L’heure espagnole

La Fiesta de Pascua en Piazza Navona

Par Sylvain Fort | mer 19 Septembre 2012 | Imprimer
 
Dès la fin du XVe siècle, les congrégations religieuses espagnoles avaient pris l’habitude de célébrer avec faste les fêtes de Pâques sur la Place Navone, dont l’ovale se prêtait aux défilés. Le traité de Cateau-Cambrésis de 1559 conférant à l’Espagne une nouvelle suprématie sur l’Italie (Milan, Naples, mais aussi les Etats pontificaux) ne fit que renforcer ce mouvement. A la pointe, la Confrérie de la Très Sainte Résurrection des Espagnols, approuvée par le Pape en 1579. Tomas Luis de Victoria, arrivé à Rome en 1565, fut le grand ordonnateur musical de ces pompes, et s’était fait une spécialité de la fédération de musiciens – espagnols ou non – autour des nécessités de cette fête.
 
Le présent disque reconstitue en première mondiale les musiques de ces célébrations grandioses mobilisant tout l’arsenal de la démonstration de force : processions, adorations, messes, etc. Il n’existe, il est vrai, aucune playlist officielle de ces cérémonies. Mais les archives permettent d’en proposer une composition plausible, d’autant que toutes les formes de musiques sacrées semblent y avoir pris rang.
 
De fait, on pouvait craindre un effet fourre-tout, voire une succession hétéroclite de morceaux sacrés sans cohérence. Tout au contraire, on est frappé par l’unité esthétique de ces deux disques, construit autour des divers moments de la journée (mâtines, procession, vêpres). Généralement courtes (trois minutes en moyenne), les pièces présentées mêlent majesté et recueillement, splendeur et intériorité. La douce mélopée de mâtines donne le ton, avec un Tantum Ergo de Victoria d’une pudeur et d’une hauteur sans pareilles. Les trompettes de la fanfare ouvrant la procession ne sont pas éclat, mais noblesse et annonce. Toute la procession maintient ce ton de recueillement et d’offrande : la Fête de la place Navone n’a pas le faste tapageur, loin de là ! La ferveur domine et l’on se représente avec une sorte de frémissement sacré la foule à l’unisson de cette oraison. La plus belle partie est peut-être celle de vêpres, en l’église San Giacomo degli Spagnoli par la chaleur de la psalmodie, la pénétration de la prière et cette élévation finale, un Regina Coeli à huit voix de Victoria simplement bouleversant.
 
L’ensemble espagnol la Grande Chapelle dirigée par Albert Recasens (et dont Lauda est le label) est d’une justesse fascinante, et fait vibrer cette musique avec un sens aigu de la religiosité. Les voix à aucun moment ne sont froides ou fixes, ni faussement confites en dévotion. Elles sont vraies et belles, raffinées et sincères.
 
Une merveille, en somme.
 

 

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