Bons baisers de Helsinki

Finland - SWR Vokalensemble

Par Alexandre Jamar | jeu 11 Mai 2017 | Imprimer

Après l’Italie, les Etats-Unis, la Russie et la Grande Bretagne, c’est la Finlande qui figure cette fois-ci au programme du road-trip entrepris par le SWR Vokalensemble. Son directeur Marcus Creed s’était en effet fixé l’objectif de proposer un panel presque exhaustif de la musique chorale des pays traversés, laissant à chaque fois une large place à la musique contemporaine, sans pour autant dédaigner le répertoire classique.


De cet enregistrement se dégagent trois pièces majeures, que nous allons donc commenter plus amplement. Une anthologie de la musique finlandaise se devait de commencer par Dieu le Père Sibelius. Dans Rakastava (L’amant), un bref cycle de trois pièces, le compositeur puise une fois de plus ses ressources dans le folklore finlandais, les textes étant tirés du Kantelelar, recueil de chansons populaires alla Wunderhorn. La forme cyclique des trois pièces rappelle en effet les comptines populaires, ce qui n’empêche pas Sibelius d’ajouter ça et là quelques touches harmoniques plus personnelles. L’ensemble en propose une lecture fraîche et allante, sans pour autant survoler la partition. On reconnaît dès les premières mesures l’intonation impeccable et le son de groupe parfait qui font la qualité des interprétations du SWR. De plus les solos de Hyvää iltaa lintuseni (Bonne nuit, mon petit oiseau) témoignent d’un travail attentif et soigné.
Filons un peu plus encore la métaphore religieuse des compositeurs finlandais en introduisant la papesse de la musique contemporaine finlandaise, Kaija Saariaho. Avec cette version a cappella du cycle Nuits, adieux, le SWR Ensemble s’attaque à ce qui semble devenir un classique de la musique vocale contemporaine. Tissé sur des textes de Jacques Roubaud et de Balzac, le cycle qui interroge les concepts de mémoire et de disparition rend hommage à la grand-mère de la compositrice. Avec des consonnes arrachées et une lecture qui souligne volontiers les côtés bruitistes de l’écriture, on est assez loin des versions plus sensuelles des enregistrement précédents. Pourtant, cette nouvelle approche ne dessert pas pour autant l’œuvre, et les solistes de l’ensemble s’en tirent une fois de plus à merveille dans ce terrain de jeu qu’est pour eux la musique contemporaine.
Dernière figure incontournable de la scène finlandaise, Einojuhani Rautavaara se fait moine dans ce Canticum Mariae virginis. Celui que nous connaissions plutôt comme post-romantique lorgne vers l’Estonie voisine d’Arvo Pärt, déployant une toile de micro-litanies de laquelle émerge une mélopée rappelant l’esthétique grégorienne. Le Vokalensemble nous transporte dans une atmosphère contemplative et recueillie, où chaque modulation fait figure d’évènement.  


Si nous nous sommes essentiellement consacré à ces trois opus, c’est parce que les autres ne sont pas aussi convaincants tant par l’esthétique que dans l’interprétation. Kuun Kirje de Riikka Talvitie propose un esthétique proche du minimalisme assez intéressante, mais le SWR s’y trouve moins à l’aise, peinant à faire sonner la partition, probablement mis en difficulté par la tessiture de la partition. Si Mieliteko de Jukka Linkola a au moins le mérite de trancher avec l’esthétique prédominante jusqu’à présent, ce n’est pas pour autant une franche réussite, tant du côté du compositeur que des interprètes. Le côté jazzy séduit tout d’abord mais s’essouffle rapidement par manque de ressources et d’originalité. A part un jeu sur les syllabes qui amuse brièvement (auquel le finnois se prête tout de même à merveille), on ne retient donc pas grand chose de l’œuvre, et le Vokalensemble perd tout d’un coup sa qualité d’intonation dans des solos assez faibles. Enfin, le Rautavaara qui nous avait conquis en première partie nous semble moins efficace dans les cycles Canción de nuestro tiempo et Orpheus singt. Avec un style plus traditionnel, c’est peut-être la spiritualité particulière du Canticum que nous avons perdue en chemin.


La volonté d’exhaustivité de cette carte postale finlandaise est peut-être à l’origine de la semi-réussite de l’album. Attirant notre curiosité pour les trois œuvres commentées en première partie, il peine à la retenir pour le reste de l’album. Heureusement, nous nous quittons harmonieusement sur Finlandia de Sibelius, courte pièce qui aurait presque pu devenir l’hymne officiel finlandais.


 

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