein, aux harmoniques riches et chatoyantes. Outre quelques problèmes de justesse chez le premier, <strong>Ervin Ahmeti </strong>(Jack), <strong>Andrew Murphy</strong> (Moses), <strong>Elisabetta Picello</strong>, <strong>Sarah Baxter</strong>, <strong>Eva Buffoni</strong>, <strong>Carmela Calvano Forte</strong> et <strong>Georgia Knower </strong>complètent une distribution de très bonne tenue, investie dans un dispositif vocalement et dramatiquement difficile et exigeant.</p>
<p style="font-weight: 400;"><em>At the end of the day</em> (c’est comme ça qu’on dit à Mahagonny), le spectacle s’achève sur un champ de ruines : celles que le livret appelle, bien sûr (les matelas maintenant désertés par les spectateurs/acteurs-figurants) : ruines d’un monde avide, là où la conscience de la finitude et l’amour réclamaient d’autres devenirs. Est-on aussi face aux ruines de l’opéra dans sa forme « théâtre dramatique » ? Pour son opéra, Brecht avait de grandes ambitions : il a « une fonction de changement de la société. [Mahagonny] est en quelque sorte encore superbement installé sur la vieille branche, mais du moins il la scie déjà (distrait ou par mauvaise conscience) un peu&#8230; ». Dans le théâtre, le public a évidemment conservé une attitude globalement passive : il ne suffit pas de recouvrir les sièges d’une toile pour rendre au spectateur l’autonomie dont il aurait été scandaleusement privé. Il ne suffit pas de bouleverser les habitudes pour bouleverser l’écosystème qui les façonne et qu’elles façonnent. La société n’a évidemment pas changé. Il n’empêche, on a réfléchi un peu plus. C’est déjà le triste constat d’une victoire. On s’est amusé aussi, beaucoup. C’est sans doute l’essentiel.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weill-aufstieg-und-fall-der-stadt-mahagonny-bale-2/">WEILL, Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny &#8211; Bâle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WEILL, Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny – Bâle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weill-aufstieg-und-fall-der-stadt-mahagonny-bale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Aug 2026 04:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En ce début de saison, le Théâtre de Bâle reprend sa production de Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny (Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny). Cette œuvre phare de Kurt Weill et Bertold Brecht peut être lue comme une dystopie, une parabole sur sur le capitalisme et l’autoritarisme, un projet de société qui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En ce début de saison, le Théâtre de Bâle reprend sa production de <em>Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny</em> (<em>Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny</em>). Cette œuvre phare de Kurt Weill et Bertold Brecht peut être lue comme une dystopie, une parabole sur sur le capitalisme et l’autoritarisme, un projet de société qui tourne mal. Mahagonny, Netzestadt (ville-piège, ville-filet), est une cité factice fondée par trois criminels afin d’attirer tous les mécontents du monde et leur proposer des distractions. Un jour, sous l’impulsion de Jim Mahoney, une des personnes ayant échoué sur place, la devise de la ville devient « Tu as le droit ». Tout est permis – sauf ne pas avoir d’argent. Dans un lieu où tout est régi par les règles de la consommation, où l’amour est un produit comme un autre, sans âme ni profondeur, les lois seront fatales à ceux qui l’ont instaurées, le peuple sombrera dans le chaos.<br />
Weill et Brecht rompent avec les codes classiques de l’art lyrique en construisant une dramaturgie qui repose sur les principes du théâtre épique et qui met en œuvre toutes sortes d’effets de distanciation, d’où par exemple une partition dont les points névralgiques sont des chansons, dont la célébrissime Alabama-Song. Dans cette tradition de renégociation du lien entre le public et le spectacle, la mise en scène de <strong>Benedikt von Peter</strong>, directeur du Théâtre de Bâle, est pourtant plus radicale et décentralisée. Essayant de transformer la dystopie en utopie, l’idée principale est de responsabiliser le public et de l’intégrer à des espaces qui lui sont étrangers.<br />
Dès le début, les spectateurs sont accueillis par le personnel de la ville : « Bienvenu à Mahagonny ! Bienvenu chez vous ! » Produits dérivés à l’appui (tels que la cuvée de champagne Mahagonny Deluxe), on est invité à se déguiser pour ressembler aux personnages : faux costumes de revue, baroque kitsch, tenues de motards, tout cela autant onirique que délibérément superficiel, imaginé par Geraldine Arnold. La faune de la cité a pris possession du hall du théâtre où le spectacle commence <em>ex nihilo</em>. Grâce à un dispositif d’écrans, de retransmissions et de vidéos (<strong>Gert Zander</strong>), différents espaces sont investis, dont notamment l’extérieur du théâtre ainsi que plusieurs endroits dans le hall. Pendant les premières scènes, le public est libre de se déplacer. De fil en aiguille, l’on rejoint aussi la salle, l’orchestre est installé sur la scène, les sièges sont bâchés. Le temps que la plus grande partie des spectateurs arrive, le personnel demande aux autres de prendre place sur la scène où des matelas sont prévus à cet effet. Ainsi, le public sera toujours au centre des événements. Notamment les membres du chœur engageront des interactions, allant de simples regards et gestes à la proposition de boire ou de chanter. L’espace scénique est hybride et multidimensionnel.<br />
Lorsque l’action se recentre finalement sur la scène – plus que la moitié de la soirée s’est déjà écoulée –, l’aspect pédagogique du spectacle commence à porter ses fruits. Inutile de dire que l’œuvre en elle-même, la musique et l’interprétation passent au second plan. La prestation des interprètes n’est plus jugée uniquement en fonction de sa qualité mais par rapport aux réflexions qu’elle provoque. Car le public est obligé de redéfinir son image de soi. Dans une situation où tout semble permis, à l’instar de Mahagonny, quel comportement est-on censé adopter ? Que peut-il nous arriver ? A-t-on le droit de s’abandonner à la magie du spectacle, à l’histoire, ou doit-on assumer un rôle plus conscient ? Faut-il jouer le jeu ou consommer de manière passive ? Les quelques moments les plus lyriques, lorsque, malgré tout, la force de la musique prend le dessus, sont d’étranges instants de transe, une sorte d’effet de distanciation en négatif qui vous plonge dans la narration pour vous en sortir aussitôt. L’orchestre sous la baguette de <strong>Thomas Wise</strong> est à la hauteur du défi qui soulève d’autres questions en termes d’acoustique et de son. Le public faisant partie du tableau, il devient aussi son propre spectateur, la tentation d’observer les autres va croissant. Si ce type de technique théâtrale existe depuis les années 1960 (par exemple dans <em>Outrage au public</em> de Peter Handke), la démarche de von Peter est plus catégorique. L’envie d’inverser les perspectives, de concevoir des espaces alternatifs, s’observe souvent dans ses mises en scène. Elle est également représentative du Théâtre de Bâle en général, qui est conçu comme un lieu de rencontre, ouvert et accueillant, traduisant une porosité entre la ville et la scène.<br />
Malgré les inévitables applaudissements finals – étrange vestige bourgeois vu la nature de la soirée –, le public sort étonné de ce spectacle sans début ni fin, qui incite à la réflexion.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Bâle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tout commence le jour de la fête d’anniversaire du petit Siegfried. Ou plutôt non : l’histoire commence par la voix parlée de Brünnhilde, qu’on entend se demander comment tout cela a commencé. Remontant le fil de l’histoire familiale, elle va parvenir à se remémorer les récits que Wotan leur faisait quand ils étaient enfants.Ainsi, lors &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tout commence le jour de la fête d’anniversaire du petit Siegfried. Ou plutôt non : l’histoire commence par la voix parlée de Brünnhilde, qu’on entend se demander comment tout cela a commencé. Remontant le fil de l’histoire familiale, elle va parvenir à se remémorer les récits que Wotan leur faisait quand ils étaient enfants.<br />Ainsi, lors de cette fête d’anniversaire à laquelle assistent Fricka (en tailleur Chanel), Donner et Froh (costumes d’aujourd’hui et petits chapeaux pointus ridicules), Siegmund (longs cheveux roux et peau de bête), Freia (en robe fleurie de jeune fille et qui traînera tout au long du spectacle trois ballons de baudruche dérisoires), Wotan (vaste manteau de peau d’ours) offrira au petit Siegfried (couronne en papier doré sur sa tête de gentil blondinet) un petit théâtre de marionnettes, ayant pour décor le Rhin et ses flots de carton-pâte. Il lui offrira aussi un petit dragon vert et une épée de bois. Tout cela sur une longue tenue des cordes graves venue du dessous de la scène.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_khpringo_hoehn_025-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190549"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nathan Berg © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un jeu avec les anachronismes et les allusions</strong></h4>
<p>À la fête assiste aussi une petite fille (blonde) de l’âge de Siegfried, Brünnhilde bien sûr, qui elle aussi fouillera dans le coffre à jouets pour en sortir un masque de loup – et on sait que Siegmund dira « Wolfe, der war mein Vater &#8211; Loup était mon père ». On voit que la lecture de <strong>Benedikt von Peter</strong> ne se soucie guère de chronologie et qu’elle ne fait qu’extrapoler cette querelle de famille qu’est <em>L’Or du Rhin</em> hors du temps et de l’espace. Elle joue des anachronismes, des anticipations, des allusions. Des espiègleries aussi. Après tout, ce prologue est aussi une manière d’<em>heroic fantasy</em> avant l’heure.</p>
<p>Wotan, qui au début apparaît comme un<em> Pater familias</em> envahissant et raconteur de contes fantastiques, se révèlera bientôt comme le roublard qu’il est, ne quittant jamais sa bouteille ni sa lance et toujours obsédé sexuel, d’où sa progéniture envahissante ; on le verra même disparaître sous la nappe de la table d’anniversaire en compagnie de trois femmes opulentes en robes à paillettes, dont on comprendra plus tard que ce sont les trois Nornes (du jamais vu, semble-t-il) et il en ressortira le pantalon sur ses chaussures. Admettons.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_gpringo_hoehn_068-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190546"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Wotan entre Siegmund et Fricka © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Cette table toute en longueur sera un vaste plateau à tout faire. Quant au décor, il se réduit à une vaste carcasse de maison sur la gauche, qui sera le Walhalla, et à un arbre énorme à droite, où se balance pour l’heure une Brünnhilde adolescente. Tout au long de <em>Rheingold</em>, cette jeune Brünnhilde sera présente sur le plateau, assistant à tout l’imbroglio avec les Géants, à la bagarre avec Alberich, à son renoncement à l’amour, etc. Elle sera là aussi pour voir apparaître trois sirènes sous la forme de trois grandes marionnettes, soutenues chacune par trois manipulateurs, et un énorme crapaud (là aussi c’est une anticipation, puisque c’est bien plus tard qu’Alberich, grâce à son heaume magique, prendra l’aspect d’un batracien, mais de taille normale…)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_gpringo_hoehn_119-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190547"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Michael Laurenz (Loge) © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un son presque comme à Bayreuth</strong></h4>
<p>La salle du théâtre de Bâle n’a pas de fosse d’orchestre. C’est une salle de théâtre moderne, sans charme particulier, mais sonnant bien. On a donc imaginé de faire presque comme à Bayreuth, c’est-à-dire de mettre l’<strong>Orchestre symphonique de Bâle</strong> sous la scène, et son chef aussi, sans visibilité autre que par un système de vidéo. De même pour les chanteurs qui ne voient <strong>Jonathan Nott</strong> que par le truchement de cinq écrans. Ce n’est pas tout à fait la fosse de Bayreuth, le son arrive notamment par des grilles au milieu de la scène, mais on s’approche de l’effet diffus, fondu, mystérieux, voulu par Wagner, de sorte que soient privilégiés (c’est le cas) le jeu des acteurs et les mots du « poème ».</p>
<p>Acoustiquement l’effet est plus qu’intéressant. La scène des Filles du Rhin (toutes trois remarquables, chacune en longue robe noire sous sa « sirène » de tissu) est magnifique d’animation et de piquant sous la baguette rapide, nerveuse, acérée de Jonathan Nott. On ne perd rien de la richesse de couleur virtuose du début, de l’étagement des sonorités, avec ce son monophonique que désirait Wagner : au lieu de l’effet gauche-droite, horizontal en somme, que donne la fosse d’orchestre, on a ici un effet qu’on dira vertical, c’est-à-dire l’étagement des sonorités, de l’aigu des flûtes jusqu’à la profondeur tellurique des contrebasses et des trombones.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_gpringo_hoehn_056-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190544"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le crapaud-Alberich et les Filles du Rhin © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Cela ne rendra que plus déconcertant d’ailleurs le fait que la voix d’Alberich ne vienne pas de ce crapaud gigantesque, mais de quelque part en haut à gauche ; de même que sera un peu gênant le décalage entre la lenteur des déplacements des sirènes ondulant tout autour de la scène et la prestesse, le foisonnement bigarré, l’élan de la conception sonore de Jonathan Nott.</p>
<p>Point fort de cette production, outre les bifurcations, suggestions, décalages d’une lecture ironique du texte wagnérien : une direction d’acteurs extrêmement serrée. Une approche véritablement théâtrale. La géographie particulière de la salle, l’extrême proximité des chanteurs-acteurs et des spectateurs induit un jeu tout en détails, la moindre mimique d’un Wotan prenant une force&nbsp; et une épaisseur humaine singulière (ces Dieux sont décidément très humains). Et quand le jeu devient hyper-théâtral (celui de Loge, par exemple, puisque c’est l’esprit du rôle), le naturel des enfants suffit à rétablir la balance.</p>
<h4><strong>Un Wotan formidable</strong></h4>
<p>La distribution est dominée par la grande voix de <strong>Nathan Berg</strong>, Wotan formidable, d’une autorité et d’une projection considérables, de surcroît excellent dans la veulerie, la duplicité, la morale chancelante (et la cruauté) du personnage. Non seulement la voix a l’ampleur et la profondeur, mais il manie avec aisance la conversation en musique, phrasant et accentuant avec verve les arguties du bonhomme, dans la longue querelle avec Fricka (<strong>Solenn&rsquo; Lavanant Linke</strong>), qui chante remarquablement, mais dont la stature vocale n’a peut-être pas le côté Cosima du rôle.</p>
<p>(Ici, on ouvrira une parenthèse pour dire que le lendemain, comme on le verra, non seulement Nathan Berg éclairera Wotan de toute autre manière dans la <em>Walkyrie</em>, et enrichira encore le portrait, mais que Solenn&rsquo; Lavanant Linke, dans sa grande plaidoirie furibarde du deuxième acte, y montrera une puissance, une autorité, une implacabilité nouvelles).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/nathan_berg_photo_ingo_hoehn-1024x684-1.jpeg" alt="" class="wp-image-190553"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nathan Berg © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Les deux géants sont étonnants : si Fafner a la corpulence d’un bâtisseur en chemise écossaise, Fasolt est un grand escogriffe en salopette aux longs cheveux filasses, plutôt maigrichon. En revanche <strong>Hubert Kowalczyk</strong> a une grande voix de baryton-basse, aux phrasés remarquables, qui rivalise avec celle, de grand format, de son associé Fafner, <strong>Runi Brattaberg</strong>. Il va sans dire que l’on n’essaie nullement par quelque artifice de les faire apparaître plus grands que la normale.</p>
<h4><strong>Sarcasmes et sournoiserie</strong></h4>
<p>Autre point fort d’une distribution décidément très homogène, le Loge de haut vol de <strong>Michael Laurenz</strong> : coiffure peroxydée, costume beurre frais, il est un parfait rusé, intrigant, sarcastique, hyperactif, âme damnée de roman populaire, sournois et manipulateur. Ses glapissements pour convaincre Wotan de descendre au Nibelung reprendre l’or à Alberich sont particulièrement réjouissants. Ténor de caractère, il chantera dans peu de jours Mime à Vienne. Ici, Mime, excellent lui aussi, c’est <strong>Karl-Heinz Brandt</strong>, et dans les quelques répliques qu’il a en surgissant du Nibelung, avec ses airs de vieil intellectuel craintif et malmené par Alberich, il dessine une silhouette touchante (ce qui fait regretter de ne pas pouvoir être présent pour le premier acte de Siegfried et le voir dans la scène de la forge).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/bb068b56bf1103f496276b3320be95653e5094df_773209228-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190555"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Brünnhilde et les personnages du petit théâtre © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Non moins remarquables, le ténor lyrique clair et très projeté de Froh (<strong>Ronan Caillet</strong>) et le baryton très chaud de Donner (<strong>Michael Borth</strong>) dont les « Héda ! Hédo ! » lors de l’entrée au Walhalla seront retentissants. Très amusante, disons-le au passage, cette entrée solennelle (et un peu grotesque) sur un pont de chaises de cuisine alignées, toute la famille (dysfonctionnelle) des Dieux s’abritant sous des parapluies noirs…<br />Autres idées réjouissantes de cette mise en scène joueuse : la tête de dragon et sa queue (dans une esthétique de dragon chinois) surgissant furtivement du rideau, comme une concession à l’imagerie wagnérienne d’autrefois, ou l’évocation du Nibelheim, Wotan fracassant le plancher de scène à grands coups du marteau de Donner (marteau avec lequel Fafner trucidera Fasolt, première victime de la folie de l’or).<br />Quant à cet or, venu d’un Nibelheim qui restera souterrain, ce sera un amoncellement de plats, de ciboires, de moules à gâteaux, de candélabres, dont on recouvrira le corps de la pauvre Freia en échange de sa liberté…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_gpringo_hoehn_149-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190548"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La vaisselle d&rsquo;or © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Au total, c’est une grande réussite que de concilier le côté théâtre contemporain, volontairement un peu <em>cheap</em> et au second degré, et par exemple l’amertume sublime, la défaite humiliée d’Alberich, dont <strong>Andrew Murphy</strong>, qui n’a peut-être pas toute la noirceur qu’il faudrait pour le personnage, mais qui a la qualité d’avoir une voix proche de celle de Wotan, fait bien ressortir, derrière la cupidité et le désir de pouvoir (et surtout d’éternité) l’humanité profonde.</p>
<p>Non moins touchante, l’apparition fragile, dans d’étranges oripeaux, de Erda, incarnée par <strong>Hanna Schwarz</strong>, dont la voix n’a rien perdu de son pouvoir d&rsquo;émotion, elle qui fut la Fricka de Chéreau, il y a cinquante ans…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bale/">WAGNER, Das Rheingold &#8211; Bâle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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