La surprise Mozart

An Unexpected Mozart / Louis-Noël Bestion de Camboulas

Par Jean-Pierre Rousseau | lun 24 Octobre 2022 | Imprimer

Mozart « inattendu » comme le promet en bon français ce double CD ? Mozart inconnu plutôt. Comme les trois quarts de l'œuvre du plus illustre des Salzbourgeois ! Je ne sais plus quel journal spécialisé avait interrogé les acheteurs des premiers coffrets très bon marché de l'intégrale vraiment intégrale de l'œuvre de Mozart : sur les 170 CD dudit coffret, ils n'en avaient ouvert et écouté qu'un quart tout au plus !

Le propos du maître d'œuvre de cette nouveauté, Louis-Noël Bestion de Camboulas, est double : faire précisément mieux connaître des aspects méconnus de l'œuvre de Mozart, et les illustrer avec des instruments rares, parmi les merveilles que recèle le Musée de la Musique de la Philharmonie de Paris, ainsi que les orgues de Dominique Thomas de l'église Saint-Jean de Wissembourg, et de l'église réformée du Bouclier à Strasbourg.

Celui qui est tout à la fois claveciniste, pianofortiste, organiste, animateur de l'ensemble Les Surprises, l'avoue sans ambages : il s'est fait plaisir, il a réalisé un rêve, en enregistrant au cours de cinq sessions espacées de plusieurs mois, des instruments, des ensembles, qu'il était inenvisageable de réunir au concert.

Une grande part du programme de ces 2 CD est constituée des sonates d'église, 12 sur les 17 que Mozart a composées en 1772 et 1780. Il s'agit de courtes pièces d'un seul tenant destinées à être jouées pendant l'office entre l'épître et l'évangile, écrites pour la plupart pour orgue et cordes, trois d'entre elles (deux figurent en ouverture et en clôture du double album) réunissant orgue, cordes, trompettes et timbales. L.N. Bestion de Camboulas leur a adjoint d'autres pièces qui lui ont permis d'utiliser une douzaine des instruments du Musée de la Musique, comme l'adagio K 608 pour glassharmonica. Détours exotiques aussi chez Haydn et Carl Philip Emanuel Bach.

Ce qui nous intéresse en particulier dans cette proposition, ce sont les sept pièces destinées à la voix, trois pour le soprano de Marie Perbost, quatre pour le baryton de Marc Mauillon. Six sont de Mozart, la septième est une étrangeté de CPE Bach : à une fantaisie pour le clavecin, l'auteur ajoute, avec le concours du poète Gerstenberg, une partie de chant inspirée du monologue d'Hamlet To be or not to be !


Marc Mauillon ©  Julien Mignot

Les airs Oiseaux si tous les ans K 307 et Dans un bois solitaire et sombre K 308 sont tirés d'un recueil de chansons dont Mozart a refait la musique, tout en conservant certaines idées (le passage faussement pathétique du K 307, le style de gavotte du K 308). Contraste avec l'hymne O Gottes Lamm, pieuse méditation accompagnée par la basse continue sur l'Agnus Dei, A l'autre extrémité du spectre, de très profanes expressions de joie de vivre dans Die Zufriedenheit (La satisfaction) et Komm, liebe Zither (Ma chère cithare). Mozart utilise la mandoline pour accompagner la voix sur un rythme ternaire typique du genre de la sérénade vocale.


Marie Perbost © DR

Reste l'étonnant Solfeggio K 393, une vocalise à visée pédagogique, où Mozart semble accumuler toutes les difficultés possibles : longues tenues, large ambitus du grave au très aigu, trilles, changements soudains de registre. 

https://www.youtube.com/watch?v=6yAUQlJgT2o

Les deux chanteurs s'en tirent avec tous les honneurs, accompagnés tour à tour par le clavier de Louis-Noël Bestion ou la mandoline d'Anna Schivazappa.

Au final, le jugement sur cette publication est partagé : l'intérêt musicologique et documentaire est évident, d'autant que le booklet  trilingue est exceptionnellement riche – les textes de L.N.Bestion de Camboulas et Michel Fleuray, les photos et descriptions des instruments utilisés, les airs chantés – on est heureux de disposer d'une version moderne d'un corpus de pièces qui n'a plus guère été enregistré depuis les grands anniversaires Mozart (1956, 1991). Mais tout le talent des interprètes, la variété des formations instrumentales, la présence de quelques œuvres vocales, ne suffisent pas à sauver ces deux longs CD d'une monotonie certaine pour l'auditeur intrigué par ce Mozart « inattendu ». À déguster donc à petites doses !

 

 

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