Les Egyptes galantes

Les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour

Par Laurent Bury | jeu 02 Octobre 2014 | Imprimer

Même s’il ne révèle aucun chef-d’œuvre comparable aux Boréades, découvertes lors du bicentenaire de la naissance de Rameau, le 250e anniversaire de la mort du compositeur aura quand même permis de remettre quelques pendules à l’heure et d’explorer certaines œuvres restées jusque-là largement ignorées. Alors qu’on s’apprête à réentendre prochainement Le Temple de la gloire, conçu en 1745 sur un livret de Voltaire, on put savourer en ce début d’année (voir compte renduLes Fêtes de l’Hymen et de l’Amour, qui scella en 1747 la collaboration de Rameau avec Cahusac, futur librettiste de Zoroastre et des susdites Boréades, entre autres.

Initialement composé sous le titre Les Dieux de l’Egypte, ce ballet héroïque se vit ajouter un prologue pour s’adapter à la circonstance pour laquelle Versailles voulait en être spectateur : le mariage du dauphin avec Marie-Josèphe de Saxe. Osiris, Canope – jadis pris pour le nom d’un dieu – et Isis sont ainsi les protagonistes (ou le prétexte) de trois entrées dans un goût assez proche des Indes galantes de 1735. « Canope » offre un coup de théâtre équivalent à l’éruption du volcan de l’acte des Incas : le Nil est agité d’une sorte de crue explosive d’où jaillit ce prétendu dieu des eaux. Les autres entrées sont riches en « ballets figurés », sortes de pantomimes qui sont censées non pas interrompre l’action mais au contraire s’y intégrer et même la faire avancer.

Et comme lorsqu’on donne Les Indes galantes, les chanteurs cumulent plusieurs personnages et reviennent d’une entrée à l’autre sous des atours divers. Curieusement, on n’a pas du tout cherché à respecter la répartition que décrit Benoît Dratwicki dans le texte qu’il consacre aux interprètes de la création : des rôles que tout semble opposer musicalement sont ici incarnés par un seul et même artiste, et ceux pour lesquels le XVIIIe siècle se contentait d’un seul titulaire sont confiés à deux chanteurs distincts. Peu importe, au fond, seules comptent désormais les qualités des uns et des autres, « dessus », « bas-dessus », « hautes-contres » et « basses-tailles », ainsi que l’on disait avant que la terminologie italienne ne s’impose en France.

Carolyn Sampson possède un timbre acidulé qui convient bien à l’Amour du prologue, et que l’on retrouve avec plaisir dans « Canope ». La voix de Chantal Santon-Jeffery est plus large et plus charnue ; elle a de plus l’avantage de se voir confier les plus beaux airs de la partition, les très virtuoses « Heureux oiseaux » qui conclut la première entrée et « Enchantez l'amant que j'adore » dans « Aruéris ».

Il est dommage que Blandine Staskiewicz n’ait pas une articulation plus claire, car elle est plus agréable à entendre que Jennifer Borghi ; celle-ci n’a ici à interpréter que la très farouche amazone Mirrine, mais on comprend beaucoup mieux sa diction que celle de sa consœur.

Le timbre de Mathias Vidal est peut-être intrinsèquement doté d’une séduction moins immédiate que celui de Reinoud Van Mechelen, mais le Flamand a toujours une diction ampoulée et peu naturelle qui gâte en partie ses interventions, à nos oreilles du moins ; son collègue français a pour lui une élocution parfaite. Dans le rôle de Canope, Tassis Christoyannis est une fois de plus royal, et l’on regrette que Rameau n’ait prévu dans ces Fêtes aucun autre rôle de la même tessiture, à part celui, très bref, du Grand-Prêtre que tient Alain Buet.

Admirablement rendues par le chœur et l’orchestre du Concert Spirituel, les beautés de ces œuvres sont nombreuses : danses aux rythmes variés, grande scène spectaculaire dans « Canope », airs tendres et chœurs majestueux (ne manquent que ces moments de drame qui sont l’apanage de la tragédie lyrique). Il appartient désormais à Hervé Niquet de convaincre une maison d’opéra de tenter l’aventure, en s’adjoignant par exemple les services de Laura Scozzi qui a si bien su renouveler notre regard sur Les Indes galantes.

 

VOUS AIMEZ NOUS LIRE…

… vous pouvez nous épauler. Depuis sa création en 1999, forumopera.com est un magazine en ligne gratuit et tient à le rester. L’information que nous délivrons quotidiennement a pour objectif premier de promouvoir l’opéra auprès du plus grand nombre. La rendre payante en limiterait l'accès, a contrario de cet objectif. Nous nous y refusons. Aujourd’hui, nous tenons à réserver nos rares espaces publicitaires à des opérateurs culturels qualitatifs. Notre taux d’audience, lui, est en hausse régulière avoisinant les 160.000 lecteurs par mois. Pour nous permettre de nouveaux développements, de nouvelles audaces – bref, un site encore plus axé vers les désirs de ses lecteurs – votre soutien est nécessaire. Si vous aimez Forumopera.com, n’hésitez pas à faire un don, même modeste.