Il aurait eu 80 ans

Live on stage

Par Jean-Philippe Thiellay | jeu 10 Mars 2011 | Imprimer
Pour célébrer le 80e anniversaire que Fritz Wunderlich, né le 26 septembre 1930, aurait eu l’automne dernier, la Deutsche Grammophon est allée piocher dans les archives des radios bavaroise (Bayerischer Rundfunk) et autrichienne (Österreichischer Rundfunk). Voici donc quelques extraits de représentations munichoises et viennoises de 1962 à 1966, au cours desquelles lequel l’immense ténor allemand s’est illustré à la toute fin de sa vie. A côté de deux reprises (l’intégrale de la Daphne viennoise a été diffusée par la même firme en 1988 ; le Capriccio l’a été par Orfeo il y a trois ans), les autres titres sont inédits et c’est le premier intérêt de ce disque. La qualité des prises de son est variable mais elles font bien revivre ce Munich ou ce Staatsoper d’après-guerre qu’André Tubeuf a décrit avec force détails dans son récent ouvrage aux éditions Actes Sud1, On y retrouve à côté de Wunderlich les plus grands - Rothenberger, Wächter, Berry, Popp et della Casa - sous la direction de Karajan, Kempe, Böhm, Krips et Prêtre.
 
Ces témoignages sont ceux des toutes dernières années de la brève carrière de Wunderlich, décédé des suites d’une mauvaise chute en septembre 1966, dix ans seulement après ses débuts2. L’air du chanteur italien de Rosenkavalier, le 20 juillet 1966, est même le dernier enregistrement live que l’on connaît de Fritz Wunderlich. Quand on pense aux nombres d’artistes qui n’en finissent pas de finir, de persister, de s’accrocher, puis de dire adieu, on enrage à la pensée que la carrière du ténor a été stupidement brisée, alors qu’il avait 36 ans, au sommet de ses moyens. Le legs discographique, heureusement conséquent, n’est qu’une consolation.
 
A côté de nombreuses intégrales, les éditeurs, comme EMI (The very best of, en 2003) ou Deutsche Grammophon (The art of Fritz Wunderlich, 2005) ont diffusé des compilations d’intérêt variable. Le vrai complément utile du présent disque, en ce qui concerne les opéras, se trouve au catalogue de Arts Archives :; « Fritz Wunderlich, Opera arias » est consacré à des enregistrements plus rares du début de carrière, au cours des années 1956-1959. La comparaison est possible, même si « Dies Bildnis ist bezaubernd schön » de la Flûte est le seul recoupement. Dix ans plus tard, la voix n’a pas changé, l’ampleur, la majesté du timbre, son autorité aussi, sont identiques. Pendant ces dix ans, la carrière de Wunderlich aura été, bien plus qu’une étoile filante, une apogée d’un seul trait.
 
Certes, dans ce nouveau CD, Der Barbier von Sevilla, dirigé par Böhm, est bien peu idiomatique et Eberhard Wächter est un factotum trop teutonique, tandis que notre ténor ne s’épanouit pas vraiment dans les vocalises coloratures3. Mais le charme immédiat du timbre de Wunderlich opère, aussi bien en italien, avec des Don Ottavio séducteurs qu’en allemand, en particulier dans Richard Strauss (quel cantilène de Henry dans Die schweigsame Frau !). Le timbre est tout simplement miraculeux, d’une homogénéité somptueuse sur toute la tessiture. Le phrasé, le legato sont anthologiques.
 
Pour un quatre-vingtième anniversaire, on aurait pu attendre encore plus, alors qu’il est devenu habituel de sortir des collections plus ou moins soignées consacrées à tel ou tel artiste. S’agissant de Wunderlich, une telle entreprise serait à la fois facile, tant la période de temps est courte, et ardue, tant il s’est illustré dans des répertoires variés, du baroque à la musique du XXe siècle en passant par le Lied et l’opérette. Elle reste à construire. Ces inédits désormais diffusés y trouveront leur place.
 
Jean-Philippe THIELLAY
 
 
 
1 Voir la chronique de cet ouvrage par Jean-Marcel Humbert.
 
2 On lira avec intérêt le portrait que Nicolas Derny a consacré à F. Wunderlich, dans le cadre de notre encyclopédie subjective des ténors :; on visionnera aussi le film de Thomas Staehler « Leben und legende », sorti chez DG.
 
3 La notice rappelle que cette série du Barbier du printemps 1966 a été troublée par les partisans de la version italienne qui ne supportaient pas que le successeur de Karajan, à la tête du Staatsoper ait ordonné le retour à la version en allemand.

 

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