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	<title>Alexeï TIKHOMIROV - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Alexeï TIKHOMIROV - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Don Carlo &#8211; Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-don-carlo-monte-carlo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Nov 2023 05:02:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le succès du grand opéra tenait sans doute aux fastes des représentations, décors monumentaux, couleurs exaltées par l’éclairage, abondance des comparses autour des vedettes, costumes documentés, le spectateur en prenait «&nbsp;plein les yeux&nbsp;». Est-ce l’objectif que s’était fixé <strong>Davide</strong> <strong>Livermore</strong> pour cette mise en scène de <em>Don Carlo&nbsp;</em>? Car on ne sort pas indemne de la débauche à satiété d’images et de jeux de lumières, jusqu’à l’éblouissante lumière blanche du final. Pour qui a-t-il conçu sa mise en scène ? Pour des accros aux jeux vidéo ? Cette recherche plastique a probablement un sens, mais si elle visait à expliciter les rapports dramatiques, elle est si envahissante qu’on en vient à se demander si ses concepteurs ne doutent pas de la force expressive de la musique et du chant. Elle va de pair avec le dispositif technique utilisé pour la scène, où deux cercles concentriques&nbsp; tournent en sens inverse autour d’un plateau central. Comme les accessoires qui constituent le décor, les personnages peuvent être emportés dans un tournoiement qu’ils ne contrôlent pas, peut-être parabole de la condition humaine que l’homme a l’illusion de pouvoir dominer ? Quant au contenu des images, nuages qui se multiplient, projections de liquide rouge sang, zébrures noires menaçantes, il relève de ce répertoire devenu conventionnel depuis leur utilisation massive. Et il le reste avec le tournoiement de pétales qui accompagne le chœur féminin dans les jardins.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Carlo-%C2%A9OMC-Marco-Borrelli-3-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1701002661921"></p>
<p>D’où la question renouvelée : à qui s’adresse ce spectacle ? Quand il fige les personnages en tableaux, on se prend à penser que se regarder mettre en scène a été plus important que de les faire vivre. Alors on s’accroche à la main que la reine refuse d’abandonner au roi, à la méditation du roi telle un mauvais rêve, pour trouver des motifs de ne pas détester cette réalisation. Comment, quand on a été chanteur comme Davide Livermore, peut-on s’ingénier à animer l’espace derrière les solistes, si souvent, si inutilement pour la compréhension de la relation interpersonnelle ? L’impact de la scène entre le roi et le Grand inquisiteur aurait-il été moindre sans le jeu d’images sur l’espace de la bibliothèque ? Sans doute l’iconographie utilisée est riche et souvent en situation, mais à quoi bon ces références documentaires quand on sait que ce drame d’amours contrariées est une pure fiction, comme le cénotaphe censé représenter la sépulture de Charles Quint et l’architecture projetée qui l’environne &nbsp;? Les vagues de couleur qui viennent recouvrir le mur du fond de scène ou remplir les cadres descendus des cintres &#8211; ? – éclairent-elles vraiment les relations entre les personnages ? On peut être sensible à leur beauté, à l’invention qui a présidé à la recherche, cela n’empêche qu’elles sont souvent vainement bavardes.</p>
<p>C’est d’autant plus dommage que le plateau est irréprochable, soutenu par la vigilance de <strong>Massimo</strong> <strong>Zanetti</strong>, qui indique les départs et maîtrise l’orchestre avec une précision infaillible. C’est une fête sonore qui sort de la fosse, où les instrumentistes rivalisent pour faire palpiter cette musique où l’amertume se mêle à la douceur, qui se cabre ou s’alanguit avec les ressentiments ou les regrets, qui tonne ou s’envole selon la colère ou la rêverie. On a beau la connaître, le jeu des timbres et des couleurs a toujours la même séduction captivante, et cette belle exécution mériterait à elle seule le déplacement. Comme à l’accoutumée, les artistes des chœurs témoignent de l’excellente préparation reçue de Stefano Visconti. Un détail dont ils ne sont pas responsables, il est singulier de voir les moines apparaître avec le peuple venu réclamer la libération de l’infant.</p>
<p>La voix céleste d’ordinaire tombe des cintres, ici <strong>Madison Nonoa </strong>surgit de la coulisse et délivre le message avec le cristal espéré. Impeccables aussi <strong>Sophie Boursier, </strong>comtesse d’Aremberg qui s’évanouit avec grâce, &nbsp;<strong>Reinaldo Macias </strong>en comte de Lerme, <strong>Miriam Mesak</strong>, espiègle page, et <strong>Vincent Di Nocera</strong>, un héraut royal. Remplaçant l’artiste annoncé, <strong>Giorgi Manoshvili </strong>impressionne dans le court rôle du moine par la profondeur d’une voix qu’il n’a nul, besoin d’obscurcir. Pour ces seconds rôles, la mise en scène est sans effet négatif. Il en va autrement pour les premiers rôles, parce que ce sont eux que l’on va voir sur ces anneaux tournants, où, &nbsp;pour ne pas être entraîné par le mouvement, le chanteur doit changer de pied ou avancer au moment opportun. Dès lors on s’inquiète pour l’interprète, on ne vibre plus avec le personnage. On se rassérène quand ils sortent de cette zone d’inconfort, mais alors ils se retrouvent à l’avant-scène, dans les conditions de la vieille tradition, tandis que derrière eux la fantasmagorie des images et des couleurs continue. On ne leur reprochera donc pas de ne pas nous avoir ému comme à l’ordinaire, leur talent n’est pas en cause.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Carlo-%C2%A9OMC-Marco-Borrelli-24-1000x600.jpg?&amp;cacheBreak=1701002661921">Don Carlo ©OMC - Marco Borrelli</pre>
<p><strong>Varduhi Abrahamyan </strong>n’en est pas à sa première Eboli. A Marseille sa composition nous avait conquis. Elle nous a semblé ici moins fouillée sur le plan scénique&nbsp;; quant au chant, si les volutes de la chanson du voile manquaient ce soir un peu de moelleux, l’attente amoureuse dans le jardin et l’amertume du retour sur soi après la vilenie ont la charge passionnée attendue et la voix affronte victorieusement les extrémités du rôle. <strong>Joyce El-Khoury </strong>campe une Elisabetta d’aspect fragile, à qui sa fierté bafouée donne des accents poignants&nbsp;; le maintien scénique est noble, les costumes élégamment portés et l’expressivité vocale et l’étendue suffisantes pour incarner la malheureuse héroïne et rendre pleine justice à l’air de bravoure final.</p>
<p>Le Grand Inquisiteur est un rôle en or pour une vraie basse. <strong>Alexey Tikhomirov </strong>démontre à l’envi qu’il est de cette catégorie, sa forte présence scénique accompagnant cette descente aux abysses où les notes restent des notes sans devenir des râles. Belle réussite aussi pour le Posa d’<strong>Arthur Rucinski</strong>, manifestement en pleine forme vocale, au point qu’on l’aurait aimé parfois plus nuancé, moins soucieux de faire du son. Mais peut-on se plaindre quand les ressources sont là pour répondre aux besoins de la partition&nbsp;? Le personnage est assuré, théâtralement, et dans un autre contexte nous aurait probablement ému davantage.</p>
<p>La performance d’ <strong>Ildar Abdrazakov </strong>n’est pas moindre, car il réussit très clairement à distinguer le roi en public du roi en privé, en apparence un souverain au pouvoir incontesté, en réalité un homme à la colère impuissante car il ne contrôle ni son fils ni sa femme ni son trône. La voix sonne comme aux meilleurs jours et l’acteur est désormais très crédible. Face à lui, <strong>Sergey Skorokhodov </strong>devait surmonter le handicap de remplacer Vittorio Grigolo dans le rôle-titre. S’il n’a pas fait oublier le ténor italien, car quelques voyelles ont çà et là rappelé qu’il est de langue slave, sa performance a été néanmoins très positive : il a atteint assez vite une chaleur dans la voix et le jeu scénique qui ont capté l’intérêt. Le timbre n’est pas spécialement séduisant, mais l’étendue ne laisse rien à désirer, pas plus que la projection et l’engagement scénique. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait remporté un très vif succès, devant un public nombreux et attentif, les preneurs de photographies et de selfies étant partis à l’entracte.</p>
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		<title>CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mtsensk &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mtsensk-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 May 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Formidable spectacle, réussi en tous points, puissant, saisissant, effrayant même. Rien n’est édulcoré de la violence de l’opéra de Chostakovitch, sa cruauté est là. C’est la reprise d’une production de l’Opéra des Flandres, montée alors qu’Aviel Cahn en était le directeur. Lequel Aviel Cahn a attendu sa troisième saison à Genève pour en faire le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Formidable spectacle, réussi en tous points, puissant, saisissant, effrayant même. Rien n’est édulcoré de la violence de l’opéra de Chostakovitch, sa cruauté est là. C’est la reprise d’une production de l’Opéra des Flandres, montée alors qu’Aviel Cahn en était le directeur. Lequel Aviel Cahn a attendu sa troisième saison à Genève pour en faire le point culminant d’une programmation où les spectacles très forts se sont succédés. Dans une ligne éditoriale cohérente et pour le moins sans concession, très sombre, reflet de notre temps. Temps sans pitié.</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/343627235_614989593903969_7702424851993455780_n-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 343627235_614989593903969_7702424851993455780_n-1024x683.jpg." />
<div style="text-align: center"><sub data-rich-text-format-boundary="true">Aušrinė Stundytė, Ladislav Elgr © Magali Dougados</sub></div>
</div>
<p><strong>Calixto Bieito</strong> avait conçu ce<em> Lady Macbeth de Mtsensk</em> en 2014 en association avec le chef Vladimir Jurowski et ForumOpera <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lady-macbeth-de-mzensk-anvers-sex-crimes/">n’avait pas caché son enthousiasme</a>. Neuf ans plus tard, il y revient avec une distribution presque inchangée. Dominée par <strong>Aušrinė Stundytė</strong> qui retrouve son rôle.<br />On est pétrifié devant tant d’engagement, d’investissement personnel, d’abnégation, de violence subie, on a peur pour elle, mais c’est <em>son</em> rôle et d’ailleurs elle vient de le chanter <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lady-macbeth-de-mzensk-lyon-du-grand-tcherniakov/">à Lyon pour Dmitri Tcherniakov</a>, autre metteur en scène star, preuve qu’une chanteuse en réchappe.<br />Pour Calixto Bieito, elle a été aussi Vénus (de <em>Tannhaüser</em>) ou Judith (du <em>Château de Barbe-Bleue</em>), rôles tout aussi forts. On peut imaginer que ces deux artistes s’inspirent l’un l’autre. Et qu’il faut une singulière entente pour qu’une chanteuse se livre avec une telle impudeur, prenne autant de risques et aille ainsi au bout de ses forces (son épuisement était visible aux saluts).<br /><strong>Ladislav Elgr</strong> retrouve lui aussi son rôle neuf ans après, il est Sergueï, l’ouvrier dont Katerina fait son amant, puis son mari. « Ils ont beaucoup mûri, le temps leur a donné plus de liberté… et je leur en avais déjà donné beaucoup à l’époque », dit le metteur en scène. En effet, le moins qu’on peut dire est qu’ils y vont carrément, avec une audace plutôt sidérante. Les nudités ne sont pas seulement physiques ici.</p>
<h4><strong>Entre Tchernobyl et une plate-forme off shore</strong></h4>
<p>Autre artisane de cette réussite, la scénographe <strong>Rebecca Ringst</strong>, complice du metteur en scène depuis deux décennies : une envahissante structure métallique noyée de pénombre, des escaliers de fer qui se perdent dans la nuit et grimpent on ne sait où, des souffleries, une énorme citerne de bois tout en haut comme sur les toits de New York, cela tient du chevalet de mine, de la plate-forme <em>off shore</em>, de la friche industrielle en rase campagne. Et justement, comme si cette oppressante usine était en plein champ, tout l’avant-scène est recouvert d’une boue grasse, qui colle aux semelles, une boue où on se battra, où on tombera vaincu, fouetté, martyrisé, violé, boue de chantier ou de charnier.<br />La première arrivée des ouvriers, en combinaisons de travail souillées, cohorte indistincte, procession menaçante, ponctuée des loupiotes de leurs casques de spéléologues, redoublera cette suggestion d’un monde souterrain, menaçant, d’une virilité dangereuse, noire, malsaine. Où les femmes ne peuvent être que des proies, des objets, des victimes, des ventres pour les mâles.</p>
<h4> </h4>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230426_GP_MACBETH_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A2357-1024x683.jpg" alt="© Magali Dougados" class="wp-image-130284" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>L’ennui et l’impuissance</strong></h4>
<p>Au milieu de cet édifice d’acier, l’appartement de la malheureuse Katerina, aussi éclatant de blancheur et de propreté que son environnement est nocturne et poisseux. Cuisine toute équipée d’un côté et coin salon de l’autre avec canapé d’angle où se lover. Mais dans un tel monde on ne se love pas. Cet appartement-témoin acheté sur catalogue, Katerina y meurt d’ennui. Sous le joug d’un terrible beau-père, aux allures de cowboy, sorti de quelque <em>Dallas</em> (ou <em>Bonanza</em>), patron-tyran, <em>self made man</em> brutal, la main baladeuse, peloteuse, fouilleuse, insidieuse. Dictateur domestique dégoulinant dont <strong>Dmitry Ulyanov</strong> dessine avec voracité la silhouette libidineuse.</p>
<p>Autre souffre-douleur de la brute, son propre fils, Zachary, le mari de Katerina, piètre silhouette en imperméable de petit employé, vraisemblablement impuissant, même si c’est à Katerina que le beau-père fait grief de ne lui avoir pas donné de petit-fils. « Tu es comme un poisson froid », lui dit-il. Reproductrice, seul rôle qu’on lui concède.</p>
<h4><strong>Le sexe et la mort</strong></h4>
<p>Dans cet océan de frustration, surgit un autre mâle dominant, un ouvrier bien monté, chassé d’une exploitation voisine pour avoir lutiné la patronne, et qui, pour célébrer son arrivée ici, n’a rien de plus pressant que de violer dans la boue la fragile Aksinia, sous les yeux hagards des spéléologues concupiscents.</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/343756600_674825071072468_7856945263982330245_n.jpeg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 343756600_674825071072468_7856945263982330245_n.jpeg." />
<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">© Magali Dougados</sup></div>
</div>
<p>Le sexe et la mort sont les seules issues dans cet univers sans lumière. Mais Katerina aura l’incongruité d’y faire surgir un élément hétérodoxe et dévastateur : l’amour. Elle se prendra de passion pour Sergueï, ce mâle qui la prend sauvagement sur la cuisinière, aussi brutal en somme que le beau-père, mais désirable, lui. Le désir est aussi impitoyable que l’ennui, aussi impérieux, aussi désespéré.</p>
<h4><strong>Calixto Bieito sans truquage</strong></h4>
<p>« Je me sens très proche de cet opéra qui raconte toute notre impuissance humaine et le monde hostile et violent dans lequel nous vivons », dit Calixto Bieito. Et de faire référence à quelques-unes de ses références personnelles, les peintures noires de Goya, la <em>Chute des Damnés</em> de Jérôme Bosch, mais aussi, plus proches d’aujourd’hui, Tchernobyl ou le film noir de Tay Garnett, <em>Le facteur sonne toujours deux fois</em>, ou <em>La Route</em> de Cormac McCarthy. D’où l’impression de sincérité sans truquage qu’il donne ici. À la différence de son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/guerre-et-paix-geneve-au-peril-de-la-derision/"><em>Guerre et Paix</em></a> de Prokofiev sur la même scène, qui nous avait semblé multiplier les provocations inutiles.</p>
<h4><strong>Un chœur magistral</strong></h4>
<p>Le groupe et les individus, la victime et les bourreaux, ainsi se dessinent la dialectique du livret et celle de la partition. La victime se fera bourreau à son tour, avant d’être à la fin terrassée elle aussi.<br />La masse, c’est le peuple. Staline quand il rédigea pour la <em>Pravda</em> le fameux article de 1936 où il condamnait la violence, qu’il trouvait cacophonique, de la musique, avait sans doute perçu aussi qu’il n’y a ici aucune indulgence pour le peuple, asservi, moutonnier, oppresseur. Ici figuré par le <strong>Chœur du Grand Théâtre de Genève</strong>, toujours impressionnant, mais particulièrement acerbe, incisif, dru, percutant dans cette partition.<br />Silhouettes arpentant les échafaudages ou masse informe et terrifiante envahissant la boîte à vivre de Katarina ou spectateurs hirsutes du viol d’Aksinia ou du combat dans la boue de Katarina et Sergueï (car le premier défi qu’il lui propose c’est de se battre avec lui), les choristes, au-delà de leur prestation vocale imposante, se plient physiquement à toutes les demandes d’un metteur en scène qui sait animer un groupe, le faire habiter un décor. Et ce sera vrai encore au dernier tableau quand l’architecture de métal deviendra camp de transit sur le chemin de la Sibérie et qu’ils deviendront les éternels <em>zeks</em> de Dostoïevski, en route vers la maison des morts. « C’est très fort émotionnellement et ça demande de vraiment laisser notre personnalité dans les loges », nous confiait une choriste.</p>
<h4><strong>Un orchestre quasi chambriste (par moments)</strong></h4>
<p>La masse c’est aussi l’orchestre. Tour à tour clinquant, goguenard, fanfaresque, tonitruant, puis d’une inattendue délicatesse. Ce Chostakovitch de vingt et quelques années (l’opéra a été composé entre 1932 et 1934) maîtrise son propre langage, un collage d’emprunts insolites, d’influences revendiquées, de trivialités assumées, de valses parodiques, de narquoiseries, brinquebalant entre divers registres, mais aussi une orchestration constamment inventive et curieuse, poudroyante, des subtilités de timbres, des tissages de textures, mises en évidence par un <strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong> des grands jours.</p>
<p>Il se passe autant de choses dans la fosse que sur la scène, et ce n’est pas peu dire. Et le contraste est parfois étonnant entre la rudesse (euphémisme !) de ce qu’on voit, et le raffinement d’une partition, qui certes abonde en fortissimos déferlants, en goguenardises chostakoviennes, en riffs de cuivres tonitruants, mais aussi en entrecroisements de bois, en contrechants de clarinette ou de basson, en flûtes astringentes, en tapis de cordes veloutées, en roulements de timbales presqu’imperceptibles, en délicatesses pointillistes, en touches de couleurs boisées. <strong>Alejo Pérez</strong> fait respirer cet orchestre, alanguit les phrasés, étire le temps, et puis d’une main ferme assène des fanfares pétrifiantes.</p>
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<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">© Magali Dougados</sup></div>
</div>
<h4><strong>Body and soul</strong></h4>
<p>Vocalement on ne peut qu’admirer les performances des chanteurs. Le plus souvent, <strong>Ladislav Elgr</strong> se cantonne à un chant expressif et expressionniste, parfois assez rugueux, et la partition ne lui offre que peu d’envols solistes. Il aborde son personnage en chanteur-acteur, très athlétiquement. La mise en scène le déshabille volontiers. Cette machine désirante est aussi objet de désir…</p>
<p>À Katerina Chostakovitch ménage quelques moments d’un lyrisme éperdu, telle son apparition au lever de rideau. Si la première phrase d’<strong>Aušrinė Stundytė</strong>, au fond de son salon, est presqu’inaudible, dès la seconde elle impose son timbre insinuant, très projeté, avec beaucoup de chaleur, beaucoup de corps, au sens le plus charnel du mot. Difficile d’en parler avec le vocabulaire habituel de l’exercice critique. Davantage que de beau chant, même si la voix est là, avec sa plénitude, son aisance technique, des lignes impeccablement conduites, des notes hautes aisées, une respiration impavide, c’est plus l’expressivité de ce chant, sa façon de porter le texte, de suggérer l’âme du personnage, sa couleur, son poids de mélancolie, qui touchent l’auditeur. En osmose avec la silhouette, la gestuelle, en un mot l’incarnation.</p>
<h4><strong>Accomplir son destin</strong></h4>
<p>Autre moment crucial, on pourrait s’arrêter un instant sur la scène qui commence avec le lamento « Zherebyonok k kob&rsquo;lke toropitsa – Mes jours s’écoulent sans joie, je n’ai personne à qui parler », où on peut admirer les phrasés, la chaleur du timbre, et surtout, au-delà du chant, l’intériorité d’Aušrinė Stundytė au dessus d’un entrelacs de bois (basson et clarinette) que vient relayer un beau violoncelle solo. Elle se prépare alors à se coucher. Elle se caresse, elle s’assied devant le frigo pour se rafraichir, une flûte acide ironise.</p>
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<div style="text-align: center"><sub data-rich-text-format-boundary="true">© Magali Dougados</sub></div>
</div>
<p>On frappe à la porte : c’est Sergueï. Il entre par la fenêtre, apparemment très chaud. Conversation furtive, et là on peut remarquer l’éclat de la voix du ténor. « Je meurs d’ennui », dit-il (lui aussi), « je suis un homme sensible, j’ai bien vu le sort des femmes… » (la ficelle est grosse…)</p>
<p>Le tapis de cordes se fait voluptueux et alangui, alors que le chant est de plus en plus anguleux, puis très vite le désir se fait brûlant jusqu’à l’accouplement brutal sur le frigo, et la musique devient crûment explicite : survient alors un orchestre de scène (tubas, trombone, cors, une huitaine de cuivres) qu’on devine derrière la fenêtre du salon dans une lumière verte et qui vient pimenter fortissimo ce qui se passe, jusqu’à un glissando de trombone drolatique signalant au premier degré que tout est accompli. Une fanfare itinérante qu’on verra surgir ici et là pour ponctuer sarcastiquement l’action et même se percher au dernier balcon pour des effets stéréophoniques savoureux.</p>
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<div style="text-align: center"><sup>Aušrinė Stundytė, Ladislav Elgr, Dmitry Ulyanov © Magali Dougados</sup></div>
</div>
<p>À l’éruption sexuelle succède alors un grand calme. Un basson nasille dans la fosse pour commenter l’approche de Boris, descendant de la chambre au premier étage où il s’était retiré avec Aksina (encore elle, décidément), et à nouveau on remarque la palette large, les graves solides, de <strong>Dmitry Ulyanov</strong>, ses éclats sur des bouffées de valse grotesque (référence au baron Ochs ?), les ponctuations pointillistes de l’orchestre, goguenardes, et, à nouveau sur les trois temps d’une valse, un trio improbable préludant à la violente scène où Boris fouette à coup de ceinture le dos de Sergueï sur un arrière-plan de cuivres déchainés. Hurlements de Katerina, crescendo harcelant, jusqu’à un climax insoutenable, la réalisation sonore est aussi ébouriffante que le spectacle est éprouvant à regarder.</p>
<h4><strong>Montagnes russes sonores</strong></h4>
<p>Alejo Pérez fait siennes dans sa direction les alternances quasi systématiques chez Chostakovitch entre explosions volcaniques et détentes chargées de sombres présages, ainsi la scène des champignons à la mort-aux-rats que Katerina fait réchauffer pour son beau-père : ici, un très joli solo de violon, galbé à souhait, tout en sous-entendus morbides, que relieront des pizzicati harcelants des contrebasses, puis des ritournelles de flûtes et de clarinettes, jusqu’aux beuglements du bonhomme suppliant qu’on aille cherche un pope. Et au chant joyeux sur fond de fifre des employés partant au travail.</p>
<p>On ne s’attarde sur ce moment que pour suggérer l’assez épatante conjonction d’un travail orchestral constamment affuté, d’une imbrication virtuose du chant et jeu théâtral, et d’une direction d’acteurs nerveuse, acide, virulente.</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230428_MACBETH_GE_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A4612-1-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 20230428_MACBETH_GE_GTG%C2%A9DOUGADOS_MAGALI__E8A4612-1-1024x683.jpg." />
<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">Aušrinė Stundytė, Alexey Shishlyaev © Magali Dougados</sup></div>
</div>
<p>Les rôles secondaires sont parfaits : <strong>Michael Laurenz</strong>, brillant ténor de caractère, dessine un « Balourd miteux » truculent dans son ivrognerie et son monologue au troisième acte, ponctué par le tuba, est d’une bouffonnerie à la Moussorgsky (ou à la Beckett), sur un tempo cavalcadant (flons-flons virtuoses à l’orchestre sur un rythme de manège en folie). Le commissaire, <strong>Alexey Shishlyaev</strong>, est impérieux à souhait, avec sa troupe de policiers, d’abord grotesques puis terrifiants. Soit dit en passant le côté brigade de maintien-de-l’ordre casquée relève du cliché et la scène de passage à tabac dans la pénombre d’un gentil jeune homme (gay ?) est un peu gênante aussi.<br />Quant à <strong>Alexander Roslavets</strong>, il fait un joli numéro de basse bouffe en pope porté sur la vodka, mais il en appellera à son registre le plus puissamment vieux-russe pour la longue plainte douloureuse du vieux forçat de l’acte sibérien, en osmose avec un chœur poignant.<br />Le rôle de Zachary (le mari qui finira dans un body bag) est sacrifié à tous points de vue, mais on retient le timbre et la projection du ténor <strong>John Daszak</strong>. On remarque aussi les quelque huit membres du chœur (riche en voix russes) qui s’en détachent pour les rôles de commis ou de détenus.</p>
<p>Le mélange des genres préside à la scène du mariage. La fragilité de Katerina en robe blanche, l’impudence de Sergueï (l’argent, autre moteur du personnage, avec le sexe), la gigue des invités puis leur chœur quasi byzantin dont se gaussent les cuivres, le débarquement de la soldatesque précédée du balourd miteux reconverti en mouchard, tout cela grince, narquoise, ricane.</p>
<h4><strong>Déglingue</strong></h4>
<p>Autre moment de spectacle, le démontage total de l’appartement en cinq minutes chrono, du sol au plafond tout disparait dans un ballet bien réglé de machinistes, frigo, fenêtres, tout le décor des amours et des crimes est évacué sur fond sonore de bourrasque. Ne reste que la carcasse, sur laquelle tombe la nuit du bagne.</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230426_GP_MACBETH_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A3286-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 20230426_GP_MACBETH_GTG%C2%A9DOUGADOS_MAGALI__E8A3286-1024x683.jpg." />
<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">La casse du décor © Magali Dougados</sup></div>
</div>
<p>De plus en plus bouleversante, Aušrinė Stundytė fait appel à son registre le plus dépouillé pour « la longue cantilène de désolation absolue » de Katerina (ce sont les mots d’Alejo Pérez) : contrepoint de hautbois puis de clarinette, roulement sourd de grosse caisse, commentaire lancinant des violoncelles, ponctuations de harpe, on est à la limite du silence. « Ce n’est pas facile après la douceur de l’édredon de dormir sur la terre froide », chante Katerina tandis que Sergeï, plus insolent que jamais, entreprend une idylle grinçante avec une pimpante détenue blonde. Commentaire sarcastique, volubile, pointu, de l’orchestre pendant la scène où le cynique vient convaincre la malheureuse de lui remettre ses bas avant de les passer à la blonde…. puis hallucinant crescendo chœur-orchestre sur le combat dans la boue des deux femmes (choral de tuba au point culminant).</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230426_GP_MACBETH_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A3583-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 20230426_GP_MACBETH_GTG%C2%A9DOUGADOS_MAGALI__E8A3583-1024x683.jpg." />
<div style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">Kai Rüütel, Aušrinė Stundytė © Magali Dougados</sup></div>
</div>
<h4><strong>Le triomphe de la mort</strong></h4>
<p>Plus que jamais, c’est Alejo Pérez qui conduit les ruptures de tension et de dynamique : d’un paroxysme assourdissant on retombe à un lamento dénudé, une plainte blafarde (harpes, cordes en ariière-plan, on songe à Mahler, que Chostakovitch connaissait bien), avant de glisser à l’ironie des piques de Sonietchka (et <strong>Kai Rüütel</strong> en appelle à ses graves les plus impertinents pour narguer Katerina).<br />La dernière scène sera hallucinante. L’ostinato des cuivres tel un glas, les implorations fortissimos du chœur, les ponctuations lancinantes de la grosse caisse, les contrebasses descendant dans les tréfonds, Katerina étranglant Sonia, les hurlements de Sonia, le suicide de Katia, la voix funèbre du vieux prisonnier « Marcher, marcher, encore », l’ultime chœur des forçats, telle une prière s’enfonçant dans la nuit. L’empire de la mort.</p>
<p>Sublime point final d’un spectacle magnifique et poignant.</p>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20230428_MACBETH_GE_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A4824-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 20230428_MACBETH_GE_GTG%C2%A9DOUGADOS_MAGALI__E8A4824-1024x683.jpg." /></div>
<div class="components-resizable-box__container has-show-handle" style="text-align: center"><sup data-rich-text-format-boundary="true">© Magali Dougados</sup></div><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chostakovitch-lady-macbeth-de-mtsensk-geneve/">CHOSTAKOVITCH, Lady Macbeth de Mtsensk &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov — Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/boris-godouvov-monte-carlo-un-boris-de-grand-prix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Andre Peyregne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Apr 2021 06:27:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En arrivant cette semaine à Monaco, le public de l’opéra – qui, rappelons le, n’a cessé d’être accueilli depuis le début de la saison &#8211; a trouvé une Principauté gainée de fer, bordée de glissières de sécurité, hérissée de tribunes, entourée de grillages, et cela jusque sur la place de l’opéra. La préparation du Grand &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En arrivant cette semaine à Monaco, le public de l’opéra – qui, rappelons le, n’a cessé d’être accueilli depuis le début de la saison &#8211; a trouvé une Principauté gainée de fer, bordée de glissières de sécurité, hérissée de tribunes, entourée de grillages, et cela jusque sur la place de l’opéra. La préparation du Grand Prix de Formule 1, chaque année, transforme ainsi le petit Etat en circuit automobile.</p>
<p>Nul ne sait qui remportera le Grand Prix, mais nous l’attribuerions volontiers au <em>Boris Godounov</em> que nous avons vu.</p>
<p>Cet ouvrage était présenté, si l’on ose dire, dans sa formule 1 – c’est à dire sa première version de 1869, sans l’acte polonais, sans la présence de Marina ni celle du ballet.</p>
<p>La mise en scène de<strong> Jean-Romain Vesperini</strong> est d’un parfait esthétisme. Tous les tableaux ont été conçus par la main d’un artiste. La vieille Russie légendaire est restituée sous nos yeux, avec son abondance de costumes, ses visions d’églises à bulbes, ses icônes dorées. Un immense visage de Christ orthodoxe s’étale sur la largeur de la scène, des éclairs sanguinolents zébrent le décor au moment de l’hallucination de Boris. Vesperini a coupé en deux l&rsquo;espace scénique dans le sens de la hauteur, faisant voir deux scènes superposées. Il signifie ainsi que « le pouvoir (présenté sur la scène supérieure) est basé sur le peuple (présenté sur le plateau inférieur) ». C’est lui-même qui explique cela dans le programme – programme dans lequel il éprouve par ailleurs l’étrange besoin de rappeler que, par deux fois, il est arrivé en finale au concours de recrutement de directeur à l’opéra de Toulouse et à l’opéra de Nice mais qu’on lui a préféré un autre candidat. Dans quel but fait-il passer ce message ?</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/boris_4_0.jpg?itok=M0kOOzkK" title="Une scène partagée en deux dans le sens de la hauteur (Photo Alain Hanel)" width="468" /><br />
	Une scène partagée en deux dans le sens de la hauteur (Photo Alain Hanel)</p>
<p>Par sa force dramatique et sa richesse vocale, <strong>Ildar Abdrazakov</strong> est magnifique dans le rôle de Boris. Le voici dans toute sa puissance et son désespoir, l&#8217;empereur poursuivi par la hantise du crime, le fauve traqué qui se roule à terre au moment de sa mort !</p>
<p>A ses côtés, le Pimène d’<strong>Alexis Tikhomirov</strong> nous envoûte par la beauté de ses graves.</p>
<p>Il y a dans la voix d’<strong>Aleksander Kravets </strong>quelque chose de sournois qui convient au personnage de Chouïski, dans celle de Kiril Belov quelque chose de touchant qui nous émeut dans le rôle de l’Innocent. Nous applaudissons la truculence d’<strong>Alexander Teliga</strong> en Varlaam et l’autorité d’<strong>Oleg Balachov</strong> en Grigori.</p>
<p>Bien sûr, en l’absence du personnage de Marina, la distribution féminine fait pâle figure derrière la masculine. Au niveau parité, on n’est pas dans les clous ! Mais <strong>Anna Nalbadiants</strong>, <strong>Natacha Petrinsky</strong> et <strong>Marina Iarskaïa</strong> tiennent fort bien leurs rôles respectifs de Xenia, de l’aubergiste et de Féodor.</p>
<p>Au milieu d’une rafale de sonneries de cloches, le chœur, magnifique, entretient l’ardeur d’une musique flamboyante.</p>
<p>Quant au Philharmonique, en grande forme, il était conduit pas un jeune chef qui a toutes les qualités pour devenir un grand. D’une main sûre et souple, <strong>Konstantin Tchoudovski</strong> a révélé ce que la musique de Moussorgski recèle de mystère, de drame, d’hystérie – et cela jusqu’au velours de l’ultime crescendo qui enveloppe comme un linceul le corps du tsar anéanti.</p>
<p>Il n’y a de modeste, dans ce spectacle, que le prénom de Moussorgski. Car tout le reste est magnifique.</p>
<p> </p>
<p style="margin-left: 0.6cm;margin-right: 0.6cm;margin-bottom: 0cm;line-height: 100%"> </p>
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		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov — Moscou (Bolchoï)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/boris-godounov-moscou-bolchoi-jamais-meilleur-qua-domicile/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Max Yvetot]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Nov 2020 04:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour le spectateur des années 2020, la mise en scène de Boris Godounov de Leonid Baratov de 1948, déjà ressuscitée en 2011 par Igor Ushakov, est un voyage dans le temps, et une illustration de ce qu’a été l’opéra pendant longtemps : des décors et des costumes fastueux, une pléthore de chanteurs et de figurants, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour le spectateur des années 2020, la mise en scène de <em>Boris Godounov</em> de <strong>Leonid Baratov</strong> de 1948, déjà ressuscitée en 2011 par <strong>Igor Ushakov</strong>, est un voyage dans le temps, et une illustration de ce qu’a été l’opéra pendant longtemps : des décors et des costumes fastueux, une pléthore de chanteurs et de figurants, une débauche gargantuesque de détails, dans un esprit de fidélité presque littérale à l’œuvre, en somme un conte de fée calibré pour un stade. </p>
<p dir="ltr">Le rideau ne cesse de se lever et de tomber sur des tableaux toujours plus majestueux : palais impérial aux voûtes en ogive et au mobilier en bois ouvragé, esplanade du Kremlin écrasée par les bulbes d’or des églises, monastère aux murs couverts de gigantesques fresques éclairées par des chandelles orange, forêts glaciales aux arbres bleu penchés, etc. On a le sentiment de visiter la galerie Tretiakov dans les murs du Bolchoï ! </p>
<p dir="ltr">Cette profusion visuelle est encore augmentée par les nombreux figurants, aux costumes extrêmement travaillés, des guenilles multicolores du petit peuple aux dentelles ajourées d’or des religieux, ainsi que par une chorégraphie emportée lors de la scène du bal en Pologne. On s’étonne moins de voir une telle mise en scène dans une Russie aujourd’hui nostalgique de son l’Empire, que du fait qu’elle ait vu le jour en URSS, sous Staline…</p>
<p dir="ltr">Mais la force de ce spectacle ne réside pas seulement dans cette orgie historico-folklorique. La musique nous fait également voyager dans le temps, puisque ce n’est pas la version de 1869 de <em>Boris Godounov</em> qui est ici jouée, ni non plus la moins courante de 1872, mais celle de Rimsky-Korsakov, qui a assuré la première gloire de l’œuvre, mais qui a depuis plusieurs décennies déjà cédé le pas aux versions jugées plus fidèles, d’aucuns allant même jusqu’à accuser Rimsky-Korsakov d’avoir « javellisé » le chef-d’œuvre de son confrère… </p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/scene_de_bal_0.jpg?itok=DvGM_sVc" title="Scène de bal © Damir Yusupov" width="468" /><br />
	Scène de bal © Damir Yusupov</p>
<p dir="ltr">L’orchestre du théâtre Bolchoï, conduit ce soir avec facilité par <strong>Alexander Soloviev</strong>, est d’une aisance étourdissante dans cette partition. En harmonie avec les décors, l’interprétation musicale s’inscrit sous le signe de l’abondance ; l’ensemble orchestral, foisonnant, appuie le rythme des scènes, gonfle jusqu’à la tonitruance lors de l’entrée en scène du tsar Boris (on notera aussi les sifflements des cymbales lors des scènes de folie), ou se fait élégamment mélodieux, par exemple avant l’imploration de l’innocent. </p>
<p dir="ltr">Cet orchestre virevoltant est la force du spectacle du Bolchoï, mais un défi pour les chanteurs : il affaiblit les premiers airs du Boris de <strong>Mikhail Kazakov</strong>, qui saura mieux exploiter un chant par ailleurs incisif pour exprimer la rage du tsar ou ses derniers soupirs. Les cuivres, si jouissifs soient-ils, engloutissent presque la voix d’<strong>Agunda Kulaeva</strong>, dans le rôle de Marina, qui ne perce pas malgré un joli vibrato ; elle se rattrape en partie avec sa présence scénique. On retiendra davantage l’élan quasiment possédé du faux Dimitri, interprété par <strong>Oleg Dolgov</strong>, ou la basse ronde et caverneuse du Pimène d’<strong>Alexey Tikhomirov</strong>. Le héros du plateau demeure néanmoins le chœur du théâtre Bolchoï qui, porté par cet orchestre débordant, souligne avec délice l’inscription de <em>Boris Godounov </em>dans la continuité des grands opéras à la française&#8230; résolument « à la russe » ! </p>
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		<title>Boris Godounov</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/boris-godounov-deux-fois-sur-le-metier-remettez-votre-ouvrage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Oct 2019 04:00:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avant de céder la direction de l’Opéra national de Bavière à Kirill Petrenko, en 2013, Kent Nagano avait signé un extraordinaire Boris Godounov, dont la mise en scène de Calixto Bieito n’avait laissé personne indifférent ( « la grenouille-Bieito » ).  Kent Nagano renouvelle l’aventure quatre ans après, à Göteborg, avec une distribution largement renouvelée. Ne subsistent de la version &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Avant de céder la direction de l’Opéra national de Bavière à Kirill Petrenko, en 2013, <strong>Kent Nagano</strong> avait signé un extraordinaire <em>Boris Godounov</em>, dont la mise en scène de Calixto Bieito n’avait laissé personne indifférent ( « <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-grenouille-bieito-qui-voulait-se-faire-aussi-grosse-que-le-boeuf-tcherniakov">la grenouille-Bieito</a> » ).  Kent Nagano renouvelle l’aventure quatre ans après, à Göteborg, avec une distribution largement renouvelée. Ne subsistent de la version munichoise que le rôle-titre, Grigori et l’Aubergiste. Il porte à leur plus haut niveau les forces instrumentales et vocales suédoises, soutenant aisément la comparaison avec les Bavarois. La version de 1869, bien plus proche de Pouchkine, a fini par s’imposer. C’est toujours celle-ci, intégrale, qu’illustre le chef californien. Elle présente l’avantage de se focaliser, en 7 scènes resserrées, sur l’ascension et l’implacable descente aux enfers de Boris, laissant planer le doute sur sa culpabilité.</p>
<p>Kent Nagano impose un authentique souffle épique et hisse cette version, live, au niveau de celle d’Abbado, la référence. Il a mûri son interprétation et s’est maintenant affranchi des contraintes que la mise en scène de Calixto Bieito lui imposait. La musique y gagne encore en densité. Nulle emphase, aucun épanchement ajouté : la nudité crue porte l’émotion qui nous étreint. De façon générale, les tempi adoptés sont à peine plus soutenus, à l’exception du troisième tableau où le propos de Pimène trouve une dimension quasi surnaturelle. Singulièrement, le chef obtient des deux formations successives des couleurs semblables, au point qu’il est aisé de les confondre. Le discours est conduit avec autorité et souplesse, âpre, sombre, tendre, flamboyant, brutal, voire sauvage. Les pupitres sont colorés : cuivres rutilants, cordes soyeuses, bois fruités ou acides selon les besoins. La transparence, la lisibilité de l’écriture orchestrale sont un pur bonheur, y compris dans la scène du couronnement, retenue, intense dès son introduction, suspendue, avec ses chœurs contrastés, jusqu’à la puissante péroraison qui précède la première intervention de Boris. Les chœurs, monumentaux comme intimes sont admirables, exemplaires, parfaitement réglés. Là encore la fraîcheur de l’émission, les couleurs, la puissance et l’articulation nous réjouissent.</p>
<p>La distribution ne connaît aucune faiblesse. L’harmonie des timbres vocaux, très slaves même si la distribution est internationale, se marie à un orchestre superlatif, ductile, aux phrasés où l’on reconnaît le maître. La sûreté du chant d’ <strong>Alexander Tsuymbalyuk</strong>, Boris,  impressionne, loin des stéréotypes hérités de la tradition.  Depuis la version de Münich, le « talent en éclosion » a mûri, tant le personnage que la voix, jeune, chaude, vive, d’une vérité dramatique aboutie. Il donne à Boris une dimension humaine.  Noble, distant, absorbé par ses pensées dans la scène du couronnement, son évolution jusqu’à ses hallucinations et sa mort est d’une force dramatique peu commune. Le parlando conventionnel en est banni. Certainement le meilleur Boris actuel. Référence pour Chouisky, <strong>Maxim Paster</strong> met ici ses moyens vocaux et dramatiques pour camper sans outrance ce personnage aristocratique, sournois, fielleux, calculateur, rongé par la haine et la vengeance. Le Pimène de <strong>Mika Kares</strong>, qui a succédé à Kotcherga, est servi par une voix sombre, mûre, ronde, les accents de sincérité du témoignage nous émeuvent, même si le doute sur sa véracité subsiste. Chelkalov est <strong>Vassily Ladiuk</strong> (que l’on retrouvera bientôt en Macbeth à Dijon). La voix est solide, rayonnante, chaleureuse. Son intervention dans la scène ultime traduit une profonde intelligence du rôle. <strong>Boris Stepanov</strong> chante Missail , un boyard et, surtout, comme à Genève,  l’innocent, doux illuminé. Emission claire, longueur de voix, phrasés, font de toutes ses intervention des moments exceptionnels. Animée à souhait, la scène des défroqués fuyards et de l’aubergiste est truculente. Varlaam, <strong>Alexey Tikhomirov</strong>, entendu aussi à Genève, donne toute sa verve à sa chanson de la prise de Kazan, qui nous entraîne dans le feu des combats. Dimitri, le faux-Grigori, est <strong>Sergei Skorokhodov</strong>, voix jeune, ductile, vaillante. L’Aubergiste est <strong>Okka von der Damerau</strong>, timbre chaleureux qui ne renie pas sa condition. Dans cette version, les enfants et la nourrice interviennent peu. Juste pour apporter la fraîcheur et l’intimité. <strong>Johanna Rüdström</strong> nous vaut un Feodor à la candeur infantile attendue, Xenia, <strong>Hanna Husahr</strong> est bien cette jeune fille blessée.  Les petits rôles ne déméritent jamais.</p>
<p>Pleinement aboutie, cette lecture se situe au plus haut niveau. Etrangement, cet extraordinaire enregistrement, pris sur le vif, ne figure pas dans la discographie du site du grand chef. Sa sortie s’est effectuée dans une totale discrétion. On ne comprend pas.</p>
<p>Outre la présentation trilingue (anglais-allemand et français) et le livret (en russe et anglais), il faut signaler la qualité rare de la prise de son et de sa restitution : le label suédois confirme sa réputation d’excellence.</p>
<p>&gt; <a href="https://www.amazon.fr/gp/product/B07VBH6FFD/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=B07VBH6FFD&amp;linkCode=as2&amp;tag=forumopera-21&amp;linkId=f151cc2f60de131781527d99c423e776" style="font-size: 14px;" target="_blank" rel="noopener">Commander ce CD Boris Godunov</a><img loading="lazy" decoding="async" alt="" border="0" height="1" src="//ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=forumopera-21&amp;l=am2&amp;o=8&amp;a=B07VBH6FFD" style="font-size: 14px; border: none !important; margin: 0px !important;" width="1" /></p>
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		<title>MOZART, Don Giovanni — Orange</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/don-giovanni-orange-en-voiture-zerline/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Aug 2019 15:32:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce vendredi 2 août, la modernité est entrée dans le théâtre antique d’Orange à l’occasion de la première des deux représentations de Don Giovanni à l’affiche cet été. Dès l’ouverture, un taxi jaune new-yorkais déboule sur la scène et se gare avec un sacrilège crissement de pneus, le héros en sort et, grâce au vidéo-mapping &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce vendredi 2 août, la modernité est entrée dans le théâtre antique d’Orange à l’occasion de la première des deux représentations de <em>Don Giovanni</em> à l’affiche cet été. Dès l’ouverture, un taxi jaune new-yorkais déboule sur la scène et se gare avec un sacrilège crissement de pneus, le héros en sort et, grâce au vidéo-mapping qui anime et colore ce que Louis XIV appelait « le plus beau mur de mon royaume », il prend l’ascenseur pour aller rejoindre dans sa chambre une Donna Anna plus que consentante. Quand la situation tourne vinaigre malgré tout, un deuxième véhicule surgit des coulisses, une grosse bagnole noire aux vitres teintées d’où sort un Commandeur aux allures de parrains de la mafia. Duel au revolver, les deux adversaires tirent, et les deux s’écroulent, puis se relèvent, à moins qu’il ne s’agisse de leur double. La mise en scène de <strong>Davide Livermore</strong> pose donc plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, car quand revient le Commandeur à la fin de l’œuvre, pour vraiment re-tuer Don Giovanni – de plusieurs coups de feu, cette fois –, le surnaturel est évacué mais l’on ne sait toujours pas ce qui s’est passé au départ (la scène du duel aura été rejouée pendant l’air du champagne sans que l’on comprenne davantage). A part ça, il faut reconnaître que la voiture, déjà vue dans bien d’autres productions mozartiennes depuis Peter Sellars, est fort bien utilisée, du début à la fin du spectacle : Leporello la conduit, on y culbute les dames sur la banquette arrière, on monte sur le capot ou sur le toit… Ce qui laisse entendre que l’œuvre est transposée de nos jours, malgré quelques costumes vaguement historiques (robes à panier pour les dames, tenue Velasquez pour Don Ottavio), coquetterie de détail qui ne dure pas au-delà du premier acte et qui renvoie vaguement à l’intemporalité du mythe. Les images projetées sur le mur et sur le sol sont assez bluffantes, le tout se laisse voir avec beaucoup de plaisir, à défaut d’éclairer l’opéra d’un jour nouveau, et ces signes extérieurs de modernité sont encore assez rares aux Chorégies pour qu’une partie du public hue le metteur en scène lors des saluts.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/dg-2019-9-c-abadie.jpg?itok=kKXJYuoP" title="© Bruno Abadie" width="468" /><br />
	© Bruno Abadie</p>
<p>Pour servir ce genre de conception, il faut des chanters prêts à s’investir et à porter une bonne partie du drame sur leurs épaules. C’est heureusement le cas et, même si tout n’est pas parfait, la distribution dispense de grands plaisirs pour l’oreille. On connaît bien le Don Giovanni d’<strong>Erwin Schrott</strong>, déjà applaudi plusieurs fois à Paris : bien qu’éprouvé par l’enchaînement de répétitions assurées en plein vent, le baryton-basse uruguayen se donne sans compter, quitte à émettre quelques notes peu orthodoxes. Qu’importe, le jouisseur est d’emblée présent, et l’acteur, d’une habileté diabolique, a l’art de mettre le public dans sa poche, par ses gestes, ses mimiques, par les libertés mêmes qu’il prend dans les récitatifs (le fameux « Zitto, mi pare sentir odor di femmina » est préparé par plusieurs interruptions afin de flairer les lieux, par exemple). Il trouve en <strong>Adrian Sâmpetrean </strong>un quasi jumeau, tant pour le physique que pour la voix – Schrott chante surtout le rôle du maître mais est encore parfois le valet. Dommage pour ce bon Leporello, au jeu très vif et à la diction mordante, que l’attention du public soit détournée pendant l’air du catalogue par les sinistres photos de mortes, victimes du prédateur, qui apparaissent alors sur le décor. Remplaçante de la remplaçant de Nadine Sierra, <strong>Mariangela Sicilia </strong>a déjà un fort beau parcours derrière elle, depuis qu’elle a été lauréate du concours Operalia il y a tout juste cinq ans : la voix est belle, l’actrice est engagée, et la soprano livre un « Non mi dir » irréprochable, applaudi comme il le mérite. « Or sai chi l’onore », en revanche, manque de cette rage concentrée que l’on y attend ; on laissera donc à l’artiste le temps de mûrir encore le rôle. On s’étonne que <strong>Karine Deshayes</strong> continue à se présenter comme mezzo-soprano, tant sont confidentielles les notes graves des premières interventions de Donna Elvira, où l’on peut aussi être gêné par quelques portamento peu mozartiens, mais les aigus brillants laissent pantois et l’on s’incline bien bas devant la totale réussite de son « Mi tradì ». Malgré un Don Ottavio plus que jamais dindon de la farce (Donna Anna et Don Giovanni s’embrassent goulument dès qu’il a le dos tourné), <strong>Stanislas de Barbeyrac </strong>phrase et nuance admirablement ses airs, confirmant une fois de plus son adéquation avec ce répertoire. Face à la Zerline charmeuse de la mezzo <strong>Annalisa Stroppa</strong>, à laquelle on reprochera néanmoins des vocalises un rien hachées à la fin de « Batti, batti », <strong>Igor Bakan</strong>, avec une silhouette à la Bryn Terfel, propose un Masetto bien balourd. Dans son incarnation d’un Commandeur qui n’est à aucun moment statue, <strong>Alexeï Tikhomirov</strong> est aidé par la sonorisation qui fait jaillir de nulle part sa voix déjà puissante lors de la scène de l’invitation.</p>
<p>Si les chœurs de Monte-Carlo et d’Avignon ont vraiment très peu à faire, l’orchestre de l’Opéra de Lyon bénéficie de l’acoustique d’Orange pour mettre en lumière des phrases instrumentales que l’on ne remarque pas toujours, tel trait de flûte ici, telle note de clarinette là. La direction de <strong>Frédéric Chaslin</strong> paraît d’abord très retenue, comme si le plein air imposait certaines précautions, mais les tempos s’allègent bientôt et la soirée se déroule avec une grande fluidité, menant jusqu’à son terme le parcours de celui qui était peut-être bien mort dès les premiers instants de l’opéra.</p>
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		<title>VERDI, Rigoletto — Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rigoletto-marseille-une-excitante-perspective/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Jun 2019 08:17:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A en juger par l’affluence, Rigoletto manquait au public marseillais, qui a décrété un triomphe pour cette production maison réalisée en partenariat avec les Chorégies d’Orange, où elle fut créée en 2017. L’enthousiasme s’adressait-il aussi au décor d’Emmanuelle Favre ? Reproduisant celui conçu pour l’immense plateau d’Orange, réduit à l’échelle de la scène marseillaise, il propose &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A en juger par l’affluence, <em>Rigoletto </em>manquait au public marseillais, qui a décrété un triomphe pour cette production maison réalisée en partenariat avec les Chorégies d’Orange, où elle fut créée en 2017. L’enthousiasme s’adressait-il aussi au décor d’<strong>Emmanuelle Favre </strong>? Reproduisant celui conçu pour l’immense plateau d’Orange, réduit à l’échelle de la scène marseillaise, il propose d’un acte à l’autre une structure unique, celle d’un haut mur à la base duquel repose une marotte géante dont la tête grotesque servira de support aux vidéos de <strong>Virgile Koering</strong>. Elles montreront les frondaisons du jardin clos de Rigoletto, à l’acte II, ou les veines du bois d’un objet obsolète, au troisième acte. Le manche ou le sceptre, comme on voudra, de la marotte est utilisé comme un praticable, une passerelle, où l’on peut défiler, s’exhiber et surplomber la masse des courtisans.</p>
<p>Située sur la scène comme elle l’est, cette structure ne permet pas d’en exploiter toute la profondeur, avec les conséquences que l’on devine pour les mouvements de foule, réduits à leur plus simple expression. Sans doute <strong>Charles Roubaud </strong>essaie-t-il de les animer. Il fait défiler les invitées de la fête initiale sur le praticable, mettant en valeur les somptueuses toilettes féminines conçues par <strong>Katia Duflot</strong>. Mais cela semble plus un raout mondain qu’une orgie naissante. Plus tard, l’expédition nocturne des courtisans devient, pour lui, le prolongement de la soirée très arrosée. Mais c’est le traitement des scènes avec solistes qui laisse insatisfait, tant les positions face au public, qui affaiblissent l’impact dramatique des interactions, semblent systématiques.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/p1140183_photo_christian_dresse_2019_0.jpg?itok=Ccz68L6Q" title="© Christian Dresse" width="468" /><br />
	© Christian Dresse</p>
<p>Toutefois, ces choix de mise en scène ont peut-être leur justification : pour deux des solistes ces représentations sont l’occasion d’une prise de rôle. Dès lors, les mettre en relation directe et prolongée avec la fosse peut être interprété comme la bienveillance d’un professionnel chevronné envers des artistes dont le souci en ce soir de première est leur coordination avec le chef d&rsquo;orchestre. On est enclin à le croire, car au premier acte la direction de <strong>Roberto Rizzi-Brignoli</strong> nous semble quelque peu inégale, tantôt précipitée, tantôt excessivement ralentie, aux dépens ou en faveur des chanteurs. Après l’entracte, toutefois, nous avons retrouvé le chef dont nous aimons le lyrisme, et la netteté d’une lecture qui imprime à l’orchestre, qui lui répond admirablement, la cohérence dramatique et les accents, goguenards et sinistres, acides et déchirants, mélodieux et désarmants, dans une marche inéluctable où le destin va s’accomplir.</p>
<p>Cette réussite, on la retrouve dans la distribution. Certes, la performance d’<strong>Enea Scala</strong>, qui débute en duc de Mantoue n’est pas encore au niveau de certains de ses prédécesseurs glorieux et peut-être de ses ambitions. Pour le ténor, ce rôle peut-être un piège car il semble concevoir le personnage comme un risque-tout sur le plan vocal, et ce n’est pas sans conséquences quand lors des suraigus émis en force la couleur change et le métal affleure laidement. Il a donné par le passé assez de preuves de sa musicalité pour espérer que, passé le stress de la première il redimensionne ses objectifs et joue de ses moyens, homogénéité, étendue réelle, longueur de souffle, sans les pousser à outrance. Alors il pourrait incarner davantage le personnage et prendre moins la pose.</p>
<p><strong>Nicola Alaimo </strong>rêvait de Rigoletto. On lui souhaite de retrouver le rôle dans une autre production, celle de Marseille étant le point de départ d’un approfondissement nécessaire. Pour lui aussi la fosse demeure le repère et cela entrave certainement son interprétation. Mais il a sans nul doute les fondamentaux indispensables, tant vocaux que dramatiques, et déjà son Rigoletto a une charge expressive qui laisse présager une incarnation majeure à venir. Comme pour son Falstaff, on pourra dire : « j’y étais ».</p>
<p>Leur Gilda, <strong>Jessica Nuccio</strong>, ne débutait pas dans le rôle, mais elle était inconnue à Marseille. Gageons qu’elle deviendra une « chouchoute » du public car outre une présence scénique adéquate elle a démontré une maîtrise vocale qui a soulevé l’enthousiasme du public. Seuls les aigus émis en force prennent une fâcheuse résonance métallique, mais tous les autres sont brillants, le medium est sonore, les trilles sont impeccables et la souplesse coule de source.</p>
<p><strong>Alexey Tikhomirov </strong>est un Sparafucile convaincant, aux moyens adéquats pour le rôle, et à la prononciation soignée. Le personnage de Maddalena tient ici plus de l’escort-girl que de la prostituée de barrière ; <strong>Annunziata Vestri </strong>lui prête une distinction inhabituelle et des graves caverneux qui semblent naturels. Le reste du plateau est sans reproche, à commencer par le chœur, d’une belle homogénéité. Des seconds rôles on distinguera le Marullo sonore d’<strong>Anas Seguin </strong>et le Monterone de <strong>Julien Véronèse</strong> dont la voix profonde révèle la proximité de ce père outragé avec le Commandeur mozartien.Encore quatre représentations. On envie les spectateurs de la dernière : délivré des affres du début, le plateau devrait se surpasser. Une excitante perspective !</p>
<p> </p>
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		<title>WAGNER, Die Walküre — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-geneve-des-hauts-et-des-bas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Feb 2019 08:06:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après un Or du Rhin prometteur, la Walkyrie, dans le cadre du Ring complet proposé à Genève dans la reprise de la mise en scène de Dieter Dorn de 2013, se révèle inégale. Certes, le projet scénique reste cohérent et dévoile de belles idées, qui alternent toutefois avec quelques partis pris désormais usés ; certes, la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après un <em><a href="https://www.forumopera.com/das-rheingold-geneve-mouvement-perpetuel">Or du Rhin</a> </em>prometteur, la <em>Walkyrie</em>, dans le cadre du <em>Ring</em> complet proposé à Genève dans la reprise de la mise en scène de Dieter Dorn de 2013, se révèle inégale. Certes, le projet scénique reste cohérent et dévoile de belles idées, qui alternent toutefois avec quelques partis pris désormais usés ; certes, la volonté de jouer une musique qui ne couvre jamais les voix, mais dont on entend toutes les nuances, reste présente ; cependant, l’œuvre est desservie vocalement par un premier acte dont seul émerge le personnage de Hunding, chanté par la remarquable basse <strong>Alexey Tikhomirov </strong>qui interprétait hier Fasolt et réussit ce soir un rôle de composition parfaitement convaincant.</p>
<p>On aimerait pouvoir jeter un voile pudique sur les prestations du ténor <strong>Will Hartmann</strong> et de la soprano <strong>Michaela Kaune</strong>, qui, dans les rôles de Siegmund et de Sieglinde, semblent tous deux à la peine, dans la ligne de chant comme dans l’articulation du texte. S’y ajoutent pour le premier un manque de projection et de volume qui fait douter des choix effectués pour l’interprétation de ce rôle, et pour la seconde des difficultés de justesse et d’homogénéité. Ni le très attendu « Winterstürme wichen dem Wonnemond <em>»</em> ni « Du bist der Lenz<em> »</em> n’émeuvent, dépourvus qu’ils semblent de souffle, d’ampleur, de maîtrise du phrasé et du déploiement de la mélodie. C’est d’autant plus regrettable que la direction de <strong>Georg Fritzsch</strong> est constamment attentive à l’intelligibilité des dialogues – parler d’interprétation chambriste serait sans doute exagéré, mais le volume sonore global de l’Orchestre de la Suisse romande reste relativement modéré, mettant les voix – le texte – en valeur, comme le voulait Wagner.</p>
<p>Selon une logique inattendue, le spectacle est sauvé, du point de vue vocal, par l’arrivée à l’acte II à la fois de celle qui défend Siegmund, et par celle qui prend fait et cause pour Hunding. D’emblée, <strong>Petra Lang</strong> affirme l’énergie et la volonté de Brünnhilde par la puissance de ses « Hojotoho », avant de révéler le lyrisme de son chant dans ses échanges avec Wotan puis dans son annonce à Siegmund, tandis que l’interprétation du personnage de Fricka, dans une extraordinaire scène de ménage, permet de confirmer les qualités vocales et scéniques de <strong>Ruxandra Donose</strong> tout autant que celles de <strong>Tómas Tómasson</strong>, déjà soulignées dans le Prologue. On passe là à un niveau supérieur, dont la qualité se maintient jusqu’au bout, entraînant même dans son sillage quelques envolées lyriques de Michaela Kaune lors de ses ultimes échanges avec Siegmund.</p>
<p>On notera l’originalité d’une Chevauchée des Walkyries qui n’est ni clinquante ni tonitruante, au volume sonore volontairement réduit, permettant ensuite aux voix des huit sœurs – excellemment interprétées – de se faire entendre avec clarté, dans leur dynamique commune et leur diversité. Les adieux de Wotan, d’un lyrisme consommé, après les derniers échanges avec Brünnhilde révélant toute une palette de  nuances, achèvent de réconcilier avec ce spectacle. Même si l’on regrette un premier acte en partie manqué pour ce volet considéré comme le plus lyrique de la Tétralogie, on retiendra la beauté et l’émotion dégagées par les deux derniers actes.</p>
<p>Qu’en est-il de la scénographie, puisque ce <em>Ring</em> est placé sous le signe de sa reprise ? Dans un décor (<strong>Jürgen Rose</strong>) toujours dépouillé, sans être pour autant le plateau « vide » ou « nu » dont on a parfois parlé lors de la création de cette mise en scène en 2013-2014, un frêne aux branches tortueuses figure à l’acte I la complexité du destin tandis que des panneaux de bois – placards ou cabanes – restreignent l’espace autour du promontoire sur lequel Hunding marque son autorité en suspendant son manteau et son accoutrement de chasseur. Au II, on peut sourire de l’arrivée de la déesse sur un palanquin, de la tenue orientalisante du maître des dieux, ou du cheval Grane porté et animé par des marionnettistes, mais ces choix s’inscrivent dans la continuité d’une vision d’ensemble et peuvent prétendre au statut de leitmotive visuels (comme les nornes faisant rouler à nouveau leur pelote au début chaque acte). Au reste, ces références à d’autres formes de théâtre que celles de la tradition occidentale illustrent à leur manière le syncrétisme religieux de Wagner. Le sol fait de plaques enchevêtrées rappelle la structure qui se trouvait au fond du Rhin lors du Prologue, tout en évoquant d’immenses cristaux de glace brisée à la manière d’un tableau de Caspar David Friedrich (on pense à « La mer de glace », qui, au demeurant, s’intitule aussi « Le naufrage »). Certaines de ces plaques sont des miroirs qui s’élèvent, entourent et enferment Wotan dans ses propres reflets, illustrant une omniscience tournant à vide et les propres traités du dieu qui limitent désormais sa liberté. Dans une superbe image finale, ces miroirs se dresseront autour du rocher de Brünnhilde tels des mégalithes protecteurs, comme la part divine revendiquée par la fille de Wotan. Il est plus difficile d’adhérer pleinement au choix des mannequins grotesques figurant les valeureux guerriers emportés par les Walkyries au Walhalla, dans la mesure où l’éventuelle dérision qu’exprime le procédé ne répond à aucune argumentation implicite ou explicite dans le reste de la mise en scène. En revanche, le caisson abritant les Walkyries, rappelant les cartons vus dans le <a href="https://www.forumopera.com/das-rheingold-geneve-mouvement-perpetuel">Prologue</a> (abritant l’or, ou les filles du Rhin, ou se transformant en nacelle de montgolfière pour les dieux), suggère le recours constant à des matériaux divers, issus de la boîte à outils du créateur. Aux saluts, comme hier, <strong>Dieter Dorn</strong> – né en 1935 –, venu se joindre aux chanteurs et au chef d’orchestre, est applaudi avec enthousiasme.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-geneve-mouvement-perpetuel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Feb 2019 06:48:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour l’inauguration du Grand Théâtre de Genève rénové après trois ans de fermeture, la reprise du Ring complet donné en 2013-2014 marque aussi la dernière saison de Tobias Richter à la tête de cette institution. Autant dire que cette Tétralogie, proposée cette année trois fois sous forme de cycle complet, a valeur de symbole. La &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour l’inauguration du Grand Théâtre de Genève rénové après trois ans de fermeture, la reprise du <em>Ring</em> complet donné en 2013-2014 marque aussi la dernière saison de Tobias Richter à la tête de cette institution. Autant dire que cette <em>Tétralogie</em>, proposée cette année trois fois sous forme de cycle complet, a valeur de symbole. La première soirée en est un Prologue puissant qui ne connaît ni temps mort, conforme en cela aux intentions d’écriture musicale continue du compositeur, ni chute de tension. La direction musicale de <strong>Georg Fritzsch</strong> maintient du début à la fin l’attention soutenue de l’auditoire : la qualité des timbres, les couleurs de l’orchestre, mais aussi les nuances, les respirations tout autant que la force des contrastes et même certaines rugosités expriment cette naissance d’un monde et cette histoire de la violence. Happé d’emblée par le mi bémol initial du prélude, le public est rivé à son siège jusqu’à la montée au Walhalla.</p>
<p>Le travail de <strong>Dieter Dorn</strong> à la mise en scène, qui avait suscité l’intérêt et l’admiration de la critique <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-promesses-dun-prelude">à l’époque</a>, se caractérise par une grande lisibilité, qui n’exclut pas la subtilité ni la finesse de l’interprétation. Le liseré lumineux rouge qui encadre la scène noire crée la distance voulue tout en nouant avec le spectateur un pacte de lecture autorisant le mélange des genres. Ainsi des projections en noir et blanc de photographies de guerres et de catastrophes (vidéo de <strong>Jana Schatz</strong>), annonciatrices des malheurs à venir, qui précèdent les premières mesures, de la chute dans les profondeurs du plateau d’un bloc d’or venu des cintres, des nornes poussant une immense pelote faite des cordes des vies humaines, tandis que les dieux, d’abord masqués à la façon de la tragédie grecque, représentent par leurs tenues vestimentaires diverses traditions historiques ou mythologiques (avec un Donner en samouraï et un Froh en dieu gréco-romain). Les costumes de <strong>Jürgen Rose</strong> s’insèrent dans ses décors qui font se succéder des blocs de béton au fond du Rhin, les couleurs vives des filles du Rhin, la magie des profondeurs obscures du Nibelheim peuplées par ailleurs de travailleurs réduits en esclavage, la fantastique – et comique – métamorphose d’Alberich en dragon ou l’ascension finale des dieux dans un carton devenu montgolfière vers les hauteurs, censées être celles du Walhalla, drapées d’une tenture aux couleurs de l’arc-en-ciel. La dramaturgie de <strong>Hans-Joachim Ruckhäberle</strong> agence les déplacements pour créer une narration très vivante, un récit mobile, parfois effrayant, parfois amusant, avec des personnages sans cesse en mouvement, même lorsqu’ils font face au public, alignés sur le devant de la scène.</p>
<p>La vaillance vocale est au rendez-vous, augmentée d’une musicalité que ne vient jamais perturber la quête du volume sonore. Dans une parfaite osmose avec l’orchestre, les chanteurs se font entendre avec une apparente facilité qui force l’admiration. <strong>Tómas Tómasson</strong> est un Wotan tour à tour veule et impérieux, vocalement très convaincant, face auquel l’Alberich de <strong>Tom Fox</strong> (qui incarnait Wotan en 2013) apparaît véritablement comme l’albe noir faisant contrepoint à l’albe blanc (gémellité soulignée par les statures des deux chanteurs et par les costumes dont chacun porte la nuance qui le symbolise) et capable de l’égaler par ses qualités et son endurance vocales. Solidité et parfaite diction au service du chant aussi pour <strong>Stephan Gentz</strong>, Donner un peu empêtré scéniquement par son marteau, et pour le Froh parfois un peu moins compréhensible, mais toujours mélodieux, de <strong>Christoph Strehl</strong> (qui tenait déjà le rôle en 2013). On accordera une mention spéciale à <strong>Stephan Rügamer</strong>, remarquable Loge, facétieux et bondissant, virevoltant sur scène et d’une virtuosité vocale époustouflante. Mime bénéficie de la belle voix de ténor de <strong>Dan Karlström</strong>, presque trop belle dans le rôle de ce personnage pitoyable, pour lequel il ne ménage d’ailleurs pas sa peine en tant qu’acteur. <strong>Alexey Tikhomirov</strong> projette une voix claire et distincte en Fasolt, qu’accompagne <strong>Taras Shtonda</strong>, un peu engorgé au début mais capable d’affirmer ensuite avec force la personnalité ombrageuse du géant Fafner</p>
<p>La distribution féminine, dominée par le timbre clair de <strong>Ruxandra Donose</strong>, lumineuse et inflexible Fricka, voit <strong>Agneta Eichenholz</strong> reprendre, avec talent, le rôle de Freia chanté déjà il y a cinq ans, auquel elle donne fraîcheur et sensibilité. Si <strong>Wiebke Lehmkuhl</strong> sait prêter à Erda la justesse de ton et la dimension énigmatique attendues, la voix manque peut-être d’un peu d’épaisseur et de sonorité ce soir pour incarner pleinement la prophétesse doublée d’une aïeule.</p>
<p><strong>Polina Pastirchak</strong> chante à nouveau le rôle de Woglinde qu’elle interprétait en 2013, avec clarté et séduction, secondée par la Flosshilde parfois moins compréhensible, mais à la voix bien timbrée, d’<strong>Ahlima Mhamdi</strong> et par <strong>Carine Séchaye</strong> en accorte et bien-chantante Wellgunde.</p>
<p>Voilà un Prologue qui laisse attendre avec impatience la suite de ce <em>Ring</em>, mais qui constitue aussi un tout réussi, à saluer en soi, dans la cohérence de sa narration scénique, attachée à rendre limpide une histoire complexe et sombre, et dans l’équilibre accompli entre chant et musique.</p>
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		<item>
		<title>MOUSSORGSKI, Boris Godounov — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/boris-godounov-geneve-mort-exquise-mort-parfumee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Oct 2018 05:11:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que retentissent les cloches du Kremlin et que commence l’agonie de Boris, des femmes viennent lancer sur le tsar pourtant encore vivant de grands bouquets de fleurs odorantes et des poignées de terre : hommage ambigu, parce qu’il arrive trop tôt, et surtout parce que s’y exprime une certaine agressivité envers le petit père qu’il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que retentissent les cloches du Kremlin et que commence l’agonie de Boris, des femmes viennent lancer sur le tsar pourtant encore vivant de grands bouquets de fleurs odorantes et des poignées de terre : hommage ambigu, parce qu’il arrive trop tôt, et surtout parce que s’y exprime une certaine agressivité envers le petit père qu’il faut bien honorer malgré la haine qu’il inspire. Cette scène, sur laquelle se conclut la nouvelle production genevoise de <em>Boris Godounov</em>, marque forcément les esprits, et elle permet de remettre in extremis le peuple sur le devant de la scène, alors même que la version de 1869 prévoit pour l’opéra une fin plus intimiste, le héros expirant simplement dans les bras de son fils. <strong>Matthias Hartmann</strong>, dont l’<em>Elektra </em>parisienne n’aura pas forcément laissé un souvenir impérissable, choisit intelligemment de dépasser la plate et servile actualisation, du genre Boris = Poutine ; le spectacle se situe grosso modo à notre époque, avec militaires en treillis et apparatchiks luxueusement logés, mais il inclut, grâce aux costumes de <strong>Malte Lübben</strong>, des renvois au passé – les moines médiévaux, dont Pimène, les pantalons ornés de crevés, comme des culottes Renaissance – et les projections vers un avenir improbable – jupes et robes pour certains hommes, étranges poches cubiques sur les costumes-cravates. Constitué de six tours-échafaudages et d’un grand escalier également mobile, le décor de <strong>Volker Hintermeier </strong>se transforme sans cesse pour évoquer les divers lieux de l’action, tandis que la mise en scène réquisitionne tous les moyens possibles afin de maintenir en éveil l’intérêt du public.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/boris_godounov_g_c_caroleparodi_02.jpg?itok=wijbUGRG" title="© Carole Parodi" width="468" /><br />
	SIxième tableau, devant Saint-Basile © Carole Parodi</p>
<p>Lors de la scène du couronnement, le tsar apparaît de dos, frêle silhouette placée au sommet d’un escalier, à qui Chouïski remet les insignes traditionnels du pouvoir, mais quand le tableau se fige, le vrai Boris surgit à l’avant-scène, isolé de la foule qui l’acclame, déjà visiblement en proie aux tourments qui le hanteront jusqu’à sa dernière heure. Le timbre de <strong>Mikhail Petrenko</strong> paraît étonnamment clair, plus baryton que basse, mais le personnage y gagne peut-être en humanité ; l’acteur traduit dans son corps les obsessions du tsar mais le chanteur conserve la pureté de son émission, ne s’autorisant le parlando que dans ses ultimes instants. Le Pimène de <strong>Vitalij Kowaljow</strong> envoûte d’emblée par la profondeur de ses graves, et l’on croit sans mal que ce moine a jadis mené grand train à la cour et accumulé les faits d’armes. Après avoir été Don José en alternance avec Sébastien Guèze, <strong>Sergeï Khomov</strong> revient à Genève pour un Grigori particulièrement exalté, jeune fanatique comme le veut la version de 1869 bien plus qu’ambitieux comme il le devient en 1872. Cuvant leur vin dans un bordel frontalier, Varlaam et Missaïl sont ici ouvertement ridicules, avec leur trogne caricaturale et leur fausse bedaine : en attendant la représentation du 14 novembre où il reprendra le rôle-titre, <strong>Alexey Tikhomirov</strong> se déchaîne en moine braillard, tandis qu’<strong>Andrei Zorin</strong> se livre aux bouffonneries attendues. Aux côtés du Chtchelkalov fort éloquent de <strong>Roman Burdenko</strong> et de l’Innocent touchant de <strong>Boris Stepanov</strong>, le Chouïski d’<strong>Andreas Conrad</strong> déçoit, la voix étant un peu trop celle d’un ténor de caractère, couvert par l’orchestre lors du couronnement, et aux accents manquant un peu trop de noblesse pour incarner le prince fielleux. Chez les dames, <strong>Marina Viotti </strong>brille en Fiodor, tsarévitch portant le pantalon et les bottes traditionnelles, mais aussi adolescent d’aujourd’hui arborant un maillot de football en forme de chemise russe ; <strong>Melody Louledjian</strong> n’a presque rien à chanter en Xenia, et en entendant <strong>Marina Vassileva-Chaveeva</strong> on regrette que le rôle de l’Aubergiste soit lui aussi si court.</p>
<p>Dans la fosse, <strong>Paolo Arrivabeni</strong> opte pour une lecture limpide, privilégiant la clarté des différents plans sonores pour mettre en valeur l’écriture savante de Moussorgski, plutôt que de viser les décibels à tout prix, et l’Orchestre de la Suisse Romande le suit avec une belle précision. Cette approche est partagée par la Maîtrise du Conservatoire de Genève, ainsi que par le Chœur du Grand Théâtre : point ici de bloc choral massif, mais des effectifs vocaux soucieux de netteté sans lourdeur, ce qui n’empêche évidemment pas une solide présence du peuple russe dans les scènes où il se manifeste.</p>
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