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	<title>Irina STOPINA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Thu, 12 Jun 2025 20:48:44 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Irina STOPINA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Aida – Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-metz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra-Théâtre de Metz, inauguré en 1752 et remanié à l’intérieur au cours du Second Empire, est le plus ancien édifice de ce type encore en activité en France. Il est néanmoins actuellement fermé pour des travaux de réhabilitation et de modernisation qui vont durer deux ans et demi. Pour autant, les représentations ne cesseront pas &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra-Théâtre de Metz, inauguré en 1752 et remanié à l’intérieur au cours du Second Empire, est le plus ancien édifice de ce type encore en activité en France. Il est néanmoins actuellement fermé pour des travaux de réhabilitation et de modernisation qui vont durer deux ans et demi. Pour autant, les représentations ne cesseront pas et les différents lieux de spectacle de la ville vont être investis au cours des années à venir. Puisqu’il faut s’installer ailleurs, le directeur <strong>Paul-Émile Fourny</strong> n’a pas eu froid aux yeux et s’est lancé dans un projet pour le moins pharaonique : donner <em>Aida</em> dans le stade de la ville, au bord de la Moselle. Une première messine, dont l’idée avait germé il y a plusieurs années déjà, grâce aux discussions avec Bernard Serin, président du FC Metz (et grand amateur d’art lyrique). Il se trouve que le stade connaît une période creuse, au début du mois de juin. Notre sémillant directeur et metteur en scène décide alors de monter un spectacle hors-les-murs pour une seule représentation, pari éminemment hasardeux. Car le dispositif est énorme : plus de 400 personnes impliquées et une scène de soixante mètres de long pour une vingtaine de mètres de large dressée au milieu du stade, en face de la Tribune Sud prête à accueillir 8000 spectateurs, à condition que la météo soit clémente. Las, les jours qui précèdent sont pluvieux et plutôt frisquets. À tel point que les pré-générale et générale sont rapidement perturbées par des trombes d’eau, obligeant les équipes à répéter à l’intérieur. Le jour J, il pleut toujours et la décision est prise de dresser une tente-barnum pour protéger l’orchestre du froid et de l’humidité. Heureusement, la pluie cesse peu avant le spectacle pour épargner la ville durant toute la durée de l’opéra. Il fallait oser prendre de tels risques… Mais, comme le rappelle Paul-Émile Fourny, il s’agissait de proposer à un vaste public un univers qu’il découvrait peut-être pour la première fois, qui était en quelque sorte le cinéma du XIX<sup>e</sup> siècle, par le biais d’une politique tarifaire des plus accessibles. C’était donc quitte ou double mais il aurait fallu dix levers de rideaux dans le théâtre pour accueillir autant de monde. Et qui sait ? Un dispositif de dais de secours comme ceux prévus au Stade de France pour <em>Aida </em>auraient pu couvrir une partie de la scène au dernier moment pour maintenir le spectacle ; on ne le saura pas.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GIS0586-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-192344"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Philippe Gisselbrecht &#8211; Opéra-Théâtre de l&rsquo;Eurométropole de Metz</sup></figcaption></figure>


<p>Le metteur en scène avait déjà monté cet opéra par trois fois, y compris aux <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-orange-en-attendant-de-reinventer-les-choregies/">Chorégies d’Orange</a> dont on retrouve un certain nombre d’éléments de décor. Installés sur des blocs de marbre noirs qui se déplacent comme autant de pièces d’un échiquier imaginaire, les Anubis, obélisque et autres pylônes ou buste de Toutankhamon suffisent à animer le vaste dispositif scénique, entre carton-pâte hollywoodien et péplum futuriste. Comme toujours, Paul-Émile Fourny sait disposer harmonieusement des effectifs imposants. Un écran Led et des projections illustratives achèvent de rendre le spectacle tout à fait cohérent et séduisant. Las. Du haut des tribunes, le son est plus que saturé, rendant absolument pénible toutes les superpositions de voix, l’oreille étant contrainte de faire en quelque sorte son propre mixage, opération évidemment impossible. On se met à souffrir beaucoup, d’autant que l’autoroute voisine est sonore, des portes claquent et des gens hurlent quelques rangées plus loin. Où se croient-ils, dans un stade&nbsp;?, se dit-on, avant de se souvenir que… De la bouillasse qui arrive jusqu’à nous, il est presque impossible de se faire la moindre idée sur la qualité des chanteurs ou de l’orchestre. À la pause, on retrouve des camarades tout sourires, ravis de ce qu’ils sont en train de vivre. Pour la seconde partie, nous décidons de descendre de quelques rangs pour se mettre près d’eux. Riche idée, car le contraste est extraordinaire&nbsp;: plus de perturbations sonores liées à des portes ou à l’autoroute, un son amplifié très audible et des voix enfin attrayantes. De plus, la nuit vient de tomber, et l’acte du Nil se voit magnifié par des effets de lumières d’un bleu aux nuances mouvantes de lapis-lazuli suggérant le mythique et majestueux fleuve. Le confort d’écoute et la qualité des lumières de <strong>Patrick Méeüs</strong> nous plongent enfin dans l’univers de Verdi et l’on se laisse glisser le long d’un Nil merveilleusement intemporel d’une intense poésie. Le reste de l’opéra passe en un éclair et l’on comprend mieux les applaudissements de la foule manifestement conquise.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GIS0812-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-192345"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Philippe Gisselbrecht &#8211; Opéra-Théâtre de l&rsquo;Eurométropole de Metz</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Elena O’Connor</strong> est une Aida au timbre puissant et expressif, avec un vibrato contrôlé qui, effet de sonorisation mis à part, ne manque pas d’anoblir et humaniser davantage encore le rôle. La belle soprano américaine faisait déjà partie de la distribution d’Orange, tout comme <strong>Marcelo Alvarez</strong>. Le ténor argentin est en bonne forme ce soir, déversant des torrents d’énergie, sûr de son métier et manifestement en adéquation avec son personnage. Les pianissimi de la dernière partie sont à se pâmer. <strong>Emanuela Pascu</strong> est une merveilleuse Amneris, dont le mezzo profond et grave confère une noblesse indéniable à une âme tourmentée par des affres de jalousie très palpables. Ses «&nbsp;Pace&nbsp;» résonnent longtemps dans un stade sous le charme. Le baryton <strong>Massimo Cavalletti</strong> impressionne par la sensation de violence contenue et la richesse du timbre qu’il déploie. La basse <strong>Mischa Schelomianski</strong> est un Ramfis de toute beauté, aux graves enveloppants et puissants. Les autres interprètes sont tout autant à la hauteur. Le Chœur de l’Opéra national de Lorraine renforce avantageusement le chœur de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz pour un résultat qui s’apprécie moins sur le plan sonore que dans ses effets de masse. On aurait aimé, vraiment, entendre les deux formations dans un théâtre, sans sonorisation. Loin des yeux des spectateurs, conditions météo obligent, les musiciens de l’Orchestre National de Metz Grand Est donnent leur meilleur étant donné le contexte, efficacement menés par la baguette de <strong>Paolo Arrivabeni</strong>, qui sert avec finesse et précision la partition de Verdi. En définitive, c’est une belle réussite à laquelle nous avons assistée, qui devrait logiquement pousser quelques-uns des 8000 spectateurs à se décider à renouveler l’expérience et franchir le seuil d’un opéra pour retrouver la magie de ce spectacle digne d’un Vérone en plein cœur de la Lorraine. C’était pile ou face, mais la chance sourit aux audacieux.</p>


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		<title>DVORAK, Rusalka &#8211; Bordeaux</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dvorak-rusalka-bordeaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Nov 2023 07:08:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rusalka est entré tard au répertoire des théâtres français (1982 à Marseille) ; il a fallu attendre cette saison pour que le Grand Théâtre de Bordeaux fasse à l’ondine mystérieuse les honneurs de ses lustres. C’est donc chose faite avec cette co-production (Marseille, Nice, Avignon, Toulon) due à Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeil, et déjà &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Rusalka est entré tard au répertoire des théâtres français (1982 à Marseille) ; il a fallu attendre cette saison pour que le Grand Théâtre de Bordeaux fasse à l’ondine mystérieuse les honneurs de ses lustres. C’est donc chose faite avec cette co-production (Marseille, Nice, Avignon, Toulon) due à <strong>Jean-Philippe Clarac</strong> et <strong>Olivier Deloeil</strong>, et déjà chroniquée <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dvorak-rusalka-avignon/">en Avignon</a>. Le prérequis indispensable pour apprécier ce spectacle consiste à faire son deuil de toute la poésie du conte qui en est à l’origine. Jaroslav Kvapil, jeune écrivain tchèque et futur directeur du Théâtre National à Prague avait écrit un texte, que Dvořák allait reprendre quasiment tel quel, à l’occasion d’un de ses voyages à l’île de Bornholm, au pays d’Andersen. Les contes quelque peu fantastiques d’Erben et de Božena Němková avaient fortement impressionné le jeune poète qui eut l’idée de cette ondine Rusalka qui rêve de découvrir l’amour des hommes.</p>
<p>Mais ici, point de lac mystérieux, de sorcière, de bois enchantés, de princesse étrangère, d’esprit des eaux. A la place un fond de piscine vidée de son eau, les gradins pour les spectateurs, des nageuses de natation synchronisée, dont l’héroïne elle-même, l’entraîneur bourru (Vodnik en l’occurrence) qui tient plus de Michel Polnareff ou de Philippe Lucas (l’entraîneur de Laure Manaudou) que de l’esprit des eaux, et enfin une femme de ménage en guise de sorcière. Le tout assorti de projections vidéos constantes qui illustrent le propos (parfois lourdement comme à l’entame du deuxième acte où nos jeunes nageuses sont filmées se préparant à entrer dans l’eau et expliquant  en voix enregistrées combien il leur pèse de devoir se faire belles avant chaque compétition).</p>
<p>Dit comme ça, il n’est pas sûr que cela donne envie, et pourtant ! Une fois fait abstraction de l’histoire originelle et si l’on accepte d’entrer dans celle, parallèle en quelque sorte, voulue par les deux metteurs en scène, on découvre un projet intéressant et plutôt dans l’air du temps, consistant à dévoiler les dessous des sports de haute compétition et particulièrement pour les jeunes femmes. La compétition, le devoir de perfection, l’injonction à la féminité, la violence, l’influence, l’emprise (le Prince ici est le propriétaire du club et va quasiment violer Rusalka sur le bord du bassin), autant de travers savamment mis en scène dans une histoire qui se tient d’un bout à l’autre. En voici un rapide digest : Rusalka veut quitter le milieu d’ultra compétition ; amoureuse du propriétaire du club, elle se fait conseiller par la femme de ménage (Ježibaba), donne rendez-vous au jeune homme au bord de la piscine mais se fait violenter par lui. Celui-ci la délaisse très vite pour la princesse étrangère qui le quitte tout aussi rapidement. Voulant séduire à nouveau Rusalka (acte III), il se fait harponner (!) par celle-ci et meurt peu glorieusement.</p>
<p>Les décors ultra réalistes des metteurs en scène (on est loin de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rusalka-toulouse-lopera-cest-dabord-la-negation-du-reel/">l’univers fantastique de Stefano Poda</a>) sont très habilement utilisés et servent un jeu d’acteurs probant et, au final, contribuent à une démonstration efficace et finalement convaincante du propos.</p>
<h6><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rusalka_ONB2023_©EricBouloumie-06112023-1215-1294x600.jpg" alt="" width="738" height="342" />                                                                                  © Eric Bouloumié</h6>
<p style="text-align: left;">On retrouve l’orchestre National de Bordeaux Aquitaine dans une belle forme. Le chef vénézuélien <strong>Domingo Hindoyan</strong> s’implique avec énergie, écoute ses chanteurs. On apprécie la diversité de l’orchestre de Dvorak et particulièrement des bois élégants. La poésie qui manque sur scène resplendit dans la fosse et c’est tellement appréciable.</p>
<p>Le quintette vocal est dans l’ensemble de bonne tenue, avec des nuances à apporter. La soprano arménienne <strong>Ani Yorentz Sargsyan</strong> remplace Critina Pasaroiu, initialement programmée dans le rôle-titre. La grande instabilité de sa voix rend le jugement délicat. Son entrée fait craindre une puissance insuffisante et il s’avèrera que c’est le bas de la gamme qui pèche. La reprise (<em>piano</em>) de la prière à la lune est presque détimbrée et l’entame du III trop peu chantée. En revanche les <em>forte</em> sont aisés, clairs et le timbre possède de jolis reflets. La technique est donc encore perfectible ; louons en revanche la présence sur scène et un jeu convaincant. Le Prince est tenu par le ténor croate <strong>Tomislav Mužek</strong> et c’est une belle découverte ; le ténor est clair, lumineux parfois, la descente vers les graves plus incertaine et la projection convient dans une salle aux dimensions limitées comme celle de Bordeaux. La Princesse étrangère fait figure également de belle surprise. <strong>Irina Stopina</strong> recueillera des applaudissements enthousiastes et mérités. Son entrée au II est particulièrement réussie et spectaculaire, lorsqu’elle parvient à surmonter les flots de l’orchestre. Elle joue magnifiquement les femmes fatales…curieusement affublée d’un bonnet de natation qui sied très peu avec les deux robes de soirées qui la mettent particulièrement en valeur. Vodnik-Polnareff-Lucas est le Polonais <strong>Wojtek Smitek</strong> qui réussit à nous émouvoir dans son « Běda ! Běda ! » au II. La basse est fournie et solide. Enfin il faut saluer la Ježibaba de <strong>Cornelia Oncioiu</strong> qui, en guise de sorcière, campe une femme de ménage énergique et à la voix bien placée. Il est important de noter que les seconds rôles n’ont pas été négligés. Il n’y a à dire que du bien de l’engagement et de l’authenticité de <strong>Mathilde</strong> <strong>Lemaire</strong>, <strong>Julie</strong> <strong>Goussot</strong> et <strong>Valentine</strong> <strong>Lemercier</strong> (les trois nymphes) ainsi que de <strong>Clémence</strong> <strong>Poussin</strong> et <strong>Fabrice Alibert</strong>, respectivement cuistot et chasseur. Un coup de chapeau également aux chœurs qui réalisent, sous la direction de <strong>Salvatore Caputo</strong>, justement salué, un sans-faute dans une langue peu habituelle.</p>
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		<title>DVORAK, Rusalka -Avignon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dvorak-rusalka-avignon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Oct 2023 07:14:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Le corps d’un homme décédé après avoir été frappé au thorax par un harpon a été retrouvé dans le grand bassin de la piscine d’Avignon. Les témoignages abondent affirmant que la victime y aurait commis un viol avec violences peu de temps auparavant. Une enquête est en cours.&#160;» Ainsi aurait pu commencer la note d’intention &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;Le corps d’un homme décédé après avoir été frappé au thorax par un harpon a été retrouvé dans le grand bassin de la piscine d’Avignon. Les témoignages abondent affirmant que la victime y aurait commis un viol avec violences peu de temps auparavant. Une enquête est en cours.&nbsp;»</p>
<p>Ainsi aurait pu commencer la note d’intention des metteurs en scène. Faisant fi de l’essence du conte – intitulé délibérément choisi par le compositeur et son librettiste – ils en réduisent la portée en le confinant dans une piscine, et, accessoirement, « aux berges boueuses d’un étang du Médoc » (sic.), projetées. Pourquoi refuser l’évidence, la féérie, le conte ? L’opposition entre deux mondes, celui de Rusalka, Vodnik et Jezibaba, et celui des humains, leur incommunicabilité, est ainsi gommée au profit d’une histoire incroyable, prosaïque, triviale que les réalisateurs appellent « une invitation à tester le présent ». Le contraste visuel et sonore entre les actes, entre l’univers des profondeurs et le monde des conventions humaines, entre la nature, à laquelle appartient Rusalka et le factice construit par et pour l’homme, ce contraste est évacué. Les didascalies projetées ont été expurgées des notations ancrant l’histoire dans un univers fantastique (ainsi, la confection des philtres par Jezibaba). Les sonneries de la chasse dans le cadre de la piscine où le prince cherche la blanche biche accusent ainsi cruellement les contradictions d’une transposition arbitraire. A la poésie, à la fraîcheur, au mystère, on a préféré l’hyperréalisme teinté d’une modernité en toc, dont les références sont vaines. La scène du viol de Rusalka s’imposait-elle, à moins que #Metoo soit passé par là, avec la dénonciation des perversions du milieu de la natation ? La narration n’y gagne rien. Nous touchons le fond. Prosaïsme, vacuité de la démarche, rejet systématique du contexte du livret et de la musique. Le ballet, en toute logique est confié à l’équipe de natation synchronisée, filmée dans la piscine de la Cité des papes.</p>
<p>La direction d’acteur est quasi inexistante, à moins que les gesticulations nautiques en tiennent lieu. Même la seule scène souriante, où le marmiton couard et le garde forestier vont intercéder auprès de Jezibaba, demeure scéniquement banale, le chant seul véhiculant les oppositions. Difficile d’adhérer à telle ou telle situation, de s’identifier à un personnage tant l’artifice prévaut, déjanté sans humour (le bassin gonflable rouge, la baignoire verte où Rusalka se réfugie), ou hors de propos, cassant le climat attendu (précédé d’une vidéo en gros plan, le Prince en costume, les yeux bandés, le ventre et la queue d’un poisson sortant de sa bouche…).</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/384233117_6391499640959628_4324311373317421738_n-1294x600.jpg">© DR</pre>
<p>L’opéra est le miroir de nos questionnements, de nos joies comme de nos angoisses, de nos fantasmes, mais il est tout autant évasion du quotidien pour le domaine de la magie, de l’ailleurs, du passé comme de l’au-delà, particulièrement avec des ouvrages dont c’est l’essence. Le Lab, <strong>Clarac</strong> et <strong>Deloeuil</strong> nous ont habitué à des approches renouvelées des livrets, qui les conduisent à des actualisations le plus souvent intelligentes, fouillées, ambitieuses, voire virtuoses. Entre autres, on se souvient de la trilogie Mozart.Da Ponte à la Monnaie, du <em>Trouvère</em> et de <em>Serse</em> à Rouen. Leur professionnalisme n’est pas en cause. L’habileté à combiner un plateau ingénieusement agencé à des projections sur le voile d’avant-scène, assorties d’autres sur une des parois du décor, de mêler ainsi la vie quotidienne d’une équipe de six jeunes filles pratiquant la natation synchronisée à l’action de l’œuvre de Dvořák&nbsp;est indéniable, même si l’insertion de voix, de bruitages, dérange plus qu’elle explicite. Là où le bât blesse, c’est l’écran opaque imposé à chacun, entre l’action à laquelle invitent le livret et la musique et une traduction dramatique dévoyée, pénible à supporter. Seules les voix et l’orchestre portent l’émotion.</p>
<p>Pour cette <em>Rusalka </em>qui sent l’eau de Javel, une belle distribution a été rassemblée. Nous découvrons <strong>Ani Yorentz Sargsyan</strong>, chanteuse arménienne dont la carrière se déroule hors de France. C’est une très grande voix, charnue, colorée, égale, dont l’expression ira s’épanouissant au fil de l’action. L’Ode à la lune, évidemment attendue, pêche un peu par un orchestre quelconque, dépourvu de délicatesse. Malgré les postures imposées dans ce cadre singulier, le &nbsp;chant est habité, à la ligne admirable, l&rsquo;émotion au rendez-vous. Dommage qu’il faille fermer les yeux pour croire à son ultime duo avec le Prince. Familier de ce répertoire, <strong>Misha Didyk</strong> incarne ce dernier, &nbsp;inconstant, jouisseur. S’il n’est plus un jeune premier, la voix demeure crédible, barytonnante, parfois engorgée et couverte (fin du I). Il convainc davantage au dernier acte, même si la séduction reste de surface. <strong>Irina Stopina </strong>chantait déjà la Princesse étrangère la saison dernière à Metz. La voix est somptueuse, vénéneuse, pour un personnage tout sauf sympathique<strong>. </strong>Le Vodnik de&nbsp;<strong>Wojtek Smilek</strong> a l’émission sonore, aux graves assurés, avec un grain traduisant son âge. Il nous bouleverse au dernier acte, père tendre et douloureux. Alors que le personnage interroge, fantastique et complexe, à la fois Ulrica et Minerve, l&rsquo;étrangeté fabuleuse de Jezibaba est réduite à son expression vocale : elle est agent d’entretien de la piscine. <strong>Cornelia Oncioiu </strong>vaut pour une voix solide, profonde, chaleureuse, convaincante, d’une large tessiture. Chacune de ses interventions est un bonheur si on en oublie le contexte. Les nymphes infantiles, espiègles, et leurs jeux, mêlés à ceux des nageuses de natation synchronisée, sont peu crédibles, dès leurs taquineries de Vodnik. Et c’est fort regrettable, car les interventions vocales sont admirables, particulièrement au dernier acte. <strong>Mathilde Lemaire, Marie Kalinine, Marie Karall</strong>, chacune nous ravit avec ses couleurs propres et leur trio, homogène, n’appelle que des éloges. <strong>Clémence Poussin</strong> campe un marmiton honorable. <strong>Fabrice Alibert </strong>a chanté le rôle du garde forestier au Capitole et s’investit pleinement dans cet emploi correspondant idéalement à sa voix.</p>
<p><strong>&nbsp;</strong>La partition fait de l’orchestre un acteur essentiel. Elle nous vaut des pages somptueuses comme intimes, chambristes, du meilleur Dvořák. <strong>Benjamin Pionnier</strong> a beaucoup dirigé dans l‘Est européen et apprécie ce répertoire. Sous sa baguette, l’orchestre national Avignon-Provence fait preuve de belles qualités, tant stylistiques que techniques. Le premier acte n’était pas dépourvu d’imperfections (imprécision, justesse des vents) mais permettait aux bois de belles textures avec des cordes soyeuses, dès avant que Jezibaba confectionne ses philtres. La magie, fluide, transparente, est venue progressivement pour un finale enflammé du II. Les accents, le caractère passionné et dramatique du dernier acte sont traduits avec bonheur par une formation engagée, qui joue alors pleinement le jeu. Les chœurs, dont la participation est réduite, comme l’effectif, sont confiés à ceux d’Avignon et de Toulon, desservis par une mise en scène qui fait ainsi accomplir aux chanteurs des mouvements de natation hors de propos, notamment sur les gradins…</p>
<p>Il y a fort à parier que l’essentiel du public découvrait <em>Rusalka</em>. Méconnaissance, inculture, absence de références&nbsp;? Les interprètes sont chaleureusement applaudis, s’amorce même une standing ovation. L’apparition des réalisateurs n’en altère pas l’intensité. &nbsp;On s’interroge sur les raisons de l’adhésion à un tel projet de quatre maisons d’opéra (Avignon, Toulon, Marseille, Nice) qui nous ont habitué à des choix moins discutables (*).</p>
<pre>(*) En comparaison, les dernières productions hexagonales de l’ouvrage, signées Nicola Raab (Strasbourg, 2019), Stefano Poda (Toulouse, 2022) et Paul-Emile Fourny (Metz, 2023), apparaissent comme exemplaires, chacune excellant à entrainer le spectateur dans l’univers magique et tragique du conte.</pre>
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		<title>DVORÁK, Rusalka &#8211; Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dvorak-rusalka-metz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Jun 2023 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour la première production du chef-d’œuvre de Dvořák à l’Opéra-Théâtre de l’Eurometropole de Metz, Paul-Emile Fourny, directeur in loco, a mis la main à la pâte et signe la mise en scène qui voyagera à Reims et à Massy. De facture classique voire littérale, elle souligne les ambiances aquatiques du livret par l’usage de vidéos &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left">Pour la première production du chef-d’œuvre de Dvořák à l’Opéra-Théâtre de l’Eurometropole de Metz, <strong>Paul-Emile Fourny</strong>, directeur i<em>n loco</em>, a mis la main à la pâte et signe la mise en scène qui voyagera à Reims et à Massy. De facture classique voire littérale, elle souligne les ambiances aquatiques du livret par l’usage de vidéos et trouve des rappels visuels dans l’esthétique Art nouveau, attachée à la République tchèque mais aussi aux villes de l’Est de la France. Etonnamment, c’est le casino de Costanta – ville balnéaire roumaine au bord de la mer noire – tout en volumes et en courbes qui est retenu comme Palais du Prince et horizon fantasmatique de l’ondine. Les costumes et perruques sont particulières soignés pour rehausser les ambiances magiques et princières. Dommage que la direction d’acteur se cantonne au conventionnel pour les personnages principaux, osant quelques traits d’humour ou d’ambiance pour les figurants : le page de la Princesse étrangère qui la suit comme son ombre pour lui enlever ou lui remettre son étole se révèle un choix très pertinent par exemple. </p>
<p>En fosse, l’Orchestre national de Metz Grand Est déploie des couleurs intéressantes sous la baguette de <strong>Kaspar Zehnder</strong>. Harpe et bois en tête, la toile du conte musical prend vie et la scansion dramatique n’accuse aucun temps mort, tout en soignant le confort du plateau gageant d’une préparation rigoureuse et du très bon niveau de l’orchestre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/230530N764-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-133118" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Luc Bertau &#8211; Opéra-Théâtre Eurométropole de Metz</sup></figcaption></figure>


<p>Surtout, le plateau vocal réuni s’avère tout à fait satisfaisant. En premier lieu, les chœurs brillent par leur homogénéité et leur présence scénique dans les scènes de bal du deuxième acte. Dans les seconds rôles, se distinguent en particulier le Garçon de Cuisine de <strong>Lamia Beuque</strong> et le garde-chasse de <strong>Matthieu Lécroart</strong> dans leur deux scène bouffes, parfaites respirations dans la touffeur du drame. Les trois Naïades remplissent leur office avec une belle complémentarité de timbres. <strong>Irina Stopina</strong> (la Princesse étrangère) dispose de toutes les ressources nécessaires pour rendre justice au personnage. Elle l’incarne de manière hautaine, comme le lui demande la mise en scène, aux dépens d’accents plus tendres dans les palabres amoureux ou cruels quand il s’agit de crucifier ou Rusalka, ou le Prince. La Jezibaba d’<strong>Emanuela Pascu</strong>, irréprochable vocalement elle aussi, souffre d’un même axe interprétatif unique. La sorcière, terrifiante dans le livret, se perd un peu dans les quelques gags qu’on lui demande. Marmoréen, <strong>Insung Sim</strong> propose un Vodnik royal dans le port et le chant. Enfin, le couple principal convainc tout à fait. <strong>Milen Bozhkov</strong> incarne avec brio un prince fougueux à l’acte I, tour à tour vulgaire et cajolant au II et pathétique au III. Son endurance et son aisance à l’aigu rendent son premier acte enthousiasmant. En prise de rôle, <strong>Yana Kleyn</strong>, offre un portrait déjà complet de l’ondine dont elle maitrise toutes les exigences vocales. Si son vibrato serré à l’aigu la handicape à l’occasion – sa prière à la Lune en pâtit malgré une ligne et un phrasé élégants – elle s’en sert régulièrement pour appuyer les passages les plus dramatiques du rôle.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dvorak-rusalka-metz/">DVORÁK, Rusalka &#8211; Metz</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>OFFENBACH, La Vie parisienne — Massy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-vie-parisienne-massy-quand-le-cancan-fait-revivre-offenbach/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anne Heijboer]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Jan 2020 05:58:52 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hier soir, le cancan était à l’honneur à l’opéra de Massy. Pour leur premier opéra de l’année 2020, la maison massicoise donnait l’opéra-bouffe de Jacques Offenbach La Vie parisienne. Créée à Paris le 31 octobre 1866, cette œuvre a connu un succès retentissant, ayant bénéficié des milliers de touristes venus admirer l’Exposition universelle dans la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hier soir, le cancan était à l’honneur à l’opéra de Massy. Pour leur premier opéra de l’année 2020, la maison massicoise donnait l’opéra-bouffe de Jacques Offenbach <em>La Vie parisienne. </em>Créée à Paris le 31 octobre 1866, cette œuvre a connu un succès retentissant, ayant bénéficié des milliers de touristes venus admirer l’Exposition universelle dans la capitale. Ces touristes, étrangers et provinciaux, n’avaient qu’à se rendre au Théâtre du Palais Royal afin d’y voir cette mise en abime de leur propre expérience. A la fois ode à la capitale et satire du tourisme de masse, <em>La Vie Parisienne</em> met en scène non pas une énième aventure des Dieux de l’Olympe, mais plutôt celle de gens ordinaires, issus de classes sociales variées et évoluant le temps de cinq actes dans un univers commun.</p>
<p>Qui dit vie parisienne, dit soirée parisienne. Et sous le Second Empire, une « soirée parisienne » rime avec la fête et ses excès et, bien sûr, le cancan. Et quoi de mieux pour immerger le spectateur dans cet univers que de confier les chorégraphies à une spécialiste de ce style : l’ancienne soliste du Moulin Rouge et auteur de <em>L’Incroyable histoire du Cancan </em>(2014) <strong>Nadège Maruta</strong> ? Si la préparation des danseurs a été laissée aux soins de <strong>Laurence Bolsigner-May</strong>, il faut saluer ici la performance des danseurs du ballet de <a href="https://www.forumopera.com/la-vie-parisienne-metz-le-champagne-la-fete-et-la-fievre">l’Opéra Théâtre de Metz Métropole</a> qui ont livré une réalisation impeccable de cette chorégraphie imaginée par Nadège Maruta.</p>
<p>Mais le Paris recréé par <strong>Jérôme Savary</strong> (mise en scène) ne se limite pas à la danse. Chaque costume (<strong>Michel Dussarat</strong>), chaque décor (<strong>Michel Lebois</strong>), chaque lumière (<strong>Patrice Willaume</strong>), chaque accessoire est méticuleusement choisi pour former un tout convainquant et permettre au spectateur d’être témoin de « [ces] bêtises, [ces] sottises, [ces] potins et [ces] caques dont abonde le grand monde [et sont] bien connus des valets » (Prosper, acte III). Empruntant les codes du <em>musical</em> et de la <em>revue</em>, Jérôme Savary fait le pari du tout-spectacle en mettant en scène les entractes, mais aussi les sorties de plateau à la fin des ensembles durant lesquelles les ritournelles musicales sont reprises par l’orchestre, le chœur et les solistes.<br />
	Hommage à Paris, à son art de la fête et à son côté cosmopolite, on peut cependant regretter que la « folie » des Parisiens et des Parisiennes rime automatiquement avec luxure. Certes, la débauche dans cette société du Second Empire était une réalité, débauche qu’Offenbach a choisi de mettre en lumière dans son opéra, certes le cancan a longtemps été associé aux « salons » privés où les courtisanes rencontraient les « hommes » du grand monde ; mais l’accentuation systématique de ce dévergondage par des gestes ou des costumes « légers » occulte une partie du message de Meilhac, Halévy et Offenbach : que le dogme moraliste et rigoureux de cette société entraîne une inévitable solitude affective.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/0078_dsb1858_vie_parisienne_pre_generale_technical_spirit_christian_bremont.jpg?itok=EnYLz2uR" title="© Christian Brémont - Opéra-Théâtre de Metz Métropole" width="468" /><br />
	© Christian Brémont &#8211; Opéra-Théâtre de Metz Métropole</p>
<p>Mais cette abondance d’allusions sexuelles n’empêche cependant pas d’apprécier la très bonne direction acteur de <strong>Frédérique Lombart</strong> (reprise de la mise en scène). Le parti pris est celui de la malice. C’est une farce, et dans les farces, la répétition, la suggestion, les mimiques, les doubles sens sont de rigueur.<br />
	Sorte de contrepoint à la facétie bienveillante, mais mordante d’Offenbach, les références à notre temps sont multiples. Dès le début du premier acte, le « chœur des voyageurs » transformés pour l’occasion en « chœur des grévistes » fait sourire. Plus tard, Jérôme Savary fait dire à Bobinet que dans « un siècle, ils (les travailleurs) ne voudront travailler que 35 heures ». Et encore plus près des Massicois quand un personnage vient souffler au public entre l’acte IV et l’acte V « pourquoi boire du champagne ? Et bien parce qu’à Massy, on aime Palaiseau ». Les références musicales sont elles aussi au rendez-vous, quand l’arrivée de Gardefeu à l’Hôtel est accompagnée par la marche funèbre de Chopin, car il est épuisé d’avoir porté les 44 valises de madame la Baronne. Ou bien quand Louise lance au baron « déshabillez-moi » et dont la mélodie n’est pas sans rappeler la chanson de Juliette Gréco.</p>
<p>Si la performance théâtrale a été globalement de bonne qualité, la réalisation musicale n’a quant à elle pas été aussi soignée.<br />
	Chez les femmes, c’est la soprano <strong>Capucine Daumas</strong> qui a su s’approprier le mieux la partition d’Offenbach. En effet, en plus d’incarner avec justesse la gantière Gabrielle et d’être convaincante en Veuve du colonel, la chanteuse passe aisément des aigus aux graves (« Autrefois plus d’un amant, tendre et galant », acte II), exécute avec une facilité déconcertante les vocalises de la Veuve, le tout sans se départir du côté coquin et impertinent de son personnage, allant même jusqu’à venir secouer ses gants sous le nez d’hommes du public assis au premier rang. Les prestations de <strong>Sylvie Bichebois</strong> (Baronne), <strong>Irina Stopina</strong> (Métella), <strong>Nina Savary</strong> (Pauline) et <strong>Marie-Emeraude Alcime</strong> (Madame de Quimper-Karadec) souffrent toutes du même écueil : ces chanteuses, pour certaines aguerries, ont choisi de mettre au premier plan la comédie quitte parfois à oublier les exigences de la réalisation musicale. L’incarnation de personnages stéréotypés s’est trop souvent faite au détriment d’une diction correcte, d’une bonne respiration ou d’une projection suffisante de la voix. Vouloir en toute circonstance rester dans son personnage est une démarche louable, mais pas quand elle se fait aux dépens de l’interprétation musicale.<br />
	Chez les hommes, le constat est tout autre. <strong>Carl Ghazarossian</strong> campe un Gardefeu manipulateur. Son timbre sombre s’allie magnifiquement bien avec celui de son acolyte <strong>Rémy Mathieu</strong> (Bobinet). Si l’alchimie avec son « partner in crime » est notable, c’est avec l’interprétation de son air « Elles sont tristes les marquises » (acte I) que ce dernier dévoile son timbre clair et sa bonne maîtrise technique.<br />
	A contrario, l’interprétation de <strong>Scott Emerson</strong> (le Brésilien) est restée trop imparfaite. Sa mauvaise diction conjuguée à une interprétation lourde dans laquelle toutes les notes étaient accentuées ont rendu difficile d’adhérer à sa proposition d’un Brésilien coureur de jupons (« Je suis brésilien, j’ai de l’or », acte I).<br />
	Interprétant une multitude de personnages, <strong>Frédéric Longbois</strong> a été le véritable artisan de la farce. Tour à tour serviteur, maître d’hôtel, Major, prêtre, travesti, le chanteur a changé de costumes comme de chemise (nous en avons compté au moins 7 différents) et doté chacun de ses personnages de ses propres gestes, de ses propres mimiques, de ses intonations et de son caractère. La réalisation vocale de ce caméléon théâtral, drôle et parfait camarade de scène, a, elle aussi, été réussie. Son vibrato serré, sa bonne diction et sa belle puissance vocale ont livré de beaux moments musicaux (« Les bêtises, les sottises » acte III).<br />
	Quant à <strong>Laurent Montel</strong>, il est l’autre révélation musicale et théâtrale de la soirée. Difficile à l’ère de « me too » de camper un personnage obsédé chantant fièrement « je veux m’en fourrer jusque-là » (acte II). Non seulement le chanteur le fait avec conviction, mais en plus s’ajoute une difficulté supplémentaire : celle de ne jamais se départir de son accent (plus germanique que suédois), qu’il parle ou qu’il chante.</p>
<p>La légèreté était au rendez-vous hier soir à Massy, mais aussi le spectacle. Les danses, les costumes, les décors, le jeu scénique : tout a été conçu dans le but de créer un magnifique divertissement. Mais on peut regretter que la musique n’ait pas bénéficié du même soin que la comédie. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit là d’un opéra-bouffe…</p>
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		<title>OFFENBACH, La Vie parisienne — Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-vie-parisienne-metz-le-champagne-la-fete-et-la-fievre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Dec 2019 17:02:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La condescendance de certaines salles lyriques à l’endroit des œuvres légères connaît une parenthèse en ces fins d’année. L’Opéra-Théâtre de Metz Métropole a toujours fait une large place au divertissement, et nous offre un classique du genre, La Vie parisienne, dans la remarquable mise en scène de Jérôme Savary. Disparu en 2013, il avait placé &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La condescendance de certaines salles lyriques à l’endroit des œuvres légères connaît une parenthèse en ces fins d’année. L’Opéra-Théâtre de Metz Métropole a toujours fait une large place au divertissement, et nous offre un classique du genre, <em>La Vie parisienne</em>, dans la remarquable mise en scène de <strong>Jérôme Savary</strong>. Disparu en 2013, il avait placé Offenbach au cœur de son parcours. Qui l’aura mieux illustré, avec tant d’ouvrages, durant plus de vingt-cinq ans d’une fréquentation assidue ? Première réussite absolue de sa carrière lyrique, cette réalisation fut créée à 1978 (Francfort), bien avant qu’il prenne en charge l’Opéra-Comique (2000-2007). Régulièrement reprise par de grandes scènes, elle a ainsi accédé au statut de classique. C’est la version en cinq actes qui est offerte, riche d’une demi-douzaine de numéros oubliés, permettant à Madame de Quimper-Karadec (<strong>Marie-Emeraude Alcime</strong>) de défendre la vertu avec une autorité vocale et dramatique incontestable comme au Brésilien d’animer le grand finale. Aucune longueur malgré la durée : les acclamations d’un public transporté n’auront de cesse. Pétillant, cocasse, inventif à souhait, le livret est efficace, bien tourné, d’une caricature contemporaine, sans complaisance. La partition est pimentée de citations musicales aussi improbables que drôles, les dialogues parfois enrichis de brèves allusions à notre actualité. Egalement. Inattendu, bienvenu lui aussi, Offenbach en personne intervient pour rappeler et fêter son 200ème anniversaire, chanté comme il se doit, et suppléer le chef durant les saluts. Le souvenir que l’on gardera de cette production est celui d’un très beau spectacle animé, piquant, coloré, dansé et chanté par une équipe dont les complicités sont évidentes. Visuellement, c’est un constant régal. Les beaux décors de <strong>Michel Lebois</strong>, les très nombreux costumes de <strong>Michel Dussarat</strong> sont autant de réussites, servis par de remarquables éclairages de <strong>Patrice Willaume</strong>. La chorégraphie de <strong>Nadège Maruta</strong>, spécialiste du can-can, est époustouflante de virtuosité et d’engagement. Spectaculaire et recherchée, elle est servie par de merveilleux danseurs, d’une vitalité, d’une grâce et d’une précision à couper le souffle. Les grandes revues n’ont rien à lui envier.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/offenbach_2_0.jpg?itok=epziDy7u" title="Gabrielle et le Brésilien © Christian Brémont - Opéra-Théâtre de Metz Métropole" width="468" /><br />
	Gabrielle et le Brésilien © Christian Brémont &#8211; Opéra-Théâtre de Metz Métropole</p>
<p>Opéra-bouffe de comédiens ou de chanteurs ? Indéniablement les deux sont exigés, ce qui constitue le défi. Ce soir, la distribution reflète ces subtils équilibres, où les chanteurs sont d’authentiques comédiens et les acteurs de solides chanteurs, pour un défoulement collectif, alcoolisé, érotisé, sans jamais la moindre vulgarité. Bobinet et Gardefeu sont de faux-jumeaux, fêtards à la recherche de conquêtes faciles. <strong>Rémi Mathieu</strong> chante le premier, dont l’habit craquera dans le dos, avec désinvolture, séduction et cynisme : l’aisance, le charme, les qualités de timbre et de diction (« Elles sont tristes les marquises ») sont manifestes. Le rôle de Raoul de Gardefeu, le gigolo mondain, est confié à <strong>Carl Ghazarossian</strong>. Ses nombreuses interventions confirment une belle carrière, conduite avec intelligence. Les couleurs séduisent, comme l’émission puissante et la diction claire. Familier des ouvrages légers, ancien pensionnaire de la Comédie française, l’excellent <strong>Laurent Montel</strong>, Gondremark, n’en est pas moins un beau baryton bouffe : le premier trio, ses couplets « Dans cette ville », son duo avec Pauline l’attestent. La stature, l’autorité dramatique et vocale impressionnent. <strong>Scott Emerson</strong> a la difficile tâche de chanter Frick, le bottier, chenu et concupiscent, et le Brésilien truculent. Mission impossible ? Au premier, il donne un timbre ingrat, de composition (« Pour découper »), du second, il n’a ni l’abattage, ni la rondeur, ni la drôlerie attendues. On l’a connu mieux employé. <strong>Frédéric Longbois</strong> crève l’écran, qu’il incarne Prosper, Alphonse ou le Major. La voix est saine, puissante et toujours intelligible, qu’elle soit parlée ou chantée. Le dernier ténor, <strong>Eric Mathurin</strong> campe fort bien Gontran, Joseph (ici, bègue), et Trébuchet.</p>
<p>Si le jeu dramatique des chanteurs semble millimétré par une intelligente direction d’acteur, les performances vocales souffrent ponctuellement de quelques inégalités. Métella, la demi-mondaine, a l’élégance comme la gouaille de la femme fatale qui sait se montrer attachante par sa mélancolie, sa nostalgie. La voix d’<strong>Irina Stopina</strong>, opulente, sensuelle, aux graves solides et délibérément appuyés, a de la tenue, son jeu et son physique sont en parfaite adéquation avec les exigences du rôle. Tant la lettre que le rondo sont des moments privilégiés. De Gabrielle, la gantière, <strong>Capucine Daumas</strong> possède la jeunesse et la vivacité. Le rôle est vocalement le plus exigeant de l’ouvrage, les interventions sont nombreuses et remarquées (« Je suis veuve d’un colonel »). Le timbre surprend, parfois nasal, et la qualité d’émission semble souffrir de la fatigue des derniers jours. <strong>Sylvie Bichebois</strong>, issue du chœur de l’Opéra, familière des seconds rôles, incarne une baronne, décalée, un peu gourde. Si le jeu est convaincant, la voix, instable, accuse parfois la fatigue, elle aussi (trois représentations en trois jours, sans compter la pré-générale et la générale…). Par contre, dans une forme éblouissante, nous admirons <strong>Nina Savary</strong>, fille de Jérôme, enfant du « Grand Magic Circus », excellente comédienne-chanteuse. Elle incarne Pauline à merveille. </p>
<p>Le chœur, outre les introductions et finales des actes I, III et IV, nous vaut nombre d’interventions, essentielles, de la gare de l’Ouest à l’immoralité finale. « En avant, les jeunes femmes ». Chœur d’hommes, de femmes, mixtes, c’est toujours un bonheur. S’il lui faut quelques moments pour trouver ses marques, les décalages du début sont vite corrigés et la cohésion ne sera plus jamais prise en défaut. La prouesse des chanteurs-acteurs-danseurs du chœur impressionne, et les changements instantanés de costumes relèvent du miracle. D’une vitalité constante, la direction attentive et enjouée de <strong>Claude Schnitzler</strong> traduit aussi bien la subtilité des émotions de Métella que l’ivresse tournoyante qui s’empare de tous. L’orchestre sait prendre des couleurs mozartiennes même si une joie débridée commande l’ouvrage. Ça pétille, champagne ou mousseux, selon les situations.</p>
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