L'école de chant wallonne

Livine Mertens, airs et mélodies

Par Marcel Quillévéré | jeu 12 Novembre 2020 | Imprimer

Un CD d’archives réalisé par le label Musique en Wallonie, créé en 197I, qui fait un travail exemplaire de préservation du patrimoine musical de cette région belge. Depuis peu le label édite des enregistrements de grands chanteurs qui ont marqué leur époque notamment au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Après Lucienne Delvaux, Pierre d’Assy, Louis Richard et Ernest Tilkin Servais, c’est Livine Mertens que l’on découvre ici, une mezzo-soprano d’exception tant par sa voix que par le vaste répertoire qu’elle a abordé.

Livine Mertens (1898-1968), née à Anvers, étudie à Bruxelles avec le Marseillais Maurice Decléry, alors premier baryton à La Monnaie. A 26 ans elle fait ses débuts sur cette scène prestigieuse où se déroulera toute sa carrière. Ses rôles de prédilection, Mignon d’Ambroise Thomas et Carmen de Bizet (qu’elle chante pour la première fois en 1929), la rendent immédiatement populaire. La presse loue son naturel en scène, sa diction claire et le velours de sa voix. Sa silhouette longiligne et son timbre exceptionnel de mezzo, à la tessiture très étendue, en font l’interprète idéale de rôle de travestis, que ce soit dans l’Enfant et les Sortilèges de Ravel ou dans Le Chevalier à la Rose de Richard Strauss (chanté alors en français). Femme audacieuse, elle interprète aussi plusieurs opérettes ou comédies musicales, explore de nouveaux répertoires et crée des partitions nouvelles. En mai 1940, alors que la Belgique est envahie, elle entre dans la résistance et est recrutée comme agent de liaison. Ce qui lui vaudra d’être incarcérée à plusieurs reprises par les Allemands. Le 1er octobre 1944, après la libération de Bruxelles, c’est elle qui chante Carmen à la Monnaie pour célébrer la victoire. Elle épouse bientôt Maurice Bastin, un chef d’orchestre remarquable, attaché à ce théâtre. Au début des années 30, elle enregistre avec lui six 78 Tours pour le label Columbia. Ils ont été restaurés et surtout mis au diapason pour rectifier la vitesse souvent inégale des supports de l’époque. 12 plages que l’on retrouve intégralement sur ce CD.

Dès le début, l’air de Mignon « Connais-tu le pays ? » séduit l’auditeur. Le timbre est superbe et l’interprétation sobre, sans aucune affectation. La ligne de chant et le legato ainsi qu’une diction efficace suffisent à capter l’attention et à émouvoir. L’égalité d’émission sur toute la tessiture est impressionnante. Des graves très sonores aux aigus lumineux, tout semble couler de source. C’est particulièrement frappant dans l’air d’Octavian dans le Chevalier à la Rose où l’aigu est d’une aisance confondante (un si naturel sublime). On a vanté sa forte présence en scène, son naturel et la spontanéité de son jeu. Ainsi, sa Carmen n’est pas seulement une femme fatale. Sa séguedille et sa habanera révèlent, dans leur simplicité, une personnalité autrement plus ambiguë et malicieuse. Elles n’ont été enregistrées qu’avec piano, hélas. En 1932, elle enregistre des extraits de Boccace de Franz von Suppé dont elle chante les couplets comiques du Jardinier, avec une gouaille digne de Mistinguett. Il faut mentionner aussi le beau duo de Hänsel et Gretel  (Humperdinck) avec la soprano française Annette Taillefer, et « Toi le cœur de la rose » de L’Enfant et les Sortilèges. Des mélodies (moins intéressantes) et des intermèdes orchestraux complètent ce CD, couleur sépia sans doute, mais qui n’a pas pris une ride.

 

 

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