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	<title>Seo SUNYOUNG - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 29 Jun 2026 12:20:24 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Seo SUNYOUNG - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PUCCINI, Madama Butterfly &#8211; Toulon (Châteauvallon)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-madama-butterfly-toulon-chateauvallon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si les théâtres de plein air sont nombreux à servir d’écrins à l’opéra, celui de Châteauvallon paraît unique. Malgré la pénible ascension pour y accéder (1), malgré l’inconfort de ses gradins, d’où l’écoute et la vue sont exceptionnelles, malgré le bref concert des cigales au début de l’ouvrage, tout est réuni pour un moment de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si les théâtres de plein air sont nombreux à servir d’écrins à l’opéra, celui de Châteauvallon paraît unique. Malgré la pénible ascension pour y accéder (1), malgré l’inconfort de ses gradins, d’où l’écoute et la vue sont exceptionnelles, malgré le bref concert des cigales au début de l’ouvrage, tout est réuni pour un moment de partage avec les artistes : la proximité, l’acoustique aussi. L’absence de mur de fond ne sera jamais un handicap. Mieux, l’odorante pinède autorisera des lumières et de discrètes projections qui participeront idéalement au drame. Ainsi, le disque lunaire, en harmonie avec le décor dépouillé, sera doublé de l’apparition de la « vraie » lune, en arrière-plan. A cet égard, le duo extasié de la fin du premier acte, porté par des voix et un orchestre splendides, comme le nocturne final du II, trouvent dans ce cadre une dimension extraordinaire.</p>
<p>Le destin inexorable de la jeune geisha, de la joie innocente à son abandon par son acquéreur-séducteur dénué de scrupules, à sa détresse qui la conduira au suicide est connu. La mise en scène de <strong>Florent Siaud</strong>, d’une profonde intelligence dramatique et musicale, dépourvue de surcharge, fouille les âmes et les corps et nous vaut moins un Japon de convenance, fantasmé par l’Occident, que l’essence de l’âme du pays du Soleil levant, que méconnaît et dédaigne, sinon méprise, le conquérant vaniteux et égoïste.<br />
Son esthétique minimaliste traduit la spiritualité, la fragilité, l’absence, sur un plateau dépouillé, en gradins clairs, perle, au moyen d’un efficace dispositif, mobile. L’abstraction esthétique d’une forêt de tiges blanches, assortie d’un cercle, permettra de renouveler le cadre, intime comme large, et focalisera l’attention sur les acteurs du drame. Au II, l’attente et le naufrage annoncé des espoirs de Cio-Cio-San seront sobrement illustrés par quelques carcasses de bateaux en arrière-plan, et la présence visuelle de l’eau.<br />
Les costumes de <strong>Philippe Miesch</strong> (2) parfaitement assortis, jamais ostentatoires, mais surtout la direction d’acteurs, la gestique sont exemplaires de vérité. Les lumières de <strong>Nicolas Descôteaux </strong>et le traitement efficace et discret de la vidéo d’<strong>Éric Maniengui </strong>servent idéalement le projet<strong>. </strong>Le régal visuel sera constant.</p>
<pre><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026-06-23-Pre-generale-Madama-Butterfly-%C2%A9Kevin-Bouffard-082-2-1294x600.jpg?v=1782658261" alt="image-1" />Sunyoung Seo (Cio-Cio-San) et Edgaras Montvidas (Pinkerton), acte I @ Kévin Bouffard</pre>
<p>&nbsp;</p>
<p>La distribution, internationale, comprend deux chanteurs français, qui ne déméritent jamais. Les quatre grands rôles sont confiés à des artistes l’ayant pleinement intégré. De surcroît, chacun d’entre eux confère une réelle dimension humaine, nuancée à souhait, qui rend chaque personnage attachant, y compris l’ignoble Pinkerton. Signalons aussi la qualité constante de la diction, qui donne son juste poids à chaque mot.</p>
<p>Les deux premiers protagonistes sont familiers de l’ouvrage (ils l’ont interprété ensemble à Nancy en 2019). La Cio-Cio-San du début n’a pas toujours la juvénilité attendue, comme si quelques scories de Tosca encombraient ponctuellement l’expression. Mais, dès sa grande scène avec Pinkerton, cette réserve sera oubliée pour que <strong>Sunyoung Seo </strong>s’identifie pleinement à son héroïne, ingénue, candide, pudique et digne, victime consentante, aveuglée par son amour. Attendu, le seul véritable grand air de l’opéra, le « Un bel di vedremo », moment fort, avant la grande scène avec Sharpless, ne fait pas oublier que tout est admirable, émouvant. La plénitude du chant, son modelé, ses accents ne se démentiront jamais, au service de l’expression la plus juste, servie par des moyens superlatifs. Leur ampleur impressionne, des aigus rayonnants, exaltés ou sur le souffle, la douceur comme la violence sont bien là pour un des rôles les plus exigeants du répertoire. La simplicité naturelle par laquelle elle exprime sa détresse (« Che tua madre dovrà prederti… ») dans un registre médian et grave, somptueux, en est une des facettes, contrastant avec la violence de sa réaction à l’endroit de Goro, alors qu’elle prémédite son suicide, avant que son fol espoir renaisse à la faveur de l’annonce de l’arrivée du navire portant Pinkerton. La tendresse douloureuse de <em>« Dormi, amor mio »</em>, tout nous bouleverse.  Une des plus grandes Cio-Cio-San que nous ayons écoutées.</p>
<p>Le Pinkerton, dépourvu de scrupules, jouisseur, immature d’<strong>Edgaras Montvidas </strong>est juste, servi par une voix sûre. Les aigus sont lumineux, aisés, un vrai ténor, fin musicien et excellent acteur. Le vaniteux conquérant<em>, </em>fringant<em> (</em>« Dunque al mondo »<em>) </em>évoquant peu après son « vrai » mariage aux États-Unis de façon odieuse, est détestable. Chanté avec finesse et retenue, le « Addio, fiorito asil », où il avoue sa lâcheté permet de nuancer la personnalité, sans pour autant rendre le personnage attachant.</p>
<p><strong>Irina Sherazadishvili</strong> est une authentique révélation en Suzuki. Son beau mezzo, chaud et sonore, le plus souvent associé à Cio-Cio-San, ne nous émeut pas moins, durant tout l’ouvrage, avec un duo des fleurs exceptionnel et un dernier acte bouleversant. A suivre. Nous découvrons avec bonheur en <strong>Csaba Kotlár </strong>un Sharpless humain, d’une distinction de diplomate aguerri, clairvoyant, attentionné. Comme le souligne le livret, l’aîné de Pinkerton n’aurait-il pu paraître plus âgé ? Ce sera l’unique et faible réserve, car le consul est proche de l’idéal, dramatiquement comme vocalement. La voix, sûre, égale, bien timbrée, la ligne de chant admirable, lui vaudront des ovations appuyées, pleinement méritées, lors des saluts.</p>
<p><strong>Yoann Le Lan </strong>s‘empare du rôle de l’entremetteur avec bonheur. Son Goro fait son métier, sans scrupules.  Du commerce, pas de trahison (3) . Les moyens sont là, vocaux comme scéniques. Notre ténor a l’assurance, la projection, le timbre et le jeu pour lui donner une vie réelle. Le bonze imprécateur, conscient de l’impasse dans laquelle se fourvoie sa nièce, est confié à <strong>Matthieu Toulouse</strong>. La rondeur, la projection, les graves sonores sont au rendez-vous. Le baryton puccinien<strong> Jiwon Song</strong>, ancien lauréat du Concours de Clermont-Ferrand, fait preuve d’une aisance vocale et d’une sûreté de jeu indéniable pour incarner le Prince Yamadori. Kate Pinkerton, confiée à <strong>Kaarin Cecilia Phelps, </strong>est juste, étrangère digne et sensible, et ses quelques répliques nous font regretter de ne pas l’entendre davantage. Les petits rôles, dont les quatre confiés à des chanteurs du chœur ne déparent jamais une distribution de haut vol. Le <strong>chœur de l’Opéra de Toulon</strong>, préparé avec soin, nous réjouit, dans ses interventions ponctuelles comme dans le chœur nocturne, à bouches fermées, qui suspend l’attente du deuxième acte. Nul ne peut rester insensible à une traduction vocale et dramatique aussi admirable.</p>
<p>Puccini a tiré la leçon de Wagner et de Debussy : l’orchestre est au cœur du drame, exprimant l’indicible, les mouvements du cœur, la joie, le rêve, les tensions comme la plénitude, jusqu’à l’horreur. La direction de <strong>Victorien Vanoosten</strong>, intense et raffinée, lui rend sa fonction essentielle, où le chant et l’orchestre se nourrissent mutuellement, entrent en symbiose. Peu de formations excellent à ce point. Ductile, coloré, articulé et précis, il restitue les phrasés et les progressions avec un goût très sûr, sans la moindre boursouflure. Magistral est le traitement du temps, des tensions, de l’urgence, de l’étirement infini de l’attente sereine, fébrile ou tragique (4). L’intelligence, la cohérence de la lecture, tout concourt à confirmer l’exemplarité de la réalisation, loin des clichés, une authentique Passion (5). Puisse-t-elle connaître la plus large diffusion.</p>
<pre>1. Ce soir, pour l’authentique Passion dont nous avons été témoins, l’ascension, sous un soleil de plomb, de la colline constituait un chemin de croix.
2. qui signe également la scénographie.
3. Malgré les cent yens pour lesquels il vend Cio-Cio-San, il n’est pas Judas.
4. La fugue du prélude, bien qu’étrangère au contexte oriental, invite à être écoutée comme l’introduction d’une Passion, dans sa dimension humaine et spirituelle.
5. Alors que sa résolution est prise, Cio-Cio-San ne chante-t-elle pas <em>Tutto è compiuto ormai </em>(Tout est accompli maintenant) ?</pre>
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		<item>
		<title>VERDI, Aida — Montpellier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/aida-montpellier-une-reussite-paradoxale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Oct 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 2019, la salle de l’Opera North de Leeds étant indisponible, les représentations d’Aida furent données dans un lieu assez grand pour accueillir du public mais dépourvu des espaces techniques spécifiques d’un théâtre. On suppose donc que c’est le dispositif adopté alors qui est reproduit à Montpellier, où la salle Berlioz accueille ce spectacle. L’orchestre &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2019, la salle de l’Opera North de Leeds étant indisponible, les représentations d’<em>Aida </em>furent données dans un lieu assez grand pour accueillir du public mais dépourvu des espaces techniques spécifiques d’un théâtre. On suppose donc que c’est le dispositif adopté alors qui est reproduit à Montpellier, où la salle Berlioz accueille ce spectacle. L’orchestre est sur le plateau. A l’avant-scène un praticable – conception de <strong>Joanna Parker</strong> – s’étend de jardin jusque vers cour ; un montant en embrasure de porte marque la séparation avec le dernier quart de l’espace côté cour. On y voit une table et des tabourets ; pendant l’ouverture, un homme et deux femmes sont assis, l’une d’elles rompt le pain, quand soudain alarmés, l’homme et une femme partent à la hâte. La femme qui est restée range rapidement les traces de cette rencontre, mais un broc (?) se brise dans ses mains. Elle recueille les morceaux et, en position fœtale, se couche sur la table. Cependant, dans l’espace au-delà de la porte symbolique, une femme est allongée et un homme semble se rhabiller. C’est donc ce parcours à l’avant-scène, sans oublier une mini-tribune en arrière de l’orchestre côté jardin, qui va représenter les différents lieux prévus par le découpage de l’œuvre. Les néophytes s’y seront-ils retrouvés ?</p>
<p>En fond de scène, derrière l’orchestre, du centre vers la coulisse à jardin, des gradins accueillent les chœurs. Ils y resteront. Derrière eux un espace à mi-hauteur peut recevoir des projections, comme par exemple des tiges végétales dans l’acte du Nil. Enfin, suspendu côté jardin un écran supporte les images de <strong>Joanna Parker </strong>et <strong>Dick Straker </strong>qui illustrent le propos de la metteuse en scène, <strong>Annabel Arden</strong>, la guerre, c’est terriblement destructeur. On voit les ruines d’Alep, et des visages ravagés, peut-être ceux de victimes des bombardements chimiques, à moins qu’il ne s’agisse de trucages, comme le plâtre sur les avant-bras d’Amonasro. Quand il s’en débarrasse on pense à une captivité préalable dans le désert, mais Annabel Arden y voit « un rapport avec l’Egypte où l’archéologie est très présente ». Parfois l’image reste fixe, d’autres fois elle est formée de surimpressions qui la rendent assez indéchiffrable, et on s’en détourne pour se concentrer sur les personnages. Par exemple sur les chœurs. Contraints à rester fixés sur les gradins, ils sont mis à contribution par <strong>Angelo Smimmo </strong> qui leur impose une gestuelle, tantôt synchronisée, tantôt apparemment désordonnée, grâce à laquelle une animation pertinente est créée en adéquation avec les différents climats.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="290" src="/sites/default/files/styles/large/public/18._aida_oonm_marc_ginot.jpg?itok=TG60RJHs" title="Aida ( Sunyoung Seo) et Radames (Amadi Lagha) © marc_ginot" width="468" /><br />
	Aida ( Sunyoung Seo) et Radames (Amadi Lagha) © Marc Ginot</p>
<p>Il y a donc du bon dans cette production même si l’on ne partage pas les a priori de sa maîtresse d’œuvre, par exemple quand elle affirme que Radames peut avoir deux femmes s’il le veut, c’est pourquoi il couche avec Amnéris. Le meilleur réside pour nous dans la subtilité des éclairages signés <strong>Kevin Treacy</strong>, qui réussit à créer des atmosphères et à rendre séduisante la production. Le charme opère dès le début, car sur la scène sans rideau la répartition entre les ombres et les couleurs est si harmonieuse qu’on se laisse prendre aussitôt à la beauté du tableau. Ce n’est pas un mince exploit d’avoir maintenu quasiment sans faiblesse pareille maîtrise, et de contribuer ainsi à juguler les interrogations suscitées par les propositions de la mise en scène. Les costumes de <strong>Joanna Parker</strong> sont contemporains, complets pour les notables (le roi et le grand-prêtre), robes soyeuses pour Amnéris, treillis pour le soldat Radames mais aussi pour la captive Aida (?). Mais pourquoi un poncho pour Amonasro ? Ah, c’est vrai, le refus de la couleur locale…Et pourquoi ce X sur le manteau d’apparat dont Amnéris enveloppe Radames, si évocateur du  drapeau des sudistes aux Etats-Unis ?</p>
<p>Par bonheur, l’exécution musicale et vocale empêche ces perplexités de prendre le dessus. C’est un travail magistral que celui d’ <strong>Ainãrs Rubikis, </strong>dont la lecture fouille chaque page de la partition avec une minutie rigoureuse, comme le démontrent les mille nuances de l’orchestre. Soyeux ou grondant des cordes, expressivité des vents, contrôle des percussions, éclat des cuivres – même si l’homogénéité des trompettes en <em>si</em> n’égalait pas exactement celle, impeccable, des trompettes en <em>la</em> – c’est une fête sonore tant dans les scènes d’ensemble que dans celles d’intimité, quand volume et couleurs exhalent les états d’âme. Dans cette disposition – l’orchestre au centre du plateau – il importe de mentionner que les chanteurs ont été rarement mis en difficulté par la confrontation sonore, même si la force de la projection a fait des différences.</p>
<p>Tel Philippidès, le messager qui annonce l’offensive des Ethiopiens se traîne en rampant à jardin sur l’étroit praticable ; mais son état pitoyable ne prive pas <strong>Yoann Le Lan </strong>de transmettre l’information d’une voix claire et bien timbrée. C’est ce que l’on peut dire aussi de <strong>Cyrielle Ndjiki, </strong>voix soyeuse et fruitée qui a pris place dans les chœurs – alors qu’elle était la femme qui prend la fuite dans la pantomime de l’ouverture – pour incarner la grande-prêtresse. La voix de <strong>Jean-Vincent Blot </strong>n’est pas des plus amples, mais elle convient tout à fait au personnage dont le pouvoir est entravé par celui du grand-prêtre et de surcroit ici affligé de problèmes respiratoires. La stature impressionnante de <strong>Jacques Greg-Belobo </strong>lui assure l’autorité du grand-prêtre ; peut-être pourrait-on souhaiter une projection plus percutante, des graves plus profonds, mais la prestation est honorable, et l’acteur est au diapason, avec sa visible satisfaction quand Radames est condamné. <strong>Leon Kim </strong>est un Amonasro élégant, qui n’outre jamais ses moyens ; la voix peut devenir mordante dans son affrontement avec Aida mais sait se faire assez souple pour amarrer la jeune fille à son projet en caressant sa nostalgie.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/16._aida_oonm_marc_ginot.jpg?itok=qcB3EOMp" title="Ramfis (Jacques Greg-Belobo) Amneris (Ketevan Kemolidze) et le Roi (Jean-Vincent Blot) © marc_ginot" width="468" /><br />
	Ramfis (Jacques Greg-Belobo) Amneris (Ketevan Kemolidze) et le Roi (Jean-Vincent Blot) © Marc Ginot</p>
<p>Qui est Radames ?  La metteuse en scène le définit ainsi : « Il pense qu’il va se marier avec Amnéris et devenir le souverain du pays. C’est un chef de guerre, il aime les femmes, il peut en avoir deux s’il le veut, aucun problème. » Le lecteur se fera son opinion. Mais cette conception n’a pas dû faciliter la tâche d’ <strong>Amadi Lagha </strong>chargé de l’incarnation du personnage, obligé de paraître intime avec Amnéris tout en protestant de son amour pour Aida. Il se tire honorablement de la gageure, tant théâtrale que vocale. Hormis quelques notes trop ouvertes où se perçoit la tension, l’interprétation est digne des enjeux, la vaillance des scènes d’ensemble et la sensibilité des scènes intimes conformes à l’emploi. L’impression est la même pour l’Amnéris de<strong> Ketevan</strong> <strong>Kemolidze</strong>, dont le mezzo clair préserve la légèreté et qui ne se laisse jamais aller à noircir pour chercher l’effet. Elle sait exprimer, tant théâtralement que vocalement, l’évolution du personnage, qui passe de l’assurance satisfaite de la privilégiée à l’inquiétude jalouse, jusqu’au désespoir de la femme dévastée par les conséquences de sa colère. S’il arrive que la voix disparaisse dans les ensembles, en particulier dans la zone medium, la musicalité est constante et délectable.</p>
<p>Dans le rôle-titre <strong>Sunyoung Seo </strong>ne tarde pas à impressionner par la puissance de son émission. La voix est étendue, souple, expressive, reste-t-il quelque chose à désirer ? Oui, le pianissimo à la fin de la romance dans l’acte du Nil. Mais cela ne suffit pas à disqualifier une interprétation qui affronte si crânement les difficultés du rôle, à l’exception de celle mentionnée. Sur le plan théâtral l’artiste s’acquitte du rôle tel qu’il lui a été prescrit ; on se demande bien si Aida a un T.O.C. quand on la voit à plusieurs reprises nettoyer la table présente du début à la fin, si le sac à dos qu’elle apporte au début de l’acte III indique qu’elle a déjà pris la décision de s’enfuir, et si la marche de zombie qu’elle exécute au début du quatrième acte en semant les morceaux du broc initial – ils seront pieusement recueillis par Amnéris par la suite – relève d’un rite mystérieux ou de l’absorption d’une drogue. Mais l’interprète assume pleinement cette vision du personnage et lui donne ainsi une paradoxale apparence de naturel. Au théâtre, n’est-ce pas le comble de l’art ?</p>
<p>C’est ainsi que ce spectacle si soucieux de se distancier de l’œuvre imaginée par ses auteurs réussit la symbiose entre la convention des situations, l’arbitraire des options de mise en scène et l’afflux des affects suscités par la musique. Au bout du compte, Verdi n’a rien perdu ! Mais les néophytes auront-ils suivi ?</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/17._aida_oonm_marc_ginot.jpg?itok=DvYKb41V" title="Amnéris (Ketevan Kemolidze) et Ramfis (Jacques Greg-Belobo) au début de l'acte III © marc_ginot" width="329" /><br />
	Amnéris (Ketevan Kemolidze) et Ramfis (Jacques Greg-Belobo) au début de l&rsquo;acte III © Marc Ginot</p>
<p> </p>
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			</item>
		<item>
		<title>PUCCINI, Madama Butterfly — Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/madame-butterfly-nancy-la-sensible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Jun 2019 22:10:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans cette magnifique production de l’Opéra national de Lorraine, la sensible, c’est avant tout Emmanuelle Bastet, qui plonge pour la première fois dans les tumultes pucciniens, avec l’intelligence et la sensibilité qu’on lui connaît. Epatante directrice d’acteur, elle individualise chaque membre du chœur et compose de très beaux tableaux d’ensemble à la fois vivants et &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans cette magnifique production de l’<strong>Opéra national de Lorraine</strong>, la sensible, c’est avant tout <strong>Emmanuelle Bastet</strong>, qui plonge pour la première fois dans les tumultes pucciniens, avec l’intelligence et la sensibilité qu’on lui connaît. Epatante directrice d’acteur, elle individualise chaque membre du chœur et compose de très beaux tableaux d’ensemble à la fois vivants et pittoresques. Les seconds rôles sont tout aussi convainquants ; du Goro de <strong>Grégory Bonfatti </strong>dont la voix large au focus précis fait merveille au prince Yamadori de <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong> en passant par le jeune <strong>Pâcome Mertzweiller</strong>, déroutant de spontaneité. La psychologie des personnages principaux est brossée avec acuité, délicatesse, naturel : L’illusion passionnelle empêche autant Pinkerton que Cio Cio San de voir l’autre tel qu’il est : chacun semble hypnotisé par cet exotisme qu’incarne l’autre dans un parfait exemple de cristallisation stendhalienne.</p>
<p>C’est sans doute cette analyse qui a conduit à la metteuse en scène à repenser le cadre visuel du spectacle : plutôt que de présenter l’univers trop clinquant d’une geisha apprêtée, elle choisit pour le décor et les costumes de s’appuyer sur un Japon fantasmé qui joue des codes du japonisme traditionnel autant que contemporain. C’est l’ambivalence de Butterfly, déchirée entre deux univers que donne à voir ce choix dramaturgique d’une parfaite élégance. En effet, si les splendides costumes de <strong>Véronique Seymat </strong>nous projettent dans une estampe d’Hiroshige avec ses kimonos aizome dans de sublimes camaïeux d’indigo ; la superbe scénographie de <strong>Tim Northam</strong> nous projette, elle, dans un exotisme très contemporain. Le sol de bois clair, ajouré, crée une colline qui peut se faire vague comme ciel étoilé ou encore devenir écrin abstrait et magique lorsqu’il est rétro éclairé. Des panneaux coulissants symbolisent quand à eux la maison de Butterfly. Ces paravents amovibles ne cessent de modifier l’espace ; Ils agrandissent ou rétrécissent l’univers fantasmé de l’épouse délaissée au fil de ses espoirs et de ses désillusions pour se faire de plus en plus enfermants, étriqués au fil de l’oeuvre, évoquant l’étau fatal qui se resserre autour de l’héroïne, comme ce rêve d’amour qui termine peau de chagrin.</p>
<p>La sensible, c’est également la soprano sud-coréenne <strong>Sunyoung Seo</strong> qui, pour ses débuts à Nancy – et plus largement, en France – propose une formidable Butterfly. Comédienne délicate, elle est charmante en amoureuse mutine au premier acte pour se révéler profondément touchante en femme blessée. Le souffle long, le legato ample, les mezza voce raffinés, son soprano ardent et rayonnant a des accents déchirants.</p>
<p><strong>Edgaras Montvidas</strong> est celui par lequel le malheur arrive. Le ténor lituanien, qui travaille également régulièrement avec le Palazzetto Bru Zane, est un habitué de la maison nancéenne où il incarnait <a href="https://www.forumopera.com/werther-nancy-passage-des-panoramas">Werther</a> le mois dernier. Son Pinkerton jouit d’une belle prestance scénique déjà admirée lors de sa précédente collaboration avec Emmanuelle Bastet dans une remarquable <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/changer-en-ronces-les-roses-de-lamour">Traviata</a></em> nantaise. Cynique et jouisseur au premier acte, il apparait ensuite sincèrement honteux de sa mesquinerie, donnant une épaisseur psychologique supplémentaire au personnage. Vocalement, aux médiums pleins et sonores,répondent des aigus assez tendus, voire inutilement poussés. Ce défaut s’améliore au fil de la représentation et dans le dernier acte, les notes hautes sont nettement mieux connectées au corps.</p>
<p>La sensible, c’est aussi <strong>Cornelia Oncioiu</strong>. La mezzo roumaine (récemment entendue à l’Opéra de Paris en Annina dans <em>Traviata</em>) excelle dans le rôle de Suzuki &#8211; déjà tenu au Grand Théâtre de Genève &#8211; qu’elle enrichit de son ample timbre d’or sombre. Le jeu tout en retenue de cette figure de compassion est d’une grande présence, même lorsqu’il est silencieux.</p>
<p>Mais la sensibilité n’est pas l’exclusif apanage des femmes, naturellement, et d’autres membres de l’équipe font également vibrer la corde sensible de notre émotion. C’est le cas, en particulier de <strong>Dario Solari </strong>qui campait un Scarpia fort convainquant cet hiver à <a href="https://www.forumopera.com/tosca-francfort-que-la-torture-est-douce">Francfort</a>. Pour ses débuts à Nancy, il compose un Sharpless démuni, compatissant au baryton soyeux, aussi bien ancré que projeté.</p>
<p><strong>Modestas Pitrėnas</strong> est l’ultime sensible dont il nous faut parler : Le chef lituanien travaille la pâte sonore avec autant de générosité que de sensualité, suivi comme un seul homme par l’excellent <strong>Orchestre symphonique et lyrique de Nancy</strong>. Attentif aux chanteurs, il accompagne leur rubato avec une parfaite précision et joue avec brio des suspensions et des silences.</p>
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