Michael Haydn mérite mieux

Michael Haydn : Der Kampf der Buße und Bekehrung

Par Yvan Beuvard | mer 05 Novembre 2014 | Imprimer

Carus, important éditeur de musique imprimée avant d’enregistrer des CD, participe depuis longtemps à sortir Michael Haydn de l’ombre gigantesque de son frère aîné, Joseph.  C’est ainsi que le Requiem, la Messe pour voix de femmes, la Messe allemande ont précédé l’édition de ce premier enregistrement de Der Kampf der Buße und Bekehrung, le combat de la pénitence et de la conversion, pour les non-germanistes. Cet oratorio monumental ne comporte pas moins de 9 numéros, dont 6 arias, tous écrits pour soprano. En effet, le prince-archevêque de Salzbourg, Sigismund Schrattenbach, au service duquel travaillait Michael Haydn, rentrait d’Italie où il avait engagé trois cantatrices qui furent accueillies chaleureusement. De manière à mettre leur talent en valeur, trois compositeurs de la cour se partagèrent le livret de cet oratorio. Michael Haydn se chargea de la partie centrale, qui fut donnée le 21 février 1768, un an après l’un des premiers essais du jeune prodige local Wolfgang Mozart (Die Schuldigkeit des ersten Gebotes, K. 35). Le livret de chaque ouvrage relève des mêmes poncifs : un dialogue entre le Christ, l’homme du monde et les allégories des vertus, la Justice, la Grâce... La commande s’imposait au compositeur.

La réalisation est hongroise.  La direction de György Vashegyi est quelque peu prosaïque, malgré la présence de Simon Standage comme Concertmeister de son ensemble Orfeo Musica. L’orchestre défend l’œuvre avec de belles sonorités (les cors naturels, les bois). Le chœur est peu sollicité (un duo avec l’âme humaine, le chœur final), mais se montre engagé. Le problème réside dans les solistes. L’œuvre exige des moyens vocaux superlatifs, destinée à illustrer l’excellence des choix du prince-archevêque. Sans surprise, le style doit beaucoup à l’Italie. Toutes les solistes sont hongroises, à l’exception d’Elisabeth Scholl (sœur d’Andreas) qui se taille la part du lion. Mais presque toutes ont en commun un timbre peu flatteur, voire ingrat, et des aigus forcés. Seule Zita Varadi [la Justice], se montre à l’aise et d’un style remarquable : du grand art. L’instabilité d’Elisabeth Scholl [le Christ] est surprenante, ses notes les plus hautes sont exécrables, sauf dans l’aria « Jesu, der den Tod besiegt ». Freigeist [l’Incroyance] de Maria Zadori est plus intéressante, la voix est fraîche, mais là encore les aigus sont criards. L’air « ich komm », avec trombone solo, que chante Tünde Szaboki [l’homme du monde] est redoutable et nécessite d’autres moyens. La Grâce, Sylvia Hamsavi, fait de son mieux, sans toutefois convaincre pleinement,  son aria « Jesu, der den Tod besiegt » relevant d’une virtuosité hors du commun.

Cette captation d’un concert en grossit les faiblesses. Souhaitons que d’autres interprètes, aux moyens exceptionnels, s’emparent maintenant de cette œuvre singulière par sa distribution, mais révélatrice à la fois de l’art de Michael Haydn et de l’esprit qui régnait dans cette principauté épiscopale prétentieuse qui nous donna Mozart.

Le livret d’accompagnement, au contenu riche, reproduit le texte du livret, mais ignore notre langue au profit de l’allemand et de l’anglais.

 

 

 

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