La technique sans la passion…

Opera Arias

Par Laure Bertoli | lun 13 Juillet 2009 | Imprimer
L’interprétation de Mefistolfele d’Arrigo Boïto par Carlo Colombara a fait figure d’événement au Festival de Savonlinna en Finlande au tout début du mois de juillet. On retrouve donc tout naturellement l’interprète dans un choix d’arias de Verdi, de Gounod, de Rachmaninov et bien entendu de Boïto. Un mélange de genres qui aurait pu pleinement convenir à cette basse noble, présentant une mosaïque de styles et d’ambiances variés…Natif de Bologne, ville dans laquelle il a fait ses études, remarqué en 1986 lors du concours G.B. Viotti de Vercelli, Carlo Colombara est un habitué des scènes italiennes et, plus récemment, de la scène internationale.
Sa voix, au timbre sombre, sa culture vocale lui permettent, en effet, de chanter les personnages dominateurs de Verdi. Sa diction, tant en français qu’en russe est tout-à-fait acceptable mais son interprétation – particulièrement attendue dans l’extrait du Mefistofele d’Arrigo Boito « Ecco il mondo »- est des plus monochrome. Sa prestation dans l’air  d’Attila « Mentre gonfiarsi l’anima... » et surtout dans celui d’Ernani « Infelice, e tuo credevi… »  ne rend pas assez la puissance intrinsèque des mélodies verdiennes. Un Ramey ou un Raimondi y furent bien mieux parvenus, tous deux faits de ce feu démoniaque dont notre basse manque singulièrement… L’extrait du Faust de Gounod « Vous qui faîtes l’endormie » demanderait plus de couleurs et le timbre paraît hélas bien terne. A terme, c’est l’auditeur qui risquerait bien de « faire l’endormi »… Une lueur intéressante cependant, qui vient rompre la monotonie d’ensemble :  L’air issu d’Aleko de Sergei Rachmaninov dans lequel l’interprète habite pleinement son rôle « d’anti-héros » trouvant ici une traduction musicale parfaite de la mélancolie, entre puissance et extrême retenue, augurant de la fin tragique du personnage. On perçoit ici tout le génie de ce compositeur de dix-neuf ans, capable d’écrire, pour l’examen final du Conservatoire, cet opéra en dix-sept jours, et pour lequel il obtint en 1892 la Grande Médaille d’Or avec une année d’avance ! Carlo Colombara dont la technique vocale n’est certes pas à démontrer, donne enfin ici toute la richesse de son interprétation. Il eût été cependant bien inspiré en usant davantage de ces nuances chaleureuses et de ce foisonnement coloriste dont une basse peut faire – ô combien – preuve !
L’Orchestre de la Suisse Italienne présente une interprétation empreinte d’énergie mais que l’on aurait espérée possédée d’un feu intérieur plus intense... Il vient néanmoins soutenir habilement Colombara, apportant un contre-plan qui, par contraste, donne plus de relief à la voix. Au final, un disque honnête, techniquement sans commentaires, mais aussi sans passion aucune…
 
                                Laure Bertoli

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