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Henri Dutilleux - Le Loup, La Fille du Diable, etc.

Par Laurent Bury | mar 22 Mars 2016 | Imprimer

Année Dutilleux, marquée par de nombreuses manifestations recensées sur un site spécialisé, 2016 s’est ouverte sur toutes sortes de parutions qui viennent éclairer des aspects moins connus du compositeur de Métaboles ou d’Ainsi la nuit. C’est l’occasion de rappeler que le Douaisien né à Angers en 1916 a aussi écrit pour la voix, notamment à l’aube de sa carrière. Le disque qu’a enregistré l’Orchestre national des Pays de la Loire, dirigé par Pascal Rophé, vient justement attirer l’attention sur la production « dutillenne » des années 1940 et 1950, où l’on peut, à condition parfois de tendre l’oreille, discerner en germe l’expression originale de celui qui allait devenir plus tard une des grands musiciens français du XXe siècle. Evidemment, même pour un CD au minutage généreux, les partitions pour orchestres se taillent la part du lion, avec plus de 50 minutes sur les 75 que dure le disque. On y trouve le premier grand succès parisien de Dutilleux, la musique du ballet Le Loup, chorégraphié par Roland Petit ; la musique de scène composée pour une adaptation théâtrale des Hauts de Hurlevent ; et un échantillon d’un genre qu’il pratiqua beaucoup dans sa jeunesse, la musique de film, avec des extraits de la partition conçue pour La Fille du diable. Toute cette musique orchestrale doit énormément à Ravel – compositeur très admiré du jeune Dutilleux, qui dut lutter pour se dégager de son emprise –, le Ravel de Daphnis ou de La Valse, œuvre qu’on croirait véritablement plagiée dans La Fille du diable. La musique du Loup renvoie un peu aussi à Stravinski, voire à Sauguet, dont Les Forains avaient été un autre grand succès pour Roland Petit.

Mais il y a aussi vingt bonnes minutes de mélodies, qui lorgnent un peu vers Poulenc. Quatre mélodies composées en 1941-43, et les Sonnets de Jean Cassou de 1954. La partition la plus récente vient avant la plus ancienne, et en découvrant l’interprétation de Vincent Le Texier, c’est Golaud qu’on entend. Le baryton propose en effet une version théâtralisée à l’extrême de ces sonnets dont on ose à peine dire qu’ils furent « écrits » par Jean Cassou, puisque le poète incarcéré par les nazis n’avait ni papier ni crayon pour les mettre noir sur blanc et dut mémoriser jusqu’à sa libération les trente-trois poèmes que publièrent en 1944 les éditions de Minuit. Plus connue dans sa version chant-piano, cette partition était présentée par le compositeur comme un chant de révolte qui « supporterait mal l’absence de l’orchestre. Ce ne sont donc pas, à proprement parler des mélodies ». De fait, le vibrato très dramatique de la voix de Vincent Le Texier convient assez à la véhémence « opératique » de cette musique, au contraire des Quatre mélodies, où le baryton se métamorphose littéralement. Avec « Regards sur l’infini », sur un texte d’Anna de Noailles, c’est plutôt Mélisande mourante qui parle (« Je veux qu’en paix l’on ouvre la fenêtre »…). Le chanteur aussi sait s’inventer une légèreté primesautière pour « Féerie au clair de la lune », au climat digne de L’Enfant et les sortilèges, sur un texte proche du « Jardin extraordinaire » de Charles Trénet. Même contraste entre la confidence murmurée de « Pour une amie perdue » et le ton badin des « Funérailles de Fantasio ».

 

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