Chant de louange

Lobgesang

Par Dominique Joucken | mer 09 Avril 2014 | Imprimer
 
Les détracteurs de Mendelssohn voient dans sa deuxième symphonie une monstruosité de style pompier, vide de sens et bruyante. Même son contenu mystique a été mis en cause pour sa sincérité, Heinrich Heine parlant de « mensonge religieux ». Rappelons que l'œuvre a été écrite entre 1838 et 1840, pour célébrer le 400e anniversaire de l’invention de l’imprimerie. Nous avouons pour notre part la placer très haut, dans la droite ligne de la IXe symphonie de Beethoven dont elle retrouve la grandeur. Grandeur que l’on goûte aussi bien dans le traitement des masses instrumentales que dans l’utilisation des voix humaines. Voir un jeune chef très prometteur enregistrer cette « symphonie-cantate » pour un grand label international est donc un motif d’intense satisfaction pour le critique, surtout que la discographie n’est pas surchargée.

De plus, Pablo Heras-Casado a visiblement des choses à dire dans ce répertoire. Il empoigne le vaste premier mouvement avec une énergie salutaire. C’est une lecture cursive, aérée, nerveuse, que le jeune maître de la baguette (36 ans !) nous donne à entendre, avec une totale clarté des plans sonores. Mais attention, dégraissage ne rime pas ici avec acidité, et l’Orchestre de la Radio bavaroise garde sa beauté des timbres, tout en offrant des basses pleines et sonores, qui font défaut à tant de lectures « baroqueuses ». Entendre vrombir ces pupitres de trombones et de contrebasse est une jouissance pure, tant il est vrai que Mendelssohn a doté son œuvre d’une structure polyphonique très riche. Les deux mouvements médians, si souvent sacrifiés par les chefs pressés d’en arriver au final, sont ici détaillés avec un soin amoureux, et on ne sait qu’admirer le plus entre le rebond de l’allegretto et le chant éperdu des bois dans l’adagio religioso.

Le meilleur reste cependant à venir, avec le dernier mouvement, où le Chœur entonne sa partie avec une ferveur contagieuse. C’est vraiment le chant de la créature heureuse d’exister que l’on entend dans son « Alles was Odem hat ». Dans les autres parties, la masse chorale sait s’alléger avec une grâce qu’on ne lui a pas toujours connue (certains enregistrements la montraient nettement plus pachydermique, misant sur l’effet de puissance), l’ensemble nous rappelant le style de chant du Collegium Vocale ou du RIAS-Kammerchor. Les solistes contribuent à la réussite de cette nouvelle parution. Lors de la récente Création de Philippe Herreweghe à Bruxelles, nous soulignions les qualités de timbre et de justesse de Christina Landshamer, qui confirme son potentiel et réussit à apparier sa voix de très belle manière avec celle de Christiane Karg, sans qu’on les confonde jamais. La quadrature du cercle dans une telle œuvre. Le ténor Michael Schade est une valeur sûre, qui ne montre aucun signe de fatigue. Tous communient dans une même beauté apollinienne, et suivent le chef avec ferveur dans une fin de symphonie qui s’apparente à une apothéose. La prise de son est de référence, mêlant comme l’interprétation la puissance au détail. Voici un enregistrement que tous les admirateurs de Mendelssohn se doivent de posséder.

 

 

 

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