Les larmes de l'effacement

Divers, Il Pianto di Maria

Par Sylvain Fort | sam 10 Octobre 2009 | Imprimer
 
Les larmes de Marie : toute l’imagerie chrétienne a œuvré sur ce thème. Y répondent les larmes du Christ, celles de Saint-Paul – et si Dieu, dit le Livre, un jour a ri, un autre jour peut-être lui aussi pleura.
Passionnant, le travail réalisé par Giovanni Antonini pour nous offrir non une suite de lamentations mariales, mais une mise en résonance de cette musique à la fois extatique et funèbre chez des compositeurs tous liés les uns aux autres par des relations géographiques, ou esthétiques, ou de maître à disciple.
Admirables, la concentration et l’épure des œuvres instrumentales de Vivaldi, dont on découvre – enfin – non seulement la fougue et le brillant, mais la profondeur. A comparer à la passacaille de Marini, avec ce modelé humble, cette gravité immaculée.
Dans les passages chantés, la voix de Bernarda Fink a pour elle la lumière, et contre elle l’uniformité de cette lumière. Il y manque quelque chaleur et quelques ombres. Non que l’on eût aimé que cela fût interprété avec expressionnisme, mais enfin il y a dans ce thème bien plus que les larmes d’une icône : ce sont les pleurs d’une mère, au creux même de l’Espérance.
Du moins cette interprétation permet-elle de mettre en valeur l’œuvre de l’italo-bavarois Giovanni Battista Ferrandini, dont le Pianto di Maria fut très longtemps attribué à Haendel avant que la graphologie et les papyrologues de tout poil ne rendent à Ferrandini ce qui appartenait à Giovanni Battista. Et de fait, la ligne même de ce lamento ne rappelle guère le style haendélien - du reste, cela faisait bien longtemps que l’auteur de ces lignes avait réattribué son œuvre à Ferrandini, et riait dans sa barbe de voir les meilleurs spécialistes (y compris Reinhard Goebel) persister dans cette erreur flagrante. Toujours est-il que Bernarda Fink y est plus convaincante – car plus marmoréenne, plus rococo – que dans Monteverdi, où elle est manque d’aspérités.
Antonini mise sur une atmosphère de recueillement et sur l’effacement de tout excès. C’est parfois un peu minimal, et souvent fort beau, avec une prise de son flatteuse sans être ostentatoire. Le Giardino Armonico est insurpassable dans cette esthétique dépouillée et d’une pieuse intériorité.
 
Sylvain Fort
 

 

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