Pas pour les bolosses

Populaires

Par Laurent Bury | ven 12 Juin 2015 | Imprimer

L’an dernier, Forum Opéra s’était fait le relai de l’appel de fonds lancé par Amel Brahim-Djelloul pour mener à bien l’enregistrement de son nouveau disque (voir brève). Grâce au succès de cette opération de crowd-funding, la soprano franco-algérienne a pu échapper au sort des « bolosses », ainsi que les adolescents appellent aujourd’hui ces ringards que l’on fuit, et confirme qu’elle fait bien partie du camp des « populaires », de ceux qu’on admire et à qui tout réussit.  

Populaires, c’est justement le titre de ce disque, qui nous rappelle tout ce que la musique classique doit à des formes bien moins savantes, depuis l’époque où l’on s’est mis à collecter tout le folk-lore, le savoir du peuple, en particulier dans ses aspects artistiques. Et si Bartok écumait les campagnes de son pays pour noter les chants de ses compatriotes, beaucoup de compositeurs, voyageurs immobiles, s’approprièrent des mélodies déjà collectées par d’autres, sous des horizons lointains, pour en nourrir leur œuvre. C’est l’un des intérêts de ce disque de souligner ces échanges à travers les frontières, qui permettent aux cultures les plus diverses de se rencontrer. Le Bolonais Respighi, qui n’avait a priori rien de commun avec la civilisation écossaise, n’en composa pas moins Quattro arie scozzesi en 1924. Sans rien d’hellénique dans son sang, Ravel n’en harmonisa pas moins ses Cinq mélodies populaires grecques. Reynaldo Hahn, Français d’origine vénézuélienne, était un grand interprète des chansons de gondolier, talent de société qui déboucha assez logiquement sur la composition du cycle Venezia. Bien plus étonnant, le cas d’Henri Collet (1885-1951), professeur de littérature espagnole qui se voulait compositeur castillan de nationalité française.

Parcours varié, donc, en six langues, et sur près d’un siècle, de Brahms aux Canciones castellanas de  Jésus Guridi (1939). Faute de pouvoir se prononcer sur la qualité de chacun des idiomes ici pratiqués, on se contentera de souligner la savoureuse gourmandise avec laquelle Amel Brahim-Djelloul dit le français : les Ravel sont délicieusement phrasés, et avec surtout ce sourire dans la voix qui fait tout le prix des pièces les plus enjouées du recueil. Si l’on a pu parfois reprocher à l’artiste un léger déficit en termes de décibels lorsqu’elle se produit sur des scènes dont l’acoustique ne lui est pas propice, rien de tel ici : le disque nous permet de ne rien perdre des intentions de la chanteuse, brillamment soutenue par le pianiste Nicolas Jouve. Un timbre frais et fruité, quelques très belles découvertes… la popularité d’Amel Brahim-Djelloul devrait se confirmer sans peine.

 

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