Le singulier pluriel de Sècheresses de Poulenc

Par Roland Duclos | mer 04 Mars 2015 | Imprimer

Le génie de Poulenc consiste à ne jamais être exactement là où la logique voudrait qu’on l’y trouvât. Et c’est toute la redoutable difficulté de Sècheresses dont le pluriel ne donne encore qu’une faible idée de la complexité de cette cantate singulière à la beauté magistrale. Elle essuie pourtant un cuisant revers à sa création en 1938 au point que son auteur veut la détruire. Auric l’en dissuade. Page rare, recelant de véritables trésors d’inventivité, elle n’a hélas guère l’honneur des concerts. Il fallait un Gilles Raynal, d’une remarquable perspicacité à la tête d’un Orchestre symphonique des Dômes particulièrement inspiré, pour en donner une telle version, saisissante d’intensité et de poésie. Samedi 28 février, à l'Opéra de Clermont-Ferrand, Sècheresses avait une âme et par-dessus tout un chœur : La Grande Vocale que Marie-Pierre Villermaux porte à un haut niveau de professionnalisme. De cette pièce réputée un peu imprudemment aride, les interprètes révélèrent au contraire toute la subtilité de l’élévation aux accents quasi monacaux, toute la richesse et l’inventivité d’une écriture protéiforme, extraordinairement foisonnante et exigeante. Raynal a su à la fois se montrer d’une précision de miniaturiste dans les passages intimistes et conférer à l’ensemble une ampleur de cathédrale aux vastes verrières polytonales. Les contrastes saisissants qui confèrent à l’œuvre sa fascinante verticalité, apparaissent dans cette lecture sans concession, moins en rhétorique de violence qu’en formidable respiration d’un mysticisme aussi radical que précieux. L’autre belle surprise à côté de la hiératique IVe Symphonie de Gilles Raynal, sera le Salve Regina à cappella de Lars Jansson. Là encore, La Grande Vocale a fait preuve d’une impressionnante maîtrise pour servir une œuvre puissamment originale, au mysticisme à la fois lumineux et sensible.

 

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