Un palais qui rit et pleure à la fois

Music for Queen Caroline, Haendel - Les Arts florissants

Par Sonia Hossein-Pour | ven 02 Janvier 2015 | Imprimer

Music for Queen Caroline est le quatrième opus paru sous le label Les Éditions Arts Florissants créé en 2013, et dans lequel trois œuvres de Haendel en hommage à la reine Caroline, épouse de George II d’Angleterre, défenseuse des Sciences et des Arts et confidente du compositeur, ont été ainsi rassemblées : The King shall rejoice (1727), le Te Deum en Ré majeur (1714) et The Ways of Zion do mourn (1737).

Outre qu’il s’agit d’un très beau coffret au toucher velouté, la qualité sonore de ce disque est remarquable à tous points de vue. The King shall rejoice, qui regroupe quatre antiennes composées pour le couronnement du roi George II et de la reine Caroline, est plein d’une exquise majesté, cependant dénuée d’une quelconque grandiloquence : l’écriture de la partition accuse une certaine retenue et un raffinement, quand les nombreuses trilles et ornementations achèvent de donner un tour pour ainsi dire féminin à la composition. Le balancement des pupitres du chœur, au gré de croches accentuées et rebondies comme autant de ricochets, en particulier dans l’ouverture « The King shall rejoice in thy strength, O Lord ! », offre une interprétation d’une réjouissante légèreté.

Destiné à la reine Caroline, le Te Deum en Ré majeur, plus long et plus solennel, laisse également davantage place au chant soliste. C’est là que la voix du contre-ténor Tim Mead frappe par sa troublante androgynéité. Doté d’un timbre charnu et voluptueux, il sert avec sincérité une musique et un discours humbles, notamment dans « Vouchsafe, O Lord, to keep us this day without sin », aux accents bachiens. En plus d’une grande souplesse vocale, le ténor Sean Clayton possède une gestion du souffle exemplaire qui concourt à un phrasé des plus élégants, à l’instar du baryton-basse Lisandro Abadie dont les sauts d’octaves sont exécutés avec beaucoup d'aisance.

Le chœur demeure à la fois expansif et intimiste, en cela moins opératique que chez un Gardiner. On y retrouve des pupitres équilibrés et homogènes. Sa qualité tient également à une diction extrêmement rigoureuse, où les consonnes, projetées avec précision et générosité, font de ce chant un véritable message, destiné à être entendu et compris, ce dont peu de chœurs peuvent effectivement se targuer. Les « ch » et les « s » sifflent comme des serpents sur nos têtes avant de s’épuiser en decrescendo dans la masse du cortège instrumental. Au roulement de tambour qui introduit The ways of Zion do mourn, on croirait entendre un de ces chœurs des tragédies grecques qui racontent, au rythme d’une marche funèbre, la chute inexorable des puissants : « How are the mighty fall’n ! ».

Assez curieusement, une nouvelle – sans grand intérêt – de l’auteur de best-sellers américain Douglas Kennedy, accompagne cet opus. Mais la musique se suffit heureusement à elle-même et nul besoin d’autres apprêts à ce remarquable disque pour en goûter l'interprétation magistrale de William Christie.

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