Fantasio, Fortunio et...

Les Caprices de Marianne

Par Laurent Bury | jeu 03 Avril 2014 | Imprimer
 
Après le Fantasio d'Offenbach, dont Opera Rara nous offrira bientôt un enregistrement, et le Fortunio de Messager, Les Caprices de Marianne prouvent que la transposition lyrique réussit assez bien à Musset. Pourtant, malgré quelques reprises, à Compiègne en 2006, à Dijon et Saint-Céré en 2007, et en octobre prochain un peu partout en France grâce au Centre Français de Promotion Lyrique, l’opéra de Sauguet n’occupe pas la place qu’il mériterait. Commande de Gabriel Dussurget, il fut créé en 1954, dans une mise en scène de Jean Meyer, production qui fut reprise deux ans plus tard à Paris. Pour une fois séparé de son complice Pierre Barillet avec qui il écrivit les plus grands succès du théâtre de boulevard des années 1960 et 1970, Jean-Pierre Grédy resserra et réagença la pièce, empruntant à d’autres textes de Musset, et ajoutant le matériau nécessaire à former des airs, notamment le seul qui ait vraiment survécu, « Oh amour, mystérieux amour » qui conclut le premier acte. Il introduisit le personnage de la Duègne, rôle travesti tenu par une basse (assez cavalièrement remplacée par une mezzo dans certaines versions).
On connaissait jusqu’ici l’enregistrement réalisé en 1959 avec Andrée Esposito et Camille Maurane, dirigé par Manuel Rosenthal, mais le disque aujourd’hui proposé par l’INA est l’écho d’une des représentations données au Théâtre des Champs-Elysées en 1956, avec une distribution où l’on retrouve quelques-uns seulement des artistes de la création : les deux principaux rôles masculins, créés par le ténor Jean Capocci et le baryton Jean-Christophe Benoît, trouvent ici d’autres titulaires, mais on entend Graziella Sciutti en Marianne, rôle initialement pensé pour Lily Pons, qui déclara forfait, et le baryton-basse Jacques Linsolas en Claudio, Gérard Friedmann troquant le rôle de l’aubergiste pour celui du valet ridicule Tibia. En dehors d’une souffleuse parfois assez sonore, la qualité de l’enregistrement est tout à fait correcte, et possède une certaine vie théâtrale puisqu’il s’agit de la captation d’un spectacle et non d’un concert.
Ceux qui ne connaissaient de Graziella Sciutti que sa Zerline seront peut-être surpris par sa prestation car ce n’est pas dans la douceur qu’elle s’exprime ici, mais l’actrice est tout à fait convaincante. Et le français est impeccable, ce qui était indispensable pour un opéra où la déclamation chantée est si proche du parlé. Curieusement, c’est dans l’aigu qu’elle paraît parfois un peu fragilisée, mais cela tient sans doute en grande partie à la prise de son. Dans un rôle plus gouailleur qu’enamouré, Jacques Jansen sonne nettement moins vieillot que dans tant d’autres incarnations, et son Octave est parfaitement à sa place. Michel Sénéchal, qu’on retrouve dans la version Rosenthal de 1959, prête à Coelio sa voix bien connue. Pour tous deux, on aimerait néanmoins entendre ce que des timbres moins typés, moins datés peut-être, feraient de cette musique (la production de Compiègne, disponible en DVD, confiait ces deux personnages à Armando Noguera et Stéphane Malec Garcia). Jacques Linsolas, qui donna la réplique à Elisabeth Schwarzkopf dans Cosi à l’Opéra-Comique en 1963, possède une belle voix grave, sonore, et sait être comique quand il le faut. Le reste de la distribution est tout à fait adéquat, et donne grande envie de voir plus souvent cette œuvre à la scène.
 
 
  
 
 
 
 

 

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