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	<title>Peter WEDD - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Peter WEDD - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Die Walküre &#8211; Bruxelles</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jan 2024 07:59:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bon public, les spectateurs du théâtre royal de La Monnaie, après s’être ici et là interrogés du regard, se disent qu’une ovation debout, après tout, ne ferait pas tâche et c’est donc en standing que les protagonistes de cette première de Die Walküre sont accueillis au baisser de rideau avec un enthousiasme non feint. Dont &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Bon public, les spectateurs du théâtre royal de La Monnaie, après s’être ici et là interrogés du regard, se disent qu’une ovation debout, après tout, ne ferait pas tâche et c’est donc en <em>standing</em> que les protagonistes de cette première de <em>Die Walküre</em> sont accueillis au baisser de rideau avec un enthousiasme non feint. Dont acte. Même <strong>Roméo Castellucci</strong> s’est risqué sur la scène et a recueilli des hourras, ce qui n’était pas gagné d’avance. La Monnaie propose son premier Ring depuis trente ans. Sur deux saisons : en 2024-25 viendront <em>Siegfried</em> et <em>Götterdämmerung </em>et en octobre dernier, nous avons eu droit à <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bruxelles/">Rheingold</a></em>. Si ce deuxième opus de la Tétralogie est dans l’ensemble moins abouti que le premier, c’est au plateau vocal qu’on le doit. Davantage qu’à une mise en scène certes parfois perturbante, mais toujours aussi intelligente, foisonnante et réellement vecteur de sens. Un peu comme nous le ressentions déjà pour <em>Rheingold</em>, nous nous disons en quittant la salle qu’il faudrait revoir une fois au moins la production pour en goûter, parfois aussi pour en comprendre toutes les intentions. Et un peu comme nous nous le disions déjà pour <em>Rheingold</em>, nous avons hâte de connaître la suite, hâte de voir jusqu’où Castellucci va tirer la pelote. Ses productions sont reconnaissables entre toutes ; il y a de l’épure et du symbole, il y a le besoin de montrer le corps dans sa vérité (ici les malheureux héros du Walhalla dont les cadavres s&rsquo;accumulent), fût-elle synonyme de nudité. Il y a aussi l’incontournable touche de spectaculaire, le besoin de montrer, de flamber. Une touche qui pourrait, il ne faudrait pourtant pas, occulter la vision d’ensemble. Ce que Castellucci met en avant ici, c’est l’animalité des protagonistes de cette terrible et sordide histoire de famille. Sur scène seront visibles un chien, une douzaine de colombes, et une huitaine de somptueux chevaux à robe noire, ceux-ci étant présents pratiquement cinquante minutes au III, sans autre interférence avec la salle que ce fumet reconnaissable entre tous parvenant à nos narines. Rien de tout cela n’est gratuit. Les chevaux d’abord. Ils sont l’attraction du spectacle, Castellucci a beaucoup dit à leur propos. Pour lui, les Walkyries sont à mi-chemin entre des êtres divins et des animaux. Les Walkyries sont des animaux en devenir. Le cri de cheval est comme une réponse au « Hoïotoho ! » par lequel débute le troisième acte. Ce n’est pas sans importance que les Walkyries se présentent avec un chant-cri dont les mots n’appartiennent pas au langage humain, des mots dépouillés de signification. Tout le temps que les huit sœurs de Brünnhilde seront sur scène, les chevaux les accompagneront. Les colombes maintenant : blanches comme neige, blanches comme Fricka, vêtue comme une mariée, blanches comme les suivantes de Fricka, ses clones. Ces défenseuses de la grande vertu, du mariage, des liens du sang et des principes, inattaquables bien sûr. Sauf qu’au fur et à mesure que le discours de l’épouse de Wotan se durcit, au fur et à mesure que croît son emprise sur son mari, Fricka se transforme. Fricka, selon Castellucci, s’érige en rempart de la tradition, en représentante suprême de ce « malaise de la civilisation ». Et les colombes qui (formidablement bien dressées) se posaient au début sur sa main, sont à la fin capturées, étranglées et trucidées par la main de fer de Fricka. Wotan assiste à tout cela et n’en peut mais. Le chien enfin. Il apparaît au tout début du I. Un immense chien noir, mystérieux et menaçant qui renifle partout, le chien de Hunding donc, ne rappelle-t-il pas son maître qui avale sa soupe comme un chien laperait son écuelle et en recracherait la moitié ; de fait, quand, à la fin du II, Wotan expédie Hunding aux enfers d’une pichenette, on voit le fameux chien, pendu, montant dans les cintres, tandis que le rideau tombe. La volonté de sobriété, de simplification, voire d’épure, autre caractéristique des mises en scène de Castellucci, peut circonvenir le spectateur. Il n’y a pas de maison de Hunding, pas de frêne, Nothung est fichée dans le corps de … Sieglinde. En revanche, de très belles réussites esthétiques comme ces cadavres amoncelés au Walhalla qui donnent lieu à une figuration de la Pietà de Michel Ange ou ce cercle de feu qui conclut l’ouvrage en lui donnant un double sens : c’est non seulement le cercle de feu allumé par Loge autour du corps endormi de Brünnhilde mais aussi une reprise de cet anneau doré symbole de l’or du Rhin, vu dans <em>Rheingold</em>. Deux des protagonistes présents à l’automne sont à nouveau à l’affiche. <strong>Gábor Bretz</strong> est un Wotan presque aussi juvénile que celui du premier volet. Il est toujours présenté comme un être faible, voire l’idiot du village au sens propre du terme (au II, il est entouré de cinq porteurs de drapeaux marqués des lettres qui forment « idiot »). Nous retrouvons les mêmes qualités vocales ; une gamme entièrement habitée, de haut en bas, une belle présence et un jeu engagé. Nous avons énormément gouté son monologue du II, avec un <em>mezzo voce</em> qui captive l’auditeur. Alors nous attendions forcément beaucoup du duo final avec Brünnhilde. Pour sa part, Bretz nous a semblé fatigué, pour ne pas dire épuisé par le poids d’un rôle titanesque et l’effusion qui provenait de la partenaire n’a pas reçu l’écho souhaité. Autre très belle retrouvaille : <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> en Fricka. Nous nous interrogions à l’époque sur sa capacité à entrer pleinement dans un rôle ingrat et pour tout dire vexatoire. Saurait-elle jouer la méchante, pour le dire autrement ? La réponse est claire. Lemieux convainc par l’ardeur de son engagement, l’ampleur de l’énergie qu’elle déploie, des tréfonds de la gamme jusqu’à ses sommets et la vivacité de ses attaques. Lemieux wagnérienne ? Et pourquoi pas ?</p>
<pre style="text-align: center;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_walkuere_rc_138-Gabor-Bretz_Marie-Nicole-Lemieux-©-Monika-Rittershaus-1294x600.jpg" alt="" width="707" height="328" />
© Monika Rittershaus</pre>
<p>Le rôle-titre est tenu par <strong>Ingela Brimberg</strong> : la Suédoise est une Brünnhilde qui nous emporte et fait preuve d’une endurance sans faille et qui, notamment dans le final, porte véritablement son partenaire. Très belle projection, sens de la nuance, tout ou presque y est. Il faut saluer également les huit sœurs de Brünnhilde. Pas sûr toutefois que les spectateurs aient été très attentifs à leur prestation au début du III, tant la présence des huit chevaux, et leur ballet, captivait l’attention.<br />
<strong>Ante Jerkunica</strong> est un excellent Hundig, au grave fort et menaçant à souhait.<br />
Déception en revanche pour le couple de jumeaux. Ni la Sieglinde de <strong>Nadja Stefanoff</strong> et encore moins le Siegmund de <strong>Peter Wedd</strong>, n’auront su rivaliser avec le reste de la distribution. Sur un vaste plateau comme celui de La Monnaie, leurs voix n’avaient pas la force de surmonter l’obstacle de l’orchestre. Plusieurs fois, on les retrouve en difficulté, surtout dans leur acte, le premier. Nadja Stefanoff était plus en confiance dans le III.<br />
<strong>Alain Altinoglu</strong>, décidément très populaire en ses terres, livre une magnifique partition où l’intelligence rivalise avec le sens dramatique. Il met en avant l’orchestre dans les différents préludes et <em>Zwischenspiele</em>, nous gratifie par exemple d’un prélude du I d’une frénésie enivrante. Il sait aussi retenir la machine quand le plateau est en difficulté et, au contraire, libérer les chevaux quand nécessaire. Du grand art.</p>
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		<title>BERG, Wozzeck — Athènes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wozzeck-athenes-la-ou-ca-fait-mal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Jan 2020 22:59:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Wozzeck est un opéra qui fait mal. Non pas aux oreilles – encore que, pour les moins exercées…  – mais à l’âme du spectateur, qui risque fort de sortir accablé de ce concentré de désespérance et de misère humaine. Tantôt les mises en scène insistent sur la grisaille du quotidien des protagonistes tantôt au contraire &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Wozzeck</em> est un opéra qui fait mal. Non pas aux oreilles – encore que, pour les moins exercées…  – mais à l’âme du spectateur, qui risque fort de sortir accablé de ce concentré de désespérance et de misère humaine. Tantôt les mises en scène insistent sur la grisaille du quotidien des protagonistes tantôt au contraire elles optent pour une distanciation (on se rappelle, par exemple, le jeu de construction aux couleurs vives dans lequel évoluaient les personnages imaginés par Patrice Chéreau). Pour la production qu’il a conçue à la demande de l’Opéra national de Grèce, <strong>Olivier Py</strong> est fidèle à ce noir et blanc qui est un peu sa marque de fabrique : son complice <strong>Pierre-André Weitz</strong> a imaginé un décor en constante transformation, à base de hautes parois de briques noires ou blanches, qui permet de visualiser les différents lieux de l’action, et qui s’éclairent de violentes lumières colorées pour les scènes de taverne. On retrouve aussi plusieurs éléments qui peuvent renvoyer à d’autres spectacles pyeux (pyesques ?). Une certaine imagerie religieuse d’abord : le crâne des vanités classiques, d’abord posé sur une chaise, et qui passera de mains en mains, et cette soudaine apparition d’Adam et Eve chassés du paradis, mimés par deux figurants, vers la fin de l’œuvre.  L’Idiot devient ici un clown dérangeant, dont l’aspect renvoie à la <em>Gioconda </em>bruxelloise, tandis que Margret est transformée en prostituée qui exerce ses talents à côté de chez Marie et dont le string révèle les formes (artificiellement) rebondies. L’élément militaire n’est pas évacué, en témoignent les uniformes gris et les bottes que portent Andres, le Tambour-Major et le chœur, mais le rôle-titre et le Capitaine sont, eux, en costume-cravate gris ou noir, tenue qui semble davantage les rattacher au secteur tertiaire. Face à un Capitaine-employé de bureau, dont la tyrannie renvoie plus au harcèlement sur le lieu de travail qu’à la hiérarchie militaire, le Docteur gagne en puissance, et le monde médical envahit parfois tout le plateau : l’homme en blouse blanche a un assistant, qui ausculte aussi l’enfant de Marie, et l’on voit à plusieurs reprises Wozzeck fournir les échantillons d’urine exigés, parfois les fesses à l’air. Présent pendant une bonne partie de l’action, l’enfant de Wozzeck et Marie est témoin des humiliations dont son père est victime ; dans l’ultime scène, il restera immobile, allongé, alors que les autres enfants, en uniforme gris, défilent autour de son lit plus qu’ils ne jouent.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/wozzeck_by_gerasimos_domenikos_-t._christoyannis_p._hoare_y._yannisis_0704.jpg?itok=1vz3mK-L" title="© Gerasimos Domenikos" width="468" /><br />
	Peter Hoare, Tassis Christonyannis, Yanni Yannissis © Gerasimos Domenikos</p>
<p>Dans ce monde rapproché de notre époque – les années 1960, peut-être – on évite l’expressionnisme dont se charge parfois <em>Wozzeck</em>. Les paroxysmes voulus par la partition sont bien là, mais <strong>Vassilis Christopoulos </strong>propose une lecture claire, sans surcharge aucune. Les premières scènes inquiètent néanmoins par un certain déséquilibre entre la fosse et le plateau : on entend beaucoup mieux l’orchestre (la fosse s’enfonce très peu sous la scène). Heureusement, le problème se résout peu à peu, et une meilleure balance est bientôt trouvée.</p>
<p>Dans le rôle-titre, <strong>Tassis Christoyannis </strong>est un pauvre type complètement manipulé par tout son entourage, un être dont la voix commence par ne pas se détacher de cette grisaille ambiante, et donc le basculement dans la folie n’en est que plus effrayant. Son incarnation toute en nuances lui vaut un triomphe lors des saluts. La Marie de <strong>Sabine Lehner</strong> s’impose par des aigus tranchants, le grave étant plus confidentiel. Après son impressionnante prestation dans <em>Sigurd </em>à Nancy, <strong>Peter Wedd</strong> montre la même facilité dans les aigus du Tambour-Major qu’il attrape avec vaillance. Tout en émettant les notes insensées qu’exige la partition, <strong>Peter Hoare</strong> est un capitaine dépourvu de cette frénésie que l’on prête parfois au personnage et semble plus moqueur qu’hystérique. Le reste de la distribution est entièrement grec : on y relève l’Andres lyrique de <strong>Vassilis Kavayas</strong>, le docteur d’une froideur clinique de <strong>Yanni Yannissis</strong>, ou la Margret plantureuse de <strong>Margarita Syngeniotou</strong>. Une mention aussi pour les enfants de la dernière scène, applaudis la veille au sein d’un effectif plus nombreux dans <em>Leporella </em>de Giorgos Kouroupos.</p>
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		<title>REYER, Sigurd — Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sigurd-nancy-les-nibelungs-sont-a-tout-le-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Oct 2019 15:08:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelle chance que, pour inaugurer son tout nouvel opéra, il y a un siècle, la ville de Nancy ait choisi de monter une œuvre qui appartenait encore au répertoire courant ! Le 14 octobre 1919, Sigurd était tout sauf une rareté ou une nouveauté, mais cent ans plus tard, pour l&#8217;anniversaire de l&#8217;édifice, les occasions d’entendre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelle chance que, pour inaugurer son tout nouvel opéra, il y a un siècle, la ville de Nancy ait choisi de monter une œuvre qui appartenait encore au répertoire courant ! Le 14 octobre 1919, <i>Sigurd</i> était tout sauf une rareté ou une nouveauté, mais cent ans plus tard, pour l&rsquo;anniversaire de l&rsquo;édifice, les occasions d’entendre le chef-d’œuvre d’Ernest Reyer sont devenues précieuses, tant la France semble avoir oublié un compositeur jadis fêté. On se réjouissait donc <a href="https://www.forumopera.com/breve/en-2017-18-nancy-revient-au-coeur-du-repertoire">depuis un certain temps</a> à la perspective de le retrouver, même en version de concert.</p>
<p>Bien sûr, il y aura toujours de beaux esprits pour faire la fine bouche et condamner d’avance un des succès de la Troisième République, mais le simple fait que l’œuvre ait été créée à Bruxelles devrait leur paraître un gage de qualité : si l’Opéra de Paris n’en voulut pas, c’est bien que cette partition n’était pas si conventionnelle que ça. Et puis, il en va de cette musique comme de toute autre chose : si vous n’aimez pas, n’en dégoûtez pas les autres. Oui, <i>Sigurd</i> a ses facilités et ses flonflons, mais s’y arrêter serait passer à côté des immenses et nombreuses beautés de cette partition. Reyer savait écrire pour les voix, pour l’orchestre et pour le théâtre, autant de qualités qui éclatent incontestablement dans <i>Sigurd</i>, grand opéra français où l’on entend l’héritage de Berlioz. Et même si le sujet est exactement le même que celui de <i>Götterdämmerung</i>, le projet avait été conçu par le compositeur et ses librettistes bien avant que Wagner ne présente sa Tétralogie. Seule une gestation un peu longue empêcha Reyer d’être le premier à faire chanter sur scène celui qu’à Bayreuth on appelle Siegfried.</p>
<p>Pour le mélomane, sauf s’il fréquente <a href="https://www.forumopera.com/breve/sigurd-le-retour">les théâtres allemands</a>, le souvenir le plus récent de <i>Sigurd</i> sera sans doute la version de concert donnée <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/avec-ou-sans-nornes">à Genève en 2013</a>. Le rapprochement est d’autant plus tentant que le chef est le même à Nancy. <b>Frédéric Chaslin</b> commence ainsi à faire figure de spécialiste de Reyer, et une première satisfaction vient de ce que la partition est cette fois (un peu) moins coupée : même s’il manque encore une bonne demi-heure de musique, on progresse, petit à petit, et un jour viendra peut-être où l’on entendra l’œuvre dans son intégralité. Sur le plateau de l’Opéra de Nancy, l’orchestre de l’Opéra national de Lorraine sonne magnifiquement, et rend pleinement justice aux mérites de l’écriture de Reyer. Excellente idée aussi d’avoir réuni les forces de deux maisons, la fusion entre le chœur de l’OnL et celui d’Angers Nantes Opéra débouchant sur un ensemble tout à fait homogène, dont on admire la netteté de la diction autant que la maîtrise des nuances.</p>
<p>Restait à trouver la distribution adéquate. Là aussi, le résultat est bien supérieur à ce que l’on avait pu entendre à Genève, notamment grâce à une équipe presque exclusivement francophone. L’exception est bien sûr Sigurd, dont les exigences sont telles qu’aucun ténor français ne serait probablement aujourd’hui en mesure de les affronter. Même s’il n’a pas toujours le timbre le plus séduisant au monde, <b>Peter Wedd</b> a l’immense mérite de pouvoir chanter les notes du rôle, avec cette vaillance que l’on attend du héros, et sa maîtrise de notre langue est assez respectable. Malgré toute l’admiration qu’on peut avoir pour Anna Caterina Antonacci, titulaire à Genève, <b>Catherine Hunold</b> est Brunehild telle qu’on rêvait de l’entendre, toutes les qualités de sa voix convergeant pour offrir une incarnation des plus mémorables sur le plan musical et dramatique. Plus crespinienne que jamais, la soprano française montre ici de quoi elle est capable dans un répertoire qui lui va comme un gant. Appréciée en Butterfly <a href="https://www.forumopera.com/butterfly-limoges-naissance-dun-papillon">à Limoges la saison dernière</a>, <b>Camille Schnoor</b> nous rappelle que Hilda est bien un personnage de premier plan. Là aussi, on se situe au-dessus de ce que Genève proposait, puisque le texte est parfaitement compréhensible alors même que les écarts dont le rôle est hérissé ne font pas peur à l’artiste. <b>Jean-Sébastien Bou</b> trouve en Gunther un emploi qui convient à ses moyens, et où il s’impose sans peine dans l’aigu très sollicité. <b>Marie-Ange Todorovitch</b> était déjà Uta à Genève : pas plus qu’en 2013 elle n’est le contralto exigé, mais les registres sont désormais un peu disjoints, entre un grave quasi parlé et des aigus lâchés en forte systématique. Heureusement, le personnage a peu à chanter. L’autorité de <b>Jérôme Boutillier</b> en Hagen fait regretter que le rôle soit bien moins développé que chez Wagner, tandis qu’<b>Eric Martin-Bonnet</b> prête une belle noirceur au Barde, <b>Nicolas Cavallier</b> campant un vibrant Prêtre d’Odin.</p>
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		<title>JANACEK, Kát&#8217;a Kabanová &#8211; Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/katia-kabanova-nancy-vaincre-lordre-moral-ou-perir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Jan 2018 04:10:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra national de Lorraine frappe fort en cette rentrée 2018 avec une production virtuose et intelligente de Katia Kabanova, servie par une distribution irréprochable et une direction musicale acérée. Virtuose car le dispositif scénique imaginé par Philipp Himmelmann et David Hohmann donne le tournis. Pendant toute la durée de l’opéra, un corridor d’immeuble sur deux &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/katia-kabanova-nancy-vaincre-lordre-moral-ou-perir/"> <span class="screen-reader-text">JANACEK, Kát&#8217;a Kabanová &#8211; Nancy</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p id="docs-internal-guid-c74a2e73-4266-6676-08ed-cadb42f22c7c" dir="ltr">L’Opéra national de Lorraine frappe fort en cette rentrée 2018 avec une production virtuose et intelligente de <em>Katia Kabanova</em>, servie par une distribution irréprochable et une direction musicale acérée.</p>
<p>Virtuose car le dispositif scénique imaginé par <strong>Philipp Himmelmann</strong> et <strong>David Hohmann </strong>donne le tournis. Pendant toute la durée de l’opéra, un corridor d’immeuble sur deux étages défile de jardin à cour, inexorablement. Il laisse apparaître tour à tour des portes d’entrée d’appartements, des issues de secours, là une lance à incendie, là un compteur à plombs électrique et parfois d’autres objets incongrus, tel ce cactus phallique que brandit Varvara pendant les aveux de Katia du premier acte. Ce lent défilé du même décors, triste et carcéral, installe le spectateur dans l’univers d’enfermement mental que décrivent le livret et la musique de Janacek. En coulisses, une équipe technique d’une douzaine de machinistes s’affaire dans un silence parfait à ramener les panneaux, les modifier pour y incorporer les nouveaux éléments — comme cet aquarium géant pour poétiser les rencontres nocturnes entre les deux jeunes couples. Aux saluts, ils seront ovationnés à juste titre. Le papier peint aux motifs de nénuphars et les costumes trahissent un changement d’époque. Si l’on est encore à Kalinov, il semble que cela soit davantage dans les années 1950, où l&rsquo;ordre moral d’après guerre, personnifié par Dikoï et la Kabanikha, étouffe la jeunesse : Tikhon, castré par sa mère et qui ne pourra même pas pleurer sur la dépouille de sa femme, Varvara à la jupe beaucoup trop courte, Glacha et Fiekloucha dont les étreintes lesbiennes dans le dos de tous sont autant de déclaration de guerre à la pesanteur du lieu. Katia enfin, qui se laisse prendre au jeu dans un deuxième acte devenu nocturne&#8230; grâce à Koudriach qui a fait sauter les plombs, dans tous les sens du terme. Au milieu de ces bouffées de liberté qui unissent même Dikoï et la Kabanikha dans une triste et sordide étreinte, Katia toute seule se compromet et s’expose à la vindicte populaire, quand il était si simple de dynamiter le système de l’intérieur à l’image des autres.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="image-large aligncenter" title="© Opera national de Lorraine" src="/sites/default/files/styles/large/public/katia_kabanovacopera_national_de_lorraine_9.jpg?itok=3DWDCvkP" alt="" width="468" height="312" />© Opera national de Lorraine</pre>
<p dir="ltr">La distribution réunie à Nancy frise la perfection à commencer par les petites rôles tenus avec panache, notamment <strong>Caroline MacPhie</strong> (Glacha) <strong>Marion Jacquemet </strong>(Fiekloucha) et <strong>David Ireland</strong> (Kouliguine). Le couple despotique trouve deux interprètes charismatiques tant par la présence que par la caractérisation vocale. <strong>Alexander Teliga</strong> puise dans la profondeur et la rondeur de sa voix pour noircir les traits de Dikoï. <strong>Leah-Marian Jones </strong>use de raucités et d’accents nasillards pour croquer une Kabanikah moins acariâtre décatie que belle-mère jalouse sentant ses traits se distendre. Le jeune ténor gallois <strong>Trystan LLyr Griffiths</strong>, <a href="https://www.forumopera.com/cd/le-duc-dalbe-inepuisable-donizetti">remarqué dans la récente intégrale du <em>Duc D’Albe</em></a>, convainc tout à fait en Koudriach, jeune amoureux au timbre doux et chaud dont le chant est mené avec poésie. Il forme avec <strong>Eléonore Pancrazi</strong> (Varvara) un couple ravissant. La jeune soprano brule les planches et s’impose vocalement même face à la Kabanikha. <strong>Peter Wedd</strong> (Boris) met toute la passion et l’urgence nécessaire à ses interventions. <strong>Helena Juntunen</strong>, <a href="https://www.forumopera.com/die-tote-stadt-nancy-chacun-son-monde">Marietta déjà à Nancy</a> et <a href="https://www.forumopera.com/salome-strasbourg-jai-baise-ton-christ-jochanaan">Salomé l’an passée à Strasbourg</a>, endosse avec une grande justesse une nouvelle figure majeure des héroïnes d’opéra du XXe siècle. La réserve dont elle dispose lui permet de passer l’orchestre dans les climax les plus tendus. La musicalité prend la suite et le chant se parsème de piano et demi-teintes du plus bel effet qui assemblent un portrait en clair-obscur d’une jeune fille débordée par son désir, effrayée d’elle-même et des autres.</p>
<p>Derniers artisans de cette réussite, un orchestre symphonique et lyrique de Nancy dense et coloré, conduit avec précision et emphase par <strong>Mark Shanahan</strong>. Dès l’ouverture l’on sent le travail réalisé en amont pupitre par pupitre, des cuivres mats aux violons acérés. D&rsquo;ailleurs, le solo de <strong>Laurent Causse</strong> brille au premier acte. Ce travail d’orfèvre individuel et collectif se réalise dans la conduite du drame qui avance aussi inexorablement que sur scène le mur défile. Seul le final, où choeur et orchestre partent décalés et ne parviennent pas à éteindre le fortissimo, vient faire tâche. Une broutille qui devrait se régler dès la deuxième représentation.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/katia-kabanova-nancy-vaincre-lordre-moral-ou-perir/">JANACEK, Kát&rsquo;a Kabanová &#8211; Nancy</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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