Sauve qui peut !

Florence Foster Jenkins & friends, Murder on the High Cs

Par Christophe Rizoud | jeu 06 Octobre 2016 | Imprimer

Le cinéma a remis ces mois derniers à la mode Florence Foster Jenkins, cette prétendue soprano richissime qui cassa les oreilles de la haute-société new-yorkaise plusieurs années durant. La légende s’est emparée du personnage au point qu’on ne sait plus trop à quelles sources biographiques se fier. Etait-elle originaire de Philadelphia ou de Wilkes-Barre, née en 1864 ou 1868, veuve ou divorcée ? Une chose est sûre : elle chantait atrocement faux, ce qui lui vaut aujourd’hui encore une incroyable renommée. Naxos réédite opportunément une compilation réalisées en 2003 dont Jean-Philippe Thiellay en 2007 mettait déjà en question l’intérêt.

On y retrouve les neuf enregistrements connus de l’apprentie-diva, tous plus désastreux les uns que les autres : l’air des des clochettes (Lakmé), du champagne (Die Fledermaus) ainsi que celui de la Reine de la nuit (Die Zauberflöte) qui valut à Florence Foster-Jenkins exprimant ses doutes à propos d’une des notes à la fin de l’aria, cette réponse diplomatique de la directrice des studios d’enregistrement, Mera M. Weinstock : « Ma chère, vous n’avez pas à vous inquiéter pour une seule note ». Si cette succession atterrante de sons faux, indifféremment miaulés, couinés et piaillés, reste éprouvante pour toute oreille normalement constituée, le pompon revient au cri terrifiant qui ouvre « Valse caressante », une chanson composée par l’énigmatique Cosme McMoon, le pianiste et accompagnateur de la chanteuse, exceptionnellement épaulé d’un flûtiste qui a préféré ne pas léguer son nom à la postérité.

A ces neufs désastres vocaux, on a ajouté huit enregistrements interprétés avec un goût discutable par des artistes aussi renommés que le baryton Robert Merrill (1917-2004) ou la basse wagnérienne Alexander Kipnis (1891-1978). Rien de comparable cependant avec le chant cauchemardesque de Florence Foster Jenkins. Il s’agit là davantage de pochades qui s’apparentent à ce que l’on appellerait aujourd’hui du crossover, tel le légendaire Lauritz Melchior (1890-1973) singeant les crooners dans « Please don’t Say No », l’une des songs du film musical de Richard Thorpe, Thrill of a Romance, ou Ezio Pinza (1892-1957) se compromettant dans « The Little Old State Of Texas », une ballade que l’on imaginerait davantage chantée par Lucky Lucke que par celui qui fut un Don Giovanni de référence. Certains titres interprétés aujourd’hui par certains de nos ténors les plus fameux ne dépareraient cette sélection ridicule, s’ils avaient été enregistrés dans les années 40 (nous ne citerons pas de noms pour ne pas susciter une avalanche de commentaires au bas de cet article). Remplissage ? Oui, à vrai dire car il n’y a pas là de quoi s’esclaffer. Si ces numéros sont incongrus, ils ne peuvent être comparés à ceux commis par Madame Foster-Jenkins car infiniment mieux chantés et donc infiniment moins drôles. Drôles ou pathétiques ?

 

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