Pour ce troisième volet de leur exploration du répertoire schubertien à l’occasion du prochain bicentenaire de sa mort – le répertoire est immense, il faut s’y prendre bien à l’avance… –, l’excellent baryton Samuel Hasselhorn et le non moins excellent pianiste Ammiel Bushakevitz ont réuni un florilège de mélodies composées par Schubert dans les années 1825 et 26 autour du thème de l’espoir.
Leurs précédents enregistrements pour cette série intitulée Schubert 200 reprenaient la Belle Meunière et un récital intitulé Licht und Schatten. Comme toujours chez ce compositeur, les sentiments sont mélangés : l’espoir est souvent teinté de mélancolie ou de nostalgie douce-amère, de l’évocation d’une joie passée qui ne reviendra plus ou d’un avenir meilleur mais bien incertain. Mêlant des Lied très connus à des œuvres moins courues – on les en remercie car c’est l’occasion d’heureuses découvertes – les deux trentenaires insufflent à ce répertoire une bonne dose d’enthousiaste énergie et de modernité, propres à revigorer le genre et même à lui trouver des résonances bien contemporaines.
Dès la première écoute, la qualité de la prise de son saute aux oreilles : piano et chanteur sont tous deux à l’avant-plan sonore, à parité, et le duo en sort renforcé. Outre une voix d’une rare élégance, gouleyante comme un bon vin, sans artifice, des graves somptueux et des aigus jamais forcés, le chanteur mobilise sans aucune ostentation une énorme diversité de climats, de couleurs, de timbres, de nuances, sans cesse accordées avec le texte qui reste toujours le fil conducteur de chaque Lied. Diction parfaite, sens de la phrase, jamais maniéré, le baryton fait preuve d’une grande humilité face à la partition, d’une belle maturité dans le rendu des poésies et d’une délicieuse simplicité de ton. Multipliant les demi-teintes, il réussit à créer des ambiances très intimes avec une tendresse confondante, proche des candeurs de l’enfance.
À ses côtés, co-auteur de cette magnifique réussite discographique, le pianiste fait lui aussi des merveilles. Les deux artistes, manifestement très complices et parfaitement alignés quant aux intentions, se répondent et se stimulent sans cesse, chacun des deux tirant l’autre vers son meilleur niveau. C’est certainement le fruit d’un travail très élaboré, mais poussé jusqu’à feindre la spontanéité en permanence, ce qui permet de maintenir tout au long du récital un certain frémissement, dans une atmosphère de générosité très saine et fort émouvante, directement palpable.
Hasselhorn et Bushakevitz s’affirment ici, une fois de plus, comme un des tout meilleurs duos de mélodistes de leur génération, contribuant à faire vivre le genre et à le renouveler pour notre plus grand bonheur.



