L'or d'EMI

The great Operas

Par Christophe Rizoud | jeu 13 Décembre 2012 | Imprimer
 
Sans attendre 2013, EMI célèbre le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner en réunissant dans un seul coffret ses plus grands ouvrages lyriques (onze sur les treize qu’il a composés). La proposition, opportune à quelques semaines des fêtes de fin d’année, n’est pas inédite. Il y a deux ans le label Membran osait carrément l’intégrale, incluant dans sa compilation les deux premiers opéras de la liste, Die Feen et Das Liebesverbot, absents du catalogue d’EMI. Ceci explique cela.
 
A défaut, le label britannique possède dans ses archives certaines des pépites qui manquent à son homologue allemand. A commencer par la seule version studio de Rienzi, dirigée en 1976 d’une main pesante mais sûre par Heinrich Hollereiser, avec dans le rôle-titre un René Kollo dont il faut se contenter. Tout autant indispensable dans un paysage discographique nettement plus étoffé, Der fliegende Holländer confiée en 1968 à Otto Klemperer. Certains considèrent même cet enregistrement comme la référence. C’est absoudre rapidement Anja Silja, dont l’intelligence ne peut compenser les corrosions vocales. Mais le Hollandais introverti de Theo Adam est d’une dignité à toute épreuve et le discours orchestral suffisamment épique pour placer ce Vaisseau fantôme en haut de la pile. Autre sommet, Lohengrin selon Rudolf Kempe en 1964. Jess Thomas et Elisabeth Grümmer lumineux face au couple démoniaque formé par Christa Ludwig et Dietrich Fischer-Dieskau : on n’a jamais fait mieux.
Le reste est davantage soumis à – rude – concurrence. Tristan und Isolde en 2005 a pour atouts Placido Domingo et Nina Stemme, lui appréciable car iconoclaste dans un rôle qu’il attise d’une voix solaire, elle tout simplement royale mais la lecture d’Antonio Pappano peut sembler superficielle comparée à celle d’illustres prédécesseurs (Kleiber, Furtwängler). Même constat avec Parsifal enregistré en 1984 par Reginald Goodall. La direction d’orchestre, dépourvue d’intensité dramatique, ne peut rivaliser avec les grands architectes sonores qui au disque, live (Knappertsbuch) ou studio (Karajan), ont édifié des cathédrales d’une autre ampleur. Tous les sortilèges déployés par Waltraud Meier, pourtant idéale en Kundry, ne parviennent à abréger les 286 minutes que dure au total l’opéra (ce qui donne une idée de la lenteur de la battue – Knappertsbuch, qui n’est pas forcément réputé pour sa vélocité faisait 15 minutes de moins à Bayreuth en 1951 et Solti en studio dépasse à peine les 260 minutes).
Les versions de Tannhäuser et de Die Meistersinger von Nürnberg mettent moins en cause le chef que les chanteurs. Bernard Haitink pour le premier, Herbert von Karajan pour les seconds, conduisent leur ensemble (Orchestre de la Radio bavaroise et Staatskapelle Dresden) avec le talent, voire le génie, qu’on leur connaît. Mais Klaus König en Tannhaüser réduit à néant les efforts conjugués de Lucia Popp (Elisabeth), de Waltraud Meier (Venus) et de Kurt Moll, l’un des meilleurs Landgrave de la discographie. De même, Sachs arrive un peu tard pour Theo Adam. Le chant parait souvent instable et le timbre altéré. Avec Geraint Evans, on se trouve en présence d’un de ces barytons sur le retour auquel on a souvent la mauvaise idée de confier le rôle de Beckmesser. Dépourvue d’envergure, Hélène Donath fait d’Eva une soubrette et René Kollo glapit plus souvent qu’à son tour. Ce que l’on accepte sans mal de Tristan blessé est moins tolérable chez Walther que l’on aime insolent de charme et de jeunesse.
Faute d’une intégrale studio du Ring des Nibelungen, ouvrage indispensable – au contraire de Die Feen et Das Liebesverbot – à toute anthologie wagnérienne, les réalisateurs de cette compilation ont choisi la version sonore de la production de Nikolaus Lehnhoff, dirigée par Wolgang Sawallisch au Bayerische Staatsoper en 1989. Là, à nouveau, il faut faire fi d’autres références pour apprécier la proposition. Accepter que le crépuscule du dieu Wotan (Robert Hale) advienne avant l’heure, que le bronze de Siegmund (Robert Schunk) ne soit que régule, que Siegfried (René Kollo) semble à bout de force et Brünnhilde (Hildegard Behrens) vulnérable. La soprano, rendue à son humanité, attend le quatrième volet de la saga pour se montrer à la hauteur du rôle. Se concentrer sur tout ce qui fait le prix de ce témoignage : la vie, à défaut de l’homérisme, qu’insuffle Wolfgang Sawallisch au Bayerische Staatsorchester, la Waltraute habitée de Waltraud Meier, la Sieglinde vibrante (parfois trop) de Julia Varady et tous ceux qui le temps de leur plus ou moins longue intervention tirent remarquablement leur épingle du jeu : Kurt Moll (en Hunding comme en Fafner), Robert Tear (Loge), Ekkehard Wlaschiha (Alberich), Helmut Pampuch (Mime), Marjana Lipovšek (Fricka) pour l’essentiel. Admettre que toute entreprise humaine soit d’autant plus imparfaite qu’elle est démesurée, à l’image finalement de ce coffret de 36 CD que vient succinctement compléter un livret de 40 pages.
 
 
 

 

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