Hommage à la sainte patronne

To Cecilia

Par Nicolas Derny | lun 02 Novembre 2009 | Imprimer
Présent sur tous les fronts, Marc Minkowski nous livre aujourd’hui un enregistrement consacré à quelques célébrations musicales de Sainte-Cécile. Le programme est très cohérent puisque, outre l’hommage à la Bienheureuse, les trois compositeurs représentés ici (Purcell, Haendel et Haydn) ont un autre point commun : l’Angleterre. En effet, Purcell en était originaire, Haendel y trouva une « terre d’accueil » et Haydn y connut un énorme succès. En plus, l’année 2009 correspond à l’anniversaire de la naissance de Purcell (1659) et de la mort des deux autres (1759 pour Haendel et 1809 pour Haydn). Après un disque consacré à Bizet (mars 2008) et un enregistrement de la Messe en si de Bach (décembre 2008), Naïve offre donc à Minkowski l’occasion de sortir ce double album présenté dans un luxueux livret cartonné et superbement illustré. Le plaisir des oreilles est-il égal à celui des yeux ? 
Vu de loin, le tableau est globalement très joli, bien équilibré et d’une composition très intéressante. En s’approchant, quelques défauts apparaissent. La plus grosse lacune vient de la soprano britannique Lucy Crowe. Bien qu’aucune fausse note ne vienne égratigner sa prestation, elle ne fait jamais preuve de souplesse et, bien plus grave, elle semble bien incapable de toute expressivité. Jamais elle ne parvient à faire passer la moindre émotion et il est parfois bien difficile de saisir le texte, même lorsqu’elle chante dans sa langue maternelle (Purcell, Haendel). Il en va heureusement tout différemment des chanteurs masculins. Au sommet de son art, Richard Croft nous offre une prestation exceptionnelle dont un magnifique duo avec le (très) prometteur Anders J. Dahlin (In vain the am’rous flute de Purcell). Ensemble et séparément, les deux chanteurs parviennent à nous charmer en quelques secondes. Dans chacune de leurs interventions, l’équilibre est parfait entre souplesse technique et musicalité. Il est tout aussi difficile de résister au timbre androgyne de Nathalie Stutzmann, contralto bénies des dieux, seulement présente dans la Cäcilienmesse de Haydn. 
Le chœur des Musiciens du Louvre est certes techniquement irréprochable mais se montre parfois un peu lourd à manœuvrer lorsque Minkowski tente de le secouer. Ainsi, certains décalages expressifs apparaissent, çà et là, entre un ensemble vocal lourdement ancré dans le sol et un orchestre virevoltant (Gloria de la Cäcilienmesse (1) ). Il manque à cet ensemble le supplément d’âme et la souplesse du Collegium Musicale ou la « musculature » du Chœur Révolutionnaire et Romantique (Haendel et surtout Haydn). En revanche, l’orchestre confirme qu’il est stylistiquement tout terrain et ses solistes sont époustouflants (les trompettes de Tibaud Robinne et Jean-Baptiste Lapierre dans The fife and all the harmony of war de Purcell !). Le tout est dirigé par un Minkowski qui semble plus à l’aise avec le contrepoint de Haendel qu’avec celui de Purcell. En ce qui concerne l’Ode à Sainte Cécile de ce dernier, on retournera à la version de Herreweghe (Harmonia Mundi), dont l’élégante sobriété est exemplaire. La prestation du chef dans la messe de Haydn - pour qui l’expression de la foi rimait avec trompettes et timbales, quitte à en devenir grandiloquent- manque d’autorité et parfois de présence. A certains endroits, il esquisse plutôt que de tracer le trait. Au vu de son affiche, on attendait que cet enregistrement s’impose de lui-même. Bien qu’il ne démérite pas, ce n’est malheureusement pas le cas. 
 
Nicolas Derny
 
(1) Le présent enregistrement propose la première version de cette messe dont le manuscrit est conservé à la Bibliothèque nationale de Turin.
 

 

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