Ite missa est

Messes 4 et 5

Par Nicolas Derny | mer 15 Juin 2011 | Imprimer
 
 
Avec tout ce qu’elle a de détestable, la notion de « version de référence » revient plus souvent qu’à son tour sous la plume des critiques. Pourtant, malgré tout le soin que nous mettons à l’éviter, certains enregistrements l’appellent si puissamment que rien ne permet de contourner ne serait-ce que l’usage de l’expression. La présente gravure des deux dernières messes de Franz Schubert par Wolfgang Sawallisch (1972) fait incontestablement partie de ceux-là tant la vision du chef allemand s’impose par sa hauteur de vue.
 
Dans ces deux superbes partitions, Sawallisch construit une architecture aussi remarquable que solide, accordant autant d’attention à la dimension structurelle de chaque mouvement qu’à l’équilibre contrapuntique entre les parties. Ainsi suffit-il d’écouter le Gloria de la messe en mi bémol(D. 950) pour être subjugué par le climat terrifiant que le chef imprime à la section du « Qui tollis peccata mundi » autant que par les assises indéboulonnables de la fugue finale. Pouvant s’appuyer sur un orchestre magnifique (les bois !) et sur un chœur de très haute tenue, le maestro se pose en démiurge et façonne un Schubert puissant, poignant et viril. Malgré la lenteur de cette lecture1 il n’est jamais question ici de s’alanguir mais plutôt de regarder droit devant, sans baisser le regard devant les obstacles et ce, malgré le cri de désespoir d’un compositeur craignant la maladie. 
 
Du côté des solistes, il faut souligner la magnifique cohésion du plateau vocal. Si Helen Donath et Peter Schreier dominent (de peu), le quatuor privilégie toujours le sens du dialogue, important dans ces pages qui ne visent pas la démonstration individuelle mais qui, au contraire, demandent une homogénéité infaillible. Le « Benedictus »de la Messe n°5 est un modèle du genre. On est ici aux antipodes des versions opératiques et l’on s’en réjouit d’un bout à l’autre. Pour le dramatisme, le lyrisme et la puissance musicale, pour la beauté sidérante des effectifs, pour les magnifiques contrastes soulignés par Sawallisch (le passage entre la fugue pyrotechnique du « Gloria » et l’archaïsant début du « Credo »de la Messe en la bémol !), cette version grandiose prendra place dans la discothèque idéale.
 
Nicolas Derny
 
1 A titre de comparaison, Sawallisch boucle la messe n°6 en 57’56 là où il n’en fallait que 50’59 à Erich Leinsdorf (EMI).
 
 
 
 

 

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