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	<title>Verity WINGATE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Verity WINGATE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold — Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hasard des calendriers, les nouvelles productions ou reprises de la Tétralogie fleurissent un peu partout en Europe. La concurrence fait rage entre Londres, Berlin (Deutsche Oper et Staatsoper Unter den Linden), Bâle, Milan, Vienne, Paris ou encore Monte-Carlo&#8230; pour n’en citer que quelques-unes. Sollicité selon ses dires par plusieurs grandes maisons, Tobias Kratzer a finalement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hasard des calendriers, les nouvelles productions ou reprises de la <em>Tétralogie</em> fleurissent un peu partout en Europe. La concurrence fait rage entre Londres, Berlin (Deutsche Oper et Staatsoper Unter den Linden), Bâle, Milan, Vienne, Paris ou encore Monte-Carlo&#8230; pour n’en citer que quelques-unes. Sollicité selon ses dires par plusieurs grandes maisons, <strong>Tobias</strong> <strong>Kratzer</strong> a finalement choisi la proposition de Serge Dorny. Munich est d’ailleurs la ville où furent créés les deux premiers volets du cycle et Tobias Kratzer en est également originaire. Le metteur en scène s’était précédemment frotté au cycle à Karlsruhe en 2017, mais avec le seul <em>Götterdämmerung</em>, dans le cadre d’un <em>Ring</em> « à quatre mains », partagé avec 3 autres jeunes metteurs en scène (David Herrmann, Yuval Sharon et Thorleifur Örn Arnarsson).</p>
<p>Étrenné en début de saison, <em>Das Rheingold</em> est repris à l’occasion du festival, et c’est une réussite dont on attend avec impatience la suite. Kratzer aborde l’ouvrage avec les qualités qu’on lui connait : une vision renouvelée, une authentique connaissance du texte (quitte à le détourner habilement à l’occasion), une direction d’acteur au cordeau, un talent pour raconter une histoire et l’humour sarcastique qui le caractérise.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rheingold_2025_M.Winkler__c__Geoffroy_Schied-2-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Rheingold_2025_M.Winkler__c__Geoffroy_Schied-2-1024x683.jpg." />© Geoffroy Schied / Bayerische Staatsoper</pre>
<p>Nous sommes à l’époque contemporaine : devant une palissade sur laquelle est tagué la célèbre phrase de Nietzsche, « Dieu est mort », Alberich s’apprête à se suicider quand son attention est attirée par les filles du Rhin, trois adolescentes qui semblent tout droit sorties d’<em>Harry Potter</em>. Une (vraie) chèvre est également de la partie (allusion aux béliers qui tirent le char de Fricka dans <em>Die Walküre</em> ?). Les jeunes filles tourmentent le Nibelung avec des tours de magie, avant qu’il ne découvre l’or du Rhin et s’en empare. À la scène suivante, nous découvrons les dieux dans un décor d’église moyenâgeuse en travaux. Ils sont habillés comme le veut la tradition iconographique du XIXe siècle. Wotan, casque ailé sur la tête et œil gauche discrètement en berne, a fait construire un nouveau temple par des géants, deux prêtres en col romain : un présentoir propose des prospectus publicitaires à l’effigie du dieu, « Ton Wahalla, Ton Wotan » : Kratzer veut-il traiter de la résurgence du fait religieux, voire du paganisme, dans un occident athée, de l’effacement du christianisme au profit de sectes ? Il est encore trop tôt pour le savoir. Pressé de payer les géants avec l’or volé par Alberich, Wotan part pour le Nibelheim, accompagné de Loge, muni d’un Tupperware remplit des pommes magiques de Freia, lesquelles lui assurent la jeunesse éternelle. Ses pérégrinations font l’objet d’une vidéo réjouissante, le dieu voyageant dans l’indifférence générale, en dépit de son costume pour le moins incongru (dans l’avion, on le voit exaspéré par sa voisine qui dort sur son épaule). Alberich vit dans une espèce de box empli d’armes et d’ordinateurs, à la manière des hackers tels qu’on les représentent au cinéma. Mime, son frère et souffre-douleur, se console auprès de son chien (rôle muet heureusement, mais c’est un vrai chien !). Wotan profite de la transformation d’Alberich en crapaud pour l’enfermer dans son Tupperware. Dans la vidéo suivante, Wotan, réjoui, fait le voyage de retour. Avec l’aide de Loge qui provoque un feu de poubelle, il réussit à conserver le crapaud qu’on tente de lui confisquer à la douane. Une fois les géants payés, et Fasolt éliminé par son frère, un immense retable est découvert où les divers dieux viennent prendre place tandis que la foule se presse pour les adorer. L’histoire, telle que racontée par Kratzer, est à la fois drôle et noire et violente, illustrant l’aphorisme maintes fois rebattu de Chris Marker : « l’humour : la politesse du désespoir ». Une des filles du Rhin est blessée par balle par Alberich ; dans une scène qu’on croirait tirée de <em>Jurassic Park</em>, le chien de Mime est transformé en pâtée sanguinolente (Alberich est hilare tandis que son frère pleure son seul compagnon) ; capturé, Alberich est exposé complètement nu ; il a le doigt férocement coupé par Wotan lorsque celui-ci récupère l’anneau ; le nain se venge de son humiliation en pissant sur les colonnes du temple, etc.  La mise en scène est ainsi une succession de temps forts où l’on passe du rire au drame.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DAS_RHEINGOLD_Filmstill-1294x600.jpg" alt="" data-name="image" />© Manuel Braun, Jonas Dahl, Janic Bebi / Bayerische Staatsoper</pre>
<p>La direction de <strong>Vladimir Jurowski</strong> est implacable et précise, faisant ressortir la violence de la partition en miroir de celle exhibée sur scène. Elle est également nerveuse et rapide (2h19 contre 2h29 pour Simone Young à Bayreuth la vieille, durée d’exécution plus standard). L’orchestre est très transparent, avec des pupitres très dissociés (tout l’inverse du fondu bayreuthien d’ailleurs), avec des contrastes et des fulgurances qu’on retrouvait paradoxalement dans l’interprétation sur instruments d’époque de Gianluca Capuano à Monte-Carlo (il y a même des accidents dans les cuivres&#8230;). Quelque part, Jurowski n&rsquo;oublie pas que le <em>Rheingold</em> s&rsquo;inscrit aussi dans une continuité historique musicale : Wagner appréciait <em>La Muette de Portici</em> d&rsquo;Auber, <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/rencontre-au-sommet/">avait fait ses dévotions à Rossini</a>, et l&rsquo;on a parfois qualifié ironiquement son <em>Rienzi</em> de « meilleur opéra de Meyerbeer » ! C’est un orchestre qui pétille, mais avec une malice noire quasi diabolique. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-munich/">Comme dans son récent <em>Don Giovanni,</em></a> le chef russe fait ici la démonstration d’une vision originale et cohérente, alliée à un authentique professionnalisme digne des vrais « chefs de fosse », avec une vraie attention au plateau. Au global, le directeur musical de l’institution offre ici une direction atypique, passionnante et convaincante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rheingold_2025_N.Brownlee_M.Rose_C.Mahnke__c__Geoffroy_Schied-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-195959"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>©  Geoffroy Schied  / Bayerische Staatsoper</sub></figcaption></figure>


<p>Ce plateau vocal offre des bonheurs divers. <strong>Nicholas Brownlee</strong> est un Wotan sonore, d’une parfaite aisance sur la totalité de la tessiture, bon acteur de surcroit, et notamment plein d’humour, avec une interprétation subtile et une fausse bonhommie. Le jeune baryton-basse (36 ans) qui avait heureusement sauvé<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/"> l’une des tristes soirées parisiennes</a> en remplaçant au pied levé un interprète souffrant, est décidément une valeur à suivre. <strong>Sean Panikkar</strong> (Loge) est l’autre point fort de cette distribution, avec un chant atypique, quasi belcantiste : on pense initialement à une version hypervitaminée de l’Arturo de <em>Lucia di Lammermoor</em> mais les moyens apparaissent vite plus importants, notamment en termes d’endurance. La voix est bien conduite, le chant expressif. Doté d’un physique avenant, le ténor américain, tout de noir vêtu, exprime ici toute « la beauté du Diable » par un mélange de séduction et de vilénie dissimulée. En Alberich, <strong>Martin Winkler</strong> offre une interprétation absolument phénoménale théâtralement, à la fois odieuse, grotesque et touchante. Objectivement toutefois, il faut bien reconnaitre que la plupart des aigus du rôle sont hors de sa portée, et que ces notes sont soit écourtées, soit discrètement caviardées. Son investissement dramatique lui vaut toutefois un beau triomphe public à l’applaudimètre. <strong>Ekaterina Gubanova</strong> est une Fricka à la projection un peu limitée et au timbre un peu rêche, avec une belle articulation toutefois. <strong>Wiebke Lehmkuhl</strong> est une Erda somptueuse, avec un vrai timbre de contralto, et une belle expressivité. La jeune <strong>Mirjam Mesak</strong> est une belle Freia, sans doute une voix à suivre. Le Fafner de <strong>Timo Riihonen</strong> est intéressant. <strong>Matthias</strong> <strong>Klink</strong> est excellent en Mime. Les Filles du Rhin sont confiées à de jeunes interprètes (<strong>Sarah Brady</strong>, <strong>Verity Wingate,</strong> <strong>Yajie</strong> <strong>Zhang</strong>), très satisfaisantes quoiqu’encore un peu vertes de timbre, bien chantantes et suffisamment sonores. Le reste de la distribution nous ont semblé en revanche un brin étriqué vocalement quoiqu&rsquo;investi dramatiquement.</p>
<p>Et la suite ? <em>Die Walküre</em> sera créée en juin prochain et il ne faudra surtout pas manquer le cycle complet, a priori en 2028. Et on croise les doigts pour que les nouvelles responsabilités de Tobias Kratzer en tant que directeur de l’Opéra de Hambourg ne viennent pas contrarier l’issue de ce projet !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-munich/">WAGNER, Das Rheingold — Munich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BRITTEN, The Turn of the Screw — Garsington</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-turn-of-the-screw-garsington-garsington-une-mary-poppins-legerement-dark/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maximilien Hondermarck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 Jul 2022 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nos amis anglais ont inventé un magnifique prétexte pour se prélasser au soleil en sirotant un verre de pim&#8217;s : c&#8217;est l&#8217;opéra. Garsington – sans doute encore plus que Glyndebourne, un poil plus continental – apparaît comme un de ces zéniths de la civilisation britannique où le spectacle musical est une excuse pour un spectacle plus grand &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nos amis anglais ont inventé un magnifique prétexte pour se prélasser au soleil en sirotant un verre de pim&rsquo;s : c&rsquo;est l&rsquo;opéra. Garsington – sans doute encore plus que Glyndebourne, un poil plus continental – apparaît comme un de ces zéniths de la civilisation britannique où le spectacle musical est une excuse pour un spectacle plus grand encore, celui des canotiers, des vestes de smoking blanches et des nappes en tartan. C&rsquo;est <em>lovely</em>.</p>
<p><em>Lovely</em> : on serait tenté d&rsquo;appliquer la même épithète à la mise en scène soignée de <strong>Louisa Muller</strong> et aux décors et costumes charmants de <strong>Christopher Oram</strong>. Dans un intérieur victorien aux grandes fenêtres rouillées, un piano à queue, un écritoire, un cheval à bascule. On peine à y voir davantage qu&rsquo;une maison de poupées habilement dessinée et l&rsquo;on guette un peu vainement le moment où l&rsquo;illustration cèdera sa place à la suggestion. Une gouvernante qui joue à la gouvernante, des fantômes qui jouent aux fantômes (maquillages de méchants et regards exorbités en supplément) : tout cela est fort plaisant à suivre mais ne dépasse guère le stade d&rsquo;une <em>Mary Poppins </em>légèrement <em>dark</em>, loin de l&rsquo;ambiguïté poisseuse permise par le texte de James. Il faut avouer que la metteuse en scène américaine n&rsquo;est pas aidée par la configuration du théâtre champêtre de Garsington, qui laisse poindre la lumière du jour pendant les trois quarts de la représentation. Le <em>Tour d&rsquo;écrou</em> a besoin d&rsquo;une nuit noire.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="313" src="/sites/default/files/styles/large/public/capture_decran_2022-07-26_a_23.40.15.png?itok=TNg1uRUS" title="© Julian Guidera" width="468" /><br />
	© Julian Guidera</p>
<p>Ce théâtre n&rsquo;a pourtant pas que des désavantages, à commencer par une acoustique qui flatte étonnamment orchestre et solistes. Impeccables sont les 13 instrumentistes du <strong>Philharmonia Orchestra</strong> dirigés par Mark Wigglesworth, qui déploie à partir du complexe tissu orchestral de Britten un sens captivant du récit. <strong>Verity Wingate</strong> campe une convaincante gouvernante ; son timbre fruité s&rsquo;épanouit sans doute plus en première partie que dans la montée d&rsquo;anxiété du II. Le très pearsien <strong>Robert Murray </strong>a ce qu&rsquo;il faut de clarté et d&rsquo;étrange autorité dans la voix pour composer précisément les deux personnages qui lui reviennent. C&rsquo;est un ténor de grande classe. <strong>Helena Dix </strong>excède quelque peu, de ses très larges moyens, la tonalité générale de la distribution et sa Miss Jessel est trop unilatéralement grinçante. Finalement, les leçons de musique sont surtout à trouver chez les cadets et chez l&rsquo;aînée. Aussi à l&rsquo;aise sur scène que si ils avaient fait ça toute leur vie, <strong>Ben Fletcher</strong> et <strong>Maia Greaves</strong> sont surtout de merveilleux jeunes musiciens. L&rsquo;un et l&rsquo;autre se jouent d&rsquo;une partition qui ne fait pas franchement de cadeaux aux enfants. Bonheur enfin d&rsquo;entendre à nouveau la formidable <strong>Susan Bickley</strong>, mezzo haendelienne aimée des <em>happy few</em>, qui donne une épaisseur singulière – en même temps qu&rsquo;un impact vocal peu commun – à Mrs Grose.</p>
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		<title>GLASS, Satyagraha — Londres (ENO)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/satyagraha-londres-eno-force-et-verite-dune-voix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Oct 2021 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est avec Satyagraha que l&#8217;English National Opera (ENO) revient après un an et demi de fermeture contrainte par la pandémie. Par ce choix quelque peu osé, Glass n’étant pas le compositeur le plus accessible, l’ENO mise toutefois sur le confort d’une production à succès qui a fait ses preuves depuis sa création, en co-production avec &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est avec <em>Satyagraha</em> que l&rsquo;English National Opera (ENO) revient après un an et demi de fermeture contrainte par la pandémie. Par ce choix quelque peu osé, Glass n’étant pas le compositeur le plus accessible, l’ENO mise toutefois sur le confort d’une production à succès qui a fait ses preuves depuis sa création, en co-production avec le Met, en 2007.</p>
<p>Et c’est peu dire que cette reprise est un grand succès. La production de <strong>Phelim McDermott</strong>, dont la mise en scène est confiée à <strong>Peter Relton,</strong> et que <a href="https://www.forumopera.com/satyagraha-streaming-new-york-un-glass-de-papier-streaming">Forum Opéra a déjà eu l’occasion de chroniquer</a>, est toujours aussi impressionnante qu’envoûtante. Impressionnante, de par cette belle idée de faire appel aux grandes figures et attractions de papier mâché du Skills Ensemble de<strong> Rob Thirtle</strong>, qui permettent de créer d’intrigants et originaux tableaux. Envoûtante, parce que cette production nous donne à comprendre que la sagesse de Gandhi, le « satyagraha », ou force de la vérité, est reflétée par la dimension méditative, procurée par le mécanisme de la répétition, de la musique de Glass. Au total, tant la créativité de cette mise en scène que son propos, axé autour du parcours épique d’une idéologie qui prend racine dans la force intérieure d’une lutte pour la justice, en font une excellente réussite. L’équilibre entre le réalisme – permis par la beauté des costumes de <strong>Kevin Pollard</strong>, et l’abstraction voulue par l’approche non-chronologique de Glass est parfaitement rendue dans toute son ambigüité poétique.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/eno-satyagraha-2021-sean-panikkar-c-tristram-kenton-56-780x1024.jpg?itok=8ZC1qSZb" title="© Tristram Kenton" width="357" /><br />© Tristram Kenton</p>
<p>Mais la soirée est un véritable succès grâce à <strong>Sean Panikkar</strong> qui par sa performance éclipse tout simplement ses prédécesseurs dans le rôle. S’il avait fait ses débuts dans <em>Satyagraha </em>en 2018 au Los Angeles Opera, le ténor confirme qu’il fait partie des interprètes actuels incontournables de Gandhi. D’abord, la voix est curieusement puissante : qu’importe si la partition est écrite pour un ténor léger, que Sean Panikkar n’est pas, il instille une force épique qui convient parfaitement au personnage. Le combat pour la justice est aussi un combat pour la maîtrise de soi et le ténor restitue brillamment la bataille intérieure du Mahatma par son jeu d’acteur subtil et son sens de la nuance : le morceau final (« Conclusion ») commence ainsi à peine murmuré, et c’est bouleversant.</p>
<p>Le reste du plateau vocal est très convenable, sans être bluffant. En Krishna et Prince Arjuna,<strong> Musa Ngqungwana </strong>et<strong> Ross Ramgobin</strong> manquent un peu de charisme et d’intensité, même si les voix sont tout à fait à la hauteur. <strong>Gabriella Cassidy</strong>, <strong>Felicity Buckland</strong> et <strong>Verity Wingate</strong> en Miss Schlessen, Kasturba et Mrs Naidoo sont particulièrement convaincantes de par leur prestance et leur maîtrise vocale, notamment dans « Tolstoy Farm ». De son côté, <strong>William Thomas</strong> campe un Parsi Rustomji très robuste et doté de toute la puissance et l’endurance escomptées, particulièrement dans « The Vow ». Le jeu scénique de <strong>Sarah Pring</strong> en Mrs Alexander est poignant dans « Confrontation and Rescue » tout comme <strong>James Cleverton</strong> est percutant en Mr Kallenbach dans « Indian Opinion ». Le <strong>chœur de l’ENO</strong> se prête avec succès à l’exercice des redoutables partitions chorales de Glass et se paye même le luxe de proposer un jeu scénique saisissant dans « Confrontation and Rescue » et « The Kuru Field of Justice ».</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="300" src="/sites/default/files/styles/large/public/eno-satyagraha-2021-eno-chorus-sean-panikkar-c-tristram-kenton-23-1024x657.jpg?itok=p9dZUpaA" title="© Tristram Kenton" width="468" /><br />
	© Tristram Kenton</p>
<p>La direction de <strong>Carolyn Kuan</strong>, qui faisait là ses débuts à l’ENO, est presque un sans-faute. Dès les premières mesures, au tempo d’une lenteur inédite, plus lent que toutes les versions que nous avons pu entendre de l’œuvre, le parti pris de la cheffe est palpable : nous sommes embarqués pour une longue et tortueuse méditation. « The Kuru Field of Justice », dont le tempo va en s’accélérant progressivement, imitant le cheminement intérieur de la réflexion vers la vérité, est ainsi particulièrement intense et bouleversant. <strong>L’orchestre de l’ENO</strong> varie les angles d’attaque à l’envi et passe de l’épique au médidatif avec la même élégance, sans jamais se perdre dans la répétition mécanique et vide de sens des motifs musicaux. Carolyn Kuan fait ainsi ressortir de belles nuances et d’intéressants contrastes de la partition. En revanche, seule réserve : la « Conclusion » est jouée au pas de course et avec un enthousiasme débordant presque déplacé, voire kitsch. Cette approche confère un curieux <em>happy ending</em> bien trop univoque à l’opéra et ôte au dénouement toute son ambiguïté tragique reposant sur la lumière de l’immense postérité des enseignements du satyagraha et de la non-violence, mais aussi l&rsquo;ombre des fins tragiques des figures de Gandhi et de Martin Luther King ainsi que l’inachèvement perpétuel d’une lutte sans fin pour la justice et l&rsquo;égalité. </p>
<p> </p>
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