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	<title>Nina VAN ESSEN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Nina VAN ESSEN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VENABLES, We are the Lucky Ones – Erl</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans l’opéra du compositeur britannique Philip Venables créé tout récemment, « le bon vieux temps » désigne celui que beaucoup d’entre nous, « boomers » qui sommes nés entre 1940 et 1949, ont connu. Souvenirs embellis ou estompés par les années qui passent ? Peut-être, mais force est de constater qu’entre 1940 et aujourd’hui, soit globalement le temps d’une vie, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans l’opéra du compositeur britannique <strong>Philip Venables</strong> créé tout récemment, « le bon vieux temps » désigne celui que beaucoup d’entre nous, « boomers » qui sommes nés entre 1940 et 1949, ont connu. Souvenirs embellis ou estompés par les années qui passent ? Peut-être, mais force est de constater qu’entre 1940 et aujourd’hui, soit globalement le temps d’une vie, on a vu malgré des guerres sporadiques une augmentation importante du niveau de vie, une simplification de la vie courante, et une amélioration notable de la santé publique qui se traduit entre autres par une augmentation de la durée moyenne de la vie. Mais ce qui paraît poser problème dans cette œuvre, ce n’est pas tant la musique que le livret.</p>
<p>Dès que l’on parlait du passé, qu’il s’agisse de La Belle époque, des Années folles ou des 30 Glorieuses, on a souvent entendu des personnes âgées dire « c’était le bon temps ». Mais cela dépend de quoi l’on parle exactement. À son ouverture en 1988, le Musée de la civilisation à Québec proposait une galerie intitulée « Mémoires », dans laquelle la première section était justement consacrée au « Bon vieux temps ». Il s’agissait d’une démarche à la fois ethnographique et historique : d’un côté, on pouvait voir comment le bonheur familial était vu par la mémoire collective du XXe siècle : une pièce confortable, un feu dans la cheminée, une grand-mère dans son fauteuil à bascule avec un chat ronronnant sur ses genoux… Mais le couloir qui longeait cette présentation idyllique montrait les antithèses, la guerre, les mouvements sociaux, la misère, la dureté du travail en usine, etc.</p>
<p>Or là est le fond de la question : d’un côté la mémoire collective forgée sur des souvenirs individuels, de l’autre une démarche réfléchie menée par des historiens, fondée sur des documents d’archives et des faits confirmés. Et il est clair que les souvenirs personnels sont les plus sujets à caution, tant ils sont essentiellement en rapport avec la mémoire individuelle et avec la personnalité de chacun : peut-on dire qu’ils représentent une génération, une période, une nation ? Et au total, ce bon vieux temps évoqué par des individus, est-ce que ce n’est pas systématiquement un regard nostalgique sur leur jeunesse, faite essentiellement dans nos pays occidentaux d’insouciance face à un avenir souvent ouvert et radieux ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/55402954480_3dae7181d2_k-rec-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-217603"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Photos Tiroler Festspiele Erl &#8211; TFE/Scheffold Media</sup></figcaption></figure>


<p>En fait, ce que l’on peut le plus reprocher à la démarche des librettistes <strong>Nina Segal </strong>et<strong> Ted Huffman</strong>, c’est son opacité, ainsi que celle de leur technique d’interview : on lit qu’ils ont interrogé quelque 70 personnes nées entre 1940 et 1949 (sur quelles bases ? Dialogues, questions, grilles d’analyse ?) ; dans tous les pays occidentaux, essentiellement d’Europe (or on a l’impression d’un ensemble essentiellement anglo-saxon du fait de beaucoup d’éléments racontés qui ne concernent pas tous les pays) ; et enfin en un mélange de sexes, de genres, de couples, de périodes par 10 ans, tendant à donner un regard global, alors qu’en fait on reste la plupart du temps au niveau de l’anecdote individuelle. Laura Roling, dramaturge du Dutch National Opera d’Amsterdam, ne s’y est pas trompée lorsqu’elle explique : « L’équipe a travaillé à partir de traductions de transcriptions de conversations qu’elle n’avait pas menées elle-même. Et les souvenirs partagés par les personnes interrogées sont, par définition, subjectifs. Chacun façonne son histoire personnelle lorsqu’il la raconte. (…) C’est ainsi qu’est né, à partir de témoignages et d’histoires réels, quelque chose à la fois authentique et artificiel. La frontière entre vérité et fiction est délibérément floue dans cet opéra. Qu’est-ce qui provient directement des entretiens ? Qu’est-ce qui a été sélectionné, monté, voire transformé par les créateurs pour refléter leur propre vision de cette génération ? » En tous cas, il ne s’agit donc pas du travail d’historiens professionnels de l’enquête, et c’est fort dommage.</p>
<p>Une fois tous les témoignages recueillis, regroupés et répartis en soixante-quatre scènes, on se rend compte qu’un peu tout est abordé, dans le genre de la « Rubrique-à-brac » chère à Gotlib. Les grands événements politiques et sociaux sont pour la plupart esquissés (mais rien sur mai 1968 en France qui est peut-être l’expérience étudiante la plus extraordinaire, du fait de son ampleur nationale), mais surtout des petits riens de la vie courante, qui ne sont pas particulièrement propres à la période considérée : la mort du chien de la famille, la vieille dame à qui un malfrat essaie d’arracher son sac, qu’elle a sécurisé, ce qui lui permet de crier à son agresseur « fuck you » (va te faire foutre), tout en se disant que cet argent, il en avait sûrement plus besoin qu’elle. Et les vies se déroulent ainsi, entre émotion, humour et regrets, jusqu’à la mort que l’une des interviewées a dû raconter depuis l’au-delà.</p>
<p>En fait, ce qui m’a le plus gêné, c’est en tant que boomer moi-même de ne me reconnaitre en rien dans tout cela, ni dans l’espace, ni dans le temps, ni dans les préoccupations de ces 70 personnes. Sauf en un point : oui, on a peut-être acquis une position plus élevée que celle de nos parents, mais cela a été – comme cela est souligné – au prix d’un travail acharné. Reste une question : ceux qui sont concernés par la tranche d’âge et la tranche de vie considérée ont-ils vraiment conscience d’avoir vécu un âge d’or, où tout semblait possible ? Les sans-abris, les mendiants, les migrants, tous ces problèmes sociaux que l’on a vus se développer sans forcément s’en sentir responsables, tout cela reste non-dit, ou alors est esquissé si légèrement qu’on peut ne pas le percevoir. Pas grand-chose non plus dans le domaine de la culture, livres, musées, théâtre et opéra, qui ne semblent pas avoir beaucoup frappé les 70 esprits. Et en conclusion, quel futur peut-on espérer pour les générations à venir : la réponse est évidente…</p>
<p>Mais, me direz-vous, comment tout cela est-il traduit dans le genre opéra ? C’est là que, finalement, tout bascule miraculeusement dans la plus grande des réussites. Il faut dire tout d’abord l’excellence des 8 chanteurs réunis, quatre femmes et quatre hommes, non seulement au niveau du lyrique (malgré la diction anglaise parfois un peu pâteuse, sans doute due à la mauvaise sonorisation des ensembles), mais aussi dans le langage parlé vraiment d’excellente qualité. Ils viennent tous – sauf un – de la distribution de la création à Amsterdam : <strong>Claron McFadden</strong> (One), <strong>Jacquelyn Stucker</strong> (Two), <strong>Nina van Essen</strong> (Three), <strong>Helena Rasker</strong> (Four), <strong>Frederick Ballentine</strong> (Six), <strong>Germán Olvera</strong> (Seven) et <strong>Alex Rosen</strong> (Eight), à l’exception de <strong>James Kryshak</strong> (Five) qui remplace Miles Mykkanen.</p>
<p>Tous assument de grandes carrières lyriques, mais qu’il soit vétéran ou jeune professionnel aucun ne prend le pas sur le voisin, tous jouent de très nombreux personnages, participant également à la pose d’écrans, feuille à feuille en fond de scène. Car des photos et des vidéos projetées sur ces feuilles appliquées sur un grand mur gris viennent donner des visions de la famille, des congés payés, des vacances, du travail, des enfants… Du fait de la complexité de l’écriture, on ne peut séparer les uns des autres et commenter la prestation de chacun, sauf à dire qu’ils sont tous extraordinaires, des claquettes et de la danse au grand écart, des figures de gymnastique au travail théâtral, et peut-être plus encore Alex Rosen (éblouissant Eight).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/55402738409_2bcfd7230d_o-rec-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-217604"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Alex Rosen © Photo Tiroler Festspiele Erl &#8211; TFE/Scheffold Media</sup></figcaption></figure>


<p>L’orchestre d’une soixantaine de musiciens, placé dans la fosse, est entouré d’un praticable comme on en fait souvent au music-hall, qui permet aux chanteurs de circuler tout autour sur une mise en scène efficace de <strong>Ted Huffman</strong>. Dirigé avec brio par <strong>Bassem Akiki</strong>, il distille avec art la musique de Venables, aussi séduisante qu’inclassifiable, sorte d’éclectisme musical situé entre post-modernisme et post-minimalisme. Swing, big band, tango, grandiloquence hollywoodienne, tout se mêle pour illustrer les textes les plus divers.</p>
<p>Ceux qui font encore partie aujourd’hui de cette génération ont-ils vraiment l’impression d’avoir fait partie des chanceux décrits par la production ? Et si leurs suiveurs sont envieux, dépités, déçus de constater un certain gâchis qui fait d’eux les oubliés d’une croissance qui ne reviendra plus, n’y a-t-il pas là une part importante de la question, qui restera sans réponse ? En tous cas, l’opéra tente de nous raconter ici notre histoire : serait-ce, pour lui aussi, un moyen de survivre ?</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/venables-we-are-the-lucky-ones-erl/">VENABLES, We are the Lucky Ones – Erl</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>MOZART, Mitridate &#8211; Paris (Théâtre des Champs-Elysées)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-mitridate-paris-theatre-des-champs-elysees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 May 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mitridate pourrait-il devenir le nouveau Mozart à la mode ? Cette année, les seules séries de représentations à Montpellier, Lausanne et Madrid, sans compter les récentes productions de Berlin ou de Londres, voient cette pièce de jeunesse signée par un prodige de 14 ans réaliser une percée comme nous n&#8217;en avions pas vue depuis Cosi fan &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Mitridate </em>pourrait-il devenir le nouveau Mozart à la mode ? Cette année, les seules séries de représentations à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-mitridate-montpellier/">Montpellier</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-mitridate-lausanne/">Lausanne</a> et Madrid, sans compter les récentes productions de Berlin ou de Londres, voient cette pièce de jeunesse signée par un prodige de 14 ans réaliser une percée comme nous n&rsquo;en avions pas vue depuis <em>Cosi fan Tutte, </em>infiniment plus rare sur les scènes que <em>Les Noces </em>ou <em>Don Giovanni </em>il y a encore vingt ans. Connaîtra-t-elle la même renaissance ? On peut en douter. Car à l&rsquo;écoute de cet <em>opera seria </em>d&rsquo;adolescent, on ne sait ce qu&rsquo;il faut admirer le plus chez son compositeur, entre l’extraordinaire précocité qu&rsquo;il fait déjà sienne, et l&rsquo;écart immense qui sépare cette œuvre de celles qui suivront juste après, ne serait-ce que le <em>Lucio Silla</em> créé deux ans plus tard dans le même théâtre milanais. L’Histoire, sans doute, se montre cruelle avec Mozart, en jugeant chacune de ses pièces à l’aune de ce qu’il a composé de plus indépassable. A ce petit jeu, il est clair que <em>Mitridate </em>ne parvient pas à maintenir dans chacun de ses airs le même niveau d’inventivité musicale, ni à rendre chaque mesure absolument nécessaire à la construction des personnages et au développement de l’intrigue. Génie des ensembles, Mozart ne nous offre ici qu’un seul duo, le poignant « Se viver non degg’io » qui fera dire au castrat Sartorino qu’il voudrait bien se faire châtrer une deuxième fois si le public le boudait. Pour autant, cette histoire de souverain solitaire et trahi, annonciateur de Titus et d’Idoménée, est plus qu’un simple prolégomène des coups de maître à venir.</p>
<p><strong>Christophe Rousset</strong> a eu, depuis longtemps, le talent de voir au-delà des lieux communs sur l’enfance de l’art : auteur, en 1998, d’un enregistrement de référence au casting hollywoodien (Sabbatini, Dessay, Bartoli, Piau et même Florez dans le très anecdotique rôle de Marzio), le chef a toujours défendu <em>Mitridate </em>avec vigueur. Avocat convaincu, il le donne ce soir sans les coupures que d’autres n’hésitent pas à pratiquer au sein des récitatifs et de certains airs. Toute sa foi ne peut rien contre quelques longueurs, mais on admire, d’un bout à l’autre de la soirée, avec quelle énergie les <strong>Talens Lyriques</strong> empoignent cette partition, ne loupant aucune occasion de faire du théâtre en gratifiant chaque <em>aria da capo </em>de nuances toujours réinventées. Les teintes ambrées, les bois gorgés de sève, les cuivres presque exempts de la moindre scorie, tout ici nous raconte la touchante histoire d’amour qui relie cet opéra à cet orchestre.</p>
<p>Ardent partisan de <em>Mitridate</em>, Christophe Rousset réussit, dans le même mouvement, à se faire le meilleur allié de ses chanteurs, en organisant un discours musical où voix et instruments respirent véritablement ensemble, et trouvent des couleurs communes. Il n’y a qu’à entendre, et voir aussi, l’accompagnement plein de hargne qui seconde le Roi du Pont trépignant et capricieux de <strong>Levy Sekgapane</strong>. Quelques semaines après Montpellier, le ténor sud-africain emporte tous les suffrages avec sa composition d’un tyran haut en couleur et en grande voix, généreux en suraigus, en trilles, en sauts d’octave, au point que l’entracte sera placé en cours de deuxième acte, juste après un « Già di spietà mi spoglio » ébouriffant en guise de premier final enthousiasmant. Mais Sekgapane convainc tout autant dans une mort sur le souffle, peuplée de silences et de <em>pianissimi </em>impalpables. <strong>Jessica Pratt</strong> hisse son altière Aspasia sur de mêmes sommets de maîtrise vocale : les suraigus et les vocalises piquées de « Nel grave tormento » ne lui échappent pas plus que le legato et les graves de « Pallid’ombre ». Timbre cuivré, vibrato légèrement élargi mais toujours maîtrisé, souffle généreux (elle ne fut pas trompettiste pour rien !), c’est un Mozart grand format, mâtiné d’un savoir-faire purement belcantiste, que le public acclame avec joie. <strong>Rose Naggar-Tremblay</strong> peut compter sur sa forte présence pour camper un Farnace arrogant et détestable à souhait, mais dont le « Venga pur » captive davantage par son abattage scénique que par son intégrité vocale, entamée par des graves quelque peu sourds. De même, en Sifare, <strong>Vanessa Goikoetxa</strong> peut compter sur une voix ductile, moins sur des aigus détimbrés. L’homogénéité vocale de <strong>Nina van Essen</strong>, le timbre clair de<strong> Maria Kokareva</strong> et l&rsquo;agilité d’<strong>Alasdair Kent</strong> achèvent de séduire une salle aux anges, acquise aux charmes de l’enfance de l’art !</p>
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		<item>
		<title>BARRY, The Importance of Being Earnest — Paris (Athénée)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-importance-of-being-earnest-paris-athenee-linconstance-detre-important/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 May 2019 05:51:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ah, quel bonheur de voir une nouvelle fois confirmé que la musique contemporaine n’est pas imperméable à l’humour, et qu’il est possible de composer aujourd’hui des œuvres lyriques sur autre chose que des livrets abscons et sinistres ! Gerald Barry l’a prouvé avec son opéra d’après Oscar Wilde, créé en concert en 2011, puis en version scénique &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ah, quel bonheur de voir une nouvelle fois confirmé que la musique contemporaine n’est pas imperméable à l’humour, et qu’il est possible de composer aujourd’hui des œuvres lyriques sur autre chose que des livrets abscons et sinistres ! Gerald Barry l’a prouvé avec son opéra d’après Oscar Wilde, créé en concert en 2011, puis en version scénique en 2013 (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-concombre-demasque">à l’Opéra de Nancy</a>, il est bon de le rappeler), après quoi il s’est attaqué à un autre monument de la littérature victorienne avec une <em>Alice au pays des merveilles </em>qui cultive tout aussi délicieusement l’absurde. Car derrière l’apparence d’une comédie boulevardière, <em>L’Importance d’être Constant </em>est en réalité un superbe exemple de non-sens à l’anglaise ; derrière son intrigue à la symétrie savoureusement improbable se cache un vertigineux jeu sur le langage, ou pratiquement pas une phrase n’est à prendre au premier degré. Partant de ce constat, Barry s’autorise toutes les fantaisies et joue avec les sons comme Wilde avec les mots. Sa musique évoque ce que le Groupe des Six aurait pu écrire sous l’effet de substances toxiques si <em>Les Mariés de la Tour Eiffel</em> avait été un opéra, ou ce que Chostakovitch aurait pu composer en multipliant par dix les audaces du <em>Nez</em>. Bref, une partition qui secoue l’auditeur sans jamais le caresser dans le sens du poil, même s’il y passe des réminiscences de refrains connus ou de valses. A la tête de l’Orchestre de chambre fribourgeois, <strong>Jérôme Kuhn </strong>organise en fosse le délire sonore ; les cuivres dominent très sensiblement, ainsi que Barry l’a prévu pour conférer à cette heure de musique un caractère de joyeuse hystérie. On a déjà beaucoup parlé des quarante assiettes que l’on brise, mais bien d’autres effets encore mériteraient d’être relevés, et sur lesquels le spectacle a l’intelligence d’attirer spécialement l’attention.</p>
<p>En effet, pour sa mise en scène, <strong>Julien Chavaz</strong> a bien compris qu’il serait aberrant de monter cet opéra comme on donne encore souvent la pièce d’Oscar Wilde : dans des décors et costumes tout à fait réalistes, et avec un style de jeu non moins réaliste. Dès le lever du rideau, le spectateur est plongé dans un univers improbable, dont rien ne cherche à nous persuader de l’existence. De larges bandes de tissu écossais susceptibles de bouger en tous sens forment la scénoraphie, où à peine un meuble ou deux apportent un semblant d’ancrage dans le réel. Les tenues des personnages renvoient vaguement aux années 1960, mais les perruques de couleur pastel et les maquillages de la même teinte achèvent de déréaliser le tout. Surtout, la gestuelle adoptée par tous se calque sur la musique, avec des moments tout à fait irrésistibles (on pense notamment à ces passages où le manuel d’allemand de Gwendolen semble transmettre un courant électrique à haute tension). Sans jamais être redondants, ces mouvements soulignent au contraire tout le potentiel comique de la musique, pour un résultat ô combien jubilatoire.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/the_importance_of_being_earnest_nofmagali_dougados-0960_1000_1000.jpg?itok=YOSeU40q" title="© Magalie Dougados" width="468" /><br />
	G. Danby, E. Ballard, N. van Essen, Timur, V. Casagrande, A. Scherzer, J. Walker, S. Beard © Magali Dougados</p>
<p>Et loin de paraître éprouvé par cette gesticulation superposée à des lignes de chant qui ne sont pas de tout repos, les chanteurs se tortillent comme ils respirent, avec une aisance confondante. Les deux héros sont idéalement interprétés, par le baryton britannique <strong>Ed Ballard </strong>et par le ténor <strong>Timur</strong> (on imagine qu’il a jugé plus commode pour faire carrière de laisser de côté son patronyme d’origine kazakh). Du côté des jeunes filles, on est bluffé par les suraigus que l’Américaine <strong>Alison Scherzer</strong> émet avec une facilité déconcertante et sans la moindre aigreur, tandis que la mezzo néerlandaise <strong>Nina van Essen </strong>se montre également convaincante dans son personnage. On sait que Gerald Barry a eu l’idée loufoque de confier le rôle de Lady Bracknell à une basse : moins brutal dans son jeu scénique qu’Alan Ewing, titulaire à la scène <a href="https://www.forumopera.com/breve/apres-nancy-the-importance-of-being-earnest-au-disque">et au disque</a>, <strong>Graeme Danby </strong>est superbe de suffisance. Mention spéciale pour <strong>Jessica Walker</strong>, qui confère à Miss Prism un relief inattendu, faisant de la gouvernate une sorte de « ravie de la crèche » tout à fait réjouissante. Préposé au cassage d’assiettes, <strong>Vincent Casagrande</strong> est un domestique à la présence lunaire, tandis que <strong>Steven Beard</strong>, bien qu’acteur, s’intègre parfaitement à l’équipe de chanteurs.</p>
<p>Après cette première parisiennes, les trois autres représentations auront lieu les 22, 23 et 24 mai : il est important d’y assister.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>CHOSTAKOVITCH, Moscou, Quartier des Cerises — Paris (Athénée)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/moscou-paradis-paris-athenee-nouvelle-version-dun-petit-chef-doeuvre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Cormier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Feb 2018 03:53:50 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tcheriomouchki, comédie musicale peu connue de Chostakovitch, déjà représentée avec succès en Angleterre et en Allemagne, a été créée en France à l’Opéra de Lyon en 2004 sous le titre de Moscou, quartier des cerises, dans une mise-en scène de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, reprise en 2009. Programmée périodiquement à la Cinémathèque, la magnifique &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Tcheriomouchki, </em>comédie musicale peu connue de Chostakovitch, déjà représentée avec succès en Angleterre et en Allemagne, a été créée en France à l’Opéra de Lyon en 2004 sous le titre de <em>Moscou, quartier des cerises</em>, dans une mise-en scène de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, <a href="/spectacle/le-printemps-en-hiver"><u>reprise en 2009</u></a>.</p>
<p>Programmée périodiquement à la Cinémathèque, la magnifique adaptation cinématographique soviétique de <em>Tcheriomouchki </em>dont Chostakovitch avait retravaillé la musique, sortie en France en 1963, est aujourd&rsquo;hui visible sur <a href="https://www.youtube.com/watch?v=b1mjkdjf2rg">You Tube</a>.</p>
<p>Titrée « <em>L’utopie flinguée, la propagande en hors-jeu </em>», la note d’intention du metteur en scène <strong>Julien Chavaz</strong> de l&rsquo;adaptation de cet ouvrage sous le titre <em>Moscou Paradis</em> prétend répondre à trois enjeux. D’abord, démontrer que tout en conservant l’utopie du bien être pour tous inculqué par Staline, les moscovites rêvent de confort personnel — un transistor, un réfrigérateur, un dressing pour la femme aisée, un vide-ordure pour la prolétaire&#8230; Ensuite, préserver le merveilleux grâce à la stimulation de la musique pétillante et dansante de Chostakovitch. Enfin, faire comprendre au spectateur qu’il s’agit d’une opération de propagande déguisée par une force politique supérieure qui traite les individus comme des marionnettes devant absolument préserver le sens de la fraternité et de la solidarité.</p>
<p>Poétique, comique, onirique, le spectacle présenté — après la Suisse — au Théâtre de l’Athénée par <strong>Opéra Louise </strong>atteint son objectif. Membres tendus, mâchoire serrée, corps désarticulés&#8230; une chorégraphie très rythmée met en mouvement des personnages désorientés, athlétiques et excessifs. Pour les quatre couples en action, la recherche du logement idéal est une aspiration énergisante. Déclarations d’amour naïves, mensonges, désillusions, conflits se succèdent avant qu’un luxuriant jardin avec son banc magique — sérum de vérité — ne vienne tout aplanir et ré-enchanter pour aboutir à une « <em>vision décomplexée de l’art lyrique </em>»</p>
<p>Discrètement manipulées par les machinistes, les toiles peintes, représentant les façades d’immeubles collectifs neufs et des portions d’intérieurs d’appartements, tiennent lieu de décors. En contraste avec la triste salopette grisâtre du gardien, les jolis costumes de <strong>Severine Besson, </strong>réalisés dans un camaïeu de rose agréable à l’œil, s’inspirent de la mode des années 1950. En symbiose avec la scénographie et les costumes, les maquillages et les perruques contribuent à l&rsquo;esprit humoristique du spectacle.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/opera_louise_mp_cm-dougados-0495_-_copie.jpeg?itok=GeBpRBvj" title="© Magali Dougados" width="468" /><br />
	© Magali Dougados</p>
<p>Ce travail d’équipe s’étend aux chanteurs-danseurs, si bien que nous accordons d’emblée, pour leur engagement dramatique, un satisfecit commun à tous les interprètes. Citons plus particulièrement pour leur chant accompli : <strong>Sheva Tehoval</strong> (Lidotchka), remarquable Princesse de <em>Fantasio </em>à Rouen ; la mezzo <strong>Nina Van Essen</strong> (Macha). Et, côté masculin : la basse bouffe insolite, <strong>Alexandre Diakoff </strong>(Debredniov) et <strong>Jean-Pierre Gos</strong> dans le rôle hilarant de Babourov, le riche apparatchik. Aussi, le ténor roumain <strong>Sergiu Saplacan </strong>(Serguei) et l’élégant jeune baryton <strong>Yannis François</strong> (Sacha).</p>
<p>Un regret. La distribution étant majoritairement francophone, le chant en russe et les dialogues, prononcés en bon français, peinent à incarner l’âme russe. Ce qui n’était pas le cas à Lyon avec une distribution russophone parlant naturellement le français avec leur accent russe.</p>
<p>Enfouis dans la petite fosse, sous la direction musicale de <strong>Jérôme Kuhn</strong>, deux pianos de concert et deux percussionnistes. Se voulant fidèle à la puissance de Chostakovitch, cette transcription plus intime, plus proche du jazz, a pour objectif de faire ressortir le caractère étincelant et dansant de la partition. Cependant durant cette deuxième représentation, la musique n’avançait pas toujours suffisamment pour nous emporter avec elle. Espérons qu’après quelques jours de repos, les trois dernières représentations auront trouvé le rythme endiablé voulu.</p>
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