Le beurre et l'argent du beurre

Le Temple de la gloire

Par Laurent Bury | mar 02 Février 2016 | Imprimer

Dites, ce ne serait pas beau, un opéra de Rameau qui unirait le meilleur de deux mondes ? Où l’on trouverait à la fois la noblesse d’airs exprimant les tourments de personnages contrariés par le sort, et le chatoiement propre aux divertissements joyeux ? Les trompettes guerrières et les musettes pastorales ? Une partition qui permettrait l’émotion sans étirer sur cinq actes une intrigue maigrelette, avec en plus la diversité permise par les comédies héroïques à entrées ? Eh bien, voici ce dont on pouvait rêver : Le Temple de la gloire, fruit de la collaboration du Dijonnais avec Voltaire. Après l’échec du Samson projeté entre eux au début des années 1730, ces deux génies ne devaient se retrouver qu’en 1745, pour une comédie-ballet et pour une « fête » musicale, toutes deux données à Versailles, la première en février pour le mariage du dauphin, l’autre en novembre dans le cadre des célébrations de la bataille de Fontenoy. Les intermèdes musicaux de La Princesse de Navarre ont été assez mollement enregistrés en 1980 par Nicholas McGegan et une équipe d’obscurs chanteurs anglophones ; une nouvelle version ne serait pas malvenue, mais peut-être faudra-t-il attendre un futur anniversaire Rameau. Le Temple de la gloire avait connu le même genre d’honneur en 1981, sous la baguette de Jean-Claude Malgoire, et la nouvelle version publiée par Ricercar permet une fois encore de mesurer le chemin parcouru depuis ces temps lointains. Que Rameau semblait compassé et froid, lors du tricentenaire de sa naissance ! Comme sa musique est devenue vive et colorée, en l’espace de trente ans !

Guy Van Waas a compris comment faire respirer cette partition, qui fourmille de passages enthousiasmants : une ouverture dominée par les cuivres les plus rutilants, des chœurs pleins d’ardeur, des danses au caractère affirmé, chaque page trouve en l’ensemble Les Agrémens et dans le Chœur de chambre de Namur des interprètes idoines, qui savent rendre vie à tout ce qu’a écrit Rameau.

Quant à la distribution vocale, elle est de premier plan, comme on avait pu également s’en apercevoir lors des concerts donnés à Liège et à Versailles. Les trois voix féminines sont admirablement différenciées, chacune ayant ses propres nuances. Le timbre fruité et la diction irréprochable de Katia Velletaz font tout le prix de ses diverses interventions, notamment en bacchante dans un air très vocalisant au début de la Deuxième Entrée. La douceur élégiaque de Judith Van Wanroij convient idéalement aux deux héroïnes qu’elle incarne. Quant à Chantal Santon-Jeffery, l’autorité de ses accents font d’elle une Gloire toute désignée. Chez les messieurs, Alain Buet impressionne surtout dans le rôle de l’Envie, avec un des rares airs que la postérité avait retenus de l’œuvre. D’une expressivité toujours exacerbée, Mathias Vidal montre comment il faut chanter ce répertoire, sans affèteries, mais avec une admirable fougue juvénile. Avec des interprètes de ce calibre, Rameau a encore de belles années devant lui.

 

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