Divine, mais pas aidée

Divine Karina

Par Laurent Bury | mar 12 Janvier 2016 | Imprimer

Pour Atma, rien n’est plus facile que de composer un florilège autour de Karina Gauvin. En effet, si la carrière de la soprano québécoise a pris une dimension internationale, avec notamment quelques incarnations scéniques remarquées, à Glyndebourne ou Madrid, le label canadien l’accompagne depuis ses débuts. Certes, on ne trouvera évidemment pas ici trace des intégrales auxquelles elle a participé ces dernières années, chez Erato (Niobe, Farnace), Archiv (Alcina, Ezio), Naïve (Giulio Cesare, Tito Manlio) ou Decca (Alessandro). En revanche, Atma a puisé dans la quasi-intégralité de son catalogue pour composer un bouquet représentatif de l’art de la chanteuse, à travers trois siècles de musique et une bonne dizaine d’années d’enregistrements.

Le disque le plus ancien dont on trouve ici un extrait est une version de la quatrième symphonie de Mahler dirigée par Yannick Nézet-Seguin (2004). Viennent ensuite un étrange disque Bach où la soprano interprétait avec le contre-ténor Daniel Taylor une adaptation germanisée et luthérianisée du Stabat Mater de Pergolèse, et le disque Hyver mêlant œuvres de Michel Corrette et de Boismortier (2005). De 2007 date le récital Purcell, de 2008 le récital Haendel, et de 2009 les disques Purcell et Porpora. En 2010, Karina Gauvin grava sa version des Illuminations de Britten, complétée par quelques mélodies du compositeur britannique. Un hommage à Anna Maria Strada del Pò en 2012, un disque Mozart en 2014, et nous avons quatorze des quinze plages de Divine Karina, la dernière étant un inédit, où l’on entend pour la première fois les sœurs Gauvin mêler leurs voix : à Karina répond en effet Nathalie Gauvin, jazzwoman de son état, pour un duo intitulé « You, my sister », dont elles ont elles-mêmes conçu les paroles, sur une musique de Tyler Williams. On retrouve ici plusieurs ensembles avec lesquels la soprano a régulièrement travaillé : des baroqueux canadiens, bien sûr, comme Les Violons du Roy, dirigé ou non par Bernard Labadie (Bach, Mozart, Britten), Les Boréades, dirigé par Francis Colpron (Purcell, Boismortier), Tempo Rubato et Arion Orchestre Baroque, tous deux dirigés par Alexander Weimann (Haendel, Vivaldi), mais aussi Il complesso barocco de feu Alan Curtis (Porpora), chef pour lequel Karina Gauvin chanta beaucoup Haendel.

Bien sûr, l’art de mademoiselle Gauvin éclate ici dans sa diversité, mais de toutes ces gravures de studio, on regrettera parfois un certain manque de vie dramatique. C’est particulièrement flagrant pour l’extrait d’Alcina, « Ombre pallide », dont on imagine qu’il prendrait un tout autre relief lors d’une captation sur le vif ; il est ici à la limite du soporifique, essentiellement à cause d’un orchestre bien lent. De manière générale, les formations instrumentales qu’on entend ici n’apportent pas vraiment à la soprano l’écrin le plus propice à des interprétations aussi incandescentes que celles dont elle est capable en concert. Peut-être faut-il donc voir dans ce florilège une invitation à découvrir le meilleur et le plus rare dans ce qu’a enregistré Karina Gauvin, par exemple le répertoire français où elle est jusqu’ici un peu sous-représentée au disque. Le Dardanus bordelais-versaillais connaîtra-t-il les honneurs du DVD ? En tout cas, on guette l’Olympie de Spontini à venir en juin, qui a toutes les chances d’être immortalisée…

 

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