Jusqu'au bout de l'hommage

Daniel Behle, Nostalgia

Par Laurent Bury | mer 13 Décembre 2017 | Imprimer

Après s’être fait remarquer comme mozartien hors pair, le ténor allemand Daniel Behle poursuit sa belle carrière en abordant les rivages wagnériens, avec notamment un superbe David dans Les Maîtres chanteurs de Nuremberg à Bayreuth en août dernier. En un sens, il fait donc ce parcours qu’une mort prématurée n’a pas laissé à Fritz Wunderlich le temps de faire. Et même s’il ne l’affiche pas trop ouvertement, le nouveau disque de Daniel Behle, placé sous le signe de la nostalgie, se veut un hommage à son illustre prédécesseur. Depuis quelques années, le principe est abondamment exploité, entre les contre-ténors qui consacrent un disque au répertoire de tel ou tel castrat et les sopranos qui cherchent à ranimer la mémoire de telle ou telle consœur disparue.

Le programme de Nostalgia renvoie donc l’auditeur à ces années 1950 et 1960 où l’on n’utilisait certes plus de phonographes à pavillon, contrairement à ce que nous montre la photo de couverture du disque, mais où l’on conservait encore d’un passé plus lointain l’attachement à certains airs à succès, tirés d’œuvres un peu oubliées. Nostalgie d’une époque où l’on ne s’embarrassait pas de scrupule musicologique, et où l’on interprétait en traduction des œuvres aussi populaires que Le Postillon de Longjumeau ou La Dame blanche, ici toujours reconnaissables même lorsqu’elles sont rebaptisées Der Postillon von Longjumeau ou Die weiße Dame. Si Martha de Flotow n’est plus guère connu que par son célébrissime air – et encore, le plus souvent dans sa version italienne, « M’appari » – Les Joyeuses Commères de Windsor de Nicolai n’ont jamais quitté les scènes, et l’on redécouvre enfin La Reine de Saba de Goldmark, qui mérite d’être explorée par-delà son fameux air « Magische Töne ».

Dans ces pages, Daniel Behle se révèle tout à fait convaincant, avec toujours cette maîtrise des nuances qui le caractérise, cette aisance dans l’extrême aigu qui en fait un George Brown de qualité, et aussi avec cette largeur nouvelle que la voix a prise depuis quelques années et qui lui permet d’envisager des rôles de plus en plus exigeants. A la tête de l’orchestre de la WDR de Cologne, Helmuth Froschauer se montre attentif à préserver l’indispensable légèreté de ton qui fait de Lortzing un grand frère d’Offenbach. Cet enregistrement bénéficie même de la présence du chœur de la WDR, luxe appréciable pour Le Postillon de Longjumeau, par exemple.

Oui, mais l’hommage est poussé jusqu’au bout, et l’on sait que Wunderlich enregistra sa dose de chansons napolitaines et autres sucreries qui devaient faire se pâmer ses admiratrices. Etait-il nécessaire de sacrifier aussi à ce genre ? Les dernières plages du disque nous font basculer dans un univers plus difficile à apprécier, musiques pour thés dansants et pseudo-folklore napolitain pour touristes teutons, avec orchestrations hélas tout à fait dans le style voulu. Faut-il alors faire preuve de beaucoup de second degré, ou pas du tout au contraire, pour apprécier ? Sur un disque court (moins d’une heure), c’est déjà trop. Dommage, mais sans doute ce disque trouvera-t-il davantage son public de l’autre côté du Rhin. 

 

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